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1992 Mots
Au cours de l’heure qui suit, l’équipe chargée de s’occuper de moi s’attèle à mon relooking. Pendant qu’Emilie prend soin de coiffé mes cheveux en un demi-chignon tressé, Olivia en profite pour me faire un récapitulatif des questions auxquelles m’attendre, afin que je puisse préparer les réponses dans ma tête. Je l’écoute attentivement, mémorisant presque mot pour mot ses indications. La coiffure finie, j’enfile des bijoux assortis à « la robe papillon » qu’Olivia a choisie pour l’occasion. — Prête ? me demande-t-elle, croisant mon regard à travers le miroir. Je prends une grande inspiration et acquiesce. Nous sortons de la loge. L’un des gardes nous informe qu’Auden a décidé que l’interview et la séance photo se dérouleront dans les jardins, ce qui déplaît manifestement à Olivia, déconcertée par ce changement de cadre soudain. Moi aussi, jusqu’à ce que nous franchissions les portes. Je sens mes lèvres s’étirer en un sourire tandis que mon regard parcourt le grand terrain. En quelques instants, je me sens dans mon élément. Auden, Davis et Miranda nous attendent près de la grande fontaine au centre, d’où partent plusieurs chemins impeccablement tracés et entretenus : les écuries à l’Est, le labyrinthe au Sud, et la roseraie à l’Ouest. C’est d’ailleurs dans cette dernière que nous décidons de faire la séance photo. De vagues souvenirs d’Auden et moi courant au milieu des rosiers me reviennent en mémoire, m’arrachant un grand sourire. Miranda en profite pour capturer ce moment. Un rire discret m’échappe. — Que se passe-t-il ? demande Auden, les sourcils haussés. — Je me revois te courir après, il y a des années. — Oh ça. (Il hausse les épaules.) Toutes les filles me courent après. Je lui assène un coup de coude dans les côtes, juste au moment où le flash surgit pour immortaliser notre échange complice. — Il faut reconnaitre que tu es la plus perspicace, ajoute-t-il. Je lève les yeux au ciel. Il m’offre son bras et m’escorte jusqu’au labyrinthe dans lequel nous nous aventurons rapidement, Davis, Miranda et Olivia sur nos talons, avant de revenir vers la fontaine, où nous prenons place pour l’interview. Deux cameramen nous rejoignent. Contre toute attente, je réussis jouer le jeu du questionéponse haut la main. Mes réponses sont simples, et les mots me viennent naturellement. Mon auditoire écoute avec attention tandis que je résume ma vie, de mon enfance en dehors de la Cour jusqu’à aujourd’hui. Lorsque j’ai fini, Davis attend un instant avant de me demander : — Qu’est-ce que cela te fait d’être une Cinquante ? — Eh bien, je dois avouer que j’ai encore un peu de mal à réaliser, je réponds honnêtement. Mais j’ai conscience de la chance que j’ai de connaître les deux côtés de ma famille. Même si, sans rentrer dans les détails, les relations entre la partie maternelle et paternelle n’ont pas toujours été faciles, cela s’est amélioré récemment. A l’heure actuelle, je me sens bien entourée. Je sais que certains, en raison de leur statut de Cinquante, doivent vivre sans l’une ou l’autre partie de leur famille, ce qui ne doit pas être évident au quotidien. — Est-ce une chose à laquelle tu aimerais remédier ? — Si l’occasion se présente, oui. Mais avant ça, il va falloir que je passe par les Épreuves. — En as-tu peur ? J’émets un rire discret tout en m’humectant furtivement les lèvres. Ai-je peur des Épreuves ? Je suis terrifiée, oui. D’autant plus que nous savons déjà tous comment elles se termineront, à l’exception des autres Candidates, qui ne sont pas encore au courant et des futurs lecteurs de cette interview. Mais au lieu de me confier sur le fait que ce qui m’attend après me fait plus peur que les Épreuves elles-mêmes, je prends sur moi et joue le jeu. — Cela dépend, je dis avec un sourire. Il faut déjà que je sois tirée au sort et puis, je ne connais pas encore les autres Candidates. Quoi qu'il en soit, je sais que je pourrai toujours lui taper sur les nerfs si besoin, j’ajoute en désignant Auden d’un mouvement de tête. — C’est plutôt moi qui vais taper sur les tiens en premier, réplique-t-il. Je plisse les yeux, sceptique : — Je n’en serais pas si sûre si j’étais toi. Le regard amusé de Davis passe de l’un à l’autre de nos visages. — En tout cas, vous semblez heureux de vous êtes retrouvés. — Très, acquiesce Auden. Charlotte est une jeune femme remarquable, et je suis ravi de pouvoir la compter parmi mes quelques amis proches. — Seulement amis ? — Eh bien… (Il marque une pause, l’ombre d’un sourire sur le visage.) Vous aurez la réponse à cette question dans les semaines à venir. Davis conclut : — Et nous avons hâte. ** L’interview finie, mes proches ainsi que certains membres de la Cour nous rejoignent. Ducs et Duchesses, Marquis et Marquises, Comtes et Comtesses, Lords et Ladies, Vicomtes et Vicomtesses, ou encore Barons et Baronnes, tous se pressent autour de moi pour me souhaiter la bienvenue. Poignées de main, révérences et formules de politesse s’enchaînent. Servants et servantes vont et viennent entre le palais et les jardins, où un grand déjeuner, auquel je ne m’attendais pas, se met en place. — Tu ne m’avais pas prévenu qu’un déjeuner avec tout ce beau monde était prévu, je rouspète à voix basse pour qu’Auden soit le seul à m’entendre. — Ravi de voir que tu apprécies ta surprise. Je lui écrase discrètement le pied, ce qui lui arrache un rire, tandis que je lui lance une grimace. Les trompettes retentissent. Les portes s’ouvrent, laissant passer le Roi, la Reine à son bras. Mes yeux se posent sur la jeune fille qui les accompagne : la Princesse Aimee. Nos regards se croisent et nous échangeons un sourire. Ses parents installés à la table principale, elle vient vers moi et m’attrape les mains. Je lui adresse une révérence, un sourire au coin des lèvres. — Je ne me souvenais pas que tu étais aussi réservée, me taquine-t-elle. — Le protocole, très chère, le protocole, je rétorque d’une voix faussement hautaine. Elle rit. Nous échangeons une étreinte furtive, puis prenons place aux côtés de ses parents et de son frère. Ce dernier invite Cassandre, Becky, Archie et Dylan à nous rejoindre. Le repas se déroule dans une ambiance chaleureuse. Le brouhaha des conversations et des rires envahit les jardins. Après le déjeuner, une chasse-poursuite est organisée dans le labyrinthe. Mes amis, Dylan, Aimee et moi y participons avec grand plaisir. Grâce, Kelly, Hayden, Jordan et Scott – que je n’avais pas revus depuis ma fête anniversaire sur l’Invincible – viennent compléter notre équipe. Le but du jeu : atteindre le centre avant l’équipe adverse. Nos cris retentissent autour de nous tandis que nous tentons d’échapper à nos poursuivants qui, malgré nos efforts, capture la quasi – totalité de notre équipe. Les poumons en feu, j’attrape Cassandre et Becky par le bras, et nous courons jusqu’au centre que nous atteignons enfin. — On a gagné ! s’enthousiasme Becky en s’asseyant au sol. Cassandre et moi en faisons de même. Un silence agréable s’installe tandis que nous reprenons notre souffle. Dix minutes plus tard, le sifflet retentit pour annoncer la fin de la partie. Nous nous relevons et reprenons le chemin en sens inverse. Les photographes, ainsi que Devon, chef de l’équipe adverse, nous attendent à la sortie. Ce dernier nous remet à chacune une couronne de laurier et une petite bourse en guise de récompense. Lorsque nous regagnons le centre des jardins, nous sommes accueillies par les applaudissements de certains convives encore à table. Nous allons embrasser nos parents à qui nous offrons nos bourses, puis retournons nous asseoir pour une dernière part de gâteau. Le Roi et Auden, plongés en pleine discussion, remarquent à peine notre retour. Ce n’est qu’une fois que les domestiques reprennent leurs aller-retours entre le palais et les jardins qu’Auden pose son regard sur moi. Le sourire aux lèvres, il attrape ma main et entrelace discrètement ses doigts aux miens sous la table, à l’abri des regards. — Félicitations pour cette victoire. — Merci. (Mes yeux jonglent furtivement entre son visage et celui de son père qui, malgré les apparences, semble tendu.) Est-ce que tout va bien ? — Oui. Rien qui ne nécessite que tu t’inquiètes. — Si tu le dis… Il m’embrasse sur le front, puis se tourne vers mes amies sans un mot de plus. Les festivités touchant à leur fin, nous prenons congés des invités. Auden me raccompagne dans un silence apaisant. Le bruit léger des bottes de nos gardes résonne à quelques mètres de là. Contre toute attente, il me conduit jusqu’au dernier étage de l’aile Ouest du palais. — Attendez-nous là, dit-il à l’attention des gardes. Ces derniers acquiescent. Il me mène jusqu’à une petite porte qui donne sur un escalier en spirale. — Où mène-t-il ? je lui demande tandis que nous commençons à monter. — Tu vas voir. Ma dans la main, nous tournons à l’aveuglette pendant plusieurs minutes jusqu’à atteindre une autre porte qu’il ouvre d’un coup d’épaule. Le soleil couchant illumine la cage d’escalier plongée dans la pénombre. Les yeux plissés, il me faut quelques minutes pour m’habituer à la lumière. Lorsque c’est enfin le cas, un souffle de surprise m’échappe. Au-delà des créneaux, la mer s’étend à l’infini. Le soleil s’y reflète, enflammant les vagues et les grands immeubles de verre de la ville, proche du port. — C’est magnifique, je murmure. Auden glisse un bras autour de ma taille et m’attire contre lui. Je lève la tête. Nos regards ancrés l’un à l’autre, il passe une main dans mes cheveux, sa paume tiède contre ma joue. Je frémis. Ses lèvres effleurent les miennes. Nos langues se cherchent, se taquinent. Nos souffles se heurtent. Je passe une main derrière sa nuque pour approfondir notre b****r. Nos corps s’embrasent à l’unisson. Les battements effrénés de son cœur résonnent au rythme du mien. Le souffle court, nous nous détachons l’un de l’autre. Mon regard se perd une fois de plus dans le sien. Sa bouche toujours proche de la mienne, il murmure : — Nous ferions bien de redescendre, avant qu’ils n’aillent s’imaginer des choses. ** De retour dans ma chambre, je m’adosse contre la porte, le cœur en émoi et le corps en feu. Corinne, Ayleen et Isla émergent de la salle de bain, où elles m’ont déjà préparé un bain. Je les laisse m’y conduire tout en répondant de bon cœur à leurs questions sur la séance photo, l’interview et le déjeuner. — C’est une bonne chose que vous ayez pu en profiter, dit Corinne en m’aidant à me déshabiller. Je retire les bijoux que je confie à Ayleen, qui les range soigneusement dans une petite boîte, puis je me glisse dans l’eau parfumée à la rose et l’huile d’argan. Isla s’agenouille derrière moi et détache mes cheveux. Livrée aux bons soins des trois jeunes femmes, je laisse mon regard errer d’un coin à l’autre de la salle d’eau luxueuse, dont chaque détail a été conçu dans un beau marbre blanc et or. Du coin de l’œil, j’aperçois Corinne aller et venir à toute vitesse. — Il va falloir que nous fassions vite, nous n’avons que deux heures pour vous préparer pour le bal. Je lève la tête, confuse : — Quel bal ? — Le bal masqué en l’honneur de votre retour à la Cour. — Mais il y a déjà eu un déjeuner, je remarque. — Vous connaissez le prince, toujours… — Dans la démesure, je finis en chœur avec elle. — Enfin, quoi qu’il en soit, nous allons nous assurer que vous soyez prête. — Pas besoin d’en faire trop non plus, je marmonne. — Pourquoi donc ? (Elle s’agenouille, une lueur complice dans le regard.) Après tout, ce soir, c’est le retour de leur future princesse qu’ils fêteront. ** ** ** ** **
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