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2439 Mots
Auden et moi nous joignons aux invités pour une volte. Le brouhaha des discussions et des rire se mêle aux notes de musique qui retentissent autour de nous. Les autres jeunes filles de son âge ne cachent pas leur jalousie tandis que j’accapare toute son attention. Du coin de l’œil, je peux voir ma grand-mère s’installer sur l’un des sièges, sourire aux lèvres. Elle m’adresse un signe de la main auquel je réponds par une grimace furtive. La musique s’arrête. Je salue Auden d’une révérence et me précipite vers ma grand-mère. — Grand-maman ! Je me baisse vers elle et l’attrape dans une étreinte. Un rire s’échappe de ses lèvres tandis qu’elle m’embrasse sur le front. Je m’assois à ses côtés. Elle plonge la main dans la poche de son long manteau et en sors une clé ainsi qu’une petite boîte à musique. — Voici un petit quelque chose en guise de félicitations pour tes fiançailles secrètes, dit-elle en les déposant dans ma main. J’insère la clé dans le mécanisme d’ouverture, le cœur battant. Le couvercle s’ouvre sur un couple en train de valser au son de la chanson Lavender’s Blue. Nous la fredonnons en cœur. La musique finie, je referme le couvercle. — Merci, grand-maman. — Je t’en prie. (Elle pose sa main contre ma joue, toujours souriante.) Te souviens-tu de ce que je t’ai appris ? (Je la regarde, confuse.) Quant au pouvoir d’une reine, précise-t-elle. Oh, ça. Je jette un rapide coup d’œil en direction de mon fiancé, qui danse avec une autre cavalière. L’aiguille de la jalousie se plante dans ma peau malgré moi. Mon regard toujours rivé sur eux, je prends une inspiration et réponds calmement : — Ce n’est pas le roi qui manipule la reine, mais la reine qui manipule le roi. ** J’ouvre les yeux, réveillée par de petits coups donnés à ma porte. Je me redresse lentement tout en me massant la nuque. Je m’étire, le corps légèrement endolori par la position inconfortable dans laquelle je me suis endormie, près de la fenêtre après qu’Auden m’ait raccompagnée jusqu’à ma cabine. Je vais ouvrir et me retrouve nez à nez avec Cassandre et Becky. Je m’écarte afin de les laisser passer, puis je referme la porte. — Nous avons eu une réunion générale pour les Protectrices en devenir, soupire Cassandre en se laissant tomber sur l’un des canapés. — Ce qui était vraiment intéressant, m’assure Becky. Cassandre grimace en guise de protestation. Je m’assois sur le canapé en face d’elle. — Archie n’est pas venu avec vous ? — Non. Session d’entraînement de dernière minute. J’acquiesce. Dommage. J’aurais bien aimé qu’il soit là, histoire de lui expliquer l’altercation ainsi que le b****r avec Auden et lui demander son avis. — Les filles, j’ai du nouveau… La porte de ma cabine s’ouvre sur Ayleen et Isla. Je m’interromps attendant qu’elles installent les tasses de chocolat chaud et les assiettes de biscuits devant nous. Elles en profitent pour nous informer que le dîner sera prêt dans une petite heure et demie, nous adressent une révérence et se retirent. La porte refermée derrière elle, je reprends : — J’ai du nouveau en ce qui concerne mon mariage à venir avec Auden. Mes deux amies se penchent vers moi, le regard brillant d’une lueur curieuse. Je fais au mieux pour retenir le sourire amusé qui menace d’apparaître sur mon visage, prends une petite inspiration et leur explique globalement la façon dont les choses se sont déroulées de mon côté, sans omettre bien évidemment la partie la plus croustillante : le fameux b****r. Sans grande surprise, elles bondissent presque de surprise. — Il t’a embrassée ?! — Oui. Et si je m’en fie à ses dires, ce n’était pas le premier. Cassandre me lance un regard dubitatif : — Vous vous êtes déjà embrassés ? — Apparemment. — Quand ? — Aucune idée. (Je soupire et ajoute :) De toute façon cela ne change rien au fait que selon lui, notre mariage est avant tout à des fins politiques. Je me lève du canapé et vais me placer près de la fenêtre, le regard maussade, perdue dans mes pensées. Des images du b****r qu’Auden et moi avons échangé un peu plus tôt se rejouent dans mon esprit, ainsi que sa fameuse phrase « zéro attachement, zéro sentiment ». Mariée à un jeune homme qui ne m’aime pas et qui, contrairement à moi, pourra se permettre des petits plaisirs par-ci par-là, au gré de ses envies, alors que moi, je n’aurai pas la possibilité de m’offrir à autrui, sous peine de finir comme l’une des six femmes dans la légende du roi fou. Selon celle-ci, quatre des six femmes d’Aynerin Tremblay auraient été strangulées par leur époux pour adultère, l’une serait morte en donnant naissance et la dernière aurait survécu par chance. Certaines versions vont même jusqu’à dire que les corps des cinq premières auraient été retrouvés dans l’une des pièces de l’Ancien Palais, aujourd’hui en ruine. Je ne peux réprimer le frisson d’horreur qui me parcourt l’échine à cette pensée. Je secoue la tête et retourne m’asseoir auprès de mes deux amies. J’attrape ma tasse de chocolat maintenant tiède et en prends une longue gorgée. — Je pense avoir une petite idée, annonce Cassandre une lueur maline dans le regard. — Et ? … — Si je m’en fie à ce que tu nous as dit de ton rêve avec cette dame que tu penses être ta grand-mère, vous disiez que ce n’est pas le roi qui manipule sa reine, mais l’inverse, c’est bien ça ? (J’acquiesce, ne comprenant pas où elle veut en venir.) Dans ce cas-là, la solution est simple : b***e-le. Il s’en faut de peu pour que je ne recrache ma gorgée. Becky lui lance un regard réprobateur. — De toute façon, nous finirons toute par y passer un moment ou un autre. Autant que cela se fasse au moment où notre petite Charlotte ici présente est encore maîtresse de la situation. Becky soupire tout en levant les yeux au ciel. Je sens mes joues me brûler et mon cœur battre à tout rompre tandis que les mots de Cassandre se répète dans mon esprit : « b***e-le ». En d’autres, elle me suggère de m’offrir à lui pour mieux le manipuler ensuite. Je ne peux m’empêcher de frémir à cette idée. Cela me fait penser à Marlène, une ancienne pensionnaire du centre selon qui « le meilleur moyen de tenir un homme est la séduction et le sexe ». Résultat : non seulement elle s’est retrouvée à traverser trois grosses peines de cœur, ses amants ayant tous fini par l’abandonner après lui avoir fait maintes promesses dans le vent, mais en plus elle est tombée enceinte. Mrs. Wannamaker l’a renvoyée du centre dès l’annonce de sa grossesse, et depuis, plus personne n’a eu de ses nouvelles. Les rumeurs disent qu’elle est devenue une Toillichte, une Heureuse ou, comme on le dit plus vulgairement, une c***n. Je suis sortie de mes pensées par les voix de mes amies en train de se chamailler. — Oui, et s’il revient sur sa parole, ça lui fera une belle jambe, râle Becky. — Il ne le fera pas. Il a trop besoin de Charlotte pour instaurer la paix entre les Woods et les Tremblay et pour se faire, il va lui falloir plus qu’un simple mariage. — Il a besoin d’un enfant descendant de nos deux lignées, j’interviens attirant leur attention. Un enfant qui, de plus, sera reconnu comme étant légitime. Sachant que, dans notre royaume, le seul moyen qu’un enfant soit reconnu en tant que tel, c’est qu’il ait été conçu dans les liens sacrés du mariage. Un pion de plus sur l’échiquier complexe du pouvoir. Je pousse un soupir tout en levant les yeux. Mon regard croise celui de Cassandre, brillant d’une lueur sérieuse. — Prête à ce qu’il faut pour tenter de t’assurer l’exclusivité en ce qui concerne la vie intime de ton futur époux ? J’acquiesce sereinement. Comme le dit souvent mon père : « quand il faut y aller, il faut y aller ». Un sourire enthousiaste et comploteur vient étirer ses lèvres : — Opération future reine séductrice, round 1. ** Cassandre et moi élaborons les détails du plan d’attaque pour ce soir : revêtir une chemise de nuit, une robe de chambre et une paire de ballerines en attendant que tout le monde soit couché, puis me rendre jusqu’à la chambre d’Auden sans l’avertir de ma venue au préalable. — Et si jamais il n’est pas seul, tu vires la personne, ajoute-t-elle tandis que nous entrons dans le réfectoire aux côtés d’Archie et Becky. J’acquiesce, un sourire aussi convaincant que possible au coin des lèvres. Elle me donne une petite tape dans le dos, m’offre un clin d’œil complice et s’installe à table avec Becky, comme si de rien n’était. Pour ma part je m’installe près de mon Veilleur en devenir favori avec qui je discute du déroulement de la journée et de la session d’entraînement. Je l’écoute d’une oreille attentive, tentant tant bien que mal de passer outre les chuchotements qui semblent parvenir des quatre coins de la pièce ainsi que la sensation de nœud dans le bas de mon ventre. Le repas me paraît durer une éternité. Lorsque vient enfin l’heure pour nous de quitter le réfectoire, je n’ai presque rien avalé et l’impression que mon corps s’est transformé en une boule de nerfs. Mes amis et moi regagnons ma cabine où mes servantes nous apportent quatre tasses de chocolat bien chaud, que nous buvant en rigolant de certains de nos souvenirs d’enfance, me permettant ainsi de me détendre un peu jusqu’à ce que vienne pour eux l’heure de se retirer. Après leur départ, j’aide mes servantes à débarrasser les tasses vides, puis les remercie pour la nuit. A mon plus grand soulagement, elles m’adressent une révérence et se retirent sans poser de questions. Jetant un œil à l’heure, je décide de faire un petit tour par la salle de bain où je prends une longue douche avant de me recouvrir d’une douce huile parfumée à la vanille. Chose faite, j’enfile la tenue choisie avec Cassandre et sors dans le couloir déjà désert, malgré le fait qu’il ne soit pas tout à fait onze heures. Comme la veille, je m’oriente à la lumière de la lune en prenant bien soin de ne pas faire le moindre bruit. Un doux frisson me parcourt le long de l’échine tandis qu’un calme des plus apaisants m’entoure. J’aperçois quelques gardes près desquels je passe avec appréhension, m’attendant à ce qu’ils me renvoient dans ma cabine, mais ils n’en font rien. Je donne un coup ferme contre la porte et prend une grande inspiration. Auden m’ouvre, vêtu d’un simple tee-shirt et d’un jogging, les cheveux mouillés, signe qu’il vient tout juste de prendre sa douche. Son regard surpris et confus se pose sur moi : — Charlotte ? Qu’est-ce que… Je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase. Glissant mes mains derrière sa nuque, je me colle contre lui et plaque mes lèvres contre les siennes avec ardeur. Un râle rauque s’échappe de ses lèvres tandis que ses bras puissants se referment autour de ma taille. Il me soulève dans ses bras et claque la porte de sa cabine à l’aide de son pied. J’enroule mes jambes autour de sa taille, ondulant sensuellement contre lui. Il nous fait reculer jusqu’à son lit sur lequel nous tombons à la renverse. Il relève la tête, la respiration rapide, le regard brûlant et les lèvres légèrement enflées. Il roule sur le côté et s’appuie sur son bras droit. De sa main gauche, il attrape ma chemise de nuit qu’il fait remonter lentement jusqu’à ma poitrine. Son regard ne lâche pas le mien tandis que ses doigts effleurent ma peau. Sa main glisse jusqu’à la bordure de ma culotte, son index y caresse la peau dans des gestes provocateurs. J’aspire ma lèvre inférieure, les joues en feu, le cœur battant la chamade. Une lueur surprise parcourt son regard. — Vous n’avez jamais fait ça avant ? me demande-t-il d’une voix légèrement éraillée. Je secoue négativement la tête. Ses lèvres s’étirent en un sourire discret : — Dans ce cas… Il attrape ma culotte. Je soulève les hanches pour lui faciliter la tâche. Il s’installe à califourchon sur moi, une jambe de chaque côté de ma taille. Il se penche vers moi et m’embrasse tendrement avant de faire glisser sa bouche le long de mes lèvres jusqu’à mon cou, aspirant la peau avec une sensualité déconcertante. Son regard brûlant s’ancre au mien tandis qu’il continue sa lente descente jusqu’à mon ventre, puis entre mes cuisses. Il s’arrête, un sourire goguenard aux lèvres : — Si tu savais toutes les choses coquines que j’aimerais te faire. Je frémis. Sa main droite glisse le long de mon corps. Ses doigts s’arrêtent sur mon point sensible pour le caresser. Je sens mes muscles se tendre, parcourus d’un léger tremblement. Il introduit son index en moi. Mon souffle se bloque sous la sensation nouvelle. J’attrape les draps entre mes doigts et rejette la tête en arrière, transcendée par la chaleur qui s’éveille dans le bas de mon ventre. — A peine quelques caresses et te voilà qui mouilles pour moi, continue-t-il. Son index commence à faire de lents va-et-vient, accompagné des caresses exquises de sa langue et de ses lèvres, ainsi que de la pression exercée par la paume de sa main. J’arcboute le dos. Auden continue son assaut. Je le laisse faire mon être entier soumis au bon vouloir du sien. Ses gestes deviennent plus vifs, plus rapides. Sa langue et ses lèvres m’assaillent encore et encore. Mon corps tremble contre sa bouche. La sensation de chaleur monte en flèche. Des étoiles apparaissent devant mon champ de vision. Mon cœur s’emballe tandis que son souffle rapide et brûlant effleure ma peau. — Aller, jouis pour moi bana-phrionnsa. Je gémis. Ses mots, ses baisers, ses caresses. Tout me fait perdre pied. Le plaisir déferle en moi comme un ouragan. Son prénom m’échappe encore et encore de manière presque inaudible. Il embrasse le creux de ma cuisse, puis se redresse. Le matelas s’affaisse à mes côtés. Je me tourne vers lui, mes mains rassemblées près de mon visage. Mon regard croise le sien fiévreux et désireux. Il se rapproche de moi et colle son front au mien. — Ma douce Charlotte. (Sa voix est rauque, saccadée. Ses lèvres au goût étrange effleurent les miennes.) Nous allons changer les choses, toi et moi. ** ** ** ** **
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