Chapitre 8

1601 Mots
"Mahamat", c'était un nom de famille bien trop répandu. je me demandais comment est ce que j'allais réussir à trouver la bonne famille. Je n'avais même pas de prénom, juste un nom. Autant trouver une aiguille dans une botte de foin. J'étais resté au salon à réfléchir pendant longtemps. Je devais me reposer car le lendemain serait une autre longue journée de travail. J'eus envie de passer vérifier si papa dormait bien avant de me rendre dans ma chambre. Je faisais le moins de bruit possible car papa avait le sommeil très léger. J'étais enfin devant sa porte et ce que j'entendis me donna des frissons et me fit à la fois plaisir. On aurait dit que papa pleurait. Je m'approchai donc un peu plus pour en avoir le cœur net et grande était ma surprise quand je me rendis compte que j'avais raison. Ça me donna d'abord des frissons d'entendre papa pleurer. Pour moi c'était toujours un héros, le savoir vulnérable me bouleversa quelque peu. Néanmoins, j'étais très heureux de savoir que papa était capable d'aimer. J'étais heureux de savoir qu'il aimait toujours la femme qu'il avait dit haïr toute sa vie. En voyant papa comme cela, je me rendis un peu plus compte de l'erreur que j'avais commis toutes ces années durant. J'avais donc privé mon coeur d'amour et haïs les femmes avec tant d'ardeur pour rien. Finalement, le départ de ma mère avait blessé mon père plus qu'il n'y paraissait. Je ne voulais absolument pas le perturber. Je ne voulais pas qu'il sache que je l'avais vu ainsi. Étant un homme très fier, il allait sûrement se sentir mal de savoir que son fils l'ai vu ainsi. Je retournai donc dans ma chambre sans faire de bruit. Arrivé sur mon lit, je m'occupai à essayer d'imaginer à quoi pouvait ressembler ma mère physiquement. Je m'en dormi en y pensa. Le lendemain arriva et je me réveillai à 5:30 comme d'habitude. Papa aussi était déjà debout. Vers 6h, je suis allé faire des courses d'abord dans un supermarché pas loin de la maison ouvert 24 heures sur 24. Il fallait à tout prix que je laisse des vivres pour que papa puisse s'en sortir pendant la journée. Puisqu'il savait bien cuisiner, ce n'était pas un problème, il allait cuisiner ce qu'il allait manger, moi je n'avais vraiment pas de temps. Après mon retour, je devais me préparer pour le boulot dans l'urgence. Papa me regardait me préparer et je pouvais voir beaucoup de fierté dans son regard. Je savais que mon père a toujours été fier de moi même si il ne le disait jamais. Au moment de porter la montre qu'Adaline m'avait offerte, papa s'exclama. - Mais d'où sors tu cette montre? Sur le moment, je voulais lui dire que c'était l'une de mes patientes qui me l'avait donné comme cadeau. Mais connaissant mon père, il aurait très mal digéré l'affaire. Alors j'inventai une histoire pour ne pas qu'il s'affole. - Papa, c'est un ami qui me l'a offert pour mes 29 ans. - Tu en es sûre ? C'est une vieille montre de grande valeur. Il doit beaucoup t'apprécier ton ami pour te l'avoir offert. - J'imagine. Malgré ce que je lui avais dit, papa ne cessait de regarder cette montre comme s'il l'avait déjà vu quelque part. Ce n'était pas non plus étrange car cette montre était un vieux bijou. Il l'avait déjà sûrement vu dans sa jeunesse. En plus il dit avoir été livreur pour des magasins. J'étais enfin prêt pour le travail. Il ne me restait plus qu'à donner les dernières consignes à mon père avant de m'en aller. - Prend bien soin de toi et de ma maison. - Tu t'en va ainsi sans même prendre ton petit déjeuner d'abord ? - Oui papa, je n'ai plus assez de temps, un médecin n'est jamais en retard. - Je comprends mieux pourquoi tu es tout maigrichon. Je lui souris et je m'en allai aussitôt. Sur la route, je ne pouvais m'empêcher de me dire que papa n'avait pas changé. C'était toujours la mère poule que je connaissais. Il faut dire qu'en l'ayant à mes côtes, je n'ai pas vraiment eu le temps de ressentir l'absence de ma mère. J'espérais tout de même qu'il se sente bien chez moi. D'habitude, j'allais au travail beaucoup plus tôt mais le fait d'aller d'abord faire des courses pour papa m'avait ralenti. Malheureusement, j'étais dans les bouchons car c'était l'heure de pointe où tout le monde se rendait au boulot. Ce n'était pas bien grave que je sois coincé dans les bouchons car ça m'avait fait plaisir de devoir faire les courses pour papa. J'arrivai au centre plus tard que d'habitude mais j'avais bonne mine et c'était pour moi l'essentiel. Comme chaque matin, je passais faire le tour de tous mes patients. Ce jour là, c'est Adaline que j'allai voir en premier. - Bonjour docteur, vos 29 ans vous vont bien, vous avez l'air plus heureux, me dit Adaline. - Merci Adaline mais je doute que ce soit parce que j'ai 29 ans que j'ai bonne mine. - Comment ça ? - En fait, j'ai un visiteur chez moi. - Il doit donc être très important à vos yeux pour changer votre mine ainsi. - Important c'est peu dire vous savez, c'est en quelque sorte ma seule famille, c'est mon père. - Ah je vois, vous devez l'aimer beaucoup alors. Et votre mère? - Ma chère Adaline, je ne sais pas qui est ma mère pour tout vous dire. Je ne comprenais pas pourquoi est ce qu'Adaline me parlait de ma mère. Je croyais lui en avoir déjà parlé dans le passé. Peut être étais ce moi qui me trompais ou alors Adaline avait tout simplement oublié. Il n'était pas non plus exclus que dans sa condition elle oublie les choses. Mais ça ne me dérangeait pas d'en reparler avec elle. - Vous êtes donc comme mon garçon à moi. Lui aussi ne sait pas qui est sa mère. - Ne vous faites pas de soucis chère Adaline, je vous promets que vous retrouverez votre fils. Et moi aussi d'ailleurs, je compte bien retrouver ma maman. Après cela, Adaline ne dit plus rien et moi j'avais terminé de l'observer, je pouvais aller voir mes autres patients. Mais pendant que je sortais de la chambre d'Adaline, l'une des infirmières vint vers moi. C'était l'infirmière Didine. - Bonjour docteur, c'est Dina, me dit Didine. - Qu'est ce qui ne va pas avec Dina? - Et bien, en faisant ma ronde de ce matin vers 4 heures, j'ai été surprise de la voir éveillée. Elle avait réussi à prendre son fauteuil et à s'asseoir dessus. Je lui ai même parler et tout allait bien. - Venez en au fait Didine. - Et bien quand je suis allée la voir il y'a quelques minutes, elle était toujours sur son fauteuil mais avait les yeux fermés. J'ai d'abord cru qu'elle dormait donc j'ai appelé l'infirmier Forlane pour qu'il m'aide à la coucher sur son lit. Mais nous avons constaté que son corps était sans vie. Entendre les mots "sans vie" sortir de la bouche de Didine m'avait glacé le sang. C'est vrai qu'en tant que médecin on fait face à la mort tous les jours mais c'est très dur pour un médecin de perdre un patient peu importe les conditions. C'est en courant que je me rendais dans la chambre de Dina et Didine courait derrière moi. Dina était effectivement allongée sur son lit. Forlane était restée avec elle. Je pris tous les paramètres et Dina ne faisait malheureusement aucun vitaux. Elle était vraiment décédée. Je confirmai l'heure de décès et Didine fit venir le morguier pour amener le corps. C'était bien-sûr à moi d'appeler le fils de Dina pour lui annoncer le décès de sa mère. Quand le fils de Dina su que c'était le centre qui appelait, il ne me laissa même pas parler. - Elle n'est plus c'est ça ! me dit il - J'en suis vraiment navré monsieur, vous avez nos sincères condoléances. Après m'avoir entendu, il raccrocha. Je pouvais le comprendre car je sais que tout enfant redoute plus que tout le décès de ses parents. Dina était une vieille patiente du centre. Elle y était depuis deux années déjà. Elle avait deux enfants et plusieurs petits enfants. D'ailleurs, ils venaient la voir chaque dimanche. Mais c'est son fils qui l'avait faite interné au centre. Voilà pourquoi c'est son contact que nous avons. Dina était une patiente peu commode. Elle était difficile et surtout très flemmarde. À chaque fois que je passait la voir le matin, elle n'était jamais réveillée. Mais elle était très sensible et drôle aussi. C'était une bonne copine d'Adaline. Des fois, on retrouvait l'une dans la chambre de l'autre. Je n'ai pas compris ce qui était arrivé à Dina. Elle allait pourtant bien la veille quand je l'ai vu avant de rentrer. Elle était même à ma petite fête surprise. Comme quoi, parfois, la mort vient sans aucune explication, sans raison. Comme dirait les profanes, " c'était son heure". Je m'inquiétais en même temps pour mes autres patients. Ils se sentiraient sûrement mal en apprenant la nouvelle. Quand les enfants de Dina arrivèrent au centre, ils vinrent d'abord dans ma section, la section B. C'est de là qu'on les conduisit jusqu'à la morgue qui était isolée dans un autre bâtiment. Cette journée qui avait commencé tellement bien pour moi vira au cauchemar très vite. C'était la toute première fois que je perdais un patient. Je ne le montrais pas mais j'étais vraiment touché par cette perte. Je savais bien que je perdrais des patients tout au long de ma carrière mais la douleur était tout simplement grande. Au moins, Dina ne souffrira plus.
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