J'étais enfin à la maison et Rose m'attendait déjà. Comme les femmes sont bienveillantes! Sans même m'en parler, Rose s'était permis de cuisiner. Ça me faisait un grand bien car j'étais fatigué et affamé. Je me demandais bien ce que j'allais pouvoir manger ce soir. J'avais même eu l'idée de me faire livrer de la nourriture. Mais ce n'était plus la peine. J'avais bien l'intention de manger mais pas avant d'avoir entendu ce que le détective avait à me dire. Je me douchai et me changeai afin de me détendre un peu avant l'arrivée de Rémy. J'étais très anxieux et Rose aussi. Aucun de nous ne savait ce qu'avait découvert le détective mais nous savions qu'après avoir entendu le détective, rien ne serait plus comme avant. On était tous les deux dans le salon et nous n'attendions plus que ce cher Rémy. Chacun de nous se disait prêt à entendre ce qu'il dirait, mais au fond, on est jamais prêt à entendre une lourde vérité. J'angoissais énormément car j'étais dans le flou et j'avais beaucoup d'hypothèses et de scénarios possibles. J'espérais néanmoins que ma mère soit toujours en vie. Mais je redoutais plus que tout qu'elle soit remariée et qu'elle ait fait d'autres enfants. Je ne l'avais dit à personne même pas à Rose mais telle était ma plus grande crainte. Pour être parfaitement sincère, j'aurais préféré qu'elle soit décédée au lieu qu'elle se soit remariée. C'était peut être égoïste de ma part mais je n'y pouvais rien, c'était ce que je ressentais. Il était déjà 19heures30 et l'attente était tout simplement insupportable. Je ne tenait plus du tout en place. Rose sentais bien que j'angoissais et elle essayait de me divertir avec des histoires. Mais rien à faire, mon coeur était ailleurs et mes yeux fixaient la porte. Et le temps, lui, avait l'air d'être figé. Je me levais et je me rasseyais la minute qui suivait, rien à faire, j'étais très anxieux. Soudain, on sonna à la porte. J'eus l'impression que mon cœur tomba dans mon ventre comme on dit vulgairement. Rose se dépêcha d'aller ouvrir, c'était effectivement celui qu'on attendait. Rémy était là. Je l'entendais saluer Rose à la porte et demander après moi. Elle le conduisit dans le salon afin que tous deux m'y retrouvent. À la vue de Rémy, je me lévai promptement afin de saluer celui ci.
- Bien le bonsoir Rémy, j'espère que vous n'avez pas eu trop de difficulté à venir jusqu'ici.
- Bonsoir docteur, ne vous inquiétez pas, j'ai un bon sens de l'observation. Je n'ai eu aucune difficulté à retrouver votre adresse. Laissez moi vous dire que vous avez une jolie maison.
- Ne vous gênez pas, faites comme chez vous. Je vous présente Rose, ma petite amie.
- Enchanté Rose, je suis Rémy Tang, détective privé.
- J'ai beaucoup entendu parler de vous. Je suis ravie aussi de faire votre connaissance.
Nous nous assîmes tous. Je ne pu m'empêcher de remarquer que Rémy tenait un sac à dos. Il ouvrit son sac et y retira une chemise pleine de dossiers. C'était sûrement là qu'il détenait ce qui m'intéressait tant.
- Docteur, ce que vous apprendrez aujourd'hui vous surprendra énormément. J'aurais aimé que votre patiente soit là afin qu'elle sache aussi quelle est la vérité.
Je ne comprenais toujours pas ce qu'il essayait de me dire et pourquoi il faisait référence à Adaline. Il ouvrit la chemise qu'il tenait en main et y retira une photo. C'était une vieille photo en noir et blanc. Il me la tendit et je fus stupéfait.
- Reconnaissez vous la personne sur la photographie, docteur ? me demanda t-il.
- Je suis perplexe, on dirait Adaline dans sa jeunesse.
- Effectivement.
Je ne comprenais toujours rien et j'attendais qu'il m'éclaire car j'étais dans le flou total. Rose était assise tout près de moi et ne disait rien.
- Comme vous l'avez dit, la femme sur la photographie est bien Adaline Mahamat.
- Mais Rémy, je ne comprends toujours rien. Comptez vous me parler de ce que vous avez découvert sur sa famille avant de me parler de ma mère ?
- J'en viens docteur. Adaline Mahamat était la fille d'un riche entrepreneur. Elle fut déshéritée par sa famille lorsqu'elle décida d'épouser un pauvre coursier. Mais pour une raison que j'ignore, Adaline quitta son épou et son garçon il y'a une vingtaine d'années pour rejoindre ses parents. Son héritage familial lui fût réattribué par ses parents et elle fut internée dans le centre médical Health Care. Quelques années après, ses parents trouvèrent la mort dans un terrible accident. De son côté, l'épou d'Adaline avait essayé de la retrouver mais ses tentatives furent toutes vaines. Il éleva seul son petit garçon et celui ci devint médecin. Voulez vous docteur connaître le nom du fils d'Adaline?
- Je ne sais pas où vous voulez en venir mais oui, j'aimerais bien savoir de qui il s'agit.
- Et bien, son fils se nomme Viane Song.
Ce que je venais d'entendre me laissa sans voix. Quand il dit mon nom, je me lévai et je me rassis aussitôt. Je n'avais aucune idée de ce qui m'avait pris mais si je devais l'expliquer, je dirais que c'était une réaction spontanée de mon corps.
- Je sais que vous êtes très choqué mais telle est la vérité, me dit Rémy.
- J'ai besoin de plus d'explications, je veux tout savoir, lui dis je.
- Et bien, après que vous m'aviez tous les deux raconté vos histoires, je me suis dit qu'elles étaient complémentaires. Mais je pensais que ce n'était qu'une coïncidence. J'ai donc commencé mon enquête par l'histoire qui avait le plus d'indices. C'était celle d'Adaline Mahamat. Et c'est en fouillant dans son passé que j'ai appris que l'homme pour qui elle avait tourné le dos à sa famille était bien votre père. Et ensuite, les pièces du puzzle se sont assemblées toutes seules.
- Je comprends tout maintenant. Je me suis attaché à cette femme au premier regard. Je l'ai aimé sans même la connaître, sans même comprendre pourquoi.
- Il me reste néanmoins une zone d'ombre. J'ai eu beau chercher mais je n'ai pas pu découvrir la raison pour laquelle elle est retournée chez ses parents, vous laissant seuls votre père et vous.
- Je sais très bien pourquoi. Adaline avait appris qu'elle était atteinte d'une atrophie multisystématisée. C'est une maladie neurologique assez rare qui rend les malades dépendant de leur entourage. Adaline nous aimait tellement mon père et moi qu'elle ne voulait pas nous infliger une telle souffrance. Elle ne voulais en aucun cas devenir un fardeau pour nous. Et aussi, elle pensait que sa mort était proche. C'est pourquoi elle retourna chez sa parents. Elle savait bien qu'il n'y avait qu'eux pour pouvoir l'aider. Et elle avait d'ailleurs raison car ils avaient suffisamment d'argent pour lui faire suivre un traitement adapté à sa maladie.
- Tout est à présent clair. Je pense que mon travail est terminé. Je vous laisse le soin d'annoncer à votre mère je vous êtes son fils.
Rémy se leva dans le but de s'en aller mais Rose se leva aussi promptement.
- Rémy, attendez et passez à table avec nous, dit elle.
- C'est très aimable de votre part mais il me tarde de retrouver ma famille.
- Je comprends, redit Rose.
Rémy s'en alla et on était de nouveau seuls, Rose et moi.
- Je sais que tu veux parler, parle moi mon amour, je suis là pour toi.
Rose me dit cela en m'enlaçant et moi, comme un petit enfant, je fondis en larmes dans ses bras. C'était la toute première fois qu'elle me voyais ainsi. Moi même je ne me souvenais pas de la dernière fois que j'avais pleurer ainsi. C'était plus fort que moi, j'étais ému.
- Je l'avait près de moi tout ce temps mais jamais encore je ne m'étais rendu compte de cela, dis je.
- Mon amour, que comptes tu faire maintenant que tu sais tout, Vas tu lui pardonner?
- Ah ma chère Rose! Il n'y a là rien à pardonner. J'ai eu le temps d'apprendre à connaître Adaline. Et s'il y'a une chose que je sais mieux que personne, c'est qu'elle regrette son acte tous les jours.
- Et ton père ?
- Il doit être au courant de la vérité. J'irai chez lui afin de tout lui dire. Il doit savoir que la seule femme qu'il ait jamais aimé est entre la vie et la mort. Il doit connaître quelles étaient ses motivations.
- Tu as raison.
- Mais je ne comprends pas un truc, comment est ce que ta mère a fait pour ne pas reconnaître ton nom?
- Tu sais, au centre, je suis le docteur Song. Seuls les collègues connaissent mon prénom. Je ne pense pas qu'elle savait que mon prénom est Viane.
Je comprends mieux.
Rose me força à passer à table avec elle. Elle avait aussi décidé de dormir chez moi car elle ne voulait pas me laisser seul. Une vraie mère poule celle là ! J'étais heureux de l'avoir avec moi. J'étais heureux de la savoir à mes côtes. Mais j'appréhendais la réaction de mon père. Comment réagirait il à cette nouvelle? Pardonnerait il à ma mère ? Je n'avais malheureusement aucune réponse à mes questions mais une chose était sûre, tout était question de temps.