Il était à peine dix heures du matin lorsque Jensen a troqué une réponse scolaire contre la promesse d'une fusion prochaine avec moi et mon corps sans pareil.
La fusion en soi ne me poserait pas tant de problèmes. En revanche, qu'il veuille le faire avec mon corps, celui d'Heden donc, a tendance à me faire légèrement plus tiquer.
La raison ? Parce que je doute d'être aux normes pour pouvoir me permettre de baisser culotte devant lui sans que l'histoire tourne au scandale, et parce que je n'en reviens également pas qu'il utilise un moyen aussi diabolique pour m'avoir.
Je note cependant cette technique dans un petit coin de ma tête, (bon je doute de pouvoir l'utiliser, il faudrait pour se faire que je puisse donner des cours de soutien scolaire comme il se doit) mais ça m'énerve qu'on tente d'agir de la sorte avec moi.
Après un coup de fil chez moi pour obtenir l'autorisation de sortie désirée, mon énervement s'affirme un peu plus, pour redevenir colère. Ces temps-ci, Heden ne va pas bien. Elle déprime, fait le point sur sa vie, ses espérances et en gros, c'est une épave. C'est à peine si j'ai dû argumenter avant qu'elle n'accepte d'une voix morne avant de me raccrocher au nez.
Ça me fait mal de la voir ainsi. Je préfèrerais la voir pleine de rage, de volonté et de détermination à se sortir de sa situation.
Mais après tout, il est vrai que je suis là. Pourquoi devrait-elle montrer sa rage, alors que je peux tout aussi bien m'en charger ?
C'est décidé, lorsque Jensen viendra vers moi pour chercher son dû, la seule chose qu'il rencontrera sera la violente fusion de deux particules se heurtant dans un fracas chaotique avant de s'éloigner tout aussi vite. En bref, ce sera mon poing dans sa gueule, et ce sera lui qui me l'aura demandé de surcroit.
Lorsque j'y songe, je suis tout simplement génial. Jamais ce mec ne m'aura, et vu comment la situation tourne, je suis prêt à mettre ma main au feu que ça le fera bien davantage souffrir que tous les viols de sa personne que j'avais prémédité auparavant.
…
-Qu'est-ce que tu regardes comme ça ? me lance Cindy à la pause de midi.
-Rien rien.
-oOo-
…
-Lain, mais franchement qu'est-ce qui t'arrive ? Tu attends quelqu'un ? Me questionne Cindy en se retournant pour chercher avec moi dans la cafétéria.
-Bof, non laisse tomber. J'admire juste le paysage.
-Mouais, tu cherches quelqu'un, c'est sûr.
-Cindy la ferme. Contente-toi de finir ta compote pomme-pruneau, ça t'apaisera le conduit.
-… je me demande parfois je te parle, soupire tristement ma voisine de table tout en reprenant sagement sa cuillère.
-oOo-
-Bon Lain, j'en ai marre. Pourquoi tu t'agites comme ça ? Dis-moi, merde, je me sens hors-jeu là !
-Hein ? Oh non rien. Tu trouves que je m'agite ?
-…
-oOo-
À la pause de trois heures, je n'en peux effectivement plus. Et je m'exaspère. Franchement, et définitivement.
Où est donc mon devoir ? Bouh, je veux mon devoir !
…
Et non, ce n'est pas vrai, je ne veux en aucun cas celui qui me l'apportera. Je veux juste mon fichu devoir, alors arrêtez de me faire chier, sinon je vous casse la gueule.
Cindy me saisit fermement la mâchoire avant de m'examiner d'un air grave. Je me dégage brusquement, sur les nerfs sans raison. Si elle continue, je la claque. En fait, j'espère presque qu'elle va continuer, comme ça j'aurais une raison pour la frapper.
…
J'en ai besoin. Besoin de frapper, besoin de fusionner.
Ouin, je veux fusionner ! Je suis un gros pervers !
Sans s'offusquer de mon attitude de cochon, Cindy me contourne, avant de poser ses mains sur mes épaules.
-Calme Lain. Garde ton sang-froid, tout va bien.
Elle commence à me masser doucement alors que je suis toujours assis sur notre banc, et me souffle des encouragements du style « inspire » ou encore « expire ». Ce genre de conneries, et d'autres encore, qui ont le mérite de fonctionner (qui l'eut cru ?)
Lorsqu'elle revient s'assoir près de moi, elle lâche un soupire.
-Je ne sais pas ce qui t'arrive, mais ça doit être énorme. J'ai l'impression de voir une jeune vierge prête à être conduite à l'autel.
-Cindy, grogné-je de nouveau rageur, la ferme.
Elle pose gentiment ses doigts sur ma cuisse.
-Si tu me disais ce qui se passe, je te tiendrais la main sur le chemin qui te sépare du prêtre.
C'en est trop. Je bondis du banc, prêt à me jeter sur cette insolente. Ainsi, j'aurais fusionné, et toc.
-Cindy, p****n, tu ne peux pas comprendre qu'il ne faut pas me faire chier ? Déjà que l'autre ne ramène pas ses f…
Je ne finis pas ma phrase. J'en suis incapable. Comment pourrais-je après tout, lorsque je vois Jensen s'approcher de moi, son sac de cours nonchalamment sur l'épaule tandis qu'il me fixe de son air de prédateur en puissance ?
J'ai faim. Je veux le frapper. Enfin.
-Non mais je rêve…
Je me tourne vers Cindy, laquelle regarde alternativement Jensen et moi.
-Ne me dis pas que…, poursuit-elle, visiblement atterrée. Ne me dis pas que c'est LUI que tu cherchais ?
-Bien sûr que non, grincé-je en prenant vivement mon sac de cours sur le banc. Bon Cindy, à tout à l'heure, on se revoit en cours.
Et sans lui laisser l'occasion de me répondre, je m'avance à grand pas vers Jensen, qui ralentit le pas, comme pour me faire un peu plus enrager.
-Ça y est, parvient à m'annoncer Jensen en amorçant un geste vers son sac, j'ai fin…
Je le choppe par le col, et sans ralentir, l'entraine avec moi vers les bâtiments.
-Mais… Heden ? Qu'est-ce que tu fous ?
-La ferme, fis-je, totalement indifférent à ce qu'il peut bien me dire.
D'ailleurs, je doute que quoique ce soit en cet instant puisse me raisonner, me dicter la logique ou une quelconque prudence. Là tout de suite, je veux le frapper. Je veux fusionner, je veux jouer.
Je monte jusqu'au dernier étage, peu occupé à cette heure de la journée, toujours en tenant un Jensen plutôt docile (quoique peut-être est-il toujours sur le cul face à mon léger agacement de circonstance) avant d'ouvrir à la volée la porte des toilettes hors service pour hommes pour le jeter dedans.
-Heden, mais qu'est-ce que… ?
Je ferme la porte à clé, le plaque contre le mur en le violant du regard de mon coup d'œil assassin.
-Tu en as mis du temps à me ramener ce p****n de devoirs...
-Bah oui, se défend-il surpris, ce n'est pas si simp…
-La ferme. Comme promis, ta récompense, craché-je, n'en pouvant plus.
Et je le frappe.
Ouh que ça fait du bien. Mon poing contre sa mâchoire, le contact de mes doigts contre sa chair, celle-ci qui se contracte, vole, et le corps de Jensen qui tombe à terre.
Surexcité comme rarement depuis des mois, je me jette sur l'être qui veut le reste de son dû.
-Merde Heden, lâche Jensen en portant une main à sa joue. Mais t'es tarée ?
Je monte sur lui à califourchon, lui fout un autre poing qu'il bloque cette fois-ci.
-Mais voyons, susurré-je, extatique, n'est-ce pas toi qui voulait fusionner ?
-Oui, grommèle-t-il bougon, bah pas ce genre de fusion. Désolé de me montrer difficile, mais cette récompense, je voyais un brin plus romantique.
Sans doute me suis-je réellement contenu trop longtemps, parce que je vois se refléter dans le regard de Jensen ma propre furie, ce mélange de folie et d'envie qui me m'embrase de part en part, ce magma de désir qui se déverse tel un torrent dans une nouvelle attaque, reflet de toute cette frustration livrée en offrande.
Lorsqu'il bloque une nouvelle fois mon assaut, avant de me renverser à même le sol pour peser de tout son poids sur moi, j'enrage.
Je déverse tout le courroux que cet homme m'inspire, toute cette privation que j'ai subie par sa faute dans mes prunelles et je le vois écarquiller les yeux face à mon emportement.
Pourtant, au travers de ce dédale de démence inexplicable autant qu'inévitable, je constate que contrairement aux autres, ma proie ne perd pas tous ses moyens ; je vois que cette victime-ci est apte à accepter ce que je lui fais, ce que je suis également.
Pour preuve son regard qui me transperce, et cette poigne qui me brise pour me maintenir au sol, sa masse de muscle vrombissante sur mon corps de brindille.
-Heden, tonne-t-il durement, bon sang, c'est bon, j'ai compris. La fusion est faite, tu m'en as mis plein la gueule. (Il me secoue violement.) Satisfaite ?
À ma grande surprise, sa colère m'amuse, autant qu'elle me fait définitivement perdre tout discernement pour me faire tomber dans l'abysse de l'irrationalité et de l'interdit.
Je me vois lui asséner un nouveau coup de jambe dans le mollet qui lui arrache une grimace furibonde, avant de me voir presque de l'extérieur lui saisir la nuque pour approcher ses lèvres sur les miennes.
Je me sens profiter de sa surprise pour le retourner d'un coup et l'instant d'après, je me retrouve à nouveau sur lui, ma main toujours dans ses cheveux pour l'agripper avec violence, mes lèvres lui arrachant les siennes dans un besoin primal de le faire mien.
Je le veux. Je veux fusionner.
Une fois la surprise passée, ses propres mains viennent sur mes hanches, perplexes, méfiantes, désorientées, avant de finalement comprendre qu'il a le droit et qu'il peut se lâcher, comme je me doute qu'il n'a jamais pu se lâcher avec toutes ces jeunes donzelles si fragiles.
Sa poigne se saisit de mes hanches avec rudesse, je me presse un peu plus contre lui en un va et vient dangereux, où mon excroissance bombée ne doit de rester invisible qu'au miracle de moi et ma coquille de rugbyman acquise depuis peu.
Ma langue explore, mes dents déchiquètent sa chair tandis que je m'éloigne de sa bouche pour goûter sa mâchoire rougie sous mes coups de l'instant d'avant. Dans un total abandon, je décide que j'en veux plus. J'ouvre rageusement ce qui lui tient de manteau, glisse mes mains sous son pull pour lui lacérer le torse.
Je veux toucher, je veux fusionner.
Les paumes dures et ferme de mon partenaire s'excitent un peu plus, me compriment les fesses avec violence, j'en frémis de délice. Si seulement… si seulement je pouvais en faire ma chose, totalement, entièrement, je lui arracherais ses dessous, et je le monterais comme jamais je n'ai monté les autres.
Parce que je sens en lui combien il serait à la hauteur, combien il serait apte à me satisfaire. Il est comme moi après tout.
Mais je ne peux. Je lui saisis donc ses poignets, et tandis que j'annule cette pression bienfaisante sur mes fesses, je le plaque à terre, ses mains au-dessus de la tête.
Et là je vois ses iris d'un noir transcendant. Je vois son désir bestial, je vois cette peau sombre qui me fait saliver, mais je meure également devant cette force visuelle qui me décortique sans retour possible. Ce mec me v***e du regard, et je le v***e du mien, tandis que dans cette seconde où je cesse de le griffer, nous comprenons combien nous sommes semblables. Pour ma part en tout cas c'est certain, je chavire.
-Heden, souffle-t-il en ramenant ses lèvres sans pareilles, je te veux.
Il m'embrasse encore, et je lui réponds. Mais c'est plus doux tout à coup. Je m'éloigne, surpris, lorsque je constate que la violence de ses prunelles est devenue tendresse, et mélange incompréhensible qui me glace aussitôt.
Je reprends brusquement mes esprits, m'avise de moi sur lui, de mon pantalon qu'il a déjà commencé à déboutonner, et je mesure l'ampleur de l'erreur que j'ai failli commettre.
Surtout pas.
Je le regarde à nouveau, mais nulle explication est nécessaire. Il a compris, je ne suis de toute évidence plus dans le coup. En me redressant, j'effleure tout de même son érection clairement affichée, m'en voudrait presque.
Pourtant je n'y peux rien, aller plus loin serait insensé. Pour ce qu'il a fait à Heden, pour ce que je suis, pour la relation qui est la nôtre. Insensé, et monstrueux.
-Heden, fait Jensen en se redressant le souffle encore court, je…
Sans le laisser finir, je lui fous une gifle.
-Merde, s'emporte-t-il, tu ne vas pas recommencer ? Faudrait savoir ce que tu veux.
J'hausse les épaules, dans une tentative de me dépatouiller du bazar que je viens d'engendrer.
-Je n'avais pas fini la fusion. J'espère que tu es satisfait au moins.
Il sourit, de ce sourire dont j'ai l'impression d'être le seul destinataire. Le sourire « spécial Heden », ai-je envie de croire.
-Plutôt oui. D'après ce que j'ai vu, tu la voulais violente, et pour le coup c'était plutôt réussi.
-Ne t'attend pas à ce que ça se renouvelle, fis-je sèchement.
Je me lève, le laissant seul à terre pour mieux le jauger.
-Heden n'est pas ce genre-là, conclus-je sombrement.
Je le sens se braquer, tandis que son sourire disparait aussitôt pour être remplacé par une attitude plus connue. Celle du connard. Seule différence ? Pour une fois, je ne trouve pas le changement naturel, mais plutôt presque forcé. J'ai bien dit « presque ».
Son regard se fait faussement moqueur, tandis qu'il m'étudie de bas en haut.
-Effectivement, la Heden que je connais n'est pas ainsi. Je le sais, je l'ai déjà testée.
Il ne fallait sans doute pas me dire ça sur ce ton. D'ailleurs, il ne fallait pas me le dire tout court. Avec la dépression de ma sœur quand je rentre, je suis peu enclin à aimer ce genre de sarcasme. Je me rebaisse, lui remet mon poing dans la figure, et tandis que je me rhabille, je me dirige vers la porte, enragé.
-Heden, attend !
Cette voix, mélange du connard/anti-connard me fait me retourner, la main sur le verrou pour partir.
-Tu viens quand même à la soirée ? me demande-t-il, ses yeux noirs plongés dans les miens avec cette indéfinissable expression d'inquiétude et de mépris. N'est-ce pas ?
-Je tiens mes promesses, grincé-je. D'ailleurs, tu me donnes quand ce devoir ?
Le sourire qu'il m'adresse ensuite, innocent et réjoui à la fois, ne peux que me faire ouvrir la porte à la volée pour m'enfuir. À moins que ce ne soit sa dernière réplique.
-J'étais justement venu pour te dire ça, m'avait-il lancé. Je coince encore un peu sur le dernier exo. (Un clin d'œil complice de sa part) Disons que tu m'as payé d'avance, mais je ne pourrais pas te donner les réponses avant ce soir.
Connard va. Pire que moi.