Curtis passa tout le temps à regarder au-dessus de sa tête longtemps après avoir raccompagné Johanna chez Sandy. Coup de chance pour lui, la vieille dame adorait veiller tard et passait la grande partie de la nuit à regarder de vieux films en noir et blanc ; elle ne s’était pas encore endormi au moment où ils frappèrent à sa porte. Sandy accueillit chaleureusement Johanna et lui montra sa chambre. Curtis n’était pas resté plus longtemps. Il connaissait Sandy et savait qu’elles s’occuperaient bien de Johanna.
C’était la nuit de son arrivée à Siverton qu’il fit la rencontre de Sandy avec Joann. Ils Avaient passé la première nuit chez elle parce que l’électricité n’était pas encore raccordée au Great Bar.
Elle occupait une maison victorienne la vieille dame, remplie de meubles anciens. Elle portait les mêmes robes amples ridicules aux couleurs vives que Mamie, mais les appelait des caftans. Elle était couverte de bijoux : de grosses boucles d’oreilles en or, des colliers autour du cou, des bracelets empilés sur les poignets et d’imposantes bagues à chaque doigt. De toute évidence, Sandy portait tous les bijoux dont elle disposait à chaque fois que le soleil se levait.
Cela lui a bien fait plaisir que la vieille dame ne fasse pas de manières avec lui, ni d’ailleurs avec aucun de ses hôtes. Elle vous donnait le champ libre.
Lors d’un, Gestrude lui Avait dit que Sandy louait des chambres chez elle parce qu’elle se sentait plus en sécurité avec du monde dans sa grande baraque, et aussi parce qu’elle se sentait un peu seule, même si elle ne l’admettrait sans doute jamais. Son époux l’avait quitté dix ans plus tôt en lui laissant une grande maison et un héritage très intéressant.
D’une façon ou d’une autre, elle faisait preuve de charité en laissant des gens vivre chez elle pour presque rien, et c’était une situation qui arrangeait tout le monde.
Il caressait bientôt son front avec sa main. Au moment où qu’il commençait enfin à s’habituer à sa routine, voilà qu’il Avait une nouvelle employée : Johanna Fox. Avec ses yeux caramel et ses cheveux blonds soyeux, cette fille n’était pas seulement mignonne ; elle était sublime. Elle faisait l’effort de le cacher sous ses vêtements amples et derrière ce gros sac en toile qu’elle ne mettait jamais de côté. Elle l’avait partout sur elle comme un bouclier, mais il savait réfléchir lui.
Il eut un grognement en repoussant le drap, se leva et alla jusqu’à la fenêtre qui lui permettait de contempler toute la ville en face.
Le Great Bar avait un appartement rattaché à l’établissement. Curtis s’était attendu à un petit bâtiment à côté du restaurant, mais il s’agissait d’un loft directement au-dessus du bar.
La vie était agréable là. C’était un bâti dans le genre grande industrie, avec des murs en brique sombres et des tuyaux à nu le disposé sur toute la longueur des plafonds. Les baies vitrées étaient d’époque, le genre qui rendait le paysage un peu flou quand on regardait à travers. Le plancher en bois était aussi vieux que la construction du bâtiment, et n’avait jamais été poncé ni verni. Il aimait son aspect usé, les rayures et les taches. Elles lui rappelaient sa propre existence, ses propres mauvais agissements. Il continuait pourtant.
Il y’avait dans ce grand espace une cuisine avec des équipements de la vieille époque. De façon apparente, l’ancien propriétaire adorait cuisiner. Un gros canapé en cuir était placé en face des baies vitrées intégrales. Le loft n’avait pas de télévision lorsqu’il était arrivé. Curtis Avait prévu d’en acheter une, mais il n’Avait pas eu une minute à lui depuis qu’il avait ouvert. Son affaire lui prenait tout le temps.
Il ne faisait que dormir pendant son temps libre. Il arrivait même que le sommeil l’abandonne. Joann Avait fait livrer un lit dans le loft Avant son arrivée. C’était un modèle king size installé sur une petite plateforme. Curtis Avait pu constater que le matelas était très agréable quand on se couchait dessus.
S’il était condamné à rester coincé en enfer, autant être confortablement installé.
Après avoir levé ses bras il posa les mains sur le cadre de la fenêtre en regardant la petite ville endormie. Certaines personnes la qualifieraient de romantique ou de charmante. Elle était certainement les deux, si c’était l’objet de votre quête.
Lui il n’était pas dans ce schéma-là.
Johanna Fox signifiait d’ennuis. Il le sentait au plus profond de ses os. Il n’était pas sûr qu’elle lui ait dit la vérité. Etait-ce vrai que son compagnon l’avait trompée et quittée pour une autre ?
C’était très difficile à avaler dans le monde des métamorphes. Les loups s’unissaient pour la vie. C’était un lien plus fort que le mariage qu’on célébrait.
De plus, pourquoi un loup la tromperait-il ? Elle était terriblement séduisante et Avait un corps de rêve. Elle Avait l’air d’une de ces stars du monde des mannequins.
Il ne comprenait pas du tout.
Serait-il encore chef de la meute de Conway, il aurait pu obtenir des réponses en un clin d’œil. Il lui aurait suffi de passer un coup de fil à Mike Trevor, et le chef de la meute du Mississippi lui aurait dit tout ce qu’il voulait savoir sur Johanna Fox.
Cette option était désormais rayée de la liste. Il ne pouvait jamais retrouver son ancienne vie et sa place de chef.
Si jamais il entreprenait des démarches dans ce sens, son sacrifice allait s’avérer inutile et Brice devra être mis à mort.
Retrouver sa vie signifierait la mort de l’un de ses Gardiens.
Il ne pouvait pas le permettre, il se l’interdisait.
Par simple réflexe humain il plissa ses yeux à travers la nuit en direction de la maison de Sandy. Il put discerner une faible lumière provenant d’une des chambres à l’étage. Il consulta l’heure sur le réveil près du lit en se demandant si c’était la chambre de Johanna. Elle ne dormait pas ? Que pouvait elle bien être en train de faire à cette heure ?
— Ah seigneur. Me voilà en train d’agir à la manière de ses gardiens d’antan. Qu’est-ce que ça peut me foutre, ce qu’elle est en train de faire ? fit-t-il en se frottant le plexus solaire avant de s’écarter de la baie.
Lui il avait d’autres souis, comme savoir si les membres de sa meute allaient tous bien et quand bordel de m***e Joann ramènerait ses fesses dans le Denver.
Pour ce qui est du moment, il va juste s’éloigner de la belle louve et aussi de ses ennuis.