8 - ILLE

509 Mots
8 ILLEClaire Demange secoua sa tête, comme si elle voulait débarrasser son esprit des idées négatives qui l’habitaient, puis s’aspergea le visage d’eau fraîche pour se calmer. En s’essuyant avec le torchon jaune accroché au-dessus de l’évier de la cuisine, elle repensa aux bribes de paroles qu’elle venait d’entendre. DE… VI… MA… Qu’est-ce que ça veut bien dire ? Elle fronça ses blonds sourcils. Ça n’a pas de sens… C’était stupide. Elle s’angoissait encore pour rien. Évidemment. Vraiment ? Tu en es sûre ? Pour en finir avec ses interrogations, elle se dirigea d’un pas décidé vers le bureau situé au fond du couloir d’entrée de l’habitation. La pièce était assez spacieuse, bien qu’encombrée d’étagères qui en faisaient le tour. Il y avait là des livres d’histoire entassés en vrac jusqu’au plafond. Des ouvrages sur le christianisme, mais aussi sur toutes les autres religions et mythologies qui ont fait et défait le monde. La plupart des supports étaient accrochés de travers, son mari Pierre étant nettement plus habile pour l’analyse critique historique que pour planter un simple clou. Quant à enfoncer une vis chevillée dans un mur, cela tenait de l’exploit pour lui… Au milieu de la pièce, face à l’unique fenêtre à rambarde en fer forgé, trônait un bureau de style Directoire sur lequel reposaient un vieil ordinateur portable et une imprimante à jet d’encre. Claire actionna fébrilement le bouton de démarrage. La machine mit, comme d’habitude, un temps fou pour se lancer. La jeune femme s’assit sur la petite chaise située face à l’écran en se rongeant anxieusement l’ongle du pouce gauche, le seul qu’elle s’autorisait à abîmer lorsqu’elle avait besoin de combattre ses angoisses. Ses genoux s’agitèrent d’impatience avec la frénésie d’un lapin épileptique. Dans l’attente de l’apparition de l’écran d’accueil, elle se concentra et nota sur un bout de papier les syllabes dont elle se souvenait : LA – PRO – MA – VI – DE – DIS – CLA – FUN Elle essaya diverses combinaisons : Vi-de ? Ma-la-de ? Non, un nom propre, peut-être ? Laclavi ?… Cladis ? … Funclade ?… Quelque chose comme Clara Prodis ou Laprode ? Cela ne collait pas. Il y avait trop de lettres pour qu’il s’agisse d’un nom. Il fallait tenter autre chose. Voyons voir… Si c’était une langue étrangère ? Malacla – Disvide. Non, ça veut rien dire, non plus… Essayons autre chose : Fun-dis. Fun-dis ? On dirait du latin… Le bureau s’affichait enfin sur l’écran. Elle empoigna la souris et cliqua immédiatement sur l’icône de l’explorateur. Celui-ci s’ouvrit et, d’une main tremblante, elle lança une recherche en pianotant sur le clavier avec ses doigts graciles. « La – Pro – Ma –Vi – De – Dis – Cla –Fun » Des pages en espagnol apparurent, mais aucune d’entre elles n’était pertinente. Elle sélectionna la liste des liens en français uniquement. Cela ne donna rien. Les réponses qui s’affichaient n’avaient pas de cohérence entre elles. Elle tenta à nouveau sa chance avec le mot fundis. Cette fois-ci était la bonne. Elle eut un sourire de victoire en consultant un site. DE PROFUNDIS CLAMAVI Il s’agissait bien de latin. La traduction était sans équivoque possible. Elle avait trouvé. L’expression de satisfaction qui était apparue sur son visage se figea lorsqu’elle lut la phrase. DES PROFONDEURS, J’AI CRIÉ… Son sang se glaça. La voix qui avait prononcé ces mots. Cette voix, elle la connaissait bien. C’était celle de son agresseur qui était censé être mort et enterré. DE PROFUNDIS CLAMAVI Michel Valade la réclamait désormais des profondeurs de sa tombe… Claire Demange en était certaine. C’était bien lui. Pour elle, il n’y avait aucun doute. Il venait reprendre son dû… … et c’est moi son dû !!!
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