Le vent fouettait la nuit avec une violence inaccoutumée. Élena avançait à pas mesurés à travers la forêt, son cœur battant à tout rompre. Chaque ombre lui semblait menaçante, chaque bruissement une présence tapie dans l’obscurité. Elle savait qu’il était là, quelque part, à l’attendre.
Elle serra la dague contre sa poitrine, ses doigts tremblants sous le poids de la décision qu’elle devait prendre. L’Ordre lui avait donné trois jours. Trois jours pour accomplir l’impensable. Trois jours pour tuer Azrael.
Mais pouvait-elle seulement envisager de lever la main contre lui ?
Une silhouette apparut soudain entre les arbres. Il se tenait là, immobile, son regard d’un bleu abyssal rivé sur elle. Son aura sombre pulsait, irradiant une menace à peine contenue. Il semblait différent, comme si quelque chose s’était brisé en lui. Et pourtant, même dans l’obscurité, il était magnifique.
— Tu es venue me tuer, murmura-t-il.
Sa voix était rauque, teintée d’un mélange de douleur et de défi. Élena ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit. L’espace d’un instant, elle voulut fuir, prétendre que tout cela n’était qu’un cauchemar. Mais elle savait qu’il était trop tard.
— Ne fais pas ça, Azrael, souffla-t-elle enfin. Ne me force pas à choisir.
Un rire amer s’échappa de ses lèvres.
— Il n’y a pas de choix, Élena. Ils t’ont donné un ordre. Tu dois obéir.
Il fit un pas vers elle et, instinctivement, elle recula. Une lueur douloureuse traversa ses traits. Il fronça les sourcils et un frisson parcourut son échine. Puis, soudain, il laissa son aura s’étendre, la nuit semblant se resserrer autour d’eux. Les arbres frémirent, la terre sembla vibrer sous ses pieds.
— Tu veux voir ce que je suis réellement ? siffla-t-il. Très bien.
Un grondement sourd résonna autour d’eux. Une force invisible sembla s’enrouler autour de son corps. Ses ailes, noires comme les abysses, se déployèrent dans un claquement sinistre. Son visage s’était durci, ses traits tirés par une colère indéchiffrable. Il était magnifique, terrifiant.
Élena sentit son souffle se couper. Son corps lui criait de fuir, de mettre autant de distance que possible entre elle et cet être qui n’était plus totalement humain. Mais elle ne bougea pas.
Parce qu’elle voyait au-delà de cette façade.
Elle voyait la douleur dans ses yeux, cette détresse qu’il ne pouvait dissimuler. Elle voyait l’homme sous le monstre.
— Ça ne marchera pas, murmura-t-elle.
Il serra les poings.
— Alors tu es plus stupide que je ne le pensais, grogna-t-il.
Il se précipita sur elle. En un battement d’aile, il fut devant elle, son souffle brûlant contre son visage. Mais elle ne bougea pas, ne recula pas.
— Tu devrais avoir peur, Élena, gronda-t-il. Tu devrais fuir loin de moi.
— Pourquoi ? Parce que tu veux me faire croire que tu es un monstre ?
Elle leva une main tremblante et, avec une douceur infinie, elle la posa contre sa joue. Azrael se figea. Son regard brûlant rencontra le sien, et pendant un instant, tout bruit s’effaça autour d’eux.
— Tu n’es pas un monstre, Azraël. Je te vois. Je vois qui tu es vraiment.
Son corps tressaillit sous ses doigts. Son souffle se fit plus haché, comme s’il luttait contre un poids trop lourd. Et alors, elle vit une larme couler sur sa joue.
— Élena...
Sa voix se brisa, et tout à coup, il ne fut plus ce démon menaçant, mais un homme brisé, perdu entre deux mondes. L’espace d’un instant, il laissa tomber les murs qu’il avait érigés.
Et elle sut.
Il l’aimait. Plus que tout au monde, plus que la vie elle-même.
Elle aurait dû prendre sa dague, achever ce qu’elle était venue faire. Mais elle ne pouvait pas.
Au lieu de cela, elle se jeta dans ses bras.
Azrael eut un soubresaut de surprise, mais il referma ses bras autour d’elle, comme si elle était la seule chose qui le maintenait en vie. Un souffle tremblant s’échappa de ses lèvres, et dans cet instant volé, dans cet abandon total, ils savaient tous les deux qu’ils venaient de sceller leur destin.
Mais combien de temps leur restait-il avant que le monde ne les rattrape ?
Loin de là, dans la salle du Conseil des Prêtresses, des murmures inquiets se propageaient.
— Elle est en retard.
— Peut-être a-t-elle échoué.
— Ou pire... peut-être a-t-elle trahi son serment.
Liora se tenait dans l’ombre, le cœur battant. Elle savait qu’Élena ne reviendrait pas avec la tête d’Azrael. Mais si elle ne trouvait pas un moyen de la sauver, l’Ordre enverrait leurs meilleurs traqueurs pour la retrouver... et cette fois, il n’y aurait pas d’échappatoire.