La nuit les enveloppait, froide et impitoyable, alors qu'ils couraient à travers la forêt dense. Les cris des prêtresses résonnaient derrière eux, échos menaçants d’un passé qu’Élena venait de trahir. Elle serrait la main d’Azrael, sa respiration erratique, son cœur battant à tout rompre. Chaque pas était un rappel du choix irréversible qu’elle venait de faire.
Ils coururent jusqu’à ce que leurs jambes ne puissent plus les porter. Une clairière apparut entre les arbres noueux, baignée d'une pâle lueur lunaire. Azrael s’arrêta net, scrutant les ténèbres environnantes avant de se retourner vers elle.
— Nous sommes hors de leur portée pour l’instant, murmura-t-il. Mais ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils nous retrouvent.
Élena hocha la tête, tentant de calmer son souffle. Elle posa ses mains sur ses genoux, son corps tremblant d’épuisement et de peur.
— Je n’avais pas le choix, souffla-t-elle. Je… Je ne pouvais pas les laisser te tuer.
Azrael l’observa en silence. Son regard était un océan de douleur et de tendresse mêlées. Puis il s’approcha, posant ses mains chaudes sur ses épaules.
— Tu as réveillé quelque chose en toi ce soir, Élena. Cette lumière… elle n’était pas une simple réaction désespérée. Elle était en toi depuis toujours.
Elle releva la tête, ses yeux cherchant les siens.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Il inspira profondément, comme s’il hésitait à prononcer les mots qu’il s’apprêtait à révéler.
— Je me souviens de toi, Élena. Pas seulement dans cette vie… mais dans celles d’avant.
Un frisson la traversa.
— Azrael, qu’est-ce que tu racontes ?
Il recula d’un pas, levant les yeux vers le ciel étoilé, comme s’il cherchait du réconfort dans l’immensité cosmique.
— Tu étais une déesse, murmura-t-il enfin. Jadis, dans un autre temps, un autre monde…
Élena écarquilla les yeux. Ses songes, ses cauchemars, les fragments de souvenirs qu’elle ne comprenait pas… Tout cela faisait-il enfin sens ?
— Une déesse ? répéta-t-elle d’une voix étranglée.
Azrael la fixa de nouveau, une douleur muette gravée sur son visage.
— Et moi… J’étais ton protecteur. Ton gardien. Chargé de veiller sur toi, de te servir. Mais j’ai échoué. Parce que je suis tombé amoureux de toi.
Le monde sembla vaciller autour d’elle.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Azrael serra les poings, sa voix tremblant sous le poids des souvenirs.
— Les cieux ne toléraient pas un tel amour. Les lois étaient claires : un gardien ne peut aimer celle qu’il protège. C’était un crime contre l’équilibre du monde. Mais nous avons défié le destin. Nous avons fait une promesse… une promesse que nous avons oubliée.
Les battements du cœur d’Élena s’accélérèrent. Ses mains se crispèrent sur sa poitrine, comme si une force invisible tentait de briser quelque chose en elle.
— Quelle promesse ?
Azrael avança, levant doucement la main pour effleurer son visage.
— Que nous nous retrouverions. À travers les âges, les vies, les malédictions. Que peu importe ce que les dieux nous feraient subir… notre amour survivrait.
Une larme roula sur la joue d’Élena. Un souvenir fugace, un écho d’un autre temps s’éveilla en elle. Une sensation de déjà-vu, un amour ancien qui pulsait dans son âme.
— C’est pour ça qu’ils me poursuivent… souffla-t-elle. Pour ça que l’Ordre veut que je t’élimine…
— Parce qu’ils savent, acquiesça-t-il. Parce qu’ils craignent que nous ravivions ce qui a été brisé.
Le silence tomba entre eux, lourd de révélations, d’émotions contenues. Élena leva les yeux vers Azrael, sentant que quelque chose en elle venait de changer. Elle n’était plus seulement une fugitive. Elle était la clé d’une histoire vieille comme le temps.
— Que fait-on maintenant ? demanda-t-elle, la voix tremblante.
Azrael esquissa un sourire triste.
— Nous tenons notre promesse. Cette fois, nous ne les laisserons pas nous séparer.
Loin dans l’ombre de la forêt, un murmure glissa entre les arbres. L’Ordre était toujours à leurs trousses.
Mais cette fois, Élena savait qui elle était.
Et elle était prête à se battre.