La brise nocturne portait une odeur de terre humide et de résine brûlée. Élena, encore secouée par les visions de son rêve, observait Azrael avec une intensité nouvelle. Ce qu’ils avaient vécu, ce qu’ils continuaient à ressentir… ce n’était pas un hasard. Leur lien transcendait le temps et les lois imposées par le monde.
Mais quelque chose dans le regard d’Azrael était différent ce soir-là. Un poids, une ombre plus ancienne que leur amour lui-même. Il se tenait droit, immobile, comme si un combat intérieur le consumait.
— Il y a encore quelque chose que tu me caches, murmura Élena. Je le sens.
Azrael détourna les yeux vers la forêt obscure, luttant contre un silence pesant. Puis, lentement, il s’assit près d’elle, fixant le sol comme si le poids de son passé était gravé dans la terre elle-même.
— Ce n’est pas seulement notre amour qui m’a condamné, finit-il par dire. Ce n’est pas seulement parce que j’ai aimé une humaine…
Élena sentit un frisson la parcourir. Il y avait plus. Plus qu’un amour interdit. Plus qu’une transgression des lois divines.
— Azrael… qu’as-tu fait ?
Il inspira profondément, puis leva enfin les yeux vers elle. Dans ses prunelles sombres, elle vit une douleur insondable, un regret si ancien qu’il semblait ancré dans son âme elle-même.
— J’ai tenté de briser le destin, souffla-t-il.
Un silence s’abattit sur eux, aussi lourd qu’un ciel d’orage. Élena sentit son souffle se suspendre.
— Je ne pouvais pas accepter ce qui nous était imposé, continua-t-il, sa voix tremblante de souvenirs. Nous étions destinés à être séparés, condamnés à renaître encore et encore sans jamais nous retrouver pleinement. Alors j’ai défié les cieux eux-mêmes. J’ai cherché à changer l’ordre des choses, à réécrire notre histoire.
Élena écarquilla les yeux, son cœur battant à tout rompre.
— Comment ?
Azrael baissa la tête, sa mâchoire se crispant sous l’intensité de son propre aveu.
— J’ai volé un fragment de l’étoile primordiale, celle qui tissait le destin des âmes. J’ai essayé de déchirer le fil qui nous maintenait prisonniers de cette boucle éternelle…
Il ferma les yeux un instant, comme s’il revivait cet instant interdit.
— Mais le ciel ne pardonne pas la rébellion. Ils m’ont puni. Ils m’ont arraché mes ailes et m’ont condamné à errer, à chercher sans jamais atteindre ce que je voulais le plus.
Élena sentit son propre souffle lui manquer. Elle comprenait maintenant pourquoi Azrael était différent des autres êtres célestes. Il n’avait pas seulement aimé une humaine. Il avait tenté l’impensable.
— Et moi ? demanda-t-elle dans un murmure. Qu’ont-ils fait de moi ?
Azrael la regarda, une détresse muette dans les yeux.
— Ils t’ont effacée… encore et encore. À chaque vie, ils ont tenté de briser ce que nous étions. Mais même eux ne peuvent pas détruire ce qui est gravé dans l’âme.
Un silence se fit. Cette révélation était un séisme, un bouleversement de tout ce qu’Élena avait cru connaître.
Mais au milieu de cette tempête, une certitude naquit en elle.
— Alors cette fois, on ne les laissera pas faire, murmura-t-elle, une lueur farouche dans les yeux.
Azrael esquissa un sourire triste.
— Non. Cette fois, nous briserons leurs chaînes pour de bon.
La promesse vibra dans l’air autour d’eux. Le destin tremblait.
Et pour la première fois, ils allaient lui faire face ensemble.