La nuit s’étirait en un voile de ténèbres, d’une épaisseur suffocante, oppressante. Le vent, chargé d’échos d’un temps révolu, soufflait à travers les arbres décharnés, faisant frémir les feuilles mortes sous les pas d’Élena. Mais elle ne ressentait plus le froid mordant de la nuit, ni même la peur tapie dans l’ombre.
Car désormais, elle se souvenait de tout.
Les fragments éparpillés de son passé s’étaient assemblés avec une clarté terrifiante, chaque vision plus déchirante que la précédente. L’amour interdit, les serments brisés, les promesses murmurées à l’abri du regard divin. Le poids de ces souvenirs s’abattit sur elle, l’enchaînant avec une force plus puissante que toutes les malédictions qui avaient tenté de l’anéantir.
Et pourtant, ce n’était pas la vérité retrouvée qui la terrifiait.
C’était ce qui se passait en elle.
Un frisson parcourut sa peau lorsqu’une douleur fulgurante lui transperça la poitrine. Son souffle se bloqua, et un cri silencieux se perdit dans le néant. Ses doigts se crispèrent sur le sol humide, son corps refusant de lui obéir. Elle tenta de se relever, mais ses muscles se contractèrent, se tordirent dans un supplice insoutenable.
— Élena !
La voix d’Azrael fendit le silence comme une lame. Il s’agenouilla à ses côtés, ses mains brûlantes contre sa peau glacée. Il la secoua légèrement, cherchant son regard, mais ses yeux s’emplirent d’une terreur muette lorsqu’il vit ce qui se déroulait sous ses yeux.
Son corps était en train de changer.
Des veines sombres s’étendaient sous sa peau translucide, pulsant d’une lumière spectrale, comme si une force étrangère s’éveillait en elle, s’emparait d’elle. Son cœur battait à un rythme effréné, une pulsation infernale qui menaçait d’exploser à tout instant. Elle pouvait sentir la malédiction, cette force qu’elle n’avait jamais soupçonnée jusque-là, se répandre en elle comme un poison lent et implacable.
— Non…
Elle tenta de lutter, de repousser cette entité qui s’accrochait à son âme. Mais chaque mouvement, chaque battement de cœur l’amenait plus près du précipice. L’amour qu’elle portait à Azrael, cette passion interdite et indomptable, nourrissait le fléau en elle, attisant la braise d’une puissance qu’elle ne contrôlait pas.
Azrael la serra contre lui, son regard suppliant.
— Élena, tiens bon. Ne les laisse pas te prendre.
Elle s’accrocha à lui, son souffle court, son corps tremblant. Mais au fond d’elle, elle savait. Elle ne pouvait plus lutter.
Une onde de choc traversa son être et une lumière noire jaillit de ses paumes. La forêt trembla. Les arbres ploient sous la puissance brute qui s’échappait d’elle. L’air se chargea d’énergie, vibrant sous une force ancienne, primordiale.
Azrael tenta de la retenir, mais elle recula brusquement, levant un regard où se mêlaient effroi et abandon.
— Je suis en train de le perdre, murmura-t-elle.
Il tendit la main vers elle, prêt à tout pour la ramener.
— Non, Élena. Tu es plus forte que ça.
Mais la douleur redoubla, et elle bascula en arrière. Ses lèvres tremblèrent alors qu’elle prononçait ces mots qu’elle ne voulait pas croire :
— Je crois… que c’est trop tard.
La nuit s’ouvrit sous ses pieds, avalant son cri dans l’abîme.