V
– Eh bien ! et vous, Féréol ? dit Jacques. Est-ce que vous n’avez jamais été… ?
– Vous voulez rire, coquinasse ! dit le bon Marseillais. Ze l’ai été comme un Zozèphe. Mais ze m’en suis touzours tiré par ma présenze d’espritte !
– Contez-nous ça, Féréol, continua Blanc-Minot.
– Vous avez bien connu la première Mme Féréol ?
– Non ! firent en même temps Blanc-Minot et Jacques.
– Vous m’étonnez ! Une femme superbe, avec un zoli teint de brune ; une oranze ! Une femme orientale ! Quand nous allions ensemble sur la Cannebière, on me prenait pour un eunuque. Z’étais oblizé de montrer qui z’étais ! C’est ce s****d de Claudius qui me la débauça. Il en était amoureux pour sa zambe. Vrai ! vous ne connaissiez pas la zambe de Mme Féréol ?
– Sur l’honneur ! affirmèrent Jacques et Blanc-Minot.
– Vous m’étonnez ! Ze crois aussi qu’il lui en voulait pour sa çute de reins ; une çute magnifique ! Un Niagara de çairs roses ! Mais si vous n’avez zamais vu la çute de reins de Mme Féréol !…
– Jamais ! déclarèrent les deux amis.
– Vous m’étonnez ! Enfin, donc, ce s****d de Claudius, il était couché avec elle dans la serre à melons de ma Bastide, pendant que je péçais la rasquasse pour leur faire une bouillabaisse. Té ! ne prenant rien, ze me dis : « Au moins tu leur donneras du melon. » Z’approce de la serre sans défiance ! Z’ouvre la porte toujours sans défiance, et je t’aperçois mon bougre avec ma lézitime, qui fort heureusement me tournait le derrière. Oun monumente ! Ou ne montagne de roses ! Non ! vous n’avez pas vu le…
– Hélas ! murmurèrent les deux anciens camarades de régiment.
– Vous m’étonnez de plus en plus.
– Eh bien ! qu’avez-vous fait ? dit Jacques.
– Ze me zuis monté sur la pointe du pied et z’ai refermé si doucement la porte qu’ils ne se sont aperçus de rien ; puis ze m’en suis retourné en me disant : « Tu as une çance de cocu tout de même que ta femme tournait le dos. »
Et Féréol ajouta, d’un ton de triomphe :
– Comme ça, ze n’ai eu aucun désagrément.
Pris pour un autre