Pourquoi la lune croît et décroît(Roumanie)
Il était une fois dans un hameau un Tzigane, pauvre et vieux, qui allait tous les jours dans la montagne pour ramasser des fagots de bois qu’il vendait ensuite aux villageois. Avec l’argent gagné, il achetait du maïs qu’il faisait cuire et mangeait ensuite cette bouillie.
Un jour, en rentrant tard chargé de bois mort, il trouva la porte de sa cabane ouverte et aperçut, au clair de lune, un vieillard à la barbe et aux longs cheveux blancs assis devant le feu en train de manger sa bouillie de maïs. Furieux, le Tzigane se rua sur le vieillard et l’invectiva :
– Brigand, voleur ! Comment oses-tu manger la bouillie de maïs que je gagne avec autant de peine ?
Le vieil homme lui répondit :
– Je suis très fatigué et j’ai si faim que lorsque j’ai vu cette belle bouillie dorée, je n’ai pas pu me retenir et j’ai commencé à la manger.
– Eh ben, dis donc ! répliqua le Tzigane. Si tu aimes tant la couleur jaune, va donc et mange cette chose qui est là-bas, si tu peux.
Et il montra avec son bâton la lune qui éclairait tous les alentours. L’étranger demeura un moment sans bouger, puis il prit son bâton et s’en alla, tandis que le Tzigane, planté au bord de la route, le houspillait :
– Fainéant, tu ne t’en tireras pas comme ça ! Rends-moi les sept kreutzers que coûte la bouillie que tu as mangée !
L’étranger répondit :
– Je n’ai pas d’argent, mais je peux te dédommager autrement : au réveillon, tu toucheras mille fois cette somme !
– Brebis galeuse ! Tu veux me rouler dans la farine ! s’écria le Tzigane, qui se jeta sur le visiteur et le renversa par terre.
Ce dernier lui dit alors :
– C’est comme tu veux ! Je suis saint Nicolas, le jour du réveillon, je t’aurais donné tant d’argent que tu serais devenu aussi riche que le comte qui vit au château et qui m’a accueilli pendant trois jours et trois nuits sans me jeter dehors ni me réclamer d’argent. C’est pourquoi il est devenu encore plus riche et plus heureux ! Quant à toi, tu auras aussi ce que tu mérites. Tu iras sur la lune et tu la mangeras !
C’est ainsi que le Tzigane se retrouva sur la lune qu’il est condamné à la manger, mois après mois. Et il l’aurait déjà finie depuis longtemps, si Dieu ne la faisait pas croître périodiquement.