II – La rencontre

747 Mots
II LA RENCONTRESix mois plus tard, une brise printanière soulevait les jupes légères des Vannetaises. Jasmine n’était absolument pas citadine, aucunement adepte du jupon et n’aurait jamais dû croiser la route de Jim. Ce 7 juin, fut le jour de la rencontre improbable de Jasmine Milan et de Jim Flemming. « Seigneur, délivrez-moi du mal », psalmodiait la petite voix intérieure de Jasmine. Sa tête implosait, pleine de Jésus Marie et de prières, son corps se liquéfiait à chaque dixième de seconde. Complètement dépassée par les événements, son dimanche matin démarrait comme dans un film à la Tarentino, désordonné et totalement terrifiant. La poitrine collée au volant de sa Twingo, elle embrayait tout en débrayant avec un homme qui braquait un revolver sur elle. La sueur perlait sur son front et ruisselait le long de son nez. Une goutte s’accrocha désespérément à la monture en écaille de ses lunettes. Ses verres se teintèrent d’un épais brouillard, embués par la vapeur de ses angoisses. Aveugle, en sursis. Assis côté passager, Jim sentait son esprit s’emballer. Il pensait « Qu’est-ce que je suis en train de faire ? Ma main tremble, elle le sait, elle le sent. Et si elle fonçait sous les roues du camion de déménagement ? » Jim dit d’une voix posée : — Conduisez calmement, suivez le flot de la circulation et il ne vous arrivera rien. Rien ! Jasmine songea instantanément à accélérer. S’encastrer volontairement sous le 38 tonnes qui roulait devant sa voiture, voilà ce qu’elle allait en faire de ce « rien ». Son talon joua d’indécision, frétillant sur la pédale d’accélérateur. Le scénario dramatique défila à toute vitesse, « les airbags fonctionnent, les pompiers interviennent très vite, je suis réanimée, miraculeusement sauvée. Mais si leur appareil de réanimation ne marchait pas, un défaut, maudite technicité, je mourrais alors dans l’accident. Non, je ne perdrais pas connaissance, je serais juste blessée, sans gravité… Je ne peux pas mourir. » Jasmine donna un grand coup de frein. Jim bascula en avant. Serrant machinalement son arme, il haussa le ton : — Surtout ne tentez rien, il est chargé ! Capable de prononcer des mots aussi terribles ? Il ne l’aurait pas cru, pourtant il venait de les hurler. C’était comme si un autre parlait par sa gorge. Il se répétait : « Pourquoi me mènerait-elle jusque chez elle ? Elle va obtempérer parce que je suis un monstre et qu’elle a peur de moi, alors je vais exiger, non, lui proposer…» — Où habitez-vous ? Jasmine ne répondit pas, incapable d’articuler le moindre son. Seule, sa voix intérieure lui susurrait « Pourquoi je lui dirais où je réside ? Je vais foncer et m’arrêter pile devant le commissariat. » Au premier feu rouge, elle sentit un liquide chaud filtrer de son corps. De frayeur, elle venait de mouiller sa petite culotte. Sa main droite quitta le volant. Elle essaya maladroitement de tirer sur son jean humide qui lui collait aux fesses. En proie à une horrible gêne, elle en oublia même le critique de la situation. — Arrêtez de bouger ! Direction chez vous ! cria Jim. Il ne savait plus où il en était et la jeune femme ne cessait de gesticuler. Elle pilotait si mal, du genre première leçon de conduite ! Subitement, il se demanda si sa vie n’était pas réellement en danger depuis qu’il était monté avec elle. La Twingo avançait par à-coups, un automobiliste rageur fila des coups de klaxons d’avertissement. Cela énerva encore plus Jasmine, qui tremblotait tout en faisant crisser le boîtier de vitesses. Sa réflexion s’épuisait, sa voiture la ramenait à son domicile par habitude, ce véhicule satanique obéissait à cet individu. Ce tueur le vampirisait. Son bolide dépassa le commissariat sans broncher. Ahurie, elle rentrait chez elle, contre sa volonté. Lorsqu’elle coupa le contact net, devant le parking de son immeuble, Jasmine se raidit et se transforma en minéral. Son serre-tête se mit à glisser sur son front de granit. En se métamorphosant en pierre, elle espérait devenir invincible. Jim souffla un bon coup, son cœur battait si fort ! Il ne la regarda pas, il ne la voyait pas. Selon lui, ils avaient frôlé l’accident une bonne demi-douzaine de fois. Calme, le quartier résidentiel l’était. Jim baissa son revolver et, avec une politesse excessive, proposa à sa conductrice de sortir. Impassible, Jasmine se décomposait dans l’attente de la mort. Soudain, la rocaille qui enserrait son âme explosa en mille morceaux. Consciencieusement, elle retira ses lunettes et en essuya les verres avec le col Claudine de son chemisier. Après cette gymnastique quasi religieuse, elle replaça bien droit son serre-tête et se tourna vers Jim. Elle n’osait porter les yeux sur lui. Menton levé, scrutant le plafonnier, elle n’eut qu’une requête : — Je veux prendre les boîtes pour mon chat ! Jim, pétrifié par ce qu’il venait de commettre, ne sut quoi lui rétorquer.
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