V – Help

814 Mots
V HELPDe l’aide Jim lécha nerveusement son pouce. Le sucre glace, bien que savoureux, passait mal. Accroupi, il scrutait les angles et le parquet de chêne, suivant le câble électrique qui courait sur la plainte. Soulagé, il dénicha enfin le téléphone posé à même le sol, derrière une panière à bois. Seul, Sébastien pourrait venir à son secours. Il composa le numéro de son frère. Son portable étant sur messagerie, il ne laissa aucun message. Il eut plus de chance à son domicile, Pauline décrocha. — Allô ? — Pauline, c’est Jim. J’ai absolument besoin de parler à Sébastien. Il est là ? — Jim ! Mon Dieu, est-ce que c’est toi qui as tué cette femme ? — Non ! Alors… tu es déjà au courant ? — Tu dois te rendre à la police et immédiatement ! — Je n’ai rien fait, je te dis ! Où est Sébastien ? — Au commissariat ! — Qu’est-ce qu’il fait là-bas ? — Il est entendu pour le meurtre d’Hélène Cornwell. Pauline se mit à gémir au bout du fil puis fondit en larmes. Jim s’exclama : — Je n’ai rien fait de répréhensible ! Pauline, tu dois me croire et le dire à mon frère. Je te contacterai plus tard. Jim raccrocha. Il se frotta la nuque, l’acier du couperet de la guillotine lui glaça la chair. Le futur condamné respira un bon coup. Savoir son frère devant les autorités judiciaires le mettait hors de lui… Non seulement il s’était mis dans la pire des galères mais, en plus, entraînait sa famille dans la tourmente… Son portable se mit à sonner. Jim sursauta et se garda bien de répondre. Ce pouvait être la police ou les tueurs qui étaient à ses trousses. Sa messagerie se mit en route. — C’est à nouveau Pauline, je téléphone à Ferroni. Il va nous sortir de là, tous… Passe-lui un appel dans quinze minutes, pour lui expliquer ce qui se passe et tout ce que tu sais. Lorsque Pauline s’était mariée avec Sébastien, elle avait pris le patronyme de Flemming. Elle ne prononçait plus son nom de jeune fille que pour évoquer son père, c’était Ferroni. Michel Ferroni était un détective en retraite. Sa cessation d’activité professionnelle, il l’avait imaginée comme “un petit paradis attendu toute une vie”. Toujours à courir et à jouer à se faire des frayeurs, au gré de filatures et puis, plus rien, arrêt sur image sans possibilité de faire repartir le film. Mais se prélasser sur un pliant dans l’espoir qu’une carpe suicidaire gobe sa mouche, commençait déjà à le plonger dans une déprime insidieuse. Les piqûres de moustiques de son étang en pleine campagne morbihannaise l’agaçaient. Pauline avait un père qui s’ennuyait et un mari retenu dans un commissariat. Elle passa un coup de fil à son papa pour lui proposer une affaire bien étrange. Ferroni, le spécialiste des constats d’adultère, ne comprit qu’une seule chose aux paroles entrecoupées de pleurs de sa fille : son beau-frère était présumé coupable d’un meurtre. Ferroni rangea précipitamment son matériel de pêche, ressortit sa veste de tweed et sa casquette de velours, puis attendit l’appel de Jim. Le dimanche 7 juin à quatorze heures, les quelques éléments fournis par Jim lui offrirent les premières pistes pour se lancer dans l’enquête. À son inquiétude se mêlait un sentiment de frénésie jouissive. Il reprenait du service. À quelques dizaines de kilomètres de la longère de Ferroni, Sébastien sentait la sueur perler le long de son dos. Assis sur une chaise inconfortable, sa chemise ruisselante se scotchait au dossier en skaï. Les murs du bureau de la police judiciaire vannetaise se refermaient sur lui, l’écrasant dans un étau. Un commissaire l’interrogeait depuis trente minutes sur les activités secrètes de Jim. L’homme fit pivoter son siège pour se retrouver face à lui. — Si je vous ai bien compris, la vie de votre frère n’a assurément aucune zone d’ombre. — Exactement… Un type bien. — Je vais vous poser une nouvelle question et vous allez bien vous concentrer avant de me répondre. Connaissiez-vous madame Hélène Cornwell ? — Non. — Je répète différemment. Est-ce que votre frère, Jim Flemming, vous avait déjà parlé de madame Cornwell ? De ses relations intimes avec elle ? — Non, ni de Cornwell ni de relations intimes. — Alors que veut dire le message que vous aviez laissé sur son répondeur ? — Une blague. — De bien mauvais goût… Vous lui avez annoncé, je cite : « J’ai réfléchi, tu as raison, plaque tout et pars avec elle. Qu’elle soit bien plus âgée que toi n’a pas d’importance. » — Oui, j’ai laissé ce message parce que Jim m’avait suggéré qu’il avait fait une rencontre. Enfin… Sébastien ne prononça plus un mot, il en avait trop dit. — Arrêtez de jouer avec mes nerfs ! rétorqua le commissaire. Après une longue conversation décousue, ponctuée de présomptions de meurtre et de complicité, Sébastien se prit la tête entre les mains. Le commissaire posa ses coudes sur le bureau et se pencha ostensiblement vers son interlocuteur. — J’ai devant moi un écrit du laboratoire d’analyses qui prouve que votre frère était aux côtés de madame Cornwell le soir même de son assassinat. Le commissaire relut la note, prenant soin de peser chaque terme : « Suite aux prélèvements effectués dans l’appartement d’Hélène Cornwell, il est confirmé que l’ADN de monsieur Jim Flemming correspond à celui du cheveu retrouvé sur l’oreiller ainsi que les empreintes présentes sur les lieux. »
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