« La force du baobab réside dans ses racines. » Proverbe Sénégalais
Baba était assis sur sa natte de prière dans son jardin derrière la maison. Le jardin était énorme et possédait toutes sortes de fruits.
Il y'avait des manguiers, des pamplemousses, des bananes pour ne compter que cela ainsi qu'un petit verger avec des carottes, des tomates et diffèrent autres légumes.
Baba avait planté la plupart des plantes de sa propre main. Cela lui rappelé d'où il venait.
Son père dans le temps était un cultivateur et le fait d'avoir créé cet espace le rapprocher de ses racines et de son passé.
Il n'avait jamais oublié d'où il venait.
Comme il aimait à le dire ; il était plus facile de faire sortir l'homme du village que le village de l'homme.
La nature vous rend humble.
Il aimait entendre les chants des oiseaux au-dessus de sa tête
Il adorait son jardin, surtout la paisibilité et la tranquillité que cela lui procurait.
Spirituellement cela lui rappelait la promesse du paradis.
Il comprenait pourquoi le paradis s'identifiait à un jardin.
Il égrena son chapelet.
Il se sentait un homme heureux. Il avait eu une vie pleine de surprises et de challenges.
Aujourd'hui, en regardant autour de lui. Il se sentait satisfait.
Il avait su vivre en fonction de ses principes et Dieu seul sait que c'était la une tâche bien difficile à accomplir à notre époque pour tout Homme.
Des regrets, il n'en avait plus beaucoup.
Il remercia le bon Dieu encore à travers son chapelet.
-Al Hamdoulillah, Al Hamdoulillah.
Le seul regret qu'il avait se dit il , était peut-être d'avoir douté de Dieu quand son fils était décédé.
La peine qu'il avait ressenti était si immense qu'il lui en avait voulu à ce moment.
Oui, ceci était peut être l'un de ses seuls regrets. D'avoir douté même un seul instant de la volonté de son seigneur et du destin qu'il avait mis sur son chemin.
Il ne l'avait montré à personne mais sa foi au début avait beaucoup diminué.
Il ne comprenait pas pourquoi Dieu avait décidé de le punir comme cela.
Qu'avait il fait pour mériter cela ?
Il en avait voulu au destin mais aujourd'hui il comprenait beaucoup mieux.
Aujourd'hui, il se repentait et se repentait avec humilité.
Ceci dit-il pensivement et sans doute le seul vrai regret qu'il ai eu dans sa vie.
Tout le reste désormais, il le laissait entre les mains de son seigneur.
Il demanda alors pardon intérieurement à toute personne qu'il avait pu blesser volontairement ou involontairement au court de sa vie.
Il avait la réputation d'être un homme juste mais quel homme était parfait ?
Il continua son chapelet
-Astarfoulah, Astarfoulah
Ce qui le rassurait aujourd'hui, c'est qu'il avait eu le temps de laisser ses dernières volontés.
Il n'avait rien à craindre. Rien à regretter.
Si la mort venait à le prendre tout de suite. Il n'avait rien à perdre. Il était prêt.
Il était en train d'y penser quand il vu Yaye Racky un plat de fruit dans les mains venir dans sa direction.
Il se rectifia alors mentalement.
La seule perte qu'il aurait peut-être serai de ne plus pouvoir voir le sourire de sa bien-aimée.
Oui, peut-être qu'il dirait à l'ange de le laisser une dernière fois admirer celle qui avait toujours été à ses côtés et qui l'avait soutenu toute sa vie.
Yaye Racky s'avançait lentement.
Elle avait cette allure de femme d'une autre époque. Le genre de femme posé que l'on ne retrouvait plus beaucoup de nos jours.
Elle avait été élever pour subvenir au besoin de son futur mari.
Yaye Racky ne prononçait jamais un mot inutile.
Elle savait se taire quand il le fallait
Donner son avis quand il le fallait.
Elle était en gros le socle de la famille.
Elle avait toujours été au côté de son mari et malgré les difficultés était restée un support inégalable.
Elle l'avait toujours épaulé et aidé à surmonter les épreuves et ceci dans tout.
Elle n'élevait jamais la voix.
Elle était là pour sa famille, ne se mêlait jamais au ragots et surtout prenait toujours part pour son mari quelles que soit les circonstances.
Elle savait toujours l'écouter malgré le temps passé ensemble et surtout exécutait chacun de ses moindres désirs avec plaisir et honneur.
Elle était soumise mais se considérait comme l'égal de son mari en même temps.
Comme elle aimait toujours le répéter à Coumba : « Le mariage des esprits doit toujours gagner sur celui du corps ».
-Baba yagui fi di tog ? (Tu es la assis ?)
Y'Allah bakhna (Dieu est bon)
Baba lui fit un geste pour qu'elle s'asseye près de lui.
Yaye Racky toujours bien habillée était vêtue d'un boubou brodé blanc.
Elle s'habillait toujours simplement mais il y'avait une grâce innée en elle.
Elle avait cette aisance naturelle des femmes de sa génération.
Son visage portait les traces d'une sagesse reçue grâce à l'expérience de la vie.
Baba lui prit la main.
-Ou est Coumba ?
-Elle est sortie. Ces temps-ci elle est tellement cachotière. Elle ne m'a pas dit ou elle aller. C'est pour cela que je me suis dit que j'allais venir te tenir compagnie.
-Merci ma très chère. Tu sais ce qui me ravit le cœur ? De la beauté de ce jardin la plus belle fleur que je possède c'est toi.
Yaye Racky sourit et serra la main de son mari avec tendresse.
-Tu as du mieux ?
-Oui, ça va beaucoup mieux et tu sais que je me sens toujours bien dans ce jardin.
-Adama dit qu'il passera plus tard.
-D'accord, je l'attendrais.
-A quoi pensais tu ? lui demanda-t-elle.
-Je pensais à un peu de tout. J'étais en train de faire un bilan de ma vie. Et tu sais quoi ?
Yaye Racky attendit patiemment.
-J'ai réalisé à quel point j'étais un homme chanceux de t'avoir.
Elle sourit et baissa la tête.
-On ne s'en rend pas compte, ajouta Baba. Mais le choix d'une épouse ou d'un époux est très important. C'est surement la décision la plus importante qu'une personne est appelée à faire dans sa vie.
Yaye Racky se rappelait quand son père lui avait proposé de se marier avec Baba.
Elle n'était qu'une jeune fille en ce temps-là.
Il lui avait laissé le choix et ne l'avait pas forcé mais Yaye Racky avait accepté par politesse et respect pour lui.
Baba venait souvent dans leur village accompagné de son père à lui.
Il n'avait pas les moyens en ce temps-là mais il était déjà déterminé et sûr de lui.
Elle le voyait souvent dans le salon entouré de son père et d'autres hommes du village.
Elle n'avait eu aucun sentiment sur le moment. Juste de la curiosité.
Yaye Racky était tellement discrète et timide qu'elle n'avait jamais pensé que Baba aurait pu être intéresser par elle.
Après que son père lui ai proposé l'union, elle commença à faire un peu plus attention à lui.
Son père et celui de Baba étaient des amis proches.
Ils étaient arrivés à la conclusion qu'une union entre leurs deux enfants allait sceller et unir les liens de parentés et d'amitiés entre les deux familles.
La famille de Yaye Racky se sentait honorer d'avoir Baba comme beau fils.
Racky qui n'était pas sûre et qui ne connaissait rien à l'amour ou au mariage accepta et ne se plaignit jamais par la suite.
Elle vouait à son père un amour absolu et ne douta pas une seconde de sa proposition.
Elle accepta sans savoir à quoi s'attendre mais confiante.
Baba était venu la voir quelque temps après cela.
Il voulait être sûr qu'elle acceptait de bon cœur et que son père ne la forçait en rien dans cette relation.
Au début il l'avait laissé au village et était allé s'installer en ville.
Il voulait essayer de réussir et d'avoir une situation avant d'officialiser les choses.
Racky fidèle et loyale ne changea jamais d'avis par la suite.
Elle le considérait désormais comme son fiancé et l'attendit le temps qu'il fallut.
Cela prit à Baba à peu près deux ans avant de revenir officialiser le mariage. Il avait mis un peu d'argent de côté pour offrir à sa future femme un mariage de rêve.
Baba qui n'était pas impressionné par la ville commença par être maçon avant de monter les échelons et des années plus tard bâti son empire.
Les débuts ne furent pas faciles mais avec le support de sa femme, il arrivèrent à surmonter les épreuves.
Ils eurent par la suite deux garçons Karim et Birane.
Yaye Racky souffrant d'une infection ne put malheureusement pas avoir plus d'enfants.
Elle ne s'était jamais plainte. Elle accepta la volonté de Dieu et s'occupa de sa petite famille de la meilleure manière possible.
Baba l'avait souvent dit dans ses conférences : Son succès il le devait entièrement à sa femme. Derrière lui se cachait cette femme.
Yaye commença à couper les fruits qu'elle avait apporté.
-J'ai vu que Maitre Seck est passé. Tout va bien ?
-Oui, j'avais juste quelques consignes à lui donner.
-Racky ! Et il regarda sa femme droit dans les yeux. Je voudrais te demander pardon.
Elle arrêta de couper les fruits un instant.
Ecoutant où il voulait en venir.
-Pardon pour quoi ? Ne sais-tu pas que c'est moi qui dois te demander pardon.
Yaye Racky à son habitude sourit en prononçant sa phrase. Elle insista.
-C'est moi qui dois te demander pardon. Ne te rabaisse pas à mon niveau. En plus, tu ne m'as jamais rien fait et si c'était le cas n'en parlons plus. Tu es entièrement pardonné.
-Merci, apprécia Baba
-Par contre, ajoute-t-elle. J'aimerais que tu pardonnes à Adama pour son entêtement. Il ne sait pas mieux.
-Ah !!!Dit Baba. Adama est juste trop têtu pour reconnaitre son erreur. Accepter ma proposition serait pour lui de devoir reconnaitre son erreur et cela le connaissant son ego ne l'acceptera pas mais ne t'inquiète pas ma chérie, il est tout pardonné.
-Al Hamdoulillah! Cela m'effraie aussi qu'il ne veuille pas d'enfants mais laissons tout entre les mains de Dieu, lui seul sait mieux.
- Oui, tu as raison. Ce que le vieux voit assit, le jeune ne peut pas le voir debout. Il comprendra un jour. Y'Allah bakhna (Dieu est bon).