Mon cœur battait la chamade, la surprise et la peur se mêlant, j'étais plaquée contre ce qui me semblait être une étagère car je ressentais très distinctement les rayonnages dans mon dos. Une main était posée sur ma bouche m'empêchant de parler, l'autre sur ma taille, l'homme qui se trouvait avec moi, me plaquait avec son corps contre l'étagère. De ce que je pouvais en juger il était bien plus grand que moi, et diablement musclé à en juger par la dureté de son corps. Il semblait bien plus calme que moi, mais sur ses gardes.
Tendant l'oreille, j'entendais les gens parler dans le couloir, visiblement, le loup me cherchait toujours ce qui me rassurait sur l'identité de cet homme. J'entendis la voix de mon professeur de mythologie, qui grondait.
- Que se passe t'il ici?
Le calme s'empara du couloir, on entendit des pas, très distinctement, se rapprochant de la porte, on pouvait voir l'ombre par le dessous. Je retiens alors ma respiration, de peur que la porte s'ouvre brusquement. Je le savais, les loups avaient une ouïe, et un odorat très développé et ma respiration à elle seule pouvait me trahir.
- Je vous ai posé une question!
Gronda à nouveau le professeur qui visiblement perdait patience. L'ombre sous la porte se déporta, mon cœur calma sa chamade. On entendit distinctement un grognement, puis des pas s'éloignant, petit à petit, l'agitation habituelle du couloir reprit son cours. La main qui maintenait ma bouche hermétiquement fermée se retira, me laissant une mâchoire un tantinet endolorie. J'ai voulu m'en aller quand il me retient à nouveau.
- Non attends!
Il avait dit ces mots en chuchotant, craignant encore visiblement le danger à l'extérieur. Je sentais son souffle sur mon visage. L'obscurité faisant son œuvre, je n'avais pas conscience de la distance quasi inexistante qui nous séparait. Son parfum commençait à me faire perdre pied. C'était la première fois que je ressentais cela, que je ressentais cette envie de rester ici, avec lui, pour toujours, rien que nous.
Il me fallait rapidement me ressaisir, je ne pouvais pas décemment penser de la sorte d'un homme que je ne connaissais pas le moins du monde. Sa voix, grave et douce comme du velours me sortit de mes pensées.
- ce loup ne vous laissera pas en paix, du moins pas tant que je ne lui aurai pas réglé son compte!
- quoi? .. mais ... qui .... qui êtes vous?
L'inquiétude me gagna, voulait t'il vraiment s'en prendre à ce loup pour que ma vie soit sauvée? était- il prêt à se mettre en danger pour me sauver la vie? ma vie ? Non, personne ne devait se mettre en danger pour me protéger, je n'avais pas à bénéficier d'un traitement de faveur par rapport à mes semblables. Je pris mon courage à deux mains, essayant de garder une voix audible, claire, sûre et ferme.
- Ne faites rien, je suis une simple humaine, ne risquez pas votre vie pour moi, cela n'en vaut pas la peine!
Il me fixa, comme s'il pouvait me voir dans la pénombre, je le sais car je sentais son souffle de nouveau sur mon visage. J'avais mis tout l'aplomb dont je disposais dans cette tirade un peu tragique je l'accorde. Seulement à présent, je tremblais, j'avais peur de sa réaction.
- je ne peux concevoir cela!
Je fermais les yeux, il ne voulait pas abandonner et je peinais à trouver la force en moi suffisante pour le défier.
- pourquoi faites vous cela?
J'avais dit ces mots, presque à bout de souffle. Je l'entendis et le sentit soufflé, peut-être même lui ne savait t'il pas?
- Je ne sais pas, mais quelque chose me pousse à vous protéger, je suis un protecteur, c'est mon travail de protéger les gens !
Ienar, mon professeur avait donc raison, cet homme qui m'avait sauvé ce matin et venait de recommencer était bel et bien un protecteur, mais ce que je ne comprenait pas, c'est la raison pour laquelle il ne pouvait pas faire autrement que me protéger.
- Un protecteur ne protège que les dieux, pourquoi me protéger moi?
Il s'éloigna de moi, je ressentit comme un manque, le froid se répandant sur ma peau, je l'entendit faire quelques pas, puis il se stoppa, mais resta silencieux un instant.
- je ne saurais l'expliquer, ne me demandez pas de vous expliquer ce que je ne peux expliquer!
Sur ces mots, il ouvrit la porte et partit aussi vite qu'il le put, je le savais, mon questionnement l'avait perturbé, et il savait très bien qu'il enfreignait les règles en me protégeant. Je restais dix minutes supplémentaires cachée avant d'enfin ouvrir cette porte sur ce couloir désert. Après un bref coup d'œil, guettant le moindre danger, je pu enfin quitter l'université.
Ce soir-là, j'avais du mal à trouver le sommeil une fois de plus, allongée dans mon lit, je tournais et virait, toujours interpellé par cet homme qui devait me protéger pour une raison que même lui ne connaissait pas. Ce qui me perturbait le plus était une fois de plus de ne pas savoir le pourquoi du comment, et cela faisait une ombre de plus à ce tableau déjà bien sombre de ma vie. Je triturais mon collier entre mes doigts, cherchant désespérément une réponse à toutes ces questions.
Me retournant une fois de plus dans mon lit, mon regard se porta sur ma fenêtre, et je vit une ombre au loin. Plissant les yeux afin de mieux voir, elle s'évanouit dans la nature. Frottant mes yeux, je regardai à nouveau, mais il n'y avait rien du tout. Peut être avais-je rêvé, il faut dire que malgré mon agitation mes yeux se faisaient de plus en plus lourds et je ne tardais pas à tomber dans un sommeil profond, mais très agité.
Mon réveil affichait 2h37 quand j'ouvris les yeux, la lune, haute dans le ciel me fit plisser les yeux, sa lumière m'éblouissait presque. Un cri de loup me fit sursauter, je pris conscience qu'on était une nuit de pleine lune. Sans que je puisse l'en empêcher mon cœur se mit à battre bien plus fort, et si cette ombre était le loup qui me recherche depuis ce matin? serait t'il assez fou pour pénétrer chez moi? Un peu hésitante, je me levais, regardant par la fenêtre, cherchant du regard cet ennemi que je ne pensais pas avoir. Mon cœur s'arrêta, quand des yeux jaunes luisants me fixaient.
C'était lui, le loup. Il était dans l'ombre de la nuit, sous un arbre, mais je le savais, je le sentais au fond de moi il m'avait retrouvée. Il s'avança, se mettant en pleine lumière, sous le réverbère de ma rue, me fixant toujours de son regard de tueur, il ressemblait réellement à un loup, c'était la première fois que j'en voyais un en vrai, et dans d'autres conditions, je pense que je pourrais avouer que c'était un bel animal, les crocs et l'envie de tuer en moins. Il avait un pelage épais, et de couleur cuivre, il avait une masse importantes, il était fort, ses yeux jaunes luisaient, ses crocs étaient dévoilés, un filet de bave en tombait. Avalant difficilement ma salive, je ne savais que faire. Je dois avouer que j'étais tétanisée, mais j'avais encore plus peur qu'il s'en prenne à mes parents, ou pire à Sylvia quand elle viendrait au petit matin pour commencer sa journée de travail, elle se retrouverait alors sans défense face à ce mastodonte de muscle et de sauvagerie.
Je ne voulais pas risquer la vie des personnes que j'aimais pour sauver la mienne, cette idée m'était insupportable et connaissant bien le tempérament des loups, je savais qu'il ne se priverait pas de prendre des vies afin de me faire sortir. C'était des créatures sans pitié, qui ne supportaient pas de ne pas obtenir ce qu'ils voulaient, et à cet instant ce qu'il voulait c'était moi.
Passant un vêtement sur moi, je pris mon courage à deux mains et sortit de la maison, je devais affronter mes démons, je devais lui faire face pour qu'il ne fasse pas de mal aux gens que j'aime, pour qu'il laisse ma famille, mes amis et ce protecteur tranquille.
J'étais décidée à mettre fin à son règne de terreur. Ouvrant la porte d'entrée sans faire de bruit, je mis un pied dehors, mon cœur commençant à battre de plus en plus vite. Après deux pas, je regardais de part et d'autre, je ne le voyais plus et craignais qu'il me prenne par surprise. Mes pieds avançaient, tremblants, chancelants, je serrais ma veste contre moi, gardant toujours mon regard fixé sur la rue, le cherchant, écoutant chaque bruit. Un hululement de chouette me fit me retourner et sursauter de peur, elle était là, droite et fière sur l'arête du toit du porche. Je sourit en la voyant, me trouvant ridicule d'avoir eu peur de cet animal inoffensif. Elle s'envola rapidement, je la regardai un instant avant de me retourner.
Mon souffle se coupa, mon cœur s'arrêta de battre l'espace d'un instant, je retiens un cri de peur, d'horreur. Il était là, face à moi, tout prêt de moi, il avait repris sa forme humaine, et se tenait droit devant moi, le regard toujours aussi luisant, menaçant. Je le savais, s'en était fini de moi.