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Cœur enchaîné Tome 2

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Suivez la procédure à suivre pour la semaine prochaine pour un entretien avec le nom de la musique de fond de la musique de fond de la musique de chambre et nous avons bien pris note de frais de port inclus.

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Chapitre un
Cela allait faire dix jours que les cours avaient repris. Apolline n’était pas rentrée. Elle avait pourtant promis de me câbler pour que je puisse aller l’accueillir. Je n’avais rien reçu. Je savais que les bateaux n’étaient pas réguliers, et qu’ils n’arrivaient guère qu’au rythme de deux par mois. En sortant d’un cours je me rendis au port pour m’informer. On m’y répondit que le bateau en provenance de Mossaka arriverait le surlendemain vers sept heures et demie, mais que ce n’était qu’approximatif car souvent il lui arrivait d’être en retard de plusieurs heures. Mon cœur bondit de joie. Il me semblait que je ne pouvais vivre sans Apolline. Depuis son départ je trouvais tout le monde peu intéressant. Je profitai du temps qui m’était accordé pour lui chercher un cadeau. Habituellement dans ces cas un amant s’ingénie à trouver ce qui peut satisfaire la coquetterie de celle à laquelle il pense. Dans le cas précis, j’avais remarqué qu’Apolline avait des goûts pleins d’originalité et discrets et je craignais de mal choisir. D’autre part, les toilettes des femmes et les bijoux sont hors de portée pour un étudiant qui doit, sur sa bourse, nourrir sa famille. J’avais un ami sculpteur sur la route du Nord. J’empruntai à Samba son vélomoteur pour me rendre sur le lieu de travail de l’artiste. Celui-ci, en effet, avait dû fuir la foule et la famille de Poto-Poto qui ne comprenait pas que la création artistique n’est pas affaire de dilettantisme mais réclame un travail continu et solitaire. Je lui expliquai ce qui m’amenait. Il me guida dans mon choix et ne me fit payer que la moitié du prix de la pièce. C’était un masque. Le jour indiqué, dès sept heures du matin, j’étais sur le port. J’avais amené un livre pour passer le temps, mais je relisais dix fois la même page sans être capable de dire à qui me l’aurait demandé ce que je venais de parcourir. En fait je regardais le Pool, de part et d’autre de l’île Mbamou, espérant apercevoir lasilhouette du bateau. À huit heures et demie je me décidai à entrer dans un bureau et demander à un Blanc si un retard était prévu. – Mais de quel bateau parlez-vous ? – Le Fondère. – Le Fondère ? Mais il est arrivé depuis hier soir, mon bon monsieur. D’ailleurs ce n’est pas à ce quai. Il m’emmena dehors et me montra au loin, effectivement un bateau accosté. Je courus immédiatement chez Apolline. Je me disais qu’elle avait dû arriver tard dans la nuit et qu’elle n’avait pas voulu me réveiller. Elle devait donc être encore à se reposer. Du port à la rue de la Louémé, il faut bien une heure. Brazzaville est une ville en longueur faute pour les seuls privilégiés qui ont les moyens de s’acheter une voiture. Je sautai donc dans un taxi. En pénétrant dans sa parcelle, je sentis battre mon cœur. Je frappai, mais personne ne vint m’ouvrir. Je fis le tour de la maison et ne trouvai qu’une vieille femme en train de piler son saca-saca. C’était la logeuse d’Apolline. – Apolline n’est pas là, maman ? – Oui ! – Elle est là ? – Non. Elle est sortie pour elle, mon enfant. – Elle n’a pas dit où elle se rendait ? Elle avait dû aller chez moi. Je courus pour arriver avant qu’elle ne soit repartie. Je ne fus pas plus heureux. – Samba, personne n’est venu ici ? – Non. – Tu es sûr ? – Mais puisque je te dis. – Même quand tu dormais ? – Eh ! ça va comme ça. Pour qui me prends-tu ? Tu crois que je suis Rockefeller pour dormir jusqu’à huit heures ? Et puis avec tout le bruit que tu as fait ce matin… J’allai à la Fac. Je cherchai parmi son groupe des anglicistes mais ne la vis point. Je ne savais plus où aller, ni que faire. On se croit fort barricadé derrière le roc de ses habitudes, de sa philosophie, et il suffit d’un imprévu dans l’emploi du temps quel’on s’était fixé pour qu’on se trouve comme un homme tombé d’une caravane qui traverse le désert ; ne sachant plus ni à quoi se raccrocher ni où se diriger. J’étais sûr qu’Apolline était dans Brazzaville et je n’arrivais pas à la retrouver. Mieux valait rentrer chez moi. Tôt ou tard elle viendrait m’y chercher. Lorsque j’arrivai, Samba n’était plus là. Je demandai aux voisins s’ils n’avaient vu personne frapper à la porte. Personne bien sûr n’était en mesure de me donner une réponse exacte. Cela ne fit que m’irriter. En ouvrant la porte je pensais trouver un mot glissé par en dessous, comme elle en avait l’habitude dans de semblables circonstances. Je fus encore déçu. J’essayai alors de me raisonner. Était-ce possible que moi qui avais si souvent soutenu qu’avec de quoi lire, je pouvais tout supporter y compris l’écroulement du monde, je puisse ainsi être troublé par un rendez-vous manqué Les livres que j’essayai me parurent insipides. Je trouvai un paquet de cigarettes laissé par Jonas. Je le fumai presque entièrement. Par quatre fois, j’allai où logeait Apolline, mais ce fut en vain. Et je ne fis rien de la journée. Je m’apprêtais à aller prendre le repas du soir au restaurant universitaire lorsqu’elle vint. Dans ma joie de la revoir, je ne songeais même plus à lui faire toutes les remontrances que j’avais en tête. Elle était là, je n’en demandais pas plus. Dès que nous fûmes dans ma chambre, nous nous jetâmes dans les bras l’un de l’autre et peu après j’éteignis la lumière. Je trouvai qu’Apolline se leva bien vite du lit. D’habitude c’est elle qui me retenait : « Les garçons, une fois satisfaits, vous ne pensez plus qu’à fumer et vous nous tournez le dos. » Cette fois- ci je me trouvais femme. Elle semblait avoir perdu la tendresse à laquelle elle m’avait habitué. – Ça ne va pas ? – Mais si. – Non, je sens que tu es fâchée contre moi. – Comme d’habitude tu te rends malheureux à trop t’analyser. Je pensais que la vie allait reprendre comme avant les vacances. Mais Apolline attira mon attention sur la nécessité de travailler plus. Il n’y avait plus que quatre mois avant les examens. Et elle avait raison. Et je me disais que j’étais tombébien bas pour que ce fût elle qui me le rappelât. Et je pensais que je l’avais déçue : elle s’était abandonnée à moi pour l’admiration qu’elle me portait et parce que j’étais le seul garçon qu’elle respectait sur le plan de la tête et du travail, et voici que je me révélais mou et banal au contact de l’amour. Je pris donc la résolution de me secouer tout en étant intérieurement fâché de l’entendre me mettre en garde contre ces délices vers lesquels elle m’avait entraînée avec la naïveté d’une enfant gâtée. – Il faut que nous soyons sages maintenant. Nous ne devrons nous revoir que deux soirs par semaine. Ce fut un choc. Mais j’étais habitué à m’astreindre à certaines règles, car j’y trouvais une satisfaction dans le dépassement auquel je parvenais ainsi. Nous nous mîmes donc d’accord sur les mercredis et les samedis. Mais deux semaines successives je dus m’astreindre à rester à la maison. Elle avait dû répondre dans la semaine à l’invitation d’une cousine qui la voyait de moins en moins et sortir avec une amie de Pointe-Noire qui était de passage ; elle s’était ennuyée et n’avait cessé de penser à moi, mais il fallait qu’elle rattrape, le samedi, ce temps perdu. Apolline se rendait-elle compte que ce n’était pas là punition plus dure que les pénitences auxquelles nous étions quelquefois astreints au séminaire ? J’aimais les samedis soirs parce qu’ils garantissaient la solitude dont j’avais besoin pour m’adonner à mon vice, la lecture. C’était le seul jour de la semaine où tout le monde était tellement préoccupé d’aller danser que personne n’avait songé à venir vous déranger. Vous pouviez d’autre part lire jusqu’à une heure avancée, n’étant nullement obliger de vous réveiller de bonne heure le dimanche. Or depuis que j’avais rencontré Apolline, le samedi soir était devenu notre soirée par excellence. Habitué à boire de cette eau, je ne pouvais m’astreindre à revenir à l’ancien régime. Ce sentiment de frustration fît naître en moi quelques reproches à l’égard de celle qui m’était alors la personne la plus chère. Il m’arriva de le lui faire sentir. – Depuis quelque temps je constate que tu es de plus en plus aimable à mon égard, me dit-elle. Et aussitôt je me reprochais ma brutalité.Quand nous sortions pour aller au cinéma ou en promenade – ce qui, je le répète, devenait de plus en plus rare – je remarquais qu’elle évitait que je lui prenne la main comme auparavant. Un soir où nous devions sortir après que je l’en eus priée plusieurs fois, je l’attendis dans ma chambre, comme si je me disposais à passer toute la nuit devant ma table de travail. – Tu n’es pas encore prêt ? Et l’on dit que ce sont les femmes qui mettent les hommes en retard. Je ne me souviens pas de ce que je répondis. Mais ce fut assez sec. Elle en fut vexée et je faillis lui demander pardon. Mais j’étais décidé à tout clarifier. C’était la première scène que je lui faisais depuis le début de notre amour. Elle en pleura. En moi- même j’étais confondu car je n’aime pas voir les gens souffrir, je n’aime pas voir les gens pleurer. Et quand j’en suis la cause, cela me devient insupportable. – Ce n’est pas ma faute, hoquetait-elle entre ses sanglots. Quand elle fut en état de me parler, ce fut à son tour de me broyer le cœur involontairement. Elle n’avait en fait pas passé de vacances. Dès le lendemain de son arrivée, elle avait subi les assauts répétés et successifs de son père, de sa mère et du conseil de famille. On savait qu’elle « vivait » avec un Lari. Ces gens à la tête dure en qui il ne fallait jamais avoir confiance. Et elle avait osé repousser complètement le diamantaire, qui pourtant était de Mossaka comme elle. Oubliait-elle que son père ne devait sa situation qu’à ce dernier ? Le père d’Apolline gérait, en effet, un magasin dont le propriétaire était l’ancien fiancé. Ces derniers temps il avait été menacé par l’ex-futur gendre qui voulait lui enlever cette gérance qui, en réalité, était la dot de la jeune fille. Comment le père pourrait-il subvenir aux frais de scolarité des cinq sœurs d’Apolline ? – Si cela ne tenait qu’à moi, je ne céderais pas. Je ne peux pas capituler devant ces vieux préjugés. Mais je ne me sens pas le droit de réduire mes parents à la mendicité et de compromettre l’avenir de mes sœurs. Et puis, sait-on jamais ? Avec leurs fétiches…– Continue, Apolline. Dis ce que tu peux. Mes oreilles n’écoutent plus. Comment peux-tu ainsi parler sans te douter que tu m’assassines ? Et moi aussi j’aurais eu à expliquer dans ma tribu. Et moi aussi j’aurais subi les pressions pour m’amener à t’abandonner. Je ne t’en ai jamais rien dit. Tout comme j’ai tu les maux que suscitait en moi la seule idée que le qu’en-dira-t-on religieux devait me désigner du doigt, parce que j’avais pris compagne à peine sorti du séminaire. Mon amour pour toi supposait aussi des combats contre le milieu et les préjugés que celui-ci suscite. C’était, m’imaginais-je, notre lot commun, et qu’il n’était pas besoin d’en parler. Va, je te croyais plus mûre, plus forte que moi. Puis-je sceller ma vie à plus frêle que moi quand le monde est fréquent en combats cruels ? Son allusion aux fétiches ne me fit même pas rire ; Nous sommes allées vers le fleuve. Il y avait là un hôtel. Nous sommes montés au dernier étage où une terrasse s’ouvrait sur le Stanley Pool. Nous suivions le rythme lent des multiples îles vertes qui vont comme une foule à l’enterrement vers le Djoué. Un jeune homme et une jeune fille buvaient ce soir-là devant deux verres. Ils étaient plein de tendresse l’un pour l’autre. Leurs yeux et leurs propos le chantaient. Ce que nous disions était d’un romantisme lugubre et résigné. Mais je me demande encore aujourd’hui si ce ne fut pas le soir où nous fûmes les plus délicats l’un pour l’autre. Nous avions vécu le temps de la passion. La société la condamnait au nom de la sagesse. Il fallait nous résigner. À quoi bon les sentiments mélodramatiques ? Nous étions trop cérébraux et de trop bon goût pour en arriver là. Nous nous aidions à avoir la force de n’être plus désormais l’un pour l’autre, que de bons camarades. Du moins, le crûmes-nous un instant. J’évitais d’aller suivre les cours, de peur de la rencontrer. Elle n’en manquait pas un. Je travaillais à la maison. Mais ma chambre était pleine d’elle. Je ne pouvais y rester plus d’une heure. Je décidai d’aller à la bibliothèque. Par plusieurs fois je la rencontrai et ce me fut dur. Quand le hasard ne nous mettait pas face à face, je ne travaillais pas plus. Apolline était dans les yeux des copains. Même s’ils n’osaient pas me le dire, je sentais qu’ils remarquaient que celui qui paradait tant avec la belle Apolline setrouvait bien seul aujourd’hui. Ah ! Ah ! Ah ! J’entendais leurs ricanements intérieurs. C’est alors que je me mis à fréquenter beaucoup plus Kodia. Cet instituteur avait par un travail scolaire et persévérant réussi à passer l’examen spécial d’entrée en faculté. À ce moment-là, détaché de la Fonction publique, il préparait sa licence de physique. Plus âgé que nous tous, il nous dépassait par sa maturité. C’était pour nous une manière de père jeune. Quelqu’un qui forçait notre respect, mais comprenait nos problèmes que nos pères véritables, hommes d’un autre âge, ne pouvaient pas soupçonner. Kodia était un grand militant. Il dirigeait le mouvement étudiant avec une flamme communicative. Alors que les autres militants – que j’appelais alors les « excités » – me parlaient pour un oui ou pour un non de l’impérialisme, Kodia, lui, m’interrogeait sur mes études. La philosophie l’intéressait et il me posait beaucoup de questions sur les philosophes tels que Husserl ou Kierkegaard qui, à mon avis, ne pouvaient présenter d’intérêt pour le marxiste-léniniste qu’il était. À partir de sujets aussi désengagés que la liberté ou la mort, il arrivait sans me heurter à me montrer la nécessité de la lutte anti-impérialiste, qui ne m’apparaissait plus alors comme un slogan, mais une attitude philosophique et, pour moi, fondamentale et vitale. Quand j’y pense aujourd’hui, je me dis que c’était une sorte de Père Flandrin. Un jour je m’ouvris à Kodia de mon aventure avec Apolline et lui expliquai que cela m’avait dévasté intérieurement. Il m’écouta en silence. Quand j’eus fini, il me regarda fixement, sortit une cigarette qu’il alluma avec le mégot qu’il terminait, et il me raconta son mariage. Qu’il vivait avec une femme qui ne posait aucun des problèmes qui l’assaillaient pour l’avenir de l’Afrique et que c’était là son malheur. – Pourtant je l’ai épousée contre le gré de ma famille, me dit- il. – Mais la communauté de pensée qu’il n’y a pas entre toi et ta femme, c’est justement ce qui existait entre Apolline et moi. Et je sais qu’atrouvait bien seul aujourd’hui. Ah ! Ah ! Ah ! J’entendais leurs ricanements intérieurs. C’est alors que je me mis à fréquenter beaucoup plus Kodia. Cet instituteur avait par un travail scolaire et persévérant réussi à passer l’examen spécial d’entrée en faculté. À ce moment-là, détaché de la Fonction publique, il préparait sa licence de physique. Plus âgé que nous tous, il nous dépassait par sa maturité. C’était pour nous une manière de père jeune. Quelqu’un qui forçait notre respect, mais comprenait nos problèmes que nos pères véritables, hommes d’un autre âge, ne pouvaient pas soupçonner. Kodia était un grand militant. Il dirigeait le mouvement étudiant avec une flamme communicative. Alors que les autres militants – que j’appelais alors les « excités » – me parlaient pour un oui ou pour un non de l’impérialisme, Kodia, lui, m’interrogeait sur mes études. La philosophie l’intéressait et il me posait beaucoup de questions sur les philosophes tels que Husserl ou Kierkegaard qui, à mon avis, ne pouvaient présenter d’intérêt pour le marxiste-léniniste qu’il était. À partir de sujets aussi désengagés que la liberté ou la mort, il arrivait sans me heurter à me montrer la nécessité de la lutte anti-impérialiste, qui ne m’apparaissait plus alors comme un slogan, mais une attitude philosophique et, pour moi, fondamentale et vitale. Quand j’y pense aujourd’hui, je me dis que c’était une sorte de Père Flandrin. Un jour je m’ouvris à Kodia de mon aventure avec Apolline et lui expliquai que cela m’avait dévasté intérieurement. Il m’écouta en silence. Quand j’eus fini, il me regarda fixement, sortit une cigarette qu’il alluma avec le mégot qu’il terminait, et il me raconta son mariage. Qu’il vivait avec une femme qui ne posait aucun des problèmes qui l’assaillaient pour l’avenir de l’Afrique et que c’était là son malheur. – Pourtant je l’ai épousée contre le gré de ma famille, me dit- il. – Mais la communauté de pensée qu’il n’y a pas entre toi et ta femme, c’est justement ce qui existait entre Apolline et moi. Et je sais qu’au Congo il n’y a pas pour l’instant deux filles comme elle.Il me regarda, sourit et tira sur sa cigarette. – Tu as peut-être raison. Mais à quoi bon se lamenter. Une assiette quand elle est cassée, c’est terminé, il faut la jeter. Certes, on peut la recoller, mais ce n’est plus la même assiette, et elle n’est plus telle qu’on l’aimait. Toutes tes pensées sont parasitaires. C’est comme l’homme qu’on a amputé d’un bras. Il peut s’attarder à se comparer aux autres et à regretter le temps où il avait deux bras. Ce serait humain et seul un cœur de bête se moquerait de lui. Mais ce manchot sera un malheureux, un aigri, désagréable à son entourage et à lui-même. Par contre, s’il s’éduque pour dépasser son infirmité, il rayonnera et sera heureux. C’est ton problème. Je comprends ta douleur, elle montre que ton cœur est riche. Mais si tu ne surmontes pas cela tu seras une épave. – Ce n’est pas facile de raisonner quand il s’agit du cœur. – C’est vrai. On n’oublie pas aussi facilement. Et si tu continues à vivre seul, tu ne pourras pas oublier. Ces conversations quotidiennes firent peu à peu leur effet. Je me jetai dans le syndicalisme étudiant. J’abandonnai même mes études. Au fond je voulais me faire distinguer. Être le leader dont la radio parlerait. Ce serait ma revanche. Chaque fois qu’ouvrant son poste Apolline entendrait citer mon nom, je troublerais sa tranquillité et elle en aurait la nostalgie. Un jour l’Union m’a envoyé dans la Sangha. Je devais y faire une série d’exposé sur l’aliénation. Ce fut pour moi une redécouverte de mon pays. Ce furent peut-être les seuls huit jours où je ne pensais pas à elle. Quand je revins, je trouvai sur ma table une enveloppe blanche. À l’intérieur une carte pliée en deux annonçait le mariage d’Apolline et de son diamantaire.

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