Résumé-1
Résumé« Quand le Diable en personne vous a choisie, faisant de vous sa petite poupée, que feriez-vous si vous parveniez à vous échapper ?
Mélanie, elle, a décidé de revenir en Enfer et de détruire ces hommes, ces démons qui ont volé et souillé son enfance.
Mais quand on traque le Diable, jusqu’où faut-il aller ?
Maintenant, imaginez un instant que celui-ci ait changé de visage… »
Alexandre Geoffroy est diplômé de l’École Hôtelière de Bordeaux, ancien restaurateur dans le Lot-et-Garonne, il est aujourd’hui exilé au Pays basque, partageant son temps entre l’amour de la gastronomie, et l’écriture du Noir.
Son premier roman, « Les Roses Volées », paru en 2014 aux Éditions Ex-Aequo, a remporté le Prix du « Balai de la Découverte 2015 », Meilleur Premier Roman — Concierge Masqué.
La Rose oubliée est un thriller sombre et éprouvant, dont vous ne ressortirez pas indemne.
Alexandre Geoffroy
La rose oubliéeThriller
ISBN : 978-2-35962-812-8
Collection Rouge
ISSN : 2108-6273
Dépôt légal mars 2016
©Ex Aequo
©2016 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.
Éditions Ex Aequo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières les bains
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Pour Isabelle,
mon Soleil et ma Lune.
PROLOGUE — 1
Après quelques pas fragiles dans les cailloux, elle s’écroula dans l’herbe, sur un petit talus, surplombant parfaitement la scène de crime. Renversée sur le dos, elle tâcha de reprendre son souffle, carbonisé par l’effort v*****t qu’elle avait dû accomplir, puis elle fixa le ciel, étoilé pour un soir.
Elle y vit un signe, le signe de sa victoire. De sa revanche conquise au prix fort. Et pour se féliciter, elle s’alluma une cigarette, bien méritée. Elle pompa sur le petit cylindre de papier avec une profonde inspiration, s’étirant ainsi de tout son long sur le sol humide et glacé, sa tête plantée en arrière profitant de cette fraîcheur inespérée.
Il s’en était fallu de peu, de très peu. Quelques secondes de plus et elle embrassait le Diable. Au lieu de ça, elle profitait de l’air pur, du silence de cette campagne oubliée, elle était peut-être seule, mais elle était vivante. La jeune femme réalisa sa chance et ria de bon cœur. À pleins poumons, presque à s’étouffer avec la fumée de sa clope. Mais qu’importe, plus que jamais, elle était libre.
Sur sa peau trop pâle dansait une lumière hypnotisante. Et dans ses yeux clairs, luisaient de foudroyantes flammes. Elle tira plus fort encore sur sa cigarette, rouge dans le noir. À ses pieds, quelques dizaines de mètres plus bas, le feu et sa colère ravageaient tout le bâtiment. Et elle était idéalement placée pour profiter du spectacle. Se délectant de chaque explosion et de chaque craquement, témoins de la destruction inéluctable de cette demeure maudite.
Soudain, la totalité du plancher du premier étage s’écroula sous les gifles incessantes des flammes, dans un boucan d’enfer qui fit trembler le sol. La fin était proche, mais le brasier grandissait encore, avalant tout sur son chemin. À présent, toutes les fenêtres s’ouvraient sur un rouge moqueur, et la jeune femme riait plus fort.
Elle se releva finalement, et frotta des mains son pantalon de cuir pour se débarrasser des restes de braise, sans jamais quitter des yeux son feu d’artifice. Elle jeta son mégot dans l’herbe et l’écrasa violemment avec le talon de sa botte. Il était temps de partir, car des lumières bleues s’invitaient à la fête. Au loin, des gyrophares tournoyaient dans la cime des arbres, et se rapprochaient dangereusement. La jeune femme remonta la fermeture éclair de sa veste jusqu’au col et ajusta les écouteurs de son iPod au creux de ses oreilles.
Elle dévala la pente et sauta dans les cailloux, vers la fournaise étouffante qui dégueulait de la façade. Elle enfourcha sa moto et enfila son casque, sans même prêter attention aux explosions et étincelles qui mourraient au pied de ses roues. Il ne lui restait que quelques secondes avant d’être vue, un temps précieux qu’elle dépensa en cherchant une chanson de circonstance sur l’écran de son baladeur dernier cri. Balayant l’écran de haut en bas avec son index jusqu’à la délivrance, jusqu’à la mélodie parfaite.
La jeune fugitive démarra son monstre d’acier et dérapa sans attendre les sirènes qui déboulaient dans le parc. Tandis que les premiers accords des guitares de Joy Division déchiraient ses tympans, et que la voix désespérément épileptique de Ian Curtis s’incarnait sous son casque, elle se demanda si elle aimait ce morceau pour son esprit mélancolique, ou pour son furieux sentiment de délivrance.
«But Love, love will tear us apart, again
Love, love will tear us apart, again»
« Mais l’Amour, l’amour nous séparera, de nouveau
L’Amour, l’amour nous séparera, de nouveau »
PROLOGUE — 2
Je suis né à 62 ans. Oui, sexagénaire. Dans une clinique suisse. De père et mère connus. J’en ai la preuve sous les yeux. Mais c’est de moi qu’il s’agit : Jean-François Latour. À peu près 1m80 et 90 kg, type caucasien, pas de cicatrice, ni tatouage, chevelure blanche mi-longue. Silhouette encore sportive. Montre de luxe et fringues de marque dans le placard. Nouveau-né amnésique, capable de parler et de marcher, mais dans l’incapacité de se souvenir de sa vie antérieure.
Dans cette chambre médicale, décorée telle une suite de grand palace, la seule fenêtre ouvre sur un immense lac, des collines désertiques et inhabitées, presque la Lune.
Je dois croire le chirurgien à mon chevet. Il n’y a que lui qui me connaît, enfin, d’après ce qu’il me raconte. Pourtant, j’ai trouvé plusieurs passeports dans mon sac, tous à des noms différents. Le médecin déroule ma vie comme une bobine de cinéma en accéléré, en résumé. Accablante.
Dans sa bouche, je suis recherché par la Police française, car je suis l’instigateur d’un réseau pédophile. En fuite au pays helvète, pour refaire mon visage et récupérer de l’argent sur mes comptes secrets. D’ailleurs, il me répète que je dois le payer rapidement, car il s’absente plusieurs jours. L’opération s’est bien passée, alors je dois partir d’ici.
Mais je ne sais où aller. Je ne suis pas l’homme qu’il décrit. C’est un cauchemar. Il a beau m’expliquer les causes probables de cette amnésie, et essayer de me rassurer, j’ai la sensation d’être passé sous un train. Lancé à pleine vitesse.
Je me rappelle tous les évènements du siècle dernier, mais aucun me concernant. On m’a volé la totalité de ma vie. 62 ans et une mémoire vierge de tout souvenir. Pas une once, une bribe, une trace de détail. Rien. Le vide de la page blanche. Et le chirurgien y projette plusieurs grosses taches d’encre. Indélébiles.
Maintenant, il me présente une pile de papiers. Des journaux français. Amusé, il dit que tout redeviendra vite comme avant. Que le beau s****d que j’étais va réapparaître. Pendant ce temps, je lis. Et je découvre que je suis le meurtrier de mon fils, Marc. Assassiné devant une prison, une balle dans la tête. Même ce prénom ne me rappelle rien.
Ma « nouvelle » vie commence ainsi. Un criminel fugitif, le visage tuméfié et la mémoire nettoyée. Peut-être devrai-je lui demander une injection létale.
Comment vivre avec cette terrible vérité ? Comment devient-on une telle pourriture ? Que feriez-vous à ma place ?
Je ressens une terrible injustice. Je n’ai rien fait. Je ne suis pas cet homme qu’ils décrivent dans les journaux. Cet être abject, froid et répugnant, prédateur de la pire espèce. Certes les photos me ressemblent. Mais comment être sûr ? Un as du bistouri vient de me charcuter le visage. Ce chirurgien ne peut pas être mon ami. Je n’aime pas sa gueule. Aucune confiance.
J’ouvre mon sac, et extirpe des liasses de billets, cachées sous des vêtements. Je les jette à cette personne, la première rencontre de mon existence. Une belle ordure lui aussi.
Quitter cet endroit au plus vite. Construire mon avenir. Loin de ce mauvais rêve. Tout faire pour que Jean-François Latour ne revive jamais.
Fin de Règne
La belle vie. Sans amour, sans souci, sans problème.
Les flammes crépitent dans l’immense cheminée de pierres blanches, et le grand écran de la télévision diffuse un opéra de Verdi. Les volutes de mon cigare stagnent au-dessus de ma tête en jolis nuages bleus. Sonia, agenouillée entre mes jambes me remercie à sa façon, goulument, profondément. Et mon cardiologue est formel, c’est bon pour ma santé. Belle métisse plantureuse, 22 ans à peine, avec une poitrine à faire rougir un jeune garçon, Sonia s’évertue donc à me faire jouir de ce moment particulier. Elle que j’ai récupérée il y a quelques années dans un bar d’hôtel en Belgique. Call-girl toxico, je l’ai prise sous mon aile, éduquée aux bonnes manières, habillée et hébergée. Je lui fournis sa dose d’héroïne quotidienne, histoire de la garder plus dépendante de moi. Je ne touche pas à cette saloperie, encore moins à mon âge. Et cette année, je lui ai même payé sa nouvelle paire de seins, fiers et exubérants. Alors, elle me remercie encore, Sonia. Ma marionnette, ma belle marionnette.
Nous sommes perchés dans cette demeure depuis de longs mois. Au milieu des vallées du Médoc. Isolés des tumultes de mon passé. J’ai bien failli tout perdre. Ma réputation, et surtout ma fortune.
Tout se déroulait bien dans le meilleur des mondes. Héritier d’un patrimoine conséquent, j’ai su faire fructifier pendant quarante ans ce que mes parents m’avaient gracieuse-ment laissé, après s’être tués dans un banal accident de la route.
Mon cher paternel fut un pionnier de l’industrie aéronautique française. Grâce à lui mon nom est inscrit sur la plupart des carlingues d’avions survolant le pays et le globe, une célébrité en héritage. Et ma chère mère, issue d’une lignée d’aristocrates, propriétaires de châteaux dans le Bordelais, avait accumulé une fabuleuse collection d’œuvres d’art. Alors, autant vous le dire, j’ai jamais eu à m’inquiéter du lendemain. Jamais. Sauf il y a quelques années. Mon crétin de fils unique, Marc, s’est fait prendre la main dans le sac. Une fois de plus.
Chez les Latour, on s’ennuie vite. Surtout des femmes. Et moi, je les préfère jeunes. Très jeunes. Mieux : avant qu’elles ne le deviennent. Encore innocentes et douces, de belles gamines.
Au fil de mes années de débauche, par la force des choses, une occasion en entraînant une autre, et l’argent coulant à flots, j’avais donc érigé ma petite lubie au rang de véritable business. Un harem, un réseau, forcément secret, de jeunes filles sous ma coupe, que je partageais volontiers avec des amis, puis les amis des amis. Mais voilà, Marc est comme sa mère : instable. Judicieusement, elle s’était suicidée, et cela m’avait épargné ainsi quelques tracas logistiques pour la faire disparaître. Soit, mon fils n’a jamais su se contenter de ce que je lui offrais. Toujours plus. J’ai dû passer derrière lui maintes fois pour effacer ses conneries. Incapable de jouir sans en mettre partout. Un idiot, gâté pourri. Je ne lui demandais pas grand-chose en échange. Simplement de se tenir à carreau et d’être discret. Faire ce qu’il veut, mais sans se faire prendre. Peine perdue.
Un soir, un pauvre gars dont il avait malencontreusement tué la petite fille s’était pointé dans notre repère, et avait foutu le feu. Oui, le feu ! Il avait réussi non seulement à libérer les gamines, mais avait surtout racolé les autorités et les médias sur ma petite attraction juvénile dans les caves de mon château, Les Roseaux, au fin fond des Landes. Et une partie de mon empire, et de mon emprise, s’effondra.
Fort heureusement, tout était au nom de Marc. Il a fui aussitôt après cette fichue histoire. J’ai été longuement interrogé par les forces de l’ordre. Mais j’étais blanc comme neige, j’avais tout prévu. Bien entendu, mon blaze a été sali, mais je m’en sors bien. L’affaire s’est tassée d’elle-même avec l’aide de mon carnet de chèques. Déjà six ans. Je continue de faire profil bas. M’octroie encore quelques faiblesses, mais pas en France. Je mène depuis une vie plus sage, et oui, le temps passe et ne s’achète pas. Je me contente alors de moins d’adrénaline. Et Sonia s’occupe bien de moi.
Je côtoie encore certains de mes vieux amis, quand nous descendons dîner en ville. Mais quelque chose a changé, ils se méfient. Je dois être plus généreux avec eux si je veux rester dans la partie. Et qu’ils continuent de me protéger.
D’ailleurs, pas plus tard que ce soir, lors d’un gala au Grand Hôtel, j’ai remis une épaisse enveloppe de billets à un juge d’instruction chargé d’enquêter sur une de mes sociétés. Trop facile.
La retraite approche. Je me vois bien dans une île du Pacifique avec ma métisse. Solder tout ça. Mais tout ce cirque m’amuse encore… J’y pense, mais je ne suis pas encore prêt.
Sonia a enfin fini sa besogne. Elle est courageuse, car les pilules bleues me rendent indestructible. Allégé de cette tension sexuelle, je me sers un dernier verre de scotch, celui à deux mille la bouteille, même si à cette heure tardive, ce n’est pas très raisonnable. L’opéra est terminé, un flash info commence.