Dixième partie, suite chapitre III

5000 Mots
leur fils Sami, se dirigèrent vers le domicile de Driss. Dès qu’ils arrivèrent devant la porte, Meriem accourut vers eux. Après le salut d’usage, ils entrèrent à la maison et s’installèrent dans la salle de séjour et Radia demanda :              —  Où est mon patron ? Je veux dire Driss. J’ai besoin de lui parler en privé.               —  Il se repose dans sa chambre, répondit Meriem. Mais si tu insistes, attends-le  dans cette pièce, je vais le lui dire.                    En profitant du peu de temps, Radia était en train d’aligner ses idées pour aborder le sujet quand Driss vint de la rejoindre dans la pièce où elle l’attendait :            —   Quoi de neuf Radia ? Tu veux me parler ?             —  Absolument ! dit-elle. Mais d’entrer dans le vif du sujet, je veux te dire que Sabah est saine et sauve et bien portante. Elle a été sauvée par un homme qui va devenir après ton consentement le mari légal de ta fille Lina.             —   Qui est cet homme ? demanda Driss.              —  Cet homme est mon agresseur que j’ai pardonné de tout cœur pour le bien de Lina.              — Veux-tu me dire exactement quelle relation y a-t-il entre cet individu et ma fille ?              — C’est exactement au sujet de cette relation que j’ai demandé à te parler en privé. Je vous ai caché un secret exprès pour ne pas vous causer de malaise, mais aujourd’hui, je me vois obligée de vous mettre devant le fait accompli et de vous révéler ce que je n’ai pas osé vous dire auparavant.             — Puisque c’est maintenant que tu veux me révéler ton fameux secret, vas y, je t’écoute, dit Driss.              —  Mais avant de te dire quoi que ce soit, promets-moi que tu vas garder ton calme, dit-elle.               —  C’est promis, dit-il.                     Allal le jardinier entretenait une relation d’amour avec Lina. Avant d’en venir à m’agresser, il comptait vous la demander en mariage. Le fruit de cette liaison est concrétisé en un enfant que votre ex femme Najat, qui l’a enlevé avec la complicité d’une inconnue, lui donna le prénom de Réda. Ce bébé qui n’était pas le votre comme on te l’a déjà confirmé, s’avère maintenant votre petit-fils. Il porte le prénom de Sami. Sa mère est ta fille Lina, son père biologique est Allal. Tous les deux, avec leur fils, sont là dans la salle de séjour. Ils sont par la force des choses mari et femme et demandent à ce que leur mariage soit officialisé.              — Tu en es sûr de ce que tu dis ? demanda Driss, l’air interloqué.              —  Je n’invente rien ! Voudrais-tu que l’on entre dans la salle de séjour ? demanda-t-elle. —  Avec plaisir ! dit-il.                     Quand Driss entra dans la salle de séjour, accompagné de Radia, qui a joué le rôle de médiateur pour attendrir son cœur et arranger le mariage de Lina et Allal, il fut surpris par la présence de sa fille, son mari et leur fils Sami.                     Tous les deux se levèrent en guise de politesse et de respect et l’embrassèrent en lui demandant d’accepter le fait accompli et leur permettre d’officialiser leur mariage en  célébrant une fête. Sans rechigner, Driss accepta le fait accompli. Il leur  souhaita une vie agréable et heureuse et fit en sorte à ce qu’ils se marient le plus tôt possible pour couper court au commérage des uns et des autres.                   Afin de leur montrer son consentement inconditionnel, il  n’a pas hésité un instant de prendre son petit-fils dans les bras et le combler de bisous. Il fit l’effort de chasser de son esprit toutes les mauvais souvenirs qu’il garda de son mariage catastrophique avec Najat. Il autorisa Allal à reprendre son travail de jardinier et se mettre à la disposition de la famille pour lui donner un coup de main dans toutes les tâches quotidiennes. Ce dernier le remercia en l’informant :            —  J’ai de bonnes nouvelles pour toute la famille.            —   Dis-nous de quoi s’agit-il, lui demandèrent.             —  Votre fille ! lança-t-il.             —   Quelle fille ? demandèrent-ils à la fois, l’air étonné               — Sabah, ajouta-t-il, comme pour les faire vivre dans le  suspense.               —  Entre dans le vif du sujet tout de suite, demanda Radia qui savait ce qu’il allait leur annoncer en lui laissant le soin de raconter par lui-même l’histoire de Sabah.               —  Je vous assure que Sabah votre fille est en vie. Elle est saine et sauve. Elle mène tout comme le commun des mortels une vie calme et tranquille. Elle n’était pas malade. La malade c’était cette infirmière qui a commandité l’acte de l’interner d’urgence en lui mettant une camisole de force.               —   D’où tu sors cette information ?  demanda Driss.                —  J’ai été avec elle dans ce fameux hôpital où l’on administre aux patients des produits médicamenteux falsifiés et ce sans le moindre contrôle, dit-il.               —  Mais, à ce que je sache, tu étais en prison, dit  Driss.              — Effectivement, j’étais en prison, mais lorsque deux prisonniers qui étaient avec moi dans la même cellule, m’ont tellement agressé que j’ai failli perdre la vie, j’ai simulé le fait d’avoir des troubles psychiatriques et l’on m’a interné à cet hôpital. Et c’est là que j’ai rencontré Sabah. Quand elle m’a reconnu, elle s’est fiée tout de suite à moi en me faisant savoir  qu’elle n’était pas malade et qu’elle s’empêchait d’avaler tous les sachets qu’on lui donnait.               — Et comment vous vous êtes échappés de cet enfer ? demanda Driss en reconnaissant implicitement ses fautes par le fait de qualifier cet hôpital d’enfer.               —  C’est en profitant de l’évacuation forcée de l’hôpital qui a été submergé par les eaux de pluies torrentielles que nous avons pu nous évader tous les deux. J’ai amené, avec moi, Sabah chez ma mère qui est une pauvre femme miséreuse, mais pleine d’amour et d’affection. Après avoir pris le temps suffisant pour nous reposer, nous avons pensé à exercer quelque métier.              —   Et que fait Sabah maintenant ? demanda Meriem.              —   Elle travaille comme serveuse de café, répondit-il               —  Grâce à son initiation, elle connait bien ce métier et je crois que le cafetier qui l’a mise à son service sera très content de son travail,  dit Driss.            —   Mais où habite-t-elle ? demanda Meriem.            — Elle a loué une garçonnière avec une amie d’infortune, expliqua-t-il.                   Devant toutes les questions posées au sujet de Sabah, Driss se sentit coupable du mal qu’il fait subir à sa fille et avoua :          —  Je suis responsable de tout ce qui arrive à ma fille. Même les regrets et les remords qui me dévorent de l’intérieur ne pourront me servir d’excuses. Ne t’a-t-elle jamais parlé de nous ?            — Non, répondit Allal franchement. Elle ne voulait pas se souvenir de ces mauvais moments qu’elle avait  traversés à cause de votre ex femme.             — Nous avons perdu notre fille bêtement à cause de ce mariage aveugle et improvisé, dit Driss en soupirant de colère et d’indignation.            —  Je vous promets que je vais essayer de la convaincre pour qu’elle rentre à la maison. Comptez sur moi, dit Allal.               —  Est-ce que je peux t’accompagner pour la voir ? demanda Meriem, l’air un peu soulagé au sujet de Sabah.              — Laisse-moi le temps de la préparer moralement pour qu’elle accepte l’idée de revenir vivre ici avec vous, dit  Allal.              —  Ne sois pas expéditive Meriem, cria Driss. Tu veux qu’elle cabre comme un cheval débridé ? Moi, je pense que personne de nous ne peut la persuader pour renoncer à son refus de revenir à la maison, sauf Allal.              —  Et toi Lina que penses-tu à ce sujet ? demanda Meriem.               —  Je ne pense qu’à une seule chose maman ! répondit-elle.              —  C’est quoi alors ? Dis- le ! demanda Radia.               — C’est d’aller crever les yeux à cette harpie qui nous a brisés le cœur et  failli nous laisser sur la paille, dit Lina.              —  Ne parle plus de cette vipère ! demanda Driss. Elle est en train de payer le coût de ses scélératesses. De barmaid, elle va se transformer en débauchée. Soyez en sûr ! La ville ne manque pas  de ce genre d’exemple. La beauté est comme la peinture, elle n’est pas immuable et indélébile.  Elle s’effacera  avec le temps et celle qui s’en targue outre mesure sera déçue quand elle se rendra compte, en se  regardant dans le miroir, que sa physionomie  est complètement  dénaturée et dépréciée.              —  En t’entendant parler comme ça, on dirait que tu fais partie du Cercle  des Sages, lança Meriem.              —  Est-ce que tu connais la définition de ce Cercle ? demanda Driss.               — Demande-le à ton ami, le professeur Samir, répondit Meriem. C’est lui qui nous rebattait les oreilles en lâchant ce genre de termes sans nous en avoir expliqué la signification exacte.                   — Tu n’es pas du genre qui comprend ces choses maman ! lança Lina. Mêle-toi des choses simples et ordinaires et laisse ces choses  qui te dépassent aux cuistres et érudits.              — Tu as raison Lina, dit Radia. Ta mère doit maintenant se concentrer sur l’éducation de son petit-fils Sami qui a apporté la lumière et la joie dans cette maison. Et moi j’aimerai bien faire un tour ici  à la maison pour le dorloter et prendre soin de lui.               —  La porte de cette maison est toujours grande ouverte pour toi, Radia ! dit Driss. Tu es une personne formidable et je te considère comme étant un membre de la famille. Je suis très content du travail  propre que tu fais au café qui vient de reprendre sa renommée habituelle.              — Je suis très émue en entendant cet éloge et je te promets que je resterai toujours disponible autant que faire se peut pour contribuer à enjoliver l’image  de ce café.                                                                                                         IV                                                Allal  se dirigea vers l’endroit où travaillait Sabah. Après quelques minutes, il arriva à destination. Le taxi qu’il eut  emprunté le déposa à l’endroit exact. En entrant dans le café, il demanda à voir Sabah. Une des serveuses lui fit savoir qu’elle s’était absentée pour régler un  litige avec sa colocataire sans lui expliquer en détail le genre de problème exact.            Le jardinier s’orienta illico presto vers l’immeuble où se trouvait la garçonnière de Sabah. A son arrivée, il tomba sur la colocataire qui lui ouvrit la porte. Elle paraissait triste et décontenancée. Sans tenir compte de sa mauvaise humeur, il lui posa la question de savoir si Sabah était là pour parler avec elle.           Comme elle était irritée, elle lui répondit crument  et sans ménager son langage :           —  Cette g***e que tu voulais voir n’est pas là.             —  Pourquoi la traites-tu de g***e ? demanda Allal. Elle n’est ni méchante ni désagréable à ce que je sache et encore moins, c’est ma belle sœur et je la connais mieux que personne. Dis-moi ce qu’elle t’a fait au juste et je réparerai sa faute.             —  Ce qu’elle a fait dépasse n’est pas réparable et, moi, je ne suis pas obligée de te raconter tout ce qu’il m’est arrivé avec elle. Tu n’es pas mon confident.            — Comme tu veux ! lança Allal. Moi, je ne suis pas venu  pour mettre mon grain de sel dans vos problèmes personnels. Mais dis-moi au moins où est-elle passée ?           —  Je n’en sais rien. Va-t-en, s’il te plaît, dit-elle.            —  Pourquoi tu lui dis de s’en aller ? demanda une voix qui provint de l’intérieur de la salle de bain.            —  Et cette voix ? C’est à qui alors ? Tu te moques de moi, cria-t-il.            —  Ne t’en fais pas Allal, dit Sabah. Mon amie aime la rigolade  et la plaisanterie. Ne le prends pas mal.             — Excuse-moi, demanda l’amie de Sabah. C’est mon habitude. J’aime l’humour et surtout quand il est de mauvais goût, ne serait-ce que pour tester la réaction des gens            —  C’est un truc de caméra caché à ce que je pense, dit Allal en souriant.            —  Si tu veux, à peu près ! répondit-t-elle. Moi, je ne peux plus supporter l’absence de Sabah. Elle devient pour moi, mon amie de prédilection.              —  L’amitié ne se fait que par l’âme et le cœur et je suis de celles qui abondent dans ce sens, ajouta Sabah qui se tourna vers Allal pour lui demander :             —  D’où viens-tu ?           — Je suis venu de chez vous, répondit-il. Tes parents, tes sœurs et en particulier Radia te disent le bonjour et ils sont très impatients de te voir. Ils m’ont tous supplié de te convaincre de revenir à la maison le plus tôt possible pour prendre la responsabilité du café de votre père qui n’en finit pas de se faire du mauvais sang à cause du mal qu’il t’a fait à l’instigation de cette vipère de Najat.           —  Cette hypocrite restera à jamais mon ennemi numéro « un ». Je sais que c’est elle qui a commandité mon internement forcé. Cette  infirmière qui feint de respecter la déontologie du métier a réussi, durant toutes ses années de service, à tromper la majorité des patients, et notamment mon père qui a été malheureusement ébloui par la luminosité de  sa délicatesse falsifiée.            —  Laisse-moi te dire, dit-il, que la naïveté de tes parents était bel et bien à l’origine de tout le mal qui vous a affectés. Cette infirmière regardait la fortune de votre père avec un œil de convoitise. Mais, bien qu’elle ait fait des mains et des pieds pour s’en emparer, elle a échoué son coup.                  —  Mon père, dit-elle, n’aurait pas dû faire la sourde oreille à toute mon objection parce que je n’avais pas tort de réfuter ce mariage qui n’était à vrai dire qu’une mascarade où l’intérêt personnel était mis en avant.             —  J’approuve ta position de fille douée d’un esprit lucide et vigilant, dit Allal, et j’insiste à ce que tu reviennes avec moi à la maison de tes parents, ton neveu Sami mérite des bisous et des câlins  de ta part. Tu n’as plus aucune excuse de refuser à tous les membres de ta famille le plaisir de te voir reprendre ta place près d’eux.                — Ecoute les conseils de ton beau-frère, lança son amie d’infortune. A ta place, je n’aurais pas hésité un instant pour rallier le noyau familial.             — Je comprends ma chère amie, rétorqua Sabah, mais c’est difficile pour moi de reprendre ma confiance en un père qui m’a spolié ma dignité et mon amour propre en me faisant jeter sans la moindre pitié au fond du gouffre pour satisfaire les caprices d’une femme frivole et malicieuse.            —  Ton père a regretté amèrement ses actes, avoua Allal, et maintenant, il ne s’arrête pas de penser à toi. Il est des parents qui commettent parfois des erreurs à l’endroit de leurs enfants, non seulement à cause de l’amour exagéré qu’ils portent pour eux, mais aussi à cause de leur ignorance des choses dont ils ne sont pas suffisamment initiés pour en prendre le juste parti.             —  Tout ce que tu dis est vrai, répliqua Sabah, mais moi, je ne suis pas prête pour le moment à retourner à cette maudite maison où je me suis cloitrée entre les quatre murs sans que personne ne s’avise de vérifier l’origine de mes maux et de ma mélancolie.            —  Je te comprends Sabah, dit Allal. Tu n’avais rien de mal qui nécessitait ton internement. Mais ne sois pas si dure envers tes parents. La faute incombe à cette femme rébarbative qui cachait aux gens sa valeur réelle derrière la façade trompeuse d’infirmière généreuse et bienveillante.             — Allal a raison, lança son amie. Tu ne devrais pas tenir rigueur à tes parents parce qu’ils étaient induits en erreur par cette  croqueuse de diamant. Eux aussi ont été certainement vexés le jour où ils se sont rendu compte de t’avoir fait du tort. Comprends-les et ne sois pas si rancunière. Dis-toi bien et toujours que l’erreur est humaine et même Adam et Eve l’ont commise en mangeant le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.            — Ce que tu me racontes, répliqua Sabah, est un autre problème et ça n’a rien à voir avec mon cas. Moi, je n’ai touché à aucun fruit et pourtant on m’a éclaboussée ma dignité et mon bien-être. Comment veux-tu que je réagisse vis-à-vis de  l’ignominie de ce stratagème tramée en catimini et à mon encontre ?             —  Demande la clémence divine, conseilla Allal, et remercie la Providence de t’avoir donné force et patience pour supporter cette épreuve si difficile. Quoi qu’il en soit, tu resteras à mes yeux la fille aimable et affable qui ne fait pas de mal à une mouche.            —  Je préfère le faire, dit-elle, comme tu me le conseilles plutôt que d’adopter inutilement l’attitude victimaire et espérer que mon honnêteté et mon innocence l’emportent sur l’hypocrisie et la méchanceté de cette harpie qui a cherché à me faire autant de mal, mais, heureusement pour moi, elle a perdu la bataille et tous ses plans ont été voués à l’échec.             —  L’essentiel, ajouta son amie, c’est que tu es sortie gagnante et victorieuse. Quant à  la scélérate, elle a été révoquée, dites-vous en perdant par voie de conséquence son statut d’infirmière.                                                          V                                Allal, qui n’a pas pu obtenir gain de cause auprès de Sabah, lui promit qu’il va revenir dès qu’il réglera une affaire avec cette barmaid qui lui avait menti au sujet de ce bébé fille.              Après avoir hélé un taxi qui le déposa à l’endroit voulu, il entra dans le bar-restaurant avec un autre déguisement pour que la police qu’il avait à ses trousses ne lui mît pas le grappin dessus. Il se dirigea directement vers le comptoir pour engager une autre conversation avec Najat.            S’apercevant si vite de sa présence, elle le salua et dit :            —  Où étais-tu passé pendant tout ce temps d’absence ?             — J’avais des choses à régler, dit-il. Cette fois-ci, je suis revenu pour trinquer avec toi à l’occasion de ton nouvel emploi et t’inviter chez moi pour que tu me parles en détail de Lina.              — Avec plaisir Allal, dit-elle, moi aussi, j’aimerais bien passer quelques instants avec toi. Tu sais mieux que personne combien je t’apprécie et ce depuis le jour où nous nous sommes vus chez ce vieux cafetier dont ses deux filles Safia le médecin et Lina  m’ont coupé l’herbe sous le pied.              —  Moi, aussi,  avoua Allal, je t’apprécie beaucoup et tu es la seule personne en qui j’ai confiance. Je déteste autant que toi ce tour de magie noire que Lina a réalisé pour me jeter la poudre aux yeux. Tu sais de quoi je parle !             —  Absolument ! répondit-elle, sans savoir ce qu’Allal est en train de manigancer pour la mettre devant le fait accompli.              —  J’ai besoin que tu m’aides à trouver ma fille, lui demanda-t-il en feignant de parler sans détour.             — Ta fille, répondit-elle, l’air trompeur et mensonger, a été récupérée sans le moindre doute par une femme fouineuse qui passe tout son temps dans le dépotoir.           — Comment tu peux affirmer  des choses dont tu n’as pas encore les preuves tangibles ? demande Allal qui essaya de plaider le faux pour savoir le vrai.            —  Cette femme qui est connue par tout le monde fréquente le plus souvent cet endroit, répondit-elle.             —  Qu’entends-tu dire par tout le monde ? demanda Allal, qui joue exprès  sur les mots.             — Je veux dire qu’elle est connue par tous ceux qui l’entourent de près ou de loin, répondit-elle.            — C’est vrai ! Une fouineuse pourrait toujours être comme telle, confirma Allal, qui but son verre de whiskey d’un seul trait. Mais, il n’y a pas qu’une seule, il en existe plusieurs et nous devrons les repérer toutes.          —   Par quel moyen peut-on les repérer ? demanda-t-elle.             —  Je n’en sais rien, répondit-il. Quand nous serons seul à seul, nous en discuterons en détail.           —  Mais quand est ce que nous pourrions être seul à seul si ce n’est pas aujourd’hui ? demande-t-elle.           —  Aujourd’hui, tu vas m’accompagner chez moi pour voir ma mère et ma toute petite sœur, dit Allal —  Ta petite sœur ? demanda-t-elle.             —  Oui ! Ma petite sœur Houda, s’exclama Allal. Quand tu la verras, tu ne pourras pas t’empêcher de l’aimer parce qu’elle est très mignonne et toutes celles qui l’ont déjà vue, l’ont aimée de tout cœur.               —  En feignant d’avouer la vérité à Allal qui faisait semblant de la croire sur parole alors que c’était une menteuse avérée, Najat lui dit :              —  J’espère trouver en elle un antidote pour oublier mon bébé mort-né.            — Je crois que c’est le moment de partir, lança Allal, l’air décontracté.              — Oui ! Absolument ! On continuera notre discussion chez toi, dit-elle, l’air convaincu d’avoir trouvé en lui un interlocuteur facile à manipuler.              —  Ok ! dit Allal. C’est un grand plaisir de rattraper le temps perdu. La police me traque toujours et je peux être arrêté à tout moment. Même avec ce déguisement, on peut m’identifier. Et si jamais Radia n’annule pas sa plainte à temps, je moisirais en prison sans pouvoir vivre près de ma mère et ma petite sœur que j’adore beaucoup.              —  Si jamais on t’arrête, je te donne ma parole d’honneur que je m’occuperai d’elle, promit-elle.                    Allal et Najat furent arrivés à destination. Le taxi les déposa juste à l’endroit indiqué. Dès qu’ils entrèrent dans la maison de la fouineuse, la petite fille accourut à quatre pattes vers Allal qui l’a prise dans ses bras en lui appliquant plusieurs bisous pour montrer à son invitée que Houda est bel bien sa sœur. La mère d’Allal, qui s’affairait dans ce trou à rat, sortit tout de suite de son repaire quand elle entendit la voix de son fils.                   Après les avoir salués de façon si méfiante, elle leur étendit à même le sol un vieux tapis fait de lanières disparates de tissu usagé et les invita à s’asseoir.                   Najat, qui ne pouvait pas détacher son regard du bébé, demanda à Allal :           —   Comment s’appelle-t-elle ?            —   Houda ! Je te l’ai déjà dit, répondit Allal.             —  Donne-la-moi. Je veux la prendre dans mes bras  pour lui faire un câlin, dit Najat, qui la serra contre elle tout en ignorant la cause de ce grand attrait qu’elle a pour cette petite.                    La fouineuse s’est vite rendu compte de l’amour démesuré que porte Najat pour cette petite fille adoptive dès le premier regard. Cette remarque la poussa à faire plusieurs suppositions avant de lui poser la question de savoir si elle était maman. Et l’ex infirmière de répondre :              — J’aurais dû l’être si je n’avais pas accouché d’un nouveau mort-né.              —  Je suis désolée pour toi, dit la fouineuse, l’air pensif. Que Dieu te donnera plus de résilience pour que tu puisses prendre ton mal en patience !               — Et cette fille, comment as-tu pu l’avoir à cet âge de la ménopause ? demanda Najat.            —  C’est ma fille adoptive, je le dis et je le répète à qui veut l’entendre. Je ne peux jamais me permettre de mentir pour cacher la vérité au sujet de cette fillette.             — Mais comment tu as pu l’avoir ? demanda Najat, l’air interloqué.              — J’ai passé toute ma vie à faire régulièrement des incantations en implorant Dieu de m’accorder ses grâces, dit-elle. Et quand il m’avait donné ce cadeau, je ne l’ai pas refusé. Je me suis dis que c’est un signe de la Providence.             — Veux-tu me dire exactement comment ce cadeau dont tu parles t’est tombé entre les mains ? demanda Najat, l’air tourneboulé.             —  En ce bas-monde, il existe des choses qu’il vaut mieux taire plutôt que de les divulguer au commun des mortels, ne serait-ce que par respect au signe de la Providence, rétorqua la fouineuse, qui commença à se méfier des questions pièges de Najat qui cherche intelligemment à la faire avouer son secret.              —  Tu veux dire que ce bébé que tu as gagné comme un lot de la loterie  fait partie de ces choses ? demanda Najat.             —  Si tu veux, oui ! répondit la fouineuse qui en eut marre des questions de Najat qui chercha à couper les cheveux en quatre.              — Je te trouve très intéressée par ce bébé, lança Allal à la barmaid pour la chatouiller et voir sa réaction.              —  Parce que je suis un peu curieuse et je plains toutes les mères qui perdent ou abandonnent leur bébé à cause d’un concours de circonstance, avoua Najat pour leur faire part, à Allal et sa mère, de son degré d’empathie et de sensibilité falsifiées.             —  Tu as le cœur tendre à ce que je pense, dit Allal, par ironie. Mais, moi, je ne sais pas de quelle catégorie de ces mères tu fais partie ? Est-ce de celles qui perdent ou celles qui abandonnent leur progéniture ?              — Est-ce que tu te moques de moi ou quoi ? demanda la barmaid à Allal qui cherche toujours à jouer le rôle de quelqu’un qui fait l’effort de pratiquer de la maïeutique Socratique sans le savoir.             —  Je me moque pas de toi, dit-il, mais je veux que tu me dises la vérité à cet instant même sur ce que tu m’as raconté sur Lina, sinon tu ne sors pas vivante de cette maison. Ta tombe est déjà creusée. Aujourd’hui, tu vas connaitre le vrai Allal, le jardinier que tu as mal défini.             —  Qu’est que tu racontes bon sang ? demanda-t-elle, l’air effarouché.             —  On ne badine pas avec Allal ! Raconte-moi la vérité sur Lina ! ordonna-t-il, l’air sévère.            — Je n’ai aucune autre vérité que celle que je t’ai déjà racontée, dit-elle.             — Ne me fais pas perdre mon sang froid ! Vas-y ! Raconte, insista-t-il.            —   Tu veux vraiment connaître la vérité ? demanda-t-elle.            —   Oui ! Rien que la vérité !             —  Je t’ai menti sur Lina, avoua-t-elle, rien que pour sauver ma dignité.             — Ta dignité, tu l’as déjà souillée de façon indélébile le jour où tu t’es mise à professer le mensonge, l’hypocrisie, la scélératesse ou que sait-on ? répliqua Allal d’un ton péremptoire.             — Je le sais ! Ma dignité, je l’ai perdue lorsque je me suis accoquinée avec toi pour m’emparer de la fortune de ce vieux cafetier.               — Ménage ton langage, brebis galeuse ! Cet homme que tu traites de vieux est maintenant le père de ma femme et le grand-père de mon fils Sami à qui tu as donné le prénom de Réda après l’avoir enlevé à sa mère aux premiers jours 
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