— Le problème qui me tracasse, c’est qu’elle ne m’a rien dit à propos de sa sortie. Elle est partie subrepticement.
— C’est son affaire ! Pourquoi toutes ces questions ? Elle est majeure et vaccinée, répliqua Hamid.
— J’espère qu’elle n’aurait pas fourré son nez dans des affaires sales où elle risque la prison, dit-elle.
— De quelles affaires sales tu parles ma sœur ? demanda-t-il. Cette servante doit-elle être corrompue à ce que je comprenne à travers ce que tu viens de dire à son sujet.
— Je n’en sais rien ! dit-elle. Les servantes peuvent être ainsi à cause de leur misère sans dignité. Elles prétendent que leur pauvreté n’est rien d’autre qu’une fatalité qui les bat de plein fouet.
— Fatalité ou pas, dit Hamid, elle doit se comporter honnêtement et sans la moindre incartade aux conventions sociales.
— Nous ne sommes pas dans le pays de cocagne pour que les servantes se comportent à merveille, affirma-t-elle. Dans la majorité des cas de figures, on assiste depuis toujours à ce phénomène de corruption interminable qui se manifeste sous plusieurs visages.
— Qui sème le vent récolte la tempête, dit le proverbe. Chacun est responsable de ses actes de quelque nature que ce soit, pensa Hamid sans chercher à développer cette déclaration à sa façon.
— Attends ! Je crois que quelqu’un essaye d’ouvrir le portail pour s’infiltrer dans notre maison, lança Amina.
— Je ne crois pas qu’il s’agit d’un étranger. C’est peut-être elle, avança Hamid.
— Je vais voir ! dit Amina.
— Alors, c’est qui ? demanda-t-il.
— Attends une minute ! cria Amina en ouvrant le portail. Mais, que fais tu là bon sang ? Que t’arrive-t-il ?
— Avec qui tu parles, ma sœur ? demanda Hamid.
— C’est bel et bien elle ! lança Amina en l’aidant à se relever pour la faire entrer à la maison.
— Tu veux dire Aicha ? demanda-t-il.
— Oui ! C’est bien elle, en chair et en os. Mais, j’ai besoin d’aide pour l’amener dans la cour. Veux-tu me donner un coup de main.
— Oui ! Pourquoi pas dit Hamid qui se porta à son secours en tâtonnant tant bien que mal.
Aicha était dans un état lamentable. Elle avait subi toutes les sévices atroces de sa bourrelle. Ses vêtements étaient déchirés en partie. Son corps portait de multiples marques de fouet. Ses cheveux étaient sales et enchevêtrés. Son visage était barbouillé d’ecchymoses.
Avec l’aide de son frère, l’installa sur un divan, lui apporta à boire et à se laver les mains et le visage avec du savon. Puis elle lui demanda de s’allonger pour reprendre ses forces et pouvoir répondre à toutes ses questions avec l’esprit lucide et clair.
Hamid, qui ne pouvait pas juger de la cruauté dont elle fit l’objet, lui demanda à tout bout de champ :
— Dis-nous Aicha, qu’est ce qui t’arrive ? D’où reviens-tu ?
— Une femme barbare et sauvage m’a agressée, susurra-t-elle.
— Oui ! C’est bien elle, en chair et en os. Mais, j’ai besoin d’aide pour l’amener dans la cour. Veux-tu me donner un coup de main.
— Oui ! Pourquoi pas dit Hamid qui se porta à son secours en tâtonnant tant bien que mal.
Aicha était dans un état lamentable. Elle avait subi toutes les sévices atroces de sa bourrelle. Ses vêtements étaient déchirés en partie. Son corps portait de multiples marques de fouet. Ses cheveux étaient sales et enchevêtrés. Son visage était barbouillé d’ecchymoses.
Avec l’aide de son frère, l’installa sur un divan, lui apporta à boire et à se laver les mains et le visage avec du savon. Puis elle lui demanda de s’allonger pour reprendre ses forces et pouvoir répondre à toutes ses questions avec l’esprit lucide et clair.
Hamid, qui ne pouvait pas juger de la cruauté dont elle fit l’objet, lui demanda à tout bout de champ :
— Dis-nous Aicha, qu’est ce qui t’arrive ? D’où reviens-tu ?
— Une femme barbare et sauvage m’a agressée, susurra-t-elle.
— Est-ce que tu la connais ? demanda Amina.
— Je n’en sais rien, répondit-elle à voix basse.
— Et si tu peux aider la police à lui dresser un portrait robot, ils pourront l’arrêter. Qu’en dis-tu ? demanda Amina sans savoir de qui s’agit-il.
— Non ! La police ! Non ! dit-elle.
— Mais pourquoi bon sang, tu ne veux pas qu’on prévienne la police ? demanda Hamid.
Cet homme aveugle n’en sait rien à propos de Najat et du bébé enlevé à sa nièce Lina qui lui a caché sa grossesse pendant tout le temps qu’elle avait passé à ses côtés.
— N’insiste pas Hamid, dit sa sœur. Moi, j’ai bien compris pourquoi elle ne voulait pas déposer une plainte contre cette femme cruelle et sans cœur.
— Qu’est ce que tu as compris Amina de ce dont, moi, je n’ai pas la moindre idée ? Explique-moi ! Tu veux, demanda Hamid.
Pour le tenir à l’écart de sa complicité avec la servante, Amina lui dit :
— Je n’ai rien à t’expliquer ! C’est entre femmes.
— Tu veux dire, ma chère sœur, que les hommes n’ont absolument pas le droit de savoir tout ce qui se trame entre les femmes ? demanda Hamid.
— Je ne voulais rien dire, mon frère ! Tu me parais assez curieux de savoir ce que, moi, je n’ai pas encore assimilé pour te le raconter à la place d’Aicha. Occupe-toi alors de ton poste de radio. Tu feras mieux d’écouter de la musique plus tôt que de passer ton temps à me harceler de questions. Savoir ce qui s’est passé entre Aicha et sa bourrelle est du ressort de la police. Il ne sert à rien maintenant de ressasser interminablement cette agression, conclut-elle.
— Moi, je ne ressasse rien, cria Hamid. Je veux seulement connaître les raisons de cette agression.
— Quelles que soient les raisons, personne n’en possède aucune pour agresser son congénère, expliqua Amina. Il ne faut jamais mettre en avant ses motifs, même s’ils sont bel et bien fondés, pour justifier ses actes agressifs et se faire justice par soi-même.
— Je comprends tout ça, ajouta Hamid. C’est expliqué sur papier. Mais il est des gens qui ne respectent pas les règles. La cruauté et la sauvagerie sont peut-être des choses innées en nous et chaque fois qu’on est provoqué, elles se manifestent sous l’effet de nos impulsions.
— D’où tu sors cette explication ? Tu me surprends mon frère, dit Amina.
— Tant que l’on est doté du pouvoir de la pensée, répondit Hamid, notre raisonnement à nous, petites gens modestement cultivés, pourra effleurer dans la majorité des cas les vrais motifs de certaines de nos actions.
— La vengeance et la haine sont à mes yeux les principaux motifs qui nous poussent à l’agressivité et au sadisme, Ajouta Amina.
— Et qu’est ce que Aicha avait fait de si mal pour qu’on s’en prenne à elle ?
— Et qu’est ce que j’en sais, moi ? dit Amina pour noyer le poisson et couper court aux questions insistantes de son frère.
Quand le dialogue improvisé entre Hamid et sa sœur s’arrêta, Amina se mit à regarder le visage, tout barbouillé d’ecchymoses, de sa servante, sauvagement agressée par Najat qui pourrait l’échapper belle parce qu’elle et Aicha étaient les deux complices de l’enlèvement du bébé de Lina et si jamais elles s’avisaient d’ester une action en justice, elle les entrainerait avec elle et pourraient moisir toutes les trois en prison.
Pour s’assurer que c’était vraiment Najat qui l’avait battue, Amina lui demanda :
— Lève-toi, Aicha ! Tu as besoin de prendre un peu d’air. Nous allons nous dégourdir les jambes.
— Ok ! Aide-moi à me relever, s’il te plait, je dois tirer la leçon de tout ce qui m’est arrivé.
— Raconte-moi ! demanda Amina quand elles s’éloignèrent de Hamid.
— Ce n’est pas la peine que je te fasse la reconstitution de la scène, susurra-t-elle. Les traces des coups de fouet qu’elle m’a donnés sont une preuve suffisante aux sévices que j’ai subis.
— Dis-moi l’essentiel et ne tourne pas autour du pot, demanda Amina.
— L’essentiel, dit Aicha, c’est que cette femme s’est avérée la deuxième épouse du mari de ta sœur Meriem et c’est à elle que j’ai remis le fils de ta nièce Lina.
— Comment s’appelle-t-elle ? demanda Amina.
— Elle s’appelle Najat. C’est une infirmière, répondit Aicha.
— Oh ! Mon Dieu ! Quelle mauvaise coïncidence ! s’écria Amina. Et pourquoi elle t’a agressée ?
— Parce que Driss, Meriem et leur fille Safia l’ont chassée de la maison quand ils se sont rendus compte que ce fils n’était pas le sien et ce grâce à l’intervention du médecin Safia qui a demandé un test ADN quand Lina lui avait avoué son secret.
— Et Driss savait-il que ce bébé n’est pas son fils ? demanda Amina.
— Driss a fait un malaise et on l’a évacué à l’hôpital, dit Aicha.
— Comment es-tu tombée dans son piège ? demanda Amina.
— Elle m’a leurrée avec ses promesses de m’offrir un cadeau pour le service rendu, expliqua Aicha, et moi, comme je suis naïve, je l’ai facilement crue.
Après m’avoir ligotée et torturée, elle m’a droguée en m’injectant un produit et m’a laissée dans un endroit isolé où une horde de chiens suivant une chienne en pleine rut sont passés près de moi et m’ont fait tellement peur. Mais, heureusement pour moi, un vieux berger m’a dénoué la corde de ligotage et m’a aidée à monter dans le ben d’une camionnette qui m’a ramené jusqu’ ici.
— Ecoute-moi bien ! Si jamais Lina savait que nous lui avions enlevé son fils, elle va nous haïr toutes les deux et nous serons passibles de rejoindre à ses yeux les rangs des damnées de la terre.
— Que devons-nous faire alors ? demanda Aicha.
— Il faut se taire et ne souffler à personne quoi que ce soit à propos de cette histoire d’enlèvement de bébé, ordonna Amina.
— J’ai failli laisser ma peau dans cette sale affaire, avoua Aicha, pleine de remords et de regrets.
— Considère dès à présent que l’affaire de ton agression est maintenant close et nous n’avons aucun intérêt à reparler du passé. Va maintenant prendre une douche et repose-toi. Tu as une semaine de repos à passer, ici à la maison. Tu ne dois en aucun cas donner signe de vie. Si cette femme méchante et désagréable sait où tu vis, elle ne te laissera pas en paix.
— C’est ce que je dois faire à l’instant même pour me délasser, dit Aicha avant de rejoindre la salle de bain.
Laissé seul, Hamid se posa mille questions à propos compte de la longue discussion que tenait en privé sa sœur et la servante Aicha.
Pour s’assurer que les deux femmes ne sont pas sorties de la maison, il appela Amina juste au moment où elle revint vers lui.
Afin de détourner son attention par un autre sujet qui n’a aucun rapport avec l’agression d’Aicha, elle lui demanda par plaisanterie :
— Que deviendras-tu, cher frère, si je ne suis pas là ?
— Je deviendrai celui que je ne suis pas à tes côtés. Tu es pour moi, chère sœur, comme une source intarissable de bonheur et de satisfaction, dit-il.
— Je le resterai tant que mes capacités de te servir me le permettront, avoua-t-elle. Je suis très contente de t’apporter soutien et assistance et je ne lésine pas sur les moyens pour que tu te sentes formidablement servi.
— Je te remercie beaucoup, chère sœur, et te souhaite une longue vie, pleine de bonheur et de satisfaction, dit Hamid, l’air bien réjoui.
DIXIEME PARTIE
I
Malgré toutes les portes qu’elle avait beau frapper sur le marché de travail pour obtenir un autre emploi répondant à ses choix appropriés, Najat, qui avait reçu un rude pavé sur la tête, a sombré quelques mois dans le chômage.
N’ayant pas accepté le fait d’être prise en charge par sa mère Bahia, dépourvue de moyens financiers suffisants pour répondre à ses besoins de fille coquette et snob qui voulait toujours vivre dans le luxe, elle décida de changer de cap et de se mettre à chercher un job.
Sans avoir d’autres alternatives, elle a été engagée à travailler comme barmaid dans un grand bar-restaurant où le tenancier, qui semblait courir la prétentaine, lui accorda, après plusieurs atermoiements, la chance de se mettre au boulot, mais à charge de revanche.
Najat qui ne voulait pas mener ouvertement une vie de débauche, comprit vite ce qu’il voulait dire et se résigna à accepter ses conditions sans broncher. L’ex infirmière avait le sens et le talent.
Dès ses premiers jours de travail, elle se mit à s’initier au flair et à la mixologie. Elle apprit si vite et à titre d’exemple que pour éluder la mousse, il faudrait coller la pinte à la pompe en l’inclinant.
Elle s’imprégna de l’ambiance qui régnait chaque soir dans le bar et s’habitua aux relents des boissons alcoolisées et de la fumée des cigarettes et encore moins au mélange de différents timbres de voix recouvertes par les décibels assez élevés de la musique et le brouhaha des clients, parmi lesquels, elle repéra ceux qui picolaient plus qu’il n’en fallait.
Elle ne refusait pas l’invitation de prendre un verre ou deux de champagne avec ses admirateurs qui s’émerveillaient de sa beauté et de son charme.
Allal le jardinier qui fréquentait les bars pour boire un coup et vendre en particulier des cigarettes au détail tomba un soir sur Najat qui se trouvait derrière le comptoir en pleine activité. Il n’en crut pas ses yeux dès qu’il l’aperçut. Il n’en savait rien de ce qu’il est advenu d’elle.
Avant de s’approcher d’elle, il se posa mille et une questions et n’en retint aucune réponse définitive qui pourrait le libérer des doutes qu’il avait sur la vraie identité de cette barmaid qui ressemblerait trait pour trait à Najat si ce n’était pas elle en chair et en os.
Il se posa silencieusement et dans son for intérieur la question de savoir comment se fait-il qu’une infirmière mariée à un cafetier assez riche pouvait se trouver là en train de servir ce panel de clients.
Il demeura muet de stupeur et ne sachant à quel saint se vouer pour choisir entre le rêve et la réalité. Mais, finalement, il décida de se mettre au comptoir pour écouter de près la voix et voir la gestuelle de celle qui lui paraissait étrangère.
Quand il fit sa commande, il baissa la tête et feignit de ne pas douter d’elle. Mais, Najat se rappela si vite l’avoir vu quelque part et elle ne s’empêcha pas de lui adresser la parole en lui demandant :
— Excuse-moi, jeune homme, si je suis un peu curieuse. Est-ce que tu viens souvent ici, dans ce bar. ?
— Comment ? répondit Allal par une question.
— Je voulais savoir si tu es un client assidu.
— Non ! Non ! Mais pourquoi cette question, demanda-t-il en faisant mine de se méfier d’elle ?
— Pour rien, répondit-elle.
— Est-ce que tu me connais ? demanda Allal.
— Il me semble que je t’ai déjà vu et parlé avec toi quelque part, répondit-elle.
— Moi aussi, il me semble que je t’ai vue également, confirma-t-il.
— Tu voulais dire qu’on se connait ? demanda-t-elle.
— Oui ! Tout à l’heure en rentrant ici, je me suis posé la question de savoir si tu es vraiment Najat, la femme de Driss, le cafetier.
— Oui ! C’est bien moi l’ex-femme de ce vieux croûton qui m’a achetée avec son argent pour profiter de ma beauté et m’envoyer paître quand il a été saturé.
— Vous vous êtes séparés, je suppose !
— Ne suppose rien, C’est la vérité, dit-elle. Et toi ! Tu es qui ?
— Moi, je suis Allal le jardinier. Celui à qui tu donnais des cigarettes et des joints. Tu t’en souviens ?
— Absolument ! J’ai une mémoire d’éléphant quand même pour ne pas oublier, répondit Najat, l’air souriant. Mais, dis donc ! Pourquoi ce déguisement ? Tu ne portais pas de perruque longue ni de lunettes ! remarqua-t-elle
— Ne dis rien à personne, s’il te plaît ! La police est toujours à mes trousses.
— Mais pourquoi ? Qu’est ce que tu as fait de si mal pour qu’on te traque ? demanda-t-elle.
— Tu savais déjà que j’étais en prison pour avoir agressé Radia, la servante de Driss.
— Oui, je le savais ! Mais je crois que tu es libéré, dit-elle.
— Non, je me suis évadé et je m’attends à ce qu’on me mette le grappin dessus, dit-il.
— Veux-tu une autre bière ? Prends-en ! C’est moi qui paye dit-elle.
— Une autre, ça me fait encore du bien, lança-t-il. Mais dis donc où est ton bébé ? Tu l’as laissé avec ta mère ?
— Je n’ai pas de bébé parce qu’il est mort-né le jour de mon accouchement, répondit-elle, l’air mensonger.
— Je suis désolé pour toi, dit-il sérieusement. Et quelle a été la réaction de Driss qui s’attendait à un garçon ?
— La réaction de tous les pères ! La déception et la tristesse, dit-elle.
— Tu ne savais pas si Lina avait déjà accouché ? demanda-t-il.
— Je ne sais pas si ce qu’on vient de me raconter à son sujet est-il vrai, dit-elle. Elle a accouché, m’a-t-on dit, d’une fille qu’elle a abandonnée au dépotoir et qu’une femme fouineuse l’a récupérée pour l’élever et quand son père Driss, mon ex, était mis au courant, il a fait un malaise et on l’a évacué aux urgences.
— Est-ce que tu connais cette femme fouineuse ? demanda-t-il, l’air tourneboulé.
— Non, je ne l’ai jamais vue. Moi, je ne m’intéresse pas aux femmes fouineuses parce qu’elles sont misérables et encore moins elles me répugnent.
— Savais-tu pourquoi, elle l’a abandonnée au dépotoir ? demanda Allal, complètement interloqué.
— Parce que c’est une fille bâtarde à ce qu’on raconte, expliqua-t-elle.
— Mais, c’est ma fille ! répliqua-t-il. Lina et moi, nous nous aimons et cette fille n’est que le fruit de notre amour mutuel. Pourquoi diable a-t-elle dû s’en débarrasser alors qu’elle m’a déjà avoué sa grossesse quand elle était venue me voir en prison ? Cette histoire ne tient pas debout à ce que je pense.
II
Tout énervé à cause de la version des faits forgés de toutes pièces par Najat, Allal se rendit directement au café de Driss pour s’enquérir de la situation de Lina. Il tomba par le plus grand des hasards sur Radia qui l’a reconnu, bien sûr, et lui lança de but en blanc :
— Que viens-tu faire ici si ce n’est pas pour m’agresser derechef ?
— Non ! Pas du tout ! dit-il poliment. Je suis venu te présenter mes excuses et je sais que tu vas les accepter parce que tu as un grand cœur. Je savais que c’était l’amour que tu portais à Lina qui t’a poussée à t’en prendre à moi parce que mon comportement n’était pas conforme aux conventions sociales.
— Tout ce que tu dis est absolument vrai, je ne le nie pas, ajouta-t-elle. Pour l’amour que je porte à Lina et à ton rejeton qu’elle vient de baptiser au nom de Sami, je te pardonne de tout cœur et je te demande de m’accompagner à la maison parce que j’ai une bonne surprise pour toi.
— Quelle maison ? demanda-t-il.
— La mienne où j’habite à présent avec mes deux bien-aimés, répondit-elle.
Avant de lui poser la question de savoir ce qu’elle voulait dire en parlant ainsi, Allal resta à un certain moment silencieux et pensif.
— C’est qui, ces deux bien-aimés dont tu parles ? demanda-t-elle.
— Ne me pose pas de questions à ce sujet, dit-elle. Tu vas savoir par toi-même le genre de surprise qui t’attend.
— Dis-moi, comment va Driss, Meriem et les autres filles ?
— Ils sont très inquiets au sujet de Sabah qui a disparu, dit-elle. On nous a dit qu’elle s’est évadée avec d’autres internés lors de l’évacuation forcée de l’hôpital qui a été submergé de fond en comble par les inondations des crues d’eau de pluies torrentielles.
— Ne m’en dis pas plus, je sais tout sur Sabah et c’est grâce à moi qu’elle est maintenant encore en vie, lança Allal à l’adresse de Radia qui devient abasourdie.
— Comment tu sais tout sur Sabah qu’on vient de porter disparue ? demanda-t-elle.
— En ce moment même où je te parle, Sabah est saine et sauve, dit-il. Elle n’a pas été malade et on ne l’a internée que par vengeance.
— Est-ce que tu sais où elle est maintenant ? demanda-t-elle.
— Bien sûr que je le sais ! répondit-il.
— C’est cette croqueuse de diamant qui est à l’origine de tous ces malheurs qui se sont abattus sur la famille.
— Qu’entends-tu dire par croqueuse de diamant ? demanda-t-il, l’air curieux.
— La croqueuse de diamant, dit-elle, ce n’est rien d’autre que le titre de cette fameuse histoire dont l’acteur principal est cette même femme menteuse qui professe la duplicité et l’hypocrisie. C’est cette infirmière pudique qui s’est mariée uniquement par intérêt personnel. Son but n’était rien d’autre que d’appauvrir Driss et sa famille en les délestant de leur fortune. En usant de toutes les astuces machiavéliques, elle était sur le point de réussir à leur apporter le malheur et de chambarder leur mode de vie quand la réaction de Lina et Safia vint la stopper à point nommé.
— Tu fais allusion à Najat, je suppose ! dit-il.
— Oui, affirma Radia.
— Tu sais où elle est maintenant ? demanda-il.
— Non ! répondit-elle. Toi, tu sais où ?
— Oui, je viens juste de l’endroit où elle travaille, répondit-il.
— Que fait-t-elle ? demanda Radia.
— Elle a pu obtenir un job dans un bar-restaurant, répondit-il.
— Que fait-elle au juste ? demanda-t-elle.
— Barmaid, répondit-il. Elle en a l’étoffe et ça lui sied mieux d’être ainsi plutôt qu’infirmière, dit-il.
— Ce n’est qu’une voleuse d’enfant qui voulait se payer de la tête de tous ceux qui l’entourent, mais heureusement pour la famille de Driss, elle a été découverte par la volonté de Dieu et on l’avait chassée de la maison de façon humiliante.
— Qu’est-ce qu’elle a volé ? demanda-t-il.
— Tu vas le savoir aujourd’hui même quand je te ferai la surprise, avoua-t-elle.
— Je suis impatient de savoir de quoi est-il question dans cette surprise que tu me promets, dit-il.
— Maintenant nous allons tout de suite relever le rideau pour voir à l’œil nu et sans télescope de quelle surprise s’agit-il, dit-elle.
Radia et Allal se dirigèrent vers l’endroit où se cachaient au vu et au su de tout le monde celle qui l’attendait depuis toujours. En frappant à la porte fermée à double tour, Allal entend une voix familière de femme qui leur demanda :
— Attendez ! J’arrive !
— Ouvre Lina ! Tu as de la visite, lança Radia.
— C’est qui ? Je ne veux voir personne ! cria-t-elle.
— Ouvre Lina ! C’est moi ! dit Allal.
— Quel bon vent t’amène ? lança-t-elle en ouvrant la porte.
— Je suis venue te voir, mon amour ! avoua-t-il.
— Je suis là avec mon bébé ! confia-t-elle. Viens voir, il est très mignon.
Après s’être réjouis de leurs retrouvailles et fait sommairement des événements qui se sont produits durant leur séparation inattendue, Allal lui demanda :
— Comment s’appelle-t-il ?
— Sa voleuse l’appelait Réda. Mais, moi, en tant que sa mère génitrice, je l’ai prénommé Sami.
— C’est un joli prénom ! dit Allal. Mais, dis-moi, qu’entends-tu dire par voleuse ?
— Cet enfant m’a été enlevé et vendu à cette vipère de Najat, dans les premiers jours de sa naissance. Elle a menti à mon père et à toute la famille en leur disant que c’était son fils. Ne disposant d’aucune information ni preuves tangibles susceptibles de le renseigner sur le mensonge colporté au sujet l’accouchement de cette infirmière, mon père qui était aux anges, organisa une fête pour le baptiser au nom de Réda. Mais, vu la rivalité qui existe entre cette vipère à cornes et ma mère, cette cérémonie a failli tourner au vinaigre.
— Cette voleuse comme tu as toutes les raisons de le dire, m’a menti ce jour même en me racontant une histoire qui ne tient pas debout, avoua Allal.
— Qu’est ce qu’elle t’a dit ? demanda-t-elle.
— Elle m’a dit des choses bizarres que le commun des mortels ne peut jamais croire. Elle m’a raconté que tu avais accouché d’une fille et que tu l’avais abandonnée au dépotoir en prétendant qu’une fouineuse l’avait ramassée pour l’élever ou à fortiori la vendre comme un objet de rebut. J’ai la preuve irréfutable à l’appui que cette fille abandonnée est bel et bien vivante et elle est bien portante.
— Est-ce que tu as vu cette petite ? demanda Radia qui a suivi toute la conversation entre Allal et Lina.
— Oui, je l’ai vue en chair et en os et elle est entre de bonnes mains, dit-il. J’ai bien peur que ça ne soit pas la fille de cette menteuse qui m’avait dit, pour détourner mon attention, que sa fille, à elle, était mort-née.
— Cette hypothèse pourrait s’avérer vrai, dit Radia. Cette infirmière qui a été mise à découvert et qu’en punition de ses fautes, elle a été engagée comme barmaid, va payer les pots cassés au centuple.
— Si le temps me le permet, je l’entrainerai jusqu’à cette petite fille pour lui faire voir son visage dans la glace et lui cracher dessus, menaça-t-il.
— Maintenant que Driss est sorti de l’hôpital, nous allons nous rendre chez les parents de Lina pour divulguer tout le secret que j’ai caché depuis un bon bout de temps.
— Le mieux est de le faire le plus tôt possible, dit Allal.
III
Radia, Allal, Lina et