N’ayant rien trouvé, elle téléphona à Najat pour l’informer de la disparition de son soit disant fils.
Conduisant à tombeau ouvert et sur les chapeaux de roue, cette dernière qui arriva fulminante, commença à hâler :
— Dites-moi ! Où est mon fils ? Où est-il passé. Racontes-moi, toi ! Qui l’a enlevé ?
— Je l’ai laissé avec Lina, répondit la nounou, qui ne sut quoi répondre.
— Pourquoi tout ce vacarme ? On dirait que c’est le déluge, lança Meriem, accompagnée de Driss et de Safia.
— Où est mon fils ? Vous l’avez volé, b***e de voleurs, continua-t-elle à hurler comme une folle.
— Calme-toi ! dit Meriem. Si quelqu’un s’est avisé de l’enlever ou de le voler comme tu dis, c’est peut-être parce qu’il n’est pas ton fils et toi, tu n’es pas non plus sa mère génitrice.
— Je vais vous dénoncer à la police, lança Najat, l’air enragé.
— Avant d’aller à la police, dit Driss, nous devons nous assurer d’abord s’il est vraiment notre fils.
— Toi aussi, tu es contre moi ! Qu’est ce qui te prend ? cria Najat qui se sentit débusquée.
— Je ne suis pas contre toi ! répliqua Driss. Mais je veux que tu me dises la vérité avant d’aller faire un test ADN.
— Toi aussi, tu parles de test ADN ! On t’a bien initié au jargon médical ! lança Najat.
— Oui, c’est exact ! répliqua Safia. Je l’ai bien initié et tu vas voir à qui tu auras affaire, petite infirmière scélérate. Tu crois que tu as gagné la bataille ? Le bébé dont tu parles n’est pas ton fils. Avoue-le ! Sa mère est bien vivante et maintenant, tu as intérêt à nous dire la vérité sans détour ni ambages. Je suis médecin et je sais ce que je fais et dit. Je vais faire en sorte à ce qu’on te retire le statut d’infirmière pour te donner en échange le titre de croqueuse de diamant. Ton masque vient de tomber et tu as perdu sur tous les fronts, reconnais-le !
— Je n’ai rien à vous avouer, répliqua Najat. Rendez-moi mon fils. Je sais maintenant que vous l’avez enlevé. Vous n’êtes rien que des ravisseurs qui veulent détruire ma vie.
— Ta vie est déjà détruite, espèce de vipérine, le jour où tu as décidé de mentir à mon père et de le faire vivre dans des illusions, cria Safia. Tu n’es personne pour nous. Tu dois quitter immédiatement notre maison. Ta place doit être à l’enfer.
— Tu n’as pas d’ordre à me donner. Je n’ai pas peur de toi, répliqua Najat. Les médecins comme toi ne m’intéressent en aucun cas. Tu n’as aucun droit de fourrer ton nez dans ma vie privée. Le fait qu’il soit mon fils ou pas, ça ne regarde que moi. Je suis une femme légalement mariée. Cette maison est aussi la mienne et personne parmi vous n’est habilité à me supplanter de quelque manière que ce soit.
— Tu n’as rien, dit Driss. Cette maison n’appartient qu’à ma femme Meriem et mes cinq filles. Toi, tu n’as qu’à prendre le volant de ta voiture et quitter les lieux immédiatement. J’ai bien compris que tu t’es mariée avec moi que pour mettre la main sur tous mes biens et que je ne suis pas le père biologique de ce bébé et toi, non plus, tu n’es pas sa mère. Cette femme que tu appelles la nounou de ton fils adoptif va rester chez nous pour travailler comme servante. Ella aura tous les droits qu’elle mérite. Toi, tu dégages immédiatement d’ici. Tu as perdu la face, sale hypocrite !
— Tu es l’homme le plus vil que j’ai jamais vu, cria-t-elle. Tu n’es pour moi qu’un vieillard décrépit qui n’a aucune étoffe d’un vrai mari. Tu finiras le restant de tes jours recroquevillé dans ta coquille d’homme misérable et sans valeur malgré tout l’argent que tu possèdes. Tu ne sais même pas ce qui se passe autour de toi. Est-ce qu’on ne t’a jamais parlé de ta fille Lina quand elle se droguait, dans ce fameux réduit, avec le jardinier Allal qui aurait abusé d’elle ? Radia en sait long et peut te raconter toute cette aventure amoureuse qu’elle a vécu avec un repris de justice.
VII
En apprenant cette mauvaise et choquante nouvelle, Driss fit un infarctus. Safia se porta à son secours en l’évacuant à l’hôpital. Jamila, sa nièce, accourut à son chevet. Elle le trouva dans un état grave. Meriem et Safia qui étaient là, lui expliquèrent ce qui s’est passé :
— Tu ne peux pas imaginer ce qu’elle a fait cette vipère à cornes ! lança Meriem.
— Ne m’explique rien pour l’instant, Tata, je sais tout, dit Jamila. Mon oncle a été induit en erreur le jour où tu lui avais proposé un second mariage. Tous les deux vous vous êtes trompés lourdement sur cette infirmière qui vous a manipulés avec ses mots doux. Cette femme n’est pas faite pour être mariée. Ce n’est qu’une hypocrite pleine d’astuces et de malices. Elle fait semblant d’être la personne la plus gentille et sympathique ici dans cet hôpital. Mais au fond d’elle-même, elle n’est rien d’autre qu’une croqueuse de diamant.
— Mais le jour où l’on t’a demandé ton avis sur sa conduite, tu t’es montrée réticente et partant, tu n’as pas daigné nous éclairer à son sujet, dit Meriem.
— Est-ce que tu connais déjà cette femme avant même qu’elle devienne l’épouse de mon père ? demanda Safia, l’air triste et dépité.
— Absolument, je la connais, répondit-elle. Mais, j’ai commis la bêtise de ne pas avoir dit tout sur elle. Mon intention n’était pas le fait de vous cacher la vérité sous toutes ses formes. Je me suis référé à l’adage arabe qui dit que « l’amour rend aveugle et muet » et puisque mon oncle Driss était éperdument envoûté et aveuglé par le charme et la beauté de cette femme, je me suis empêchée de critiquer ses choix et de dire du mal de sa dulcinée.
Malgré le malaise de son mari, Meriem croyait avec certitude que tout ce malheur qui a frappé de plein fouet toute la famille disparaitrait en un clin d’œil et que l’eau devrait couler sous les ponts. C’était un signe bénéfique de la Providence, se disait-elle, que les choses avaient tourné de la sorte.
— Nous devons sortir de cette chambre pour laisser mon oncle se reposer, lança Jamila. Dans quelques jours, il va se remettre de son malaise et les choses reprendront leur cours normal. Je vous prie de rester optimistes, son état de santé va bientôt s’améliorer.
— Ok ! dit Safia, sortons d’ici, mon père a besoin de repos et de calme. Reste sur le qui-vive, Jamila, et fais attention à cette criminelle ! Ne la laisse pas entrer toute seule si jamais, elle voudra le voir en feignant de s’enquérir de son état de santé. Dès que mon père sera rétabli, nous la chasserons jusqu’à ses derniers retranchements. Nous n’avons plus besoin d’elle. A cause de son intrusion au sein de la famille, notre vie a été chamboulée.
— Soyez tranquille, Docteur Safia ! dit Jamila. Je ferai de mon mieux pour que rien de mal ne lui arrive.
Lina fut informée par Radia que son père était hospitalisé suite à un infarctus. Elle se dirigea illico presto vers l’hôpital.
Quand elle entra dans la chambre de son père pour s’enquérir de son état de santé, Najat était déjà assise à son chevet. Elle était sûrement en train de manigancer un truc tordu.
Dès que les regards se croisèrent, elle lui demanda de but en blanc :
— Et ça alors ! Quand on parle du loup, on en voit sa queue. Veux-tu me dire où as-tu caché mon fils ? Je suis à bout de patience.
— Ce bébé n’est pas ton fils, reconnais-le. Sois raisonnable et ne crée pas de scandale dans cette chambre. L’état de santé de mon père, dit Lina, s’avère encore critique à cause de tes astuces de vieille bique. Tu vas payer toutes les scélératesses que tu as commises pour arriver à tes fins. Tu n’es rien d’autre qu’une voleuse de bébés.
— Ce bébé dont tu parles à tort, je ne l’ai pas volé, dit Najat. Il est de mon sang et personne ne sera en droit de me l’enlever. La police est déjà mise au courant de sa disparition et elle va passer au peigne fin toute la région pour retrouver mon fils et s’il s’avère que tu en es la seule responsable, tu le payeras au centuple.
— Tu es en train de défendre l’indéfendable, dit Lina. Maintenant sors de cette chambre et laisse-moi parler avec mon père ! demanda Lina.
— Tu ne peux pas me faire sortir parce que je suis infirmière et encore moins, je suis de service. Ton père n’aura jamais ni l’envie ni le désir de parler avec toi ou d’entendre ta voix. Je lui ai déjà tout raconté à propos de tes aventures amoureuses avec le jardinier Allal. Et c’est à cause de toi qu’il est là, alité dans cette chambre, entre la vie et la mort.
— Tu n’es qu’une menteuse invétérée et moi, je ne crois pas un seul mot de ce que tu racontes. En plus d’être menteuse, tu es une grande hypocrite et j’ai l’impression qu’à cause de ces idées infernales que tu as derrière la tête, tu finiras tes jours en prison, crois-moi. Tu n’es plus digne de confiance. Tu as réussi à induire mon père en erreur, mais, malheureusement pour toi, nous nous sommes rendus compte si vite de ta duplicité et de ton imposture.
— Comment tu te permets d’alléguer que ce garçon est bel et bien le tien et si c’est le cas qui est son père ? demanda Najat.
— Son père biologique n’est personne d’autre qu’Allal le jardinier, répliqua Lina. Tu étais peut-être au courant de notre relation.
— Tout ce que tu me racontes, n’est que du bluff, dit Najat, prise dans le filet.
— Prends-le comme tu veux, répliqua Lina, moi je vais voir le père de mon fils pour le mettre au courant de toutes tes turpitudes et lui relater aussi les circonstances dans lesquelles tu m’as volé mon bébé que je viens de récupérer finalement par la grâce de Dieu. Pour ta gouverne, mon fils ne porte plus ce prénom de Réda. Il s’appelle Sami.
— Vas là où tu veux, cria Najat en faisant semblant de prendre soin de Driss qui a peut-être entendu tous les propos acerbes échangés entre sa fille et cette mégère qui l’a trahi.
VIII
Tandis que Lina se dirigea vers le centre psychiatrique, Najat qui devait régler ses comptes avec Aicha la servante, l’appela au téléphone :
— Allô ! Allô ! C’est Aicha ?
— Oui, c’est bien moi. Que puis-je pour vous madame Najat ?
— Je voudrai te voir tout de suite pour te faire un autre cadeau qui n’en manque pas d’importance et ce pour le grand service que tu m’as rendu. Je ne l’oublierai jamais.
— J’arrive tout de suite ! dit Aicha. Mais, dis-moi, où peut-on se voir ?
— Je suis à l’endroit habituel, en voiture ! répondit Najat d’une voix flatteuse. Mais il faut que tu te dépêche parce que je suis pressé. J’ai une urgence à l’hôpital et je dois être présente dans peu de temps. Alors, fais vite et ne me laisse pas poireauter.
Najat qui devait se venger de Aicha, était bien équipée pour mener à bien son acte de vengeance. Après quelques minutes de route, Aicha arriva à bord d’un taxi. Il la déposa tout près de Najat qui lui fit signe qu’elle était bien là.
— Chapeau bas ! Tu n’as pas tardé de venir ! Quel plaisir de te revoir ! Lança Najat pour la mettre en confiance.
— Salut ! Ma chère Najat ! Je suis contente, moi aussi de te revoir pour m’enquérir du bébé. Mais où est-il ? Tu ne l’as pas amené avec toi ?
— Il va bien ! Je l’ai laissé avec la nounou pour aller voir voir mon mari à l’hôpital. Il a fait un malaise à cause de quelques problèmes inhérents à ses affaires.
— Je suis désolée pour lui. Comment va-t-il ? demanda Aicha. Est-ce qu’il va s’en sortir ? Que disent les médecins.
— On vient de le faire sortir des soins intensifs. Son état est stationnaire et j’ai la conviction qu’il va s’en remettre. Le danger est passé, expliqua Najat en faisant mine de parler sérieusement.
— Monte, dit Najat. Nous allons nous éloigner de cet endroit pour te donner le cadeau que tu mérites. Ton paquet est dans le coffre. Mais prends ces billets de banque que tu mérites amplement. Cette fois-ci, je suis très généreuse que l’autre fois. Tu ne trouves pas ?
— Ah ! Merci beaucoup. C’est très gentil de ta part de m’offrir une somme pareille. Je n’ai jamais pensé que tu vas te rappeler de moi.
— Ce n’est rien par rapport au service que tu m’as rendu, lança Najat pour la rassurer. Mais veux-tu me dire le nom de sa mère ?
— Sa mère ? Elle s’appelle Lina. Ella habite chez sa tante dont je ne me souviens plus de son nom.
— Mais pourquoi veux-tu le nom de sa mère ? demanda-t-elle.
— Pour rien ! Oublie le, ça n’a pas d’importance, dit Najat qui se dirigea vers un endroit isolé.
— Ce qui doit compter pour toi, c’est le bébé, ajouta Aicha. Sa mère, tu t’en balances.
— Exactement ! Il vaut mieux ne pas la connaitre, lança Najat qui arrêta la voiture à l’endroit privé pour commettre son acte de vengeance. En descendant de la voiture, tu vas te mettre à plat ventre pour faire un tour d’horizon en balayant le terrain par le regard pour nous assurer qu’il n’y a personne par ici.
Dès qu’Aicha s’exécuta, Najat s’empara de sa corde, de sa seringue et de son coutelas qu’elle lui pointa sur la nuque en lui ordonnant de ne pas bouger ni crier.
— Mais qu’est-ce que tu fais Najat ?
— N’ai pas peur ! Tu vas savoir tout, lui dit-elle.
— Mais ! Qu’est ce que je dois savoir ? Si ce n’est de me tuer à coups de couteau.
— Te tuer ? Non ! Ce n’est pas mon truc et ça n’entre pas en ligne de compte de ma vengeance. Je veux tout simplement te donner une belle leçon pour que, la prochaine fois, tu ne me trahisses pas de la sorte. Puisque c’est moi qui vais pâtir de tes bêtises, je te fais moi aussi en voir de toutes les couleurs. Mets les mains derrière le dos. Laisse-moi te ligoter avec cette corde et fais gaffe ! Si tu bouges, tu reçois au complet le contenu mortel de cette seringue.
Après lui avoir bien lié les mains et les pieds et repris le téléphone portable et l’argent qu’elle lui avait donné, Najat commença son interrogatoire en lui assenant une avalanche de raclées.
Quand Aicha se mit à crier, elle lui a mis un bâillon sur la bouche et se mit à la tabasser de plus belle. Dès qu’elle termina sa mission de l’avoir bien torturée, elle lui injecta le contenu de sa seringue pour l’endormir. Elle prit sa voiture et se dirigea directement vers l’hôpital pour continuer sa mission de vengeance.
A son arrivée dans le bloc où elle exerçait, elle se cacha de tous ses collègues de permanence, qui pouvaient la questionner sur le motif de sa présence. Pour tout déguisement, elle mit une perruque de vieille, de couleur grise, avec des lunettes et foulard bariolé et s’infiltra dans la chambre de Driss qu’il trouva endormi.
Dès qu’elle était sur le point de l’étouffer à l’aide d’un coussin à la main, Jamila, qui adorait beaucoup son oncle, ouvrit la porte à point nommé. Elle la surprit en flagrant délit, en train de commettre son crime. Elle commença à crier de toutes ses forces pour alerter tous les agents de sécurité qui accoururent vite dans la chambre du patient. Najat fut arrêtée et guidée au poste de police pour répondre aux faits reprochés.
Après une garde à vue de deux jours, elle fut relâchée pour absence de preuves suffisantes. La caméra de surveillance, qui devait enregistrer ses actes, était désactivée cette nuit sans que personne ne s’en rende compte. Sur un rapport bien appuyé relatant les faits, Najat fut révoquée et démis de sa fonction d’infirmière.
Pour pleurer son sort, elle rentra chez sa mère Bahia qui lui demanda en présence de la servante Zineb :
— Dis-moi, Najat, est ce que tu as un problème ? Tu n’es pas dans ton assiette. Qu’advient-il de toi ?
— Je n’ai rien de ce que tu penses maman. Zineb va s’occuper de moi et toi tu restes tranquille. Laisse-moi dans ma chambre et ne me pose plus de questions. Je n’ai pas la tête à ça.
— Je suis à votre disposition, lança Zineb, qui la suivit dans sa chambre. Tes désirs sont des ordres Najat. Tu nous as manqué beaucoup depuis le jour où tu t’es mariée avec Driss.
— Ne me parle plus de ce vieux crouton. Il a saboté ma vie en me donnant de l’argent sans compter, ne serait-ce que pour profiter de ma beauté et mon charme de mannequin. Ces atouts de beauté périssable, je dois dès maintenant les employer dans un autre domaine, sinon ils n’ont aucune utilité pour moi.
— Tu me surprends, lança Zineb, un peu interloquée. Comment tu te permets de traiter ton mari de vieux crouton ? Est-ce que tu as un problème avec lui ?
— Je ne te mens pas si je le traite de la sorte, dit Najat. Tous mes plans ont été voués à l’échec et je n’ai pas réussi à m’emparer des biens qu’il m’a légués par testament ni de l’argent qu’il a mis à ma disposition. Avec l’aide de sa fille qui est avocate, il a pu se débarrasser de moi sans coup férir et le pire pour moi, c’est que j’ai perdu mon titre et mon statut d’infirmière.
— Pour quelle raison ? demanda Zineb.
— Sa nièce l’infirmière, m’a surprise quand j’étais sur le point de l’étouffer à mort avec un coussin dans les mains. Oublie ça ! Et apporte-moi à boire mon vin préféré pour étancher ma soif. Je veux que cette nuit soit bien arrosée.
— Tu as besoin, plus que jamais, de te défouler pour oublier tous ces problèmes qui te dérangent. Avec ta beauté et ton charme, tu peux conquérir les hommes d’affaires les plus aisés ou travailler dans les coins les plus chics, lui suggéra Zineb.
— Verse-moi une bonne dose de whiskey et prends en, toi aussi, pour trinquer ensemble et faire toutes les deux nos quatre volontés.
— Moi, je n’ai jamais bu d’alcool, lança Zineb. Je suis habituée à ne boire que du thé à la menthe et manger des crêpes feuilletées au petit déjeuner. Mes parents m’ont habituée à boire également du café et de la limonade pour me rafraîchir plutôt que de m’enivrer.
— Fais comme tu veux, Zineb, dit Najat. L’important pour moi, c’est que tu me tiens compagnie tout au long de cette nuit, mais j’aimerais bien à ce que tu restes à mes côtés jusqu’au petit matin.
— Ne t’inquiète pas Najat, je suis là pour te servir et tes désirs sont des ordres.
— Dis-moi Zineb ! Est ce que ma petite fille est encore vivante ?
— Je n’en sais rien ! Mais il n’est pas exclu qu’il le soit encore, répondit Zineb.
— Je regrette de l’avoir abandonnée pour ne pas décevoir ce vieillard décrépit qui ne s’intéressait qu’à ma beauté et mon charme.
— De la même manière que toi aussi, tu ne t’intéressais qu’à son argent. Dis-moi, où est-il passé le père biologique de ton bébé ? demanda Zineb, l’air rempli de remords.
— Je ne sais pas, répondit Najat. Le contact est coupé entre nous depuis le jour où nous nous sommes séparés. J’aurais dû le mettre au courant de ma grossesse avant de me marier avec le vieux. J’ai commis une erreur monumentale de lui avoir caché que le bébé est bel bien son enfant.
— Le jour où nous l’avons abandonnée au dépotoir, j’ai aperçu la silhouette d’une femme qui se cachait derrière le tronc d’un arbre, avoua Zineb. Mais puisque nous étions trop pressées de nous débarrasser du bébé, je ne lui avais pas accordé de l’importance.
— Et pourquoi cette femme se cachait-elle dans cet endroit ? demanda Najat.
— Je crois qu’elle avait peur de se montrer, répondit Zineb.
— Tu te trompes, Zineb ! répliqua Najat. Il se peut que ce soit elle qui avait pris ma fille pour la vendre à vil prix ou l’élever peut-être.
— Cette hypothèse peut s’avérer vrai, dit Zineb.
— Le fait de penser à ma fille, me rend mal à l’aise et je me fais beaucoup de peine à son sujet.
— Et si un jour, tu la retrouveras comment tu vas te sentir ? demanda Zineb.
— Je vais me sentir coupable, avoua Najat. Je reste accablée de honte en vivant le restant de ma vie avec tant de remords que de regrets.
— Moi aussi, je regrette cet acte criminel au sens propre du terme et j’ai des remords sur la conscience. J’avoue que je suis coupable pour me soulager à tout le moins de ce fardeau moral.
— La coupable dans toute cette histoire, c’est moi et je m’en veux beaucoup, ajouta Najat, l’air bousculé et grisé. Jeter un bébé au rencart est un acte de lâche qui n’admet ni excuse ni justification.
— Nous sommes fautives et point barre ! avoua Zineb.
— Encore du whiskey Zineb ! Verse-moi une bonne coupe. J’en ai besoin plus que jamais.
— Sois un peu modérée et ne t’enivre pas trop jusqu’à perdre les pédales, conseilla Zineb. Tu dois te maitriser et garder l’esprit un peu clair.
— Comment veux-tu que je me maitrise dans ces mauvaises circonstances ? demanda Najat. J’avais déjà perdu le contrôle de moi-même le jour où j’avais décidé de me débarrasser bêtement de mon rejeton. Je me suis emparé du fils d’une autre pour satisfaire les caprices de ce vieillard décrépit, obsédé uniquement par les plaisirs charnels. Maintenant, veux-tu qu’on parle d’autres choses plutôt que de ce renégat qui ne prend même pas la peine de prendre soin de lui ?
— De quoi par exemple ? demanda Zineb qui suit bon gré mal gré Najat dans ses divagations de buveuse décontenancée et dévoyée.
— Moi ! Que dois-je faire maintenant après avoir été démis de mes fonctions d’infirmière ?
— Tu dois chercher un autre travail même s’il n’est pas bien rémunéré, suggéra Zineb.
— Et toi, tu penses que j’accepte d’exercer un travail moyennant un salaire modique ? demanda Najat, les yeux mis clos à cause de son état d’ébriété qui commence à se voir.
— Je sais que tu n’es pas le genre de femme qui baisse la tête au moindre contretemps, répondit Zineb qui ne veut pas la contredire.
— Toues les gens qui m’entourent le savent, répliqua Najat ! Moi, je suis une femme belle et charmante et je vaux mon pesant d’or parmi les mille et un mannequins triés sur le volet.
— C’est ce qu’on dit toujours à propos de toi ! ajouta Najat pour monter à son niveau de vantarde qui se targue d’un titre nobiliaire de beauté qu’elle croit posséder.
— Donc, je ne mens pas sur mes capacités de femme qui réussit sans coup férir à séduire tous les hommes qui s’approchent de moi.
— Absolument exact ! affirma Zineb.
— Je pense à un travail qui doit m’apporter beaucoup d’argent que je devrai laisser à ma fille perdue si jamais elle est encore en vie, avoua Najat.
— Je te suggère d’aller travailler dans un laboratoire ou dans le cabinet d’un médecin spécialiste, dit Zineb naïvement.
— Non ! Ce n’est pas possible, répliqua Najat. Je n’ai plus le droit d’exercer le métier d’infirmière aussi bien dans le secteur public que privé.
— Mais pourquoi, diable es-tu interdite d’exercer ce métier si noble ? demanda Zineb.
— Epargne-moi ce genre de question, grogna Najat. Tu feras mieux de me laisser profiter de cette nuit. Trouver du travail n’est pas difficile pour moi. Tu vas voir de quoi Najat est-elle capable !
— Je serai fière lorsque tu trouveras un bon poste, dit Zineb.
— Sois-le dès maintenant ! lança Najat, complètement soûle et presque endormie.
Quand Zineb s’est rendue compte que Najat était dans un état d’ivresse avancé, elle l’amena au lit. Après avoir débarrassé la table des bouteilles d’alcool et de coupes à champagne, la servante entra dans sa chambre pour dormir.
IX
Amina s’inquiéta de sa servante qui n’était pas habituée à s’absenter de la maison durant toute la journée. Elle se posa mille et une questions et reçut autant de réponses, mais son esprit n’en était focalisé sur aucune. Elle arpenta toute la cour de la maison. Ses idées autour d’Aicha se succédaient sans discontinuer.
Oncle Hamid qui l’entendit gesticuler et parler à elle-même lui demanda :
— Mais dis-moi, ma sœur, qu’est ce qui te prend pour que tu baragouines comme si tu apprends à prononcer les mots ? demanda Hamid, l’air tourneboulé.
— Je n’ai rien, moi ! Mais je m’inquiète uniquement de l’absence inhabituelle de ma servante Aicha, répondit Amina.
— C’est vrai, affirma Hamid, elle n’avait pas l’habitude de s’absenter plus de quatre heures. Peut-être est-elle malade ou a-t-elle un problème quelconque qui pourrait l’empêcher de rentrer à la maison avant de le régler.
— Je n’exclue pas cette hypothèse, dit-elle. Mais, j’ai une autre prémonition inexplicable.
— Tout est possible d’arriver, ajouta-t-il. La vie est pleine de risques imprévisibles.
— J’ai peur qu’un quelconque mal ne lui arrive, lança Amina.
— Soyons positifs et oublions ces suppositions non fondées, conseilla Hamid.