pour affirmer des choses pareilles. Moi, dès que je l’ai vu, je l’ai aimé et ça me rappelle le bébé que l’on m’a volé. Ma tante Amina et Aicha la servante me disent que c’est un enlèvement, mais, moi, je doute fort que ça soit vrai. Que devrai-je dire à Allal quand il sera sorti de prison ? Il va me responsabiliser de la perte de son fils et se fâcher contre moi en me prenant pour une mauvaise mère.
— Baisse d’un ton et arrête de parler comme ça, dit sa mère, les murs ont des oreilles. La nounou est peut-être là. Elle peut t’entendre parler de ton fils et comprendre si vite que tu es une femme mariée. Elle pourra ébruiter des ragots à ton sujet. Alors, retiens ta langue et méfie-toi de cette moucharde.
Attirée par le bruit de Lina et sa mère, la nounou accourt vers elles et demanda :
— Qu’y a-t-il ? Un problème ? Je vous ai entendues parler du bébé !
— Non ! Rien ! dit Meriem. Occupe-toi de tes oignons ! Nous n’avons pas de compte à te rendre. Garde tes limites ! Tu n’es rien dans cette maison. La patronne et la première femme, c’est moi et personne d’autre. Ne t’avise jamais de rapporter quoi que ce soit à propos de nos intimités à cette vipère, sinon je te chasserai de chez moi maison à coups de bâton.
— Arrête maman ! Ne la traite pas de cette manière rude et brutale ! Elle n’a rien fait de si mal pour que tu t’en prennes à elle, demanda Lina en voulant rallier la nounou à sa cause de mère blessée sans le lui dire expressément. Ne le prends pas mal et viens avec moi. Ces derniers temps, ma mère est de mauvaise humeur, ne lui en veut pas. Dis-moi, comment s’appelle-t-il, ce petit mignon ?
— Il s’appelle Réda, répondit la nounou, l’air souriant et enthousiaste malgré les remontrances qu’elle vient de subir de la part de Meriem.
— Veux-tu me permettre de le prendre dans les bras parce que j’adore les petits et encore moins celui-ci qui est mon demi-frère ? dit Lina.
— Tu ne peux le prendre que quand sa mère est absente. Elle n’aime pas qu’on le touche, expliqua la nounou avant d’aller s’affairer dans la cuisine.
Aveuglée par l’instinct maternel, Lina le prit dans les bras, lui appliqua une avalanche de bisous sur toutes les parties du visage. Le bébé chercha instinctivement le sein. Lina qui se rendit compte de son besoin pressant au lait, tenta l’expérience en lui mettant le téton dans la bouche et l’enfant se mit à se nourrir par lui-même.
Quand il a fait une bonne tétée, il lâcha prise et Lina remit ses lamelles à leur place. A l’aide d’un peu de coton imbibé d’eau tiède, elle se mit à lui nettoyer délicatement le visage en commençant par le tour de la bouche et puis le front, les joues et l’arrière des oreilles. Quand elle sortit de la cuisine, la nounou, qui ignorait ce mystère, resta ahurie devant le comportement de Lina avec ce bébé. En reprenant ses esprits, elle lui demanda :
— De quelle baguette magique tu t’es servie pour qu’il se tienne bien aujourd’hui sans vagir ?
— Je n’ai pas cessé de le dorloter et prendre soin de lui. Je lui ai nettoyé aussi tout le visage, dit Lina, en s’abstenant de lui dire qu’elle l’a allaité de son propre lait qu’il a savouré.
— Il est très chanceux ce bébé d’avoir une demi-sœur qui prend soin de lui et le protège, lança la nounou qui a été coupée par Najat qui vient de rentrer en compagnie de Driss :
— Répète ce que tu viens de dire pauvre nounou ! Tu n’appliques pas à ce que je vois les consignes que je t’ai données.
— De quelles consignes parles-tu, toi aussi ? lança Lina sans saluer personne. Ce bébé est bel et bien mon demi-frère et, que tu le veuilles ou non, j’ai plein droit de le prendre dans les bras sans la permission de personne. Ton attitude n’est pas normale et moi, je pense qu’il y a anguille sous roche. Si vraiment tu crois que cet enfant n’a aucun lien de sang avec mon père, nous devons recourir à un test ADN pour nous assurer de sa vraie paternité.
— Prends-le dans tes bras quand tu veux ! dit Najat. Moi, je parle de choses autres que ce que tu penses. Je ne peux pas te priver de ce plaisir de l’amadouer. Mais, la prochaine fois ne dis pas des imbécilités à mon endroit. Tu doutes de moi au point d’aller même demander un test ADN ? Moi, l’infirmière que je suis, je n’ai jamais pensé à des choses pareilles et ça ne fait pas partie de mon jargon quotidien. Dis-moi d’où tu sors cette idée ? Je t’ai toujours traitée de la façon la plus affable et je ne t’ai jamais souhaité le mal. Change de comportement à mon égard parce que je suis l’épouse de ton père et si tu m’insultes implicitement ou expressément en me lançant des traits acerbes, tu nuis à la dignité de ton père.
— C’est vrai Lina, tu dois changer de comportement à notre endroit, lança Driss, l’air indigné. Tu racontes des choses bizarres. Que veux-tu dire par test ADN ? Au lieu de nous féliciter de la naissance de ce bébé et de faire preuve de joie e d’enthousiasme, tu te bornes à nous raconter des bêtises.
— Je ne me dresse pas contre vous, répliqua-t-elle. Au contraire, moi, j’aime ce bébé parce qu’il me plaît et je ressens une certaine alchimie entre lui et moi. Ne me privez pas du plaisir d’admirer son charme et sa beauté angélique. Il m’aime beaucoup plus que sa nounou. Laissez-moi le temps de le prendre une autre fois dans mes bras et vous verrez comment il va se sentir lorsque je le mets dans mon giron.
— Fais ce que tu veux avec lui, ma fille ! lui dit son père. C’est quand même ton frère et tu n’as pas besoin de demander notre autorisation pour le dorloter et le bercer. Najat vous aime tous et elle ne souhaite que votre bien.
— Et la part du bien de Sabah où est-elle alors ? demanda Lina.
— Que veux-tu dire, ma fille ? Je n’ai pas compris, dit-il.
— Et quand est ce que tu as compris ? Lança Meriem qui vint de sortir de sa chambre en fulminant de rage et d’indignation. Dis-moi où est ta fille Sabah ? Et si tu ne sais pas, pose la question de savoir sa position à cette infirmière qui l’a jetée dans la gueule du loup pour se débarrasser d’elle.
— Mais, bon sang, qu’est ce qu’elle a ma fille ? Que lui a-t-il arrivé ? demanda-t-il.
— Ta fille a disparu, dit Meriem. Elle n’est plus dans ce fameux hôpital. C’est cette vipère qui aurait dû te renseigner de ce qui s’est passé. Pour ta gouverne, notre fille a disparu lors de l’évacuation de ce centre. Si tu en ignores encore les raisons, demande-le à madame l’infirmière, qui se complait dans le malheur des autres. a été submergé par les eaux des crues impétueuses des dernières pluies torrentielles qui s’étaient abattues sur la région.
— Et toi Najat qu’en dis-tu ? demanda Driss.
— Et qu’est ce que j’en sais, moi ? dit-elle en feignant d’ignorer le sort de Sabah. Ne vous hasardez pas à m’imputer les fautes des autres ! Je n’ai pas la tête à m’occuper de ce qui sort de mes attributions d’infirmière. Adressez-vous au responsable de cet hôpital qui pourra vous renseigner pour avoir le cœur net.
— Puisque tu n’en sais rien, dis Driss, tu dois m’amener à l’hôpital et au poste de police pour faire une déposition. Qu’en dis-tu ?
— Ne compte pas sur moi dans cette affaire parce que je ne suis en aucun cas responsable de sa disparition. Dans ce cas de figure, c’est les administrateurs de l’hôpital qui possèdent les éléments de réponse. Laisse-moi loin de ce problème. Je ne suis pas habilitée à traiter ce genre de dossier et j’ai du pain sur la planche. Je dois consacrer le peu de temps qui me reste à mon enfant. Le laisser uniquement entre les mains de la nounou et de votre fille Lina n’est pas la solution adéquate à mes yeux pour en faire un garçon bien initié aux bonnes habitudes et aux rudiments élémentaires du langage correct et net.
— Et c’est qui la responsable de ce malheur qui nous frappe de plein fouet si ce n’était pas toi, espèce de canaille, vociféra Meriem. C’est toi qui nous as causé tout ce mal que tu vas payer dans les prochains jours qui viennent. Rappelle-toi ce proverbe qui dit : « Qui sème le vent récolte la tempête ».Tu ne sortiras pas indemne de cet imbroglio dont tu es la seule initiatrice.
— Tu n’es qu’une vieille bique, répliqua Najat. Tu veux rejeter la responsabilité de la disparition de ta fille malade uniquement sur moi alors que c’est bien toi qui l’a enfantée et élevée de cette manière imparfaite. Qu’elle disparaisse ou qu’elle aille là où elle veut, cela ne m’intéresse aucunement. Dorénavant ne m’adresse plus la parole. J’en ai marre de descendre à ton niveau de femme revêche et pleine d’animosité.
— Arrêtez de vous insulter, dit Lina. Vous devez avoir honte, toutes les deux, de vous chamailler sans scrupule et sous les yeux de votre mari. Les problèmes ne se traitent pas en criant l’une sur l’autre. Trouvez-vous un arrangement qui vous met à l’abri de toutes ces noises mutuelles. Moi, je vais m’occuper de mon frère et petit prince Réda. Il doit être fâché contre moi. D’abord, je dois lui acheter entre autres un hochet qui lui servira beaucoup à développer ses sens et son éveil.
Au fur et à mesure que Lina s’occupait du bébé en l’allaitant en cachette, son amour pour lui devint par instinct maternel de plus en plus fort et l’enfant s’est attaché à elle. Lina cacha à sa mère ce qu’elle ressentait pour ce rejeton et ce n’était qu’à sa sœur Safia, devenue médecin pédiatre, qu’elle raconta sa relation avec Allal le jardinier : sa grossesse, son accouchement chez sa tante Amina et l’enlèvement de son bébé dès les premiers jours de sa naissance.
Mais ce qui était étrange dans cette histoire, c’était que l’enfant de Najat ne supportait plus le fait d’être séparé de Lina qui le considérait comme étant son propre fils. A chaque fois que la nounou lui mettait le biberon dans la bouche, il le refusait et commençait à vagir comme si il réclamait à téter le lait du sein maternel.
IV
Un jour Safia et Lina, après avoir coupé au bébé quelques cheveux, décidèrent de commun accord d’aller faire un test ADN au laboratoire pour enlever toute suspicion à propos de la filiation maternelle de cet enfant sans se soucier d’abord de la présomption de paternité à l’égard du père. Après avoir obtenu, quelques jours après, le résultat qui était positif, Safia et Lina retournèrent à la maison pour prévenir immédiatement leur mère :
— Maman ! Veux-tu nous suivre dans ta chambre ? demanda Safia. Nous avons un secret à te révéler, mais avant de te dire quoi que ce soit, promets-nous que tu ne vas piquer une autre crise de nerfs.
— Allez-y ! Dites-moi ce que vous avez derrière la tête, dit-elle.
— Ce que j’ai à te dire maman, dit Safia, te sera d’une grande utilité pour l’emporter sur cette vipère qui se paye de la tête de notre père. Mais j’ai peur que mon père ne fasse un infarctus quand il entend ce coup de tonnerre. Pour débloquer cette situation et pouvoir nous libérer de cette femme hypocrite et menteuse qui nous a apporté que du mal, nous devons avoir du cran pour affronter notre père et lui divulguer le secret.
— Qu’est ce que tu veux dire ? Safia, demanda Meriem, l’air surpris.
— Ce que je veux dire, maman, est tellement grave et terrible, mais le taire le sera encore davantage.
— Ne t’en prends pas à moi, petite mère, c’était Safia qui m’a suggéré de faire ce test.
— Vous êtes pleines de suspense toutes les deux, dit Meriem. Pourquoi vous n’entrez pas tout de suite dans le vif du sujet ? Dites-moi en deux mots ce que vous avez à dire, mais ne le faites pas avant de fermer la porte. De quel test tu parles, toi Lina.
— Nous voulons te parler d’un test ADN que nous avons demandé à un laboratoire. Le résultat en est positif, dit Lina, l’air craintif de la réaction de sa mère.
— Vous m’avez rien dit ! Vous vous moquez de moi, toutes les deux ! Laissez-moi sortir de cette chambre. J’en ai assez de vos plaisanteries.
— Ce ne sont pas des plaisanteries, maman, dit Safia. C’est le monde à l’envers ! Tu vas connaître encore mieux l’esprit pernicieux de cette femme qui doit être signalée à la vindicte publique.
— Il y a à peine trois jours que nous sommes allées faire un test ADN qui déterminera la filiation maternelle de cet enfant que cette vipère de Najat nous dit que c’est son fils et que son père biologique c’est Driss, ton mari. Tout ce qu’elle raconte n’est que du mensonge. Ce bébé n’est pas le sien. Il est bel et bien le fils de notre sœur Lina que tu as cachée chez notre tante Amina pour que notre père ne se rende pas compte de sa grossesse. Et quand elle a accouché de cet enfant, on le lui enlevé et vendu ou cédé sans le moindre sou à cette vipère qui a accouché fort possible d’une fille qu’elle a fait disparaitre. Elle a organisé tout ce scénario pour gagner l’estime et l’argent de notre père qui est bien sûr celui de notre futur héritage.
— Quelle hypocrite ! lança Meriem, l’air soulagé. Elle va payer les pots cassés au centuple. Mais que devons-nous faire pour l’attaquer ?
— Une attaque, dit Safia, peut se faire de front ou par les côtés latéraux. C’est à nous de choisir les modalités d’exécution de notre agissement pour faire tomber ses plans à vau-l’eau et la chasser de chez nous de la façon la plus ridicule qui soit. Préviens notre père pour qu’il prenne ses dispositions avant de lui annoncer que ce bébé n’est pas le sien et que lui, il n’est pas non plus son père biologique.
— Maintenant que je me suis rassurée que ce bébé est mon fils, dit Lina, et que je suis sa mère génitrice, laissez-moi le temps de l’éloigner de la vue de mon père avant de lui annoncer quoi que ce soit
— Ok ! dit sa mère. Occupe-toi de ton fils maintenant. L’affaire va prendre une autre tournure. Notre plan de cacher ta grossesse et ton accouchement à ton père et même à ton oncle et tes sœurs n’a pas abouti. Ce qui compte maintenant pour nous, c’est le fait de nous débarrasser le plus tôt possible de cette canaille et fleur fanée qui porte malheur et attire le désordre et la ruine dans cette maison.
Meriem et Safia sortirent dans le jardin pour chercher le père Driss. Celui-ci, comme à son habitude, était assis à même le sol gazonné à l’ombre d’un arbre. Dès qu’il les a vues venir vers lui, il pensa qu’il s’agissait sûrement d’une mauvaise nouvelle et il leur demanda :
— Qu’est ce que vous avez toutes les deux derrière la tête ? Je vous vois tellement tourneboulées que je n’en crois pas mes yeux. N’avez-vous pas par hasard un truc tordu à m’annoncer ?
— Oui mon père, répondit Safia. Nous sommes venues vers toi pour te révéler un secret auquel, tout seul, tu ne songeras jamais. Mais avant de t’annoncer quoi que ce soit, promets-nous que tu vas garder le sang froid parce que ce que tu vas entendre va à coup sûr changer ta vie et te révélera le vrai visage qui se cache à l’arrière plan des illusions dans les quelles tu vis et qui te cachent un double jeu.
— Effectivement, dit Meriem. Il s’agit d’une bombe à retardement que l’on doit désamorcer avant qu’elle ne s’explose et provoque des dégâts inévitables.
— Soyez explicites ! Je n’ai rien compris de cette métaphore, dit-il. Dites-moi exactement tout ce qui vous accable et moi j’agirai en conséquence.
— Et bien ! Ces derniers temps, annonça Meriem, il m’arrive de m’en vouloir à moi-même d’avoir accepté ton mariage avec Najat et aujourd’hui, il me parait raisonnable et sensé de le faire parce qu’autour de nous, on ne cesse guère d’ébruiter des propos médisants au sujet de la naissance de ce rejeton que tu considères comme ton vrai fils. Maintenant, il est temps de battre sa coulpe, de commencer par séparer l’ivraie du bon grain et de divulguer par nous-mêmes le mystère de cette affaire qui devient déjà pour le commun des mortels un secret de polichinelle.
— Vous êtes venues toutes les deux jusqu’à moi pour me dire que je ne suis pas le père de ce bébé ? C’est ça ? Cria-t-il en soupirant de colère et d’indignation.
— Oui, mon père, ajouta Safia, tu dois l’admettre parce qu’un test ADN paternel confirmera le fait que tu n’en es pas son père. J’en ai déjà les preuves tangibles, mais je ne te les révèle pas maintenant. Tu les sauras au moment opportun. Ce que tu dois faire d’entrée de jeu, c’est de faire invalider toutes ses cartes de crédit et réviser tout le testament si jamais il en existe. Il faut que tu annules le plus tôt possible tous les engagements que tu as prises vis-à-vis d’elle. Pour ce qui est du reste, nous en chargerons. Nous avons de plus fortes raisons pour la chasser à coups de matraque.
Driss, qui ne savait sur quel pied danser, resta désemparé et laissa sa femme Meriem et ses deux filles, Safia et Lina, s’occuper de cette affaire qui l’importunait. Sa première réaction était d’annuler le droit de retrait d’argent qu’elle effectuait sur son compte et de faire considérer comme nulles et non avenues toutes les clauses la concernant contenues dans le testament d’héritage.
V
Lina qui attendait plusieurs jours le moment propice pour s’emparer de son fils à qui il changea le nom de Réda par Sami, téléphona à Radia la servante pour l’attendre au lieu et place indiquée. Ayant mis ses jambes à son coup, son fils dans les bras, il rejoignit à bord d’un taxi le point de rendez-vous et trouva déjà Radia qui l’attendait sur place. Dès qu’elle descendit avec son petit, elles prennent tous les trois un autre taxi qui les déposa devant l’immeuble où se trouvait la garçonnière de Radia. Elles montèrent, s’enfermèrent et commencèrent à discuter tant du passé que du présent. Quand Sami commença à pleurer, Lina lui mit le téton dans la bouche et demanda à Radia :
— Comment tu vas maintenant ? Lorsqu’Allal t’a agressée, je n’ai pas pu retenir mes larmes parce que tu étais la pupille de mes yeux et je n’ai jamais pensé qu’il serait capable de te faire une chose pareille. C’était une faute monumentale qu’il avait commise. Mais il a regretté beaucoup plus que tu le penses cet acte criminel et il ne cesse guère de demander le pardon.
— Moi aussi, j’ai une part de responsabilité dans ce qui m’arrive. J’étais impulsive et j’ai commis la bêtise de l’injurier. Si j’avais su que les choses allaient tourner mal, je n’aurais pas dû le provoquer au point d’aller m’impacter le corps à coups de couteau. Il nous arrive à tous de nous tromper. Mais dis-moi Lina, c’est qui cet enfant ?
— Cet enfant est le fruit de cet amour. Allal est son père biologique. Quand j’étais enceinte, j’ai été le voir en prison pour lui annoncer la nouvelle de ma grossesse. Tu ne peux pas imaginer combien cette annonce lui avait réchauffé le cœur.
— Tu veux dire Allal le jardinier, mon agresseur ? demanda Radia, l’air surpris.
— Absolument ! C’est bien lui, dit-elle. Nous étions sur le point d’officialiser notre liaison secrète, mais ton agression malencontreuse était un fâcheux contretemps qui a fait échouer notre projet de mariage. Allal et moi sommes amoureux jusqu’à la moelle des os et grâce à ce bébé notre relation va finalement se concrétiser. Nous sommes des êtres humains et nous avons le droit de relier une relation de cette envergure. Il faut que tu saches cette histoire étrange : ce bébé m’a été enlevé du domicile de ma tante Amina aux premiers jours de sa naissance et vendu moyennant je ne sais à quel prix à la femme de mon père qui le considère comme étant son fils. Le jour où je suis retournée chez moi, je l’ai vu allongé dans sa poussette bébé. La nounou engagée par cette vipère de Najat m’a empêchée de l’approcher. Mais, avec un tant soit peu de malice, j’ai réussi à le prendre dans mes bras tout en ignorant que c’est mon fils. Imprégné de l’odeur de sa mère effective que je suis, l’enfant commença à me téter le sein. Depuis ce jour, je me suis mise en devoir de l’allaiter à l’insu de la maisonnée et chaque fois que je le prends dans mes bras, je le nourris à satiété. Et quand la nounou en vient à lui donner son biberon, il le repousse. Un jour après avoir lui raconté toute mon histoire avec ce bébé, Safia, ma sœur, qui exerce maintenant le métier de médecin, m’a proposé un test ADN et le résultat en était positif.
— Et ton père est-il au courant de cette histoire ? demanda Radia, l’air curieux d’en savoir plus.
— Non, dit-elle. Mais ma mère et Safia vont lui dire la vérité et le convaincre de demander un test ADN sans que cette fleur fanée le sache.
— Pourquoi tu la qualifies de fleur fanée alors qu’elle garde toujours sa ligne, son charme et sa beauté ? demanda Radia.
— Est-ce que tu n’as jamais entendu parler de la fleur fanée ? demanda Lina.
— Non jamais ! répondit Radia. Explique-moi de quoi s’agit-il
— Comme il est dit dans certaines traditions, expliqua Lina, les fleurs fanées ont la particularité de porter malheur là où elles sont placées. Il n’est pas du tout conseillé de les garder dans sa maison, sous peine de s’attirer de l’ennui, du chagrin et de la faillite. Et cette vipère de Najat en est une qui doive subir le même sort. Autrement dit ce n’est qu’une croqueuse de diamant et d’une façon ou d’une autre, elle doit être expulsée de notre maison avant qu’elle nous ravage.
— Et le bébé qu’elle avait dans le ventre où est-il passé ? s’interrogea Radia. De deux choses l’une ! Ou bien, elle a fait fausse couche ou bien elle a accouché d’une fille dont elle s’est débarrassée, soit en la laissant à son père biologique, soit en l’abandonnant quelque part. Et pour que Driss ne soit pas fâché, elle voulait adopter l’enfant qu’on t’a volé et puisqu’elle ne savait pas que c’était ton fils, elle est maintenant tombée dans le piège et ne s’en sortira qu’humiliée et ridiculisée.
— Je ne crois pas à l’hypothèse de fausse couche, dit Lina. Sa grossesse était normale et n’avait rien d’inquiétant. Au terme de son dernier mois, elle s’est rendue au domicile de sa mère sous prétexte d’aller la réconforter de sa prétendue maladie. Après avoir accouché, je ne sais où, elle est revenue chez nous, en compagnie de mon père, pour nous montrer son nouveau-né et nous faire croire en sa bonne foi simulée.
— Tout ce que tu dis est super vrai, ajouta Radia. Cette femme n’a jamais aimé ton père. Elle avait un soupirant avec qui elle passait des nuits entières en prétextant à ton père qu’elle ne s’absentait de la maison que pour assurer la permanence à l’hôpital ou passer la nuit chez sa mère qu’elle disait malade. Et cet homme avec qui elle fricotait n’est peut-être que le père biologique de cet enfant qu’elle avait dans le ventre. Ton père, qui lui faisait une confiance aveugle, ne s’est jamais avisé de vérifier ses mensonges et de contrôler ses mouvements insolites
— Mon père a commis une erreur monumentale quand il a accepté la proposition de ma mère qui lui a suggéré de se marier à cet âge pour devenir l’homme bigame le plus flatté par la femme la plus fielleuse et malveillante qui soit.
— Ton père va maintenant affronter deux situations délicates et de visages différents et je crois que tu as compris ce que je veux dire par là. J’espère qu’il sortira sain et sauf de cette épreuve. Son état de santé me parait tellement fragile qu’il ne peut supporter que difficilement le choc que pourront lui occasionner les mauvaises langues déliées à propos de ta situation et de celle de cette vipérine.
— Si Allal sort de prison, je lui demanderai de se rendre chez mes parents pour leur demander. Moi, je l’appuierai en toute franchise. Et pour m’assurer s’il est encore en prison ou pas, je ne m’empêcherai pas d’y aller le voir et lui présenter son fils Sami. J’ai la conviction qu’il va se sentir le père le plus heureux qui soit et ce même en taule.
— Que vas-tu lui raconter à mon propos ? demanda Radia.
— Je vais lui dire que tu es la femme la plus affable et courtoise que je considère comme une sorte de signalétique idoine qui m’a permis de trouver la voie royale et ma peur de perdre mon fils a vite disparu grâce à toi. Je lui expliquerai qu’il s’est trompé lourdement sur ton compte et lui demanderai d’expier toutes ses imprudences commises.
VI
Quand la nounou se rendit compte que le bébé n’était plus dans sa poussette, elle commença à fouiller la maison de fond en comble comme si elle cherchait une aiguille dans une motte de foin N