Cinquième partie, suite chapitre X

5000 Mots
produit au sein de leur famille.             — Tu dois au moins nous éclairer pour savoir de quoi s’agit-il, dirent-ils.            — Je ne peux pas divulguer un secret de façon anticipée. Le temps se chargera de révéler la vérité.                  Quand les policiers étaient sur le point de partir, Driss et ses deux femmes arrivèrent devant la porte de la chambre du bloc où Radia était alitée. Profitant de la présence de ceux-là, ils leur posèrent quelques questions :          — Avez -vous un problème particulier avec ce repris de justice ? Votre servante nous a insinué le fait  que ce criminel vous a porté préjudice sans vouloir nous dire de quoi s’agit-il exactement.                  Driss qui n’en savait rien sur l’histoire d’amour de sa fille avec ce jardinier qui passait tout son temps à profiter d’elle en la droguant, répondit :            — Nous aussi, nous ne savons pas ce qu’elle voulait entendre pas préjudice. Meriem, sais-tu de quoi s’agit-il ? Et toi Najat ! Qu’en pensez-vous de ce que je ne sais pas ?  cria-t-il.                     Aucune des deux femmes n’avait pu répondre à la question de Driss qui était le dernier à être renseigné sur les aventures malheureuses de sa fille Lina avec le jardinier. Najat en savait tout. En fait, c’était elle qui avait monté Allal contre Meriem et sa fille Lina. Elle se félicita de sa stratégie qui fonctionnait correctement bien.              —  Puisque vous n’en savez rien à ce sujet, reprit-il-il, je vais demander à Radia de me révéler ce secret. Tant que je ne sais pas ce qu’elle nous cache, je ne serai pas tranquille. Pour en avoir le cœur net et me libérer du poids de ce genre de cachoterie, je dois lui faire avouer son secret.               —  Espérons, dit Najat, qu’elle ait à tout le moins la loyauté et la décence de divulguer sans détour ce fameux secret.             —  C’est vrai ! dit Meriem. Nous avons besoin de connaître en cet instant même ce qu’elle nous cache, celle-là. A ce que je sache, elle ne s’est jamais comportée de la sorte. Ses secrets étaient toujours les miens parce qu’elle m’en parlait assez souvent et sans la moindre tergiversation.                     Suivi de ses deux femmes, Driss entra dans la chambre de Radia. Bien qu’elle ne se soit pas remise de cette opération, il n’hésita pas à l’approcher en lançant :              —  Comment vas-tu ? Nous étions très inquiets de ce qui t’est arrivé. Nous savons finalement que nous avons embauché, logé et nourrir un criminel chez nous. C’est une grave faute que de tomber bêtement dans un piège pareil. Mais prenons-le comme une expérience qui va nous servira dans d’autres cas de figure comme une leçon. Veux-tu me dire exactement les raisons pour lesquelles ce sacripant t’a agressée ?                      — Je n’en sais rien, susurra-elle, l’air un peu fatiguée. Depuis son arrivée chez vous ce criminel faisait des choses bizarres et ce que je sais le plus c’est qu’il était un vrai toxicomane qui se droguait souvent. Une fois je me suis hasardée d’entrer dans le petit réduit qu’il occupait et j’y ai trouvé des mégots de joints roulés qui jonchaient le sol. Sans lui reprocher quoi que ce soit, je  les ai ramassés à contre cœur parce que ce genre de saletés m’étouffe. C’est tout ce que je peux vous dire, Monsieur. La suite vous la saurez dans les mois à venir. Vous aurez toutes les preuves nécessaires devant vous. J’espère que votre réaction ne soit pas emprunte de rage et d’indignation et que vous preniez la nouvelle calmement, en prenant votre courage à deux mains.              — Tu ne m’as rien dit, grogna Driss, l’air un peu irrité. Tu me parles de drogue comme si c’est nouveau pour moi. Je connais bien ce type de personnes qui se disent orphelins et pauvres pour nous attendrir le cœur. C’est toujours leur manière de se prendre  pour des gens miséreuses et mesquines pour cacher leur vrai visage. Moi, je veux que tu me dises exactement pourquoi ce goujat s’en est-il pris à toi en t’attaquant avec un couteau plus tôt que de se servir de quelques coups de poings.             —  Moi, en tant que domestique de votre maison, je vous aime beaucoup et en particulier Lina et je ne peux en aucun cas vous créer de problèmes en mettant de la poudre au feu au grand dam de vous tous.             — Pourquoi tu parles de Lina en particulier et pas de nos autres filles ? lança Meriem, l’air stupéfait.              — Parce que je l’aime et je ne veux pas la voir souffrir à cause de moi, avoua-t-elle.                   — Mais bon sang ! Pour quelle raison va-t-elle souffrir et de quoi ? cria-t-il,  hors de lui.                 L’infirmière de garde qui entendit les cris de Driss, accourut vers eux et les a tout de suite obligés de quitter la chambre de Radia et la laisser se reposer.                                          SIXIEME PARTIE                                                      I                        Meriem retourna à la maison toute seule, sans Driss ni Najat. En cours de route, elle n’a pas cessé de penser à Lina et au genre de problèmes qu’elle pourrait avoir. Plusieurs pensées passèrent d’affilée dans sa tête sans que son attention en soit focalisée au moins sur une et une seule.                       Cependant, quand elle a essayé d’aligner ses idées et de chercher à dégager la relation de l’agression de Radia par le jardinier, Meriem effleura la vérité en croyant que sa fille Lina était l’objet de discorde de la victime et de son bourreau, mais  faute de preuves, elle s’est abstenue de se prononcer sur les faits et de se fier au jugement anticipé et décisif.                     Sans tarder sur ses suppositions, elle s’en voulait d’avoir été la responsable de tous ces problèmes qui étaient en train d’ébranler l’équilibre de sa famille. Arrivée à la maison, elle passa directement dans la chambre de Lina. Elle la trouva allongée sur son lit, l’air un peu fatiguée et lui demanda d’un ton péremptoire :            —  Qu’est ce que tu as encore, toi aussi ? Je vois que tu es mal en point. Tu as encore des nausées ?            — Oui, Je suis toute barbouillée ! Et je viens juste de vomir, répondit-elle, sans se faire à l’idée que ce sont les symptômes de grossesse qui l’importunent.           — Mets-toi en tenue de sortie tout de suite et suis-moi sans mots à dire, lui demanda-t-elle. Je sais ce qu’il te faut dans ce genre de situation.          —  Qu’est ce qu’il me faut ? lança-t-elle.           —  Non rien ! Dépêchons-nous ! Et ne pose pas de questions, dit sa mère.           —  Qu’est ce qui te prend ? Dis-moi au moins où allons-nous partir ?            — Tu vas le savoir d’ici peu, dit Meriem. C’est inutile de te parler d’une chose dont je ne suis pas encore si sûre.            — Tu m’intrigues, maman, avec ton attitude que je trouve étrange. Est-ce que tu doutes de moi ?           — Une mère ne peut douter de sa fille que le jour où elle se rend compte que son comportement est devenu insolite. Ton état de santé ne me plaît pas du tout. Je crois qu’il y a anguille sous roche. Les symptômes, qui apparaissent sur ton visage depuis hier, m’en disent long. Je ne suis pas née de la dernière pluie pour ne pas comprendre l’origine de ton malaise. C’est pour cette raison que je veux enlever le doute qui se propage au sein de cette maison.               Après s’être changée, Lina rejoignit sa mère à la sortie de la maison. Un taxi en maraude s’arrêta à leur pied. Sur indication de Meriem qui précisa le point de destination, Il les amena toutes les deux devant le cabinet d’un gynécologue. Surprise, Lina demanda à sa mère :            —  Pourquoi est ce que nous sommes venues ici ? Quelles sont les raisons ?            —  Pour boire un café avec du chocolat, dit-elle, en plaisantant. Sois un peu plus patiente ! Ne vas pas plus vite que la musique, répliqua sa mère, l’air inquiet.            —  Tu me surprends chère mère ! Tu es malade ou quoi ? dit Lina.            —  On va voir laquelle de nous est-elle malade ! marmonna-t-elle.            — Arrête ! On n’est pas là parce que je suis malade, gronda-t-elle. Tu te moques de moi ou quoi ?           — Suis-moi, demanda sa mère, et cesse de m’importuner davantage. Je n’ai pas respecté mon devoir de mère le jour où je t’ai laissée faire tes quatre volontés. Tu as mal exploité cette liberté que je t’ai accordée tout comme ton père.          —  Ne me compare pas avec lui, dit Lina. Hormis le sang de  paternité, qui coule dans nos veines, Il n’y a rien de commun entre lui et moi. Chacun est libre d’en faire à sa tête.                    Quand elles se présentèrent au cabinet, la mademoiselle qui assumait le rôle de secrétaire et d’aide soignante nota les renseignements de la patiente et leur demanda de s’installer dans la salle d’attente et d’attendre le tour de consultation.                 Lina se dressa contre sa mère et lui reprocha :           — Pourquoi diable, veux-tu me faire passer cette visite médicale chez un gynécologue alors que je n’ai besoin que de quelques médicaments pour apaiser mes douleurs. Un pharmacien est capable de m’en prescrire.             —  Ce que tu as d’après l’expérience de Radia n’a rien à voir avec le pharmacien. Elle sait tout et ne veut le dire à personne. Même ton père n’a pas réussi à lui tirer les vers du nez. Elle nous a répété qu’elle savait tout sur Allal, mais elle n’a pas voulu nous le dire expressément. Elle ne voulait pas mettre le feu aux étoupes  de crainte de te voir souffrir.              —  Quelle honte ! cria Lina. Vous passez votre temps à parler derrière mon dos en vous disant des choses dont je n’ai aucune idée. Mais, moi, pour garder mon équilibre, j’applique les préceptes de cette citation que j’ai piquée quelque part et qui dit : « Ignore ceux  qui parlent dans ton dos. Car c’est là qu’est leur place. Derrière toi pendant que toi tu continues d’avancer. »             — Je n’ai pas besoin de ta citation, répliqua sa mère. Aujourd’hui, j’ai besoin de savoir la vérité avant de sortir de ce cabinet qui ne ment à personne et ne tait pas le résultat des examens que ce soit positif ou négatif.            — De quels examens tu parles ma petite mère ? Sois explicite !             — Celui qui va être formel et explicite, c’est ton gynécologue, maugréa sa mère.              — Pourquoi veux-tu qu’il soit mon gynécologue ? demanda-elle.            — Parce qu’une femme ou une fille de ton âge a toujours besoin d’un gynécologue pour l’examiner et encore moins quand elle présente des symptômes de grossesse.                   Une femme d’un âge avancé, l’air d’une mégère, qui accompagnait sa bru pour se faire examiner l’évolution de son fœtus, demanda de but en blanc à Lina sans l’avoir jamais connue :            — Pour quel problème es-tu là ? Début de grossesse ou autre ? Ton mari n’est pas là pour savoir le résultat ?           — Nous sommes ici pour des choses qui ne regardent que nous ! répliqua Meriem à la place de Lina pour couper court aussi bien à cette question qu’elle trouva déplacée et non convenable qu’à toute autre qui viendra après.           — Pourquoi cette femme parle-t-elle de grossesse ? Je suis enceinte ou quoi ?  demanda-t-elle à sa mère.            — Arrête de répéter ce que vient de dire cette commère de bas étage qui ne sait rien d’autre que de poser des questions banales aux autres.            —  Vous êtes trop méfiantes toutes les deux, dit la vieille. Je ne sais pas pourquoi vous vous cachez derrière votre silence ?             —  Nous n’avons rien à cacher, dit Meriem. Nous sommes là pour consulter le médecin et pas pour raconter notre vie à des gens démesurément curieux au point de vouloir savoir tout objet gardé dans la poche. Tu feras mieux de faire attention à votre tour, l’infirmière peut vous  appeler à tout instant.             —  Tu as raison, excuse-moi, dit la vieille. Ne m’en veux pas trop pour ma curiosité.                     Quand leur tour arriva, Lina et sa mère, entrèrent dans la salle de consultation.  Le médecin  les  accueillit avec un sourire  béat en guise de bienvenue. Pour les mettre à l’aise, il les invita à s’installer. Après un court entretien clinique pendant lequel il a griffonné quelques notes, il demanda à Lina de s’allonger sur le divan d’examen, mais Meriem le retint pour lui dire :                — Docteur, ces derniers temps, ma fille avait des nausées et un peu de fatigue.             —  Où est son mari ? demanda-t-il comme il le fait d’habitude.             — Nous n’avons pas encore célébré la fête de son mariage, répondit-elle pour détourner la question.           —  Ok, dit le médecin, je vais l’ausculter pour voir ce qu’elle a                   Meriem, impatiente de connaître le résultat, resta clouée sur sa chaise comme si elle attendait la suspense du dénouement d’une intrigue finale. Elle se croyait incapable de supputer ses chances de s’échapper à cette nouvelle épreuve qui allait lui donner encore du fil à retordre.                  Après l’avoir examinée, le gynécologue lança à l’adresse de la mère de Lina :           —  Félicitation ! Ta fille est bel et bien enceinte et c’est le début de sa grossesse.              —  Comment ? Enceinte, vous dites ? Oh ! Mon Dieu ! Qu’est ce que j’entends ?           —  Ne t’inquiète pas, dit le médecin. La grossesse est normale et le bébé va bien. Je vous demande seulement de respecter les conseils que je vous donne et tout finira bien.             —  Ma fille n’a jamais été mariée, docteur, dit-elle. Comment se fait-il qu’elle soit enceinte ? Je ne crois pas un seul mot de ce que vous  venez  de dire. Il peut y avoir une erreur. Je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer un gynécologue pareil qui se paye de la tête des incrédules.             — Ne sois pas naïve, madame, dit-il, votre fille devait une relation sexuelle avec un homme. Nous n’avons pas ouvert ce cabinet pour mentir aux patientes.                   Quand Meriem et sa fille sortirent dans la salle d’attente pour régler les honoraires, l’infirmière les félicita de cette grossesse. Elle souhaita que le bébé soit un garçon et osa leur demander :            —  Et le père où est-il ? Je pense qu’il sera super content quand il aura appris la nouvelle.                  Meriem qui ne croyait pas que le médecin lui disait la vérité, revint le voir pour lui présenter toutes  ses excuses :            — Je me suis trompée Docteur sur votre compte. C’est un autre problème d’une autre dimension. Je me sens étouffée. Ma fille a commis une erreur monumentale et si jamais son père l’apprend, il n’hésitera pas de l’étrangler ou de la chasser de chez lui à coups de béquille.           —  Ne penses tu pas qu’il fréquentait quelqu’un qui lui avait fait de faux espoirs ? demanda le médecin.           — Je n’en sais rien Docteur ? répondit-elle, l’air pressé de quitter tout de suite ce  cabinet afin que personne ne sache rien.                                                        II                               En sortant de chez le médecin, Meriem trouva vite une solution à ce problème. Elle héla un taxi et lui indiqua l’adresse exacte de sa destination. Après une vingtaine de minutes, il les a déposées devant la maison de sa sœur germaine.              Amina qui était le seul soutien de Meriem, avait la cinquantaine, la taille normale, assez corpulente, pas trop instruite, astucieuse, intelligente et malicieuse. Elle avait le visage arrondi et lisse, le teint bronzé, l’air gai, les cheveux châtains, le front bombé, les yeux larmoyants, le nez retroussé, la bouche épaisse, les joues joufflues, le menton rond, les vêtements chics et amples et  la tête ronde. Elle occupait la fonction de sage femme dans le bloc de gynécologie de l’hôpital où travaillaient Najat et Jamila.             Elle habitait dans une maison modeste, entourée de quelques petits arbres et d’un mur construit en briques, bâtie sur une superficie de deux cents mètres carrés. A l’intérieur, il y avait un poulailler où l’on pouvait voir des poules, deux coqs de basse cour et dans le même endroit il y avait une niche une où se tenait un caniche. Ils vivaient sous le même toit et avec elle Mouna, sa fille de douze ans et Hamid, son frère ainé, qui était aveugle de naissance.             Quand Meriem et Lina poussèrent la porte d’entrée de cette habitation, il était assis sur un paillasson posé à même la terre. En entendant le craquement de la grande portée qui s’ouvrit en crissant, il demanda :             —  Qui est là ? Répondez !             —  Qui veux-tu qu’il soit là ! répondit Meriem, toute aigrie et triste.             — Oh ! Ma sœur ! Ma bien-aimée ! Quel bon vent vous amène. Je crois que tu n’es pas seule ? demanda-t-il.           —  Non, je suis accompagnée de Lina, ma fille, répondit-elle.            — Embrassez-moi toutes les deux, vous ne pouvez pas imaginer combien vous me manquez, dit-il. Cela fait longtemps que vous n’êtes pas venues nous rendre visite. Qu’est ce que vous empêche de penser à nous et en particulier à moi, qui ne suis pas apte à me déplacer tout seul pour venir jusqu’à chez vous ? Pour toutes excuses, vous allez me dire que vous être prises et que vous ne trouvez absolument pas le temps de venir nous voir.             —  Effectivement mon cher frère, nous sommes très occupées, mais cela ne nous dispense pas de venir de temps en temps jusqu’ici. Nous sommes fautives et nous devrons le reconnaître sans chercher de prétexte.            — Exactement, mon oncle, ajouta Lina. C’est nous qui devons nous occuper et prendre soin de toi et ce n’est pas notre chère tante Amina qui n’a personne à ses côtés pour l’assister.              — Si ma sœur le veut bien, Lina restera vivre avec vous quelques mois pour vous tenir compagnie et changer d’air, dit Meriem.             — Et ses études, est ce qu’elle va les abandonner ? demanda oncle Hamid.            —  Lina a déjà terminé ses études et elle est maintenant en train de chercher un emploi où elle pourrait évoluer et gagner sa vie.            —  Ah ! Je comprends, dit oncle Hamid. Et les autres filles où en sont-elles avec leurs études ?            —  Mes deux filles jumelles sont brillantes et studieuses, elles auront un avenir radieux et prometteur, Safia fait médecine tandis que Siham poursuit ses études de Droit pour faire avocate. Elles sont les pupilles de mes yeux et je suis très optimiste à leur égard.   Leur père leur accorde beaucoup d’attention. Il est très content  des résultats qu’elles obtiennent tout au long de leur cursus.             —  Et qu’en est-il des deux autres dont je ne me rappelle pas exactement les prénoms ? dit oncle Hamid.              —  Sabah est à présent internée dans un centre psychiatrique, répondit Lina, avant que sa mère ne dise quoi que ce soit à ce sujet. Elle suit un traitement intense pour se remettre de ses troubles de conduites comme le dit son médecin traitant.             — Quant à Nadia, la cadette, intervint Meriem, elle a déjà arrêté ses études et elle fait aide-caissière à notre café. Son père compte beaucoup sur son aide et il lui a confié la tâche de s’occuper du contrôle de la recette journalière et de la qualité du service rendu à la clientèle.                  — Et Driss comment va-t-il ? demanda oncle Hamid. On m’a dit qu’il a été hospitalisé pour avoir perdu conscience à la suite d’un malentendu avec le jardinier. Est-ce que c’est vrai que ce s******d l’avait bousculé et il est tombé sur la nuque ?                    — Driss dont tu parles, dit Meriem à son frère, n’est plus l’homme que nous avons connu tous. Elle a perdu de son autorité et devient si tu veux dire une chiffe molle devant sa deuxième femme.               — Tu dis quoi ? Comment ? Sa deuxième femme ? Quand est ce que Driss s’est-il marié avec une autre femme ?              —  Depuis l’instant où je lui ai proposé  de chercher une autre femme.              —  Et toi tu as accepté sa décision ? dit-il, l’air étonné.                         — Malheureusement c’était mon idée. Je me suis fait piégée comme une dingue. Cet acte irréfléchi et impromptu a fini par chambouler toute notre relation de couple et encore moins la vie de nos filles. Le jour où j’ai remarqué qu’il avait commencé à changer de comportement et à devenir triste et mélancolique à cause de la malchance de n’avoir pas eu d’enfant de sexe masculin, je lui ai suggéré de se marier pour tenter sa chance derechef avec une autre femme qui pourrait lui donner un garçon et il a accepté ma proposition.             —  Et cette femme, qui de vous l’avait choisie ? dit-il. .             — C’est lui tout seul et sans l’avis de personne d’autre. C’est une infirmière, dit-elle. Elle l’a connue à l’hôpital où il a été admis lors de son accident de la circulation. Il me répétait souvent que c’était une femme serviable et empathique et elle pourrait faire une bonne épouse.           —  Et toi comment tu la trouves ? demanda-t-il, l’air curieux.            —  Moi, je la trouve atypique, hypocrite, acariâtre, profiteuse et d’une duplicité inouïe. En somme, c’est une croqueuse de diamants.            — Mais rappelle-toi ma sœur la citation qui dit : « On l’emporte souvent sur la duplicité, en allant son chemin avec simplicité. » Ce genre de personne même si elle arrive à ses fins, tout lui tombera à vau-l’eau par la suite. Je le dis et je le maintiens. J’ai connu pas mal de gens qui ont bâti leur vie uniquement sur le mensonge et que tout ce qu’ils ont érigé s’est effondré en un clin d’œil. Ne t’inquiète pas, elle va payer au centuple. Les paroles que je te dise ne sont que celles d’un homme privé de la faculté de voir par les yeux, mais doté d’un cœur, qui ressent et voit à sa manière l’existence des choses avant leur arrivée effective.             — J’ai la même impression que toi, mon frère, et je souhaite  que cette infirmière récoltera le fruit du mal qu’il n’en finit pas de semer au sein de ma famille.                   Lina suivait tout ce dialogue entre sa mère et son frère  avait des nausées suivies de vomissements. Elle n’avait même pas cherché à aller aux toilettes pour se soulager. Comme il était surpris de son silence et de ses rejets, son oncle qui n’était pas né de la dernière pluie lui posa la question de savoir d’où vient son malaise :             — Qu’as-tu Lina ? Je te trouve un peu bizarre. Est-ce que tu  as mangé quelque chose de mauvais ?                    Meriem, qui devait cacher la vérité à son frère pour qu’il ne fût pas déçu de sa nièce, répondit à la place de sa fille :             — Non ! Non ! C’est peut-être le mal de transport. Lina se sent si fatiguée parce qu’elle a mal dormi la nuit passée. Elle s’est réjouie à l’idée de venir s’installer avec vous pendant quelques mois et c’est pour cette raison qu’elle est restée éveillée pour cogiter sans prendre le temps suffisant de fermer les yeux.             —  Quoi que tu dises, frangine, ta fille doit voir un médecin, conseilla-t-il. Il arrive parfois qu’on mange des aliments avariés qui pourraient nous provoquer des intoxications qui nécessitent des traitements intensifs. Fais donc attention à ce que tu manges, ma chère Lina et surtout dans des restaurants malfamés qui ne se soucient pour le moins du monde  de la fraîcheur et la propreté  des repas qu’ils servent aux gens.            — Nous n’étions pas au restaurant, affirma Meriem. Nous sommes venues juste de la maison pour vous voir et passer avec vous un ou deux jours.                    Pour se débarrasser de sa sœur et rester seul à seul avec sa nièce, oncle Hamid feignit d’avoir envie d’un verre de thé  et dit à l’emporte pièce :              — Ma sœur, veux-tu aller à la cuisine, pour nous préparer un thé à la menthe que tu nous sers avec des amuse-bouches. Ils sont dans un sachet posé sur le potager. Cela faisait longtemps que je n’ai pas bu le thé que tu me préparais quand j’étais chez toi, il y a presque deux ans.             — Volontiers mon frère, je suis là pour ça et je te préparerai le genre de thé que tu aimes.                  Tandis que Meriem préparait le thé, oncle Hamid voulait couper les cheveux en quatre et il n’hésita pas de demander des explications à Lina :         —   Dis-moi, Lina, qu’est ce que tu as au juste ?          —  Comme tu viens de l’entendre, je suis fatiguée, mon oncle, et il m’arrive d’avoir des nausées.           —  Cela fait combien de temps que ce malaise te prend.          —   Deux semaines, mon oncle.            — Tu ne sais pas l’origine de ce mal ? demanda-t-il, l’air inquiet.            —  Non, pas du tout ! répliqua-t-elle. Mais ne t’en fais pas pour moi, mon oncle, ça va passer            —  Quoi qu’il en soit, je te propose d’aller voir un gynécologue le plus tôt possible. Il te fera des examens pour déterminer les causes de ce malaise. Il sait lire mieux que personne  l’origine de ces symptômes.            — Bien que ma mère et moi te l’ayons caché pour ne pas te déranger, je t’avoue que nous l’avons d’ores et déjà consulté avant d’arriver chez vous.            —  Que vous a-t-il dit au juste ?                    Pour ne pas révéler à son oncle la vérité sur son manque de chasteté, il répondit sur un ton rassurant :              —  Je n’en sais rien, il en a parlé à ma mère. Mais ne lui dit rien qui puisse la mettre en colère et la pousser à se fâcher contre moi. Elle ne voulait pas que tu saches où nous étions passées toutes les deux. En cours de route vers vous, elle m’a conseillée de ne rien te raconter au sujet de cette consultation.           — Mais pourquoi, diable, dit-il, vous me cachez des choses pareilles ?            — Pour que tu ne t’inquiètes pas à mon sujet lorsque tu apprends que je suis mal en point.                  Meriem qui apporta le plateau contenant la théière, les verres et les amuses gueules lança à l’adresse de son frère et sa fille :            — Qu’est ce que vous vous racontez tous les deux ? Vous parlez encore des nausées ?      — Tout à fait, répondit oncle Hamid, parce que habituellement et par expérience quand une femme a des nausées répétées, on comprend facilement que ce sont des symptômes précurseurs de début de grossesse éventuelle. Mais, à ce que je sache, Lina n’est pas encore mariée et si elle tombe enceinte, cela veut dire qu’elle avait entretenu une relation extra conjugale avec un homme.             — Tu veux insinuer qu’elle est enceinte ? dit-t-elle à son frère en feignant d’ignorer la vérité.           —  Je                         
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER