‹‹ Tout a une fin sauf la banane qui en a deux››.
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~~~Mouhamadou Talla Sylla
Je n'ai pas pu fermer l'œil de la nuit. Ramatoulaye hante mes pensées, tout ce que je fais maintenant ou décide de faire, je n'y arrive pas. C'est comme si elle tenait un aimant dans ses mains qui m'attire même si je ne le veux pas.
Da mélni thieup na dé thioo, doyna warr dal.
Une chose qui ne m'était jamais arrivée depuis la trahison d'Alima. En parlant d'elle, sakh, je n'ai plus de nouvelles la concernant et c'est mieux comme ça. Je ne veux plus la revoir de ma vie ici-bas ni dans l'au-delà.
Je me lève les pieds lourds, mais il faut que je le fasse puisque je dois aller à l'entreprise régler le chaos que Lamine a causé en mon absence. La routine habituelle, je fais ma prière et prends mes clés de voiture. Je vais dans la chambre de ma mère pour la saluer.
Je me dirige vers le couloir qui mène à sa chambre, mais en passant j'ai remarqué que le sol était mouillé, ce qui est anormal. Je fais demi-tour et vais dans la cuisine pour retrouver Mariéme, la domestique.
Moi : Mariéme ? dis-je en regardant dans la cuisine.
Mais je ne vois pas son ombre. Je sors et me dirige vers le salon. Je la trouve là-bas en train de regarder une série télévisée.
Moi : Mariéme ? répétais-je.
Mariéme : Oui monsieur, répond-elle en se levant.
Moi : Pourquoi le couloir qui mène à la chambre de ma mère est-il mouillé ? Vous n'avez pas fait le ménage, khana ?
Mariéme : Mais bien sûr, j'ai tout nettoyé. Je ne sais pas pourquoi c'est mouillé, mais ne vous inquiétez pas, je vais le nettoyer tout de suite.
Moi : Allez-y donc. Vous savez bien que ma mère peut glisser, alors s'il vous plaît, la prochaine fois, faites plus attention.
Je vais au garage pour sortir ma voiture. Bon, je crois que ce n'est plus la peine que Khadim devienne mon chauffeur. À partir d'aujourd'hui, je vais prendre les choses en main ; je sais que ça ne lui plaira pas, mais j'ai d'autres projets pour lui.
Quand j'arrive au bureau, je vois Diarra, ma secrétaire, qui vient vers moi.
Moi : Bonjour Diarra, lui dis-je.
Diarra : Bonjour Monsieur, répond-elle en tenant un dossier à la main.
Je vais dans mon bureau avec elle sur mes talons. Dès que nous entrons, elle commence.
Diarra: Aujourd'hui, une entreprise basée à Londres nous a contacté. Il se trouve que la patronne souhaite une collaboration avec la nôtre.
Moi: Ah bon ? Une patronne, vous dites ? Interrogeais-je en m'asseyant sur ma chaise.
Diarra: Oui, Monsieur, c'est une femme. Elle vient même la semaine prochaine à Dakar pour rencontrer ses autres entreprises.
Moi: Hum, envoyez-moi le dossier après, je l'étudierai à la maison.
Diarra: Entendu, Monsieur.
Je la regarde s'éloigner. Elle marchait droite comme un "i", réfractaire à toute compromission. Je n'ai jamais eu d'arrière-pensée envers mes employés, notamment Diarra qui travaille ici depuis plus de trois ans. Pourtant, elle aussi est une femme comme les autres, mais je la vois comme ma propre sœur. Elle respecte ses heures de travail, ne se mêle pas de ce qui ne la concerne pas, et c'est pour cela que je lui accorde tout le respect qu'elle mérite.
Bref, je retrousse mes manches et commence à travailler.
~~~Ramatoulaye Diallo
Je ne cesse de penser à ce que Talla m'a dit l'autre jour quand je sortais de sa voiture.
"Cheuut boy bi day méti sama boppou sakh."
Tous les détails de l'offre d'emploi dont Isseu me parlait m'ont finalement été transmis aujourd'hui. Je l'ai blâmée pour cela, car depuis que j'attends, elle me dit qu'elle avait beaucoup de choses à régler entre-temps.
"Djiko sénégalais yi rék la bagn ishh."
Je dois passer l'entretien lundi prochain, et j'espère juste qu'ils approuveront mon CV. Aujourd'hui, j'ai mes règles, donc je ne vais pas aider ma mère au magasin. Mon ventre me fait mal (seules les filles comprendront). Je m'ennuie à rester ici, sans téléphone ni télévision. Rien du tout, ça me rend triste (ça fait mal au cœur). J'essaie de trouver une position confortable pour soulager mes douleurs abdominales, et j'ai réussi à m'endormir.
~~~Mouhamadou Talla Sylla
Grâce à Dieu, j'ai terminé les deux dossiers qui me restaient. Maintenant je vais pouvoir rentrer et dormir sur mes deux oreilles. Toujours pas d'appel de Khadim, j'espérais qu'il m'appelle pour se plaindre mais rien de tout ça. Tant mieux, puisque c'est comme ça, c'est bien. Tout mon esprit pense à Ramatoulaye, mais cette fille va me tuer, vraiment. Je sais ce que je vais faire.
Je prends mon téléphone et appelle Mademoiselle Niass.
▪ Moi : Salut Mademoiselle Niass, comment ça va ? J'espère que je ne vous dérange pas.
▪ Mademoiselle Niass : Ah, je vais bien Monsieur, mais non, vous ne me dérangez pas. Et vous, comment ça va ?
▪ Moi : Akh, ça peut aller, arrêtez de m'appeler Monsieur quand on n'est pas au travail, mon nom est Talla.
▪ Mademoiselle Niass : Hum, je vais essayer de voir si j'y arrive, bon je vous dirai la même chose aussi, mon nom est Isseu et arrêtez de me vouvoyer.
▪ Moi : Oui, d'accord alors. Mais euh... je voulais te demander si tu... n'as pas le numéro de Ramatoulaye ?
Je l'entends sourire à l'autre bout du combiné.
▪ Isseu : Désolée de te décevoir, mais Rama n'a pas de téléphone.
Weuh, mais elle essaie de me leurrer ou quoi ??
▪ Moi : Arrête, tu n’as pas confiance en moi, c'est pour ça que tu dis ça.
▪ Isseu : Loin de là, monsi... Talla, je te dis la vérité, c'est sérieux.
▪ Moi : Mais une femme qui va à une soirée, paie une loge VIP, porte des vêtements chers et tu me dis qu'elle n'a pas de téléphone, hum, ça ne colle pas du tout (dis autre chose).
▪ Isseu : Ne te fie pas à l'apparence Talla. Guiss ngua Ramatoulaye moy niit bo xamni même bou fébarone ba wara dé tant que dé woul kéne dou xamni dafa fébarone (Ramatoulaye, on ne peut pas la cerner, elle est toujours comme ça. Même si elle était malade jusqu'à en mourir, tant qu'elle ne meurt pas, personne ne saura qu'elle était malade, me dit-elle.
Je crois que ça suffit maintenant, elle a semé assez de doutes dans mon esprit et il fallait que je trouve des réponses à mes questions.
▪ Moi : Merci Isseu, porte-toi bien, c'était un plaisir de te parler.
▪ Isseu : Le plaisir est pour moi. À bientôt.
Je raccroche et réfléchis à ce que j’allais faire maintenant. Pourquoi ne pas aller chez elle surtout que maintenant je connais sa maison. C’est sur cette idée que je pris les bagages, sortit de l’entreprise avant de démarrer ma voiture. Fallait que je la voie avant de rentrer chez moi.
Heureusement qu'il n'était que 19 heures. Arrivé devant sa maison, je reste longtemps sur le seuil de la porte et hésite à rentrer. Je ne sais pas ce qui va m'arriver dès que je franchirai cette porte, mais amoul ragal gaïndé la, meune na dékou lépp (je n'ai rien à craindre car je peux tout supporter, car je suis un lion).
Je rentre et trouve sa mère qui balaye la cour de sa maison.
Moi : Salam Waleykum yaye boye (Bonsoir Maman).
Elle relève la tête et s'étonne de me voir ici devant la cour de sa maison.
Sa mère : Waleykum salam ah Talla mon fils, c'est toi.
Moi : Oui Maman, c'est moi. Kay naka yaram bi ? Ba ya ngui ame diam ak tawfékh ? (Comment allez-vous ? Vous allez bien j'espère ?), dis-je en m'avançant vers elle.
Sa mère : Grâce au bon Dieu, je vais bien Al-hamdoulilah.
Moi : Mais vous n'êtes pas fatiguée khana? Laissez-moi vous aider.
Sa mère : Moh je suis en pleine forme pour mon âge dé. Je n'ai pas besoin d'aide, ni d'aller voir aucun médecin. Tu vois, moi je considère le corps humain comme une voiture, si on lui donne un carburant médiocre, il tombe en panne ; en revanche nak, si on l'alimente correctement, il peut produire d'extraordinaires performances.
Je souris face à son théorème. Mais on dirait qu'elle est loin d'être une illettrée comme je le pensais.
Conscience : Talla bayil di fokk rék dél ame loula woorr si li nguay wakh (Talla, arrête de toujours penser et sois sûr de tout ce que tu dis).
Un conseil important. Merci ma conscience.
Moi: Je suis venue voir comment Ramatoulaye allait depuis sa sortie de l'hôpital, je n'ai pas pu la voir, mentais-je.
Sa mère: Elle va bien maintenant, elle est à l'intérieur en train de dormir, sakh.
Moi: Ah, je comprends, mais... euh... je peux, demandais-je en pointant du doigt la baraque.
Elle hésita longtemps à répondre, comme si elle craignait quelque chose.
Sa mère: Mieux vaut que j'aille la réveiller, attends-moi ici.
Elle posa le balai et rentra dans la chambre. Bon, puisque c'est comme ça, je n'ai qu'à attendre, rék. Mais qu'est-ce que je vais lui dire si elle me demande ce que je fais ici ? Question sans réponse.
Je vis sa mère revenir, mais pas avec Ramatoulaye.
Sa mère: Talla, excuse-moi, mais Rama ne veut pas te voir. J'ai essayé de la convaincre, mais c'est une tête de mule. Reviens demain, ou même après-demain.
Pfff, revenir pour faire quoi ? Ishh, laissons tomber, rék. Mais je voulais lui demander quelque chose.
Moi: Maman, est-ce que je peux vous poser une question ?
Sa mère: Bien sûr, vas-y !
Bon, je ne vais pas passer par un million de chemins.
Moi: Votre fille, est-ce qu'elle a vécu quelque chose dans le passé qui la traumatisait ? Je ne sais pas dal, mais j'ai remarqué que quand quelqu'un, particulièrement un homme, lui touche le bras, elle agit d'une façon très bizarre. Et je voudrais en connaître la cause.
Je sais que je suis audacieux, mais il fallait que je sache, au moins pour satisfaire ma curiosité.
Le visage de sa mère changea et devint triste.
Sa mère: Excuse-moi, Talla, mais j'ai promis à ma fille de ne plus me rappeler de ça. Si tu veux, tu peux lui demander, peut-être qu'elle te répondra.
Je soufflai de mécontentement, mais ne dis rien.
Moi: Comme vous voulez, bon je vais y aller.
Sa mère: Reste un peu.
Moi: Je reviendrai insha'Allah. Ma mère doit m'attendre en ce moment.
Sa mère: Tu as raison, ta mère après tout. Va-y alors, que Dieu te bénisse.
Moi: Amîn.
Je sortis et regrettai d'être venu ici sans voir Ramatoulaye. Mais ma venue avait un avantage, car au moins je savais qu'elle avait vécu quelque chose dans son passé, et je compte bien le savoir.
Je pourrais engager un détective privé pour qu'il me donne toutes les informations que je veux, mais je préfère qu'elle me le raconte de sa propre bouche. Je ne sais pas si je deviens fou ou pas, dal, mais j'ai l'impression que quelqu'un est en train de me prendre en photo. Peut-être que c'est mon imagination qui me joue des tours, rék.