chapitre 11

3129 Mots
Je suppose qu’elle était animée des meilleures intentions. S’apprêtant à prendre congé, elle fit un commentaire sur l’abondance extraordinaire de ma chevelure ; je pris ce compliment comme une sorte d’offrande, une manière de s’excuser d’avoir craché ce mot, Holligans, et de m’avoir manifesté son mécontentement. Elle se sentait gênée, peut-être. Pourtant, Mme Bale avait échoué. Effrontée. Cet adjectif que Millicent avait utilisé à mon sujet tout en plumant son poulet, et têtue, ce que ma mère elle-même avait marmonné parfois. Les deux me revinrent à l’esprit alors que je la regardais s’éloigner. Car comment pouvais-je m’en tenir là ? Ignorer ce qu’on m’avait dit ? Cela m’était impossible. Ma mère était déjà comme ça : elle poussait la porte où s’affichait un Interdit d’entrer, marchait à contre-courant des foules. Elle n’allait pas à l’église parce qu’elle n’en avait pas envie. Cette nuit-là, le sommeil se déroba obstinément. Mon squelette était endolori par ma journée de travail, trop de choses me trottaient dans la tête. Je prononçai son nom dans le noir. Le papier peint de Londres me paraissait bien loin. Pourtant j’étais persuadée que, si j’avais eu un crayon en main, j’aurais pu en dessiner son motif répétitif de nœuds de ruban. Avait-elle connu la même chose ? Harley Dipanda ? Avait-elle étudié ce dessin, toujours le même, en se demandant où les Indes étaient passées ? Neuf mois plus tôt, elle contemplait l’Himalaya à l’aube. Elle était assise sur la balançoire à côté d’un rhododendron et se balançait en se poussant du bout des orteils. Et à présent, voilà qu’elle avait une fille nouveau-née et un patronyme comprenant six lettres de plus que le sien. Deux versions d’elle-même. Le sommeil ne venait décidément pas. Je rallumai la lampe à mon chevet, m’assis et ouvris mon manuel de botanique. Étamines et anthères. Je lus. Quelque part, un hibou hulula. J’entendis aussi un craquement. J’abaissai mon livre. Quelle heure était-il ? Comme pour me répondre, la pendule de l’entrée se ranima avec un grincement asthmatique et sonna trois coups. J’attendis. Un deuxième craquement. Puis, très doucement, un troisième. Et à cet instant, je n’eus plus aucun doute : c’était bien quelqu’un qui marchait. Quelqu’un au-dessus de moi. Un quatrième craquement, puis un cinquième m’avertirent que cette personne descendait l’escalier. Très lentement. Elle pesait de tout son poids sur chaque marche, comme si elle souhaitait se déplacer sans faire de bruit. Traverser la maison sans réveiller les dormeurs. Un sixième craquement. Un temps d’arrêt. Je posai mon livre, me levai. Je ne pris pas ma canne mais ma lampe, si. Je la levai assez haut pour éclairer mes pas ; le plancher devant moi, les plinthes, la porte. L’oreille aux aguets, je me m’arrêtai pas. Mais il n’y avait plus que le silence. Tout devint si tranquille que je crus que la personne était partie ; elle n’était plus là. Puis cela se reproduisit : un septième craquement ; celui-là beaucoup plus fort. Plus fort parce que plus proche ; si proche que la latte de plancher sous mes pieds bougea. Je sentis le bois se soulever. Un poids l’enfonçait à l’autre extrémité. Quelqu’un se tenait debout derrière ma porte. Je me pétrifiai. J’ouvris grandes mes oreilles. Et je sus alors, avec certitude, que l’autre écoutait aussi. Je retins mon souffle, sachant que l’autre le retenait également. Comme j’étais sûre que sa main, comme la mienne, était posée sur la porte ; son oreille collée contre le bois usé du battant, à l’affût, et je sus que nous sentions nos présences réciproques. Dans l’entrée, la pendule tictaquait. Toc-toc ! Le bruit d’un ongle contre ma porte. Ou contre mon oreille, c’est l’impression que j’avais. Les petits coups rapides d’un doigt fureteur. Avec une légère exclamation, je fis un pas en arrière. Encore une série rapide de craquements, le plancher eut comme des soubresauts sous mes pieds, et je sus qu’il – M. Shwartz – s’en allait, qu’il avait entendu ma voix et détecté ma présence et que par conséquent il s’écartait de ma porte. Comme j’avais envie de le voir, de savoir à quoi il ressemblait, j’ouvris et sortis dans le couloir, levai ma lampe et murmurai : — Oui ? Un courant d’air frais. J’avançai tout doucement en tenant la lampe devant moi. La sphère de lumière faisait surgir les bords des lambris et la pendule. J’appelai. Je fouillai du regard le couloir. Rien que des ténèbres à l’autre bout. Ma lumière fit apparaître quelques mètres de mur lisse et, alors que j’écarquillais les yeux, j’imaginai une silhouette dans l’obscurité ; je l’imaginai marchant d’un pas ferme vers moi. Et je criai : — Je sais que vous êtes ici ! Mais personne ne bougea ni ne répondit. Seule une paire d’yeux me rendit mes regards. Depuis le palier, elle m’observait, couchée sur son lit de velours, la peau nue, rose. Elle l’a vu, me dis-je, elle l’a vu passer devant elle. Elle l’a vu frapper à ma porte. Je me demandai si je n’étais pas en train de rêver et si, en réalité, je n’étais pas endormie. Mais les rêves, je le savais, n’étaient pas matériels. Les rêves ne faisaient pas bouger le parquet sous vos pieds, ne pouvaient pas frapper sur du bois verni. De retour dans ma chambre, je pris une feuille blanche sur le secrétaire, la pliai plusieurs fois et la glissai sous le battant de ma porte. Je me remis au lit, remontai le drap et surveillai le cadre sombre de la porte ; la poignée, au cas où. Mais il ne se produisit plus le moindre incident. Je restai éveillée jusqu’au matin, songeant à l’impression bien particulière, et indéniable, que m’avait faite la proximité d’un corps à quelques centimètres du mien. Dans le couloir, l’air avait eu un parfum qui n’était pas seulement un mélange de poussière, de cire d’abeille et de bois. Plutôt celui du savon à la rose. Et puis une autre odeur, plus forte ; pas de menthe, mais proche. Le lendemain matin, je les trouvai réunies à la cuisine. — Je l’ai entendu. Hier soir. — Entendu qui ? — M. Shwartz. Je sais qu’il est de retour. Je l’ai entendu descendre l’escalier. Il est venu jusque dans le couloir et il s’est arrêté à ma porte. Les bonnes se tournèrent vers Mme Bale ; la gouvernante me regarda. — M. Shwartz n’est pas ici. — Si. Pourquoi le nier ? Je l’ai entendu. Il a frappé deux fois à ma porte. Mme Bale émit un petit bruit et laissa échapper un souffle, comme si elle s’était vidée d’un seul coup de son air. Et démantelée. Soudain son attitude s’adoucit ; elle s’appuya à la table, laissa tomber ses épaules comme si elles étaient devenues trop lourdes pour elle, et Harriet se précipita pour la prendre par la taille. — Madame Bale ? Madame Bale ? Elles la firent asseoir sur une chaise. Sa tête dodelinait comme un pantin à la nuque brisée ; ses mains semblaient trop lourdes pour ses poignets. Je me reculai, consternée. — Elle va mourir ? — Mais non, elle est évanouie. Ben, apporte de l’eau. Asseyez-vous, mademoiselle. Elle a besoin de place pour respirer. Je m’assis sur la chaise en face d’elles. Mme Bale posa sa tête sur la table. Peu à peu, sa respiration se fit plus régulière ; son teint reprit des couleurs. — M. Shwartz est en voyage, déclara-t-elle, les yeux fermés. Je vous l’ai déjà dit. Je consultai les filles du regard. J’ignorais si je devais lui répondre, mais je le fis quand même. — Ce n’était pas la tuyauterie. Ni des courants d’air. C’était un être humain. — Il est en voyage… — Alors qui d’autre ? Ben ? Harriet ? Elles secouèrent la tête. Ben pinça les lèvres et son regard fuyant glissa vers le coin de la pièce comme si elle ne m’avait pas entendue. Celui de Harriet croisa le mien et sembla me supplier ou me mettre en garde, ce qui m’incita au contraire à continuer à poser des questions. J’étais déterminée à découvrir ce que dissimulait le mot « problème ». — Alors qui d’autre dans la maison ? Ça doit bien être quelqu’un. On marche la nuit et on se cache le jour. Pourquoi ne pas me le dire ? — Je vous ai dit, répliqua Mme Bale en levant les yeux, de ne pas vous en préoccuper… c’est comme ça. Je l’ai réveill… — Vous avez réveillé qui ? Harriet avait la main sur l’épaule de Mme Bale : une main blanche constellée de taches de rousseur sur le chemisier gris. Elle hocha la tête, se pencha et secoua tendrement la gouvernante. — Madame Bale ? Je suis d’avis qu’on la mette au courant. Mme Bale but de l’eau à petites gorgées. Ses mains tremblaient toujours. L’une d’elles tenait le verre ; l’autre fit un va-et-vient entre son crucifix, sa bouche et ses cheveux avant de se poser finalement sur son sternum. — Vous voulez savoir s’il y a quelqu’un d’autre dans la maison. Eh bien, oui. Oui, mademoiselle Sharpe, il y a une autre personne… mais elle n’est pas comme nous. — Comment ça ? Elle est souffrante ? Elle eut un petit sourire, comme si j’avais dit quelque chose d’amusant. À croire qu’elle était épuisée par ce qui était, somme toute, une mauvaise plaisanterie, une mascarade. Elle retira sa main de sa gorge. — Il n’a jamais été question de vous en parler. Nous espérions ne pas y être obligées. Après tout, vous n’êtes ici que pour quelques semaines ; nous pensions qu’il n’y aurait pas d’autre incident pendant votre séjour, et que nous n’aurions pas à vous faire part de ce que je m’apprête à vous dire. Il nous est aussi apparu depuis votre arrivée que vous avez… votre franc-parler et l’esprit scientifique… Et en plus vous êtes athée, bien sûr… Ce qui nous a persuadées que vous nous prendriez pour des folles si nous vous révélions la vérité. Vous risquiez de retourner à Londres, de refuser de rester une minute de plus dans cette maison de fous. De sorte que la serre resterait vide, et que tout ce temps et cet argent auraient été dépensés en vain. Il est aussi possible que par moments nous ayons douté de ce que nous avions vu et entendu, douté même de notre santé mentale et, en pleine lumière, soyons parvenues à nous convaincre que ce qui se passait la nuit n’était que le fruit de notre imagination. Il faut avouer que les nuits sont souvent calmes… Sans cette personne qui marche, si on peut l’appeler ainsi… Et qu’il peut nous arriver de croire que le problème n’existe pas. Voilà toutes les raisons pour lesquelles nous ne vous avons rien dit jusqu’ici… Les filles, elles, voulaient le faire. Je me taisais. Elle lâchait un torrent de paroles et je n’avais aucune intention d’en arrêter le flot. — J’ai été engagée à l’automne de l’année dernière, vous savez. J’avais ouï dire que M. Shwartz avait besoin d’une gouvernante. Je cherchais un emploi. La maison n’était pas en bon état, cela vous le savez. Les courants d’air, les fuites dans le toit… Les souris. Alors, au début, je n’ai pas trop fait attention à ces bruits nocturnes ; je pensais à une corneille qui aurait réussi à nicher quelque part, ou tout simplement que la maison bougeait maintenant qu’on s’en occupait. Je balayais, j’encaustiquais. Les trous dans le toit ont été colmatés. Les filles sont arrivées. Et c’est là que j’ai commencé à m’apercevoir du problème. Au début, il y a eu les peintures. Vous avez remarqué les crochets vides sur les murs ? Vous m’avez même interrogée à ce sujet… Vous vous rappelez ? Il y avait des tableaux accrochés. Mais la nuit, tout d’un coup, ils se sont mis à tomber, un à un. Les plus petits sans bruit, et je les trouvais par terre le matin. Au début je me suis dit que ce devait être à cause des courants d’air, ou qu’ils étaient mal fixés. Puis ce sont les grands qui se sont mis à tomber, et cette fois, ça nous réveillait. Un fracas pareil, on sautait du lit. Il y avait une peinture… — Parlez-moi des bateaux. — C’est ce que je suis en train de faire. Une marine… La mer, des bateaux, un rivage… Une belle toile, énorme ; plus large que mes bras ouverts… Quand elle s’est décrochée, ça a fait un tel bruit qu’on a toutes bondi de notre lit. Même Monsieur s’est levé. Vous ne le connaissez pas, alors vous ne pouvez pas savoir comment il est… Mais quand il est descendu aussi… Eh bien, il était livide. En plus, le tableau n’avait pas fait que tomber. Sinon, comment se serait-il retrouvé à 3 ou 4 mètres de l’endroit où il avait été accroché ? On aurait dit qu’il avait été lancé. Vraiment lancé ! — Un mouvement de terrain, peut-être ? Il peut se produire n’importe où dans le monde de légères secousses de la croûte terrestre. Mme Bale rit ; un rire brusque, éclatant, qui se changea peu à peu en soupir. Elle posa son verre d’eau. Puis elle leva cette main, tremblante, et la porta jusqu’à son autre main, qui serrait sa tresse. — Vous pensez que ça s’est arrêté là ? Eh bien non. Tous les tableaux sont tombés. Et il y avait les fleurs, aussi. Elles perdaient leurs pétales en une seule nuit, ou je retrouvais leurs tiges brisées net. Et les bruits de pas… Comme ceux que vous avez entendus cette nuit… Au-dessus de nos têtes. Au début, j’ai cru que c’était M. Shwartz. Puis ça s’est produit alors qu’il n’était pas à Black Rentals ; des pas encore plus précautionneux. Je les ai entendus dans le couloir et, à l’époque, c’était au tout début, j’avais encore assez de courage pour enfiler ma robe de chambre et ouvrir la porte pour voir qui c’était. Mais chaque fois, le couloir était vide. Chaque fois. Et des coups étaient frappés aux portes. À la mienne, à celle des filles. — On les a entendus, dit Ben. Juste deux… Très doux, mais qui s’entendaient… Ben tapota deux fois sur la table du bout de son index rougeaud. — Comme ça, expliqua-t-elle. Mme Bale me dévisageait. — Je vois que vous changez d’attitude. Avez-vous, vous aussi, ouvert votre porte et découvert qu’il n’y avait rien ? Rien que l’impression d’être épiée, et une légère odeur d’herbe coupée ? Votre expression me dit que oui. Je restai parfaitement immobile. — Et puis il y a eu la marque sur la porte. Si vous pensez toujours que nous avons trop d’imagination et qu’il y a des mouvements de terrain, je vous montrerai la porte de ma chambre. Deux jours avant votre arrivée, mademoiselle Sharpe, j’ai entendu les pas descendre l’escalier et s’approcher dans le couloir. Il était 3 heures du matin… J’en suis sûre, puisque la pendule a sonné trois fois, et qu’elle paraît aimer particulièrement cette heure… Et les pas se sont arrêtés derrière ma porte. Mme Bale se pencha vers moi et posa sa main sur mon poignet. — Elle n’a pas frappé. Je m’attendais pourtant à ce qu’elle frappe ! Vous savez ce qu’elle a fait ? Elle a tailladé ma porte. À coups de couteau. J’ai entendu le bruit et vu la porte bouger sur ses gonds. Ses yeux brillaient. — Deux nuits avant votre arrivée. — Elle ? Mais non. Ce devait être M. Shwartz. — Vous croyez vraiment ? Qu’il irait donner des coups de couteau dans ses portes et jeter ses tableaux par terre ? Pourquoi ferait-il une chose pareille ? Et c’est encore pire là-haut, à son étage. Il dit qu’on a frappé à sa porte, une nuit. Pas toqué, frappé avec le poing. Comment pouvez-vous penser que c’est lui ? — Dans ce cas, pourquoi n’est-il pas allé le signaler à la police ? — À la police ? Mme Bale se redressa un peu et ses yeux s’arrondirent. — Et qu’est-ce qu’il leur aurait dit, mon Dieu ? — Qu’il y avait un intrus. Que quelqu’un entrait chez lui la nuit et vandalisait… Elle ouvrit les bras, manifestement exaspérée par mon obstination. — Mais il n’y a pas d’intrus. Personne n’entre dans cette maison ! Il n’y a ni serrures forcées ni carreaux cassés. À Black Rentals, il n’y a ni passage secret ni porte secrète, mademoiselle. Et que ferait un policier, sinon nous regarder avec les mêmes yeux que vous en ce moment ? Comme si nous étions aussi fous qu’elle ? Ce n’est pas un intrus. — C’en est forcément un. — Non ! s’écria-t-elle, de plus en plus irritée. La paume de Harriet retrouva le chemin de l’épaule de la gouvernante. Mme Bale lui tapota affectueusement le dos de la main puis, la serrant quelques secondes dans la sienne, elle reprit : — Sachez que je me considère comme une femme parfaitement raisonnable. Pas du style à avoir des lubies. J’aurai 55 ans en mai prochain et j’ai vu beaucoup de choses dans ma vie. Je pense que la plupart des événements, si étranges soient-ils, trouvent une explication rationnelle. Mais pour celui-ci, j’ai eu beau chercher une réponse… Je sais qui est derrière ces manifestations, assena-t-elle en me regardant droit dans les yeux. Et vous aussi. Je soutins son regard. — Vous pensez que c’est la fille Holligans ? Christine ? À ces mots, Ben s’affola : — Ne dites pas son nom ! Vous ne devez pas dire son nom dans la maison ! Mme Bale se leva. Elle prit la jeune fille par le bras, la tira vers elle et se saisit de sa main ; elle la fit taire, la rassura. Par des petits mots maternels. « Là là, ça va aller. » Et une fois qu’elle eut réussi à la calmer, elle tourna vers moi un regard vitreux, glacial, qui allait droit au but ; il n’y avait plus chez elle trace d’agitation. — Je vous ai dit que je ne voulais plus parler d’elle. Mais le problème dont vous avez eu des échos, par le chauffeur, et ailleurs… C’est elle, mademoiselle Sharpe. C’est Christine Holligans… Même si elle est morte il y a treize ans. Même si ça paraît impensable à un cerveau aussi bien instruit que le vôtre et qui ne se fie qu’à sa raison. Vous n’êtes pas croyante : vous pensez que lorsqu’une personne meurt, elle n’est plus rien, qu’il ne reste plus rien d’elle, que ce qu’elle a été n’existe plus que sous la forme de fragments épars dans une boîte. Mais moi je vous le dis… Elle est toujours dans la maison.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER