Fin

3383 Mots
Il repousse la main de Havila Sharpe et sort dans le couloir désert et silencieux. — Je me souviens de ce qu’un général écrivit un jour : « Vous pouvez perdre beaucoup de batailles et gagner la guerre. » Ce qui se joue en ce moment est trop important, Mr. Sharpe. Nous allons gagner. Liam sourit à l’homme frêle et descend le couloir vers la porte. Elvis Landstrate regarde la cinquantaine d’hommes et de femmes massés derrière lui et les centaines d’enfants qui se pressent aux fenêtres. Puis abaisse les yeux sur sa montre et crie : — Une minute, Sharpe ! Le révérend Pierre Varann hoche la tête. Il a les mains sur les hanches et ses yeux luisent, sombres, comme dans des boutonnières de vieux cuir. Bruce Carey est campé sur le gazon, les jambes écartées. Il tient dans sa main ses lunettes neuves et les essuie machinalement avec un pan de sa chemise. Abner Anchwartz et Phil Dongen se sont placés immédiatement derrière Verne Fisher qui se dresse fièrement, plein d’une orgueilleuse fureur. Il a donné à son visage une expression résolue et calme. Elvis Landstrate scrute les visages de ceux qui l’entourent. — N’oubliez surtout pas qu’il ne doit y avoir aucune violence. Nous avons promis au shérif de l’amener à la prison. Nous ne sommes pas une horde irresponsable, nous sommes un comité de citoyens. Notre seul but est d’éviter que le n***e ne se sauve. C’est compris ? Pas de réponse. — Dis-le-leur, Carey, chuchote-t-il. Bruce Carey continue à polir ses lunettes. — Pas de violence. C’est absolument hors de question, répète Landstrate. La rumeur de la foule enfle au fur et à mesure que les secondes passent. — N’ayez crainte, dit Verne Fisher. Ils vont voir ce qu’ils ont provoqué et comment nous en prenons soin. N’ayez crainte. Varann claque soudain ses deux mains. — En avant, glapit-il. Allons chercher le n***e. La masse se dissocie, certains avancent vers les degrés de ciment. La porte principale s’ouvre alors et Liam Cosmos apparaît. Il est seul. Pierre Varann s’arrête, les autres aussi, figés. Liam descend très lentement les marches. — Vous désiriez me parler ? dit-il en fixant Elvis Landstrate. Pendant un temps, il n’y a point de réponse. Puis Verne Fisher avance et demande : — Es-tu Joseph Cosmos ? — Lui-même. — Tu avoues avoir tenté de v****r aujourd’hui une de nos filles blanches ? — Non. — Que veux-tu dire ? — Je veux dire que je n’ai tenté de v****r personne. Liam lève les yeux et scrute les fenêtres, il aperçoit les visages de Clarence Jones, Joseph Dupuy et Laura Lee Cook. — Tu mens, sale n***e, aboie Varann. Fisher regarde sévèrement autour de lui. — Tenez-vous tranquilles, ordonne-t-il. Nous allons écouter ce que ce garçon peut dire pour sa défense. Les yeux de Varann clignent rageusement, mais il ne dit plus rien. — Alors, reprend Fisher en se tournant vers Liam, tu prétends être innocent, c’est bien ça ? — C’est ça. — Personne ne t’a jamais appris à dire « monsieur » en parlant à un Blanc ? Liam secoue la tête. Fisher ramène sa main en arrière et l’abat sur la joue droite de Liam. Le claquement est v*****t et s’entend assez loin. — Que ça te serve de première leçon, dit-il. Liam ne répond pas, un filet de sang coule de sa bouche. Fisher tire un mouchoir de sa poche et le lui tend. — Tu as du sang sur la bouche. Essuie-le. Liam étanche le sang et froisse le mouchoir qu’il conserve dans son poing. — Qu’est-ce qu’on dit ? — Merci. — Merci qui ? — Merci, monsieur. Fisher hoche la tête. — Mon garçon, je vais te poser la même question ; mais je te conseille de réfléchir avant de répondre. Réfléchis bien. Si tu dis la vérité, tu n’as absolument rien à craindre. Mais si tu essayes de nous mentir, alors, mon garçon, tu te trouveras dans un pétrin pire que tout ce que tu peux imaginer. Fisher s’éclaircit la gorge et promène son regard sur la foule. — Tu as compris ? — Oui, monsieur, répond Liam. — Bien. Alors, as-tu oui ou non essayé de v****r aujourd’hui dans le sous-sol de l’école une fille blanche nommée Ella McCarter ? — Oh, bon Dieu ! commence Pierre Varann. Tant de paroles pour… — Du calme, intervient sèchement Elvis Landstrate. Mr. Fisher et moi conduisons cette affaire. — C’est exact, confirme Fisher. Alors, mon garçon ? — Non, monsieur. Le grand homme aux formes mollasses élève la main comme pour contenir la foule. — Tu veux donc dire qu’Ella McCarter ment ? Liam reste silencieux. — Pourquoi aurait-elle fait ça ? — Je ne sais pas. — Tu ne sais pas ? — Non, monsieur. — Alors, tu n’as jamais été dans le sous-sol, hein ? Fisher pointe un doigt vers Liam. — Tu n’étais même pas aux environs ? — J’étais dans le sous-sol. — Avec une fille blanche ? — Oui, monsieur. Un murmure menaçant s’élève dans la foule. Elvis Landstrate chuchote : — Verne, je crois qu’il vaudrait mieux que nous le menions à la prison. Fisher fait comme s’il n’avait pas entendu. Il continue à pointer le doigt. — Tu étais seul dans le sous-sol de l’école avec une fille blanche, mais tu n’as rien tenté. C’est bien là ce que tu nous dis ? Est-ce là ce que tu veux nous faire croire, n***e ? Allons, parle ! Il se penche en avant et gifle encore plus fortement Liam. — Ne se pourrait-il pas que tu aies profité de ce qu’elle était la fille de son père, hein ? Et ne te serais-tu pas imaginé qu’elle ne dirait rien à cause de ce que Tom McCarter a fait ? Je ne pense pas que cela n’ait rien à faire avec cette histoire ! Liam se raidit, espérant ne pas flancher sous le nouveau coup qui vient, mais la main de Fisher est épaisse et l’homme plus fort qu’il ne le paraît. — Ignores-tu que nous avons des preuves, n***e ? Il ne s’agit pas simplement de ta parole contre la sienne, on t’a vu te glisser dans cet escalier. Et comment expliques-tu que ses vêtements aient été lacérés ? Par un clou ? Écoute. Nous allons te donner une dernière chance de dire la vérité. Et il vaut mieux que tu la dises à haute voix, pour que tous puissent l’entendre. Liam se prépare à recevoir un nouveau coup, quand la porte s’ouvre une deuxième fois et Havila Sharpe sort. Le principal frêle et chauve a la démarche assurée et descend l’escalier sans hésitation. — V’là le l***e-n***e qu’arrive ! Pierre Varann crache un jet brunâtre de jus de chique sur le gazon. — Bon Dieu, v’là le y****e ! — Allez, le prof. Rentrez ! Havila Sharpe poursuit sa marche jusqu’au bout des degrés, quand il se trouve en face de Fisher, il dit d’une voix claire : — Seul un lâche frapperait un garçon sans défense. Les poings de Fisher se serrent. — C’est à moi que ça s’adresse, Sharpe ? Le principal rapproche son visage. — Oui, parfaitement. Vous n’êtes qu’un couard, un misérable lâche, Fisher, comme toutes les sales brutes du monde. Me fais-je bien comprendre ? Un silence. Le visage de Fisher se crispe. Il est pétrifié, les poings serrés, les veines des mains saillantes ; puis il rit avec mépris et se détourne. Havila Sharpe va jusqu’à Liam, le prend par le bras et commence à remonter l’escalier. Bruce Carey semble se réveiller soudain et bondit. — Où croyez-vous aller avec ce n***e ? demande-t-il. — Il restera dans mon bureau jusqu’à l’arrivée de la police de Farragut. Si vous ne tenez pas à être emprisonnés vous-mêmes, je vous conseille à tous d’évacuer immédiatement les lieux. — Foutre non ! Abner Anchwartz empoigne le principal par les épaules et le repousse violemment. — Non, M’sieur, gronde-t-il. Ce macaque s’en tirera pas comme ça après tout ce qu’il a fait et ses mensonges ! Trois hommes se ruent en avant. Leurs visages sont rouges et moites, leurs vêtements collent au corps. Deux d’entre eux ramènent les bras de Liam en arrière. — Tu avoues ? demande sévèrement Fisher. Liam secoue la tête. — Tant pis, tu ne nous laisses pas le choix. Havila Sharpe essaye de bouger, mais est contenu par la masse d’Abner Anchwartz. — Où emmenez-vous ce garçon ? Elvis Landstrate répond : — À la prison, Sharpe. Nous… — Peut-être à la prison… après, dit Fisher. Elvis Landstrate lui fait face. — Que voulez-vous dire ? — Je veux dire qu’on va d’abord l’emmener pour une petite promenade au bord de la rivière. Le conduire à la prison ne signifierait rien, à moins que ce garçon n’ait regretté son acte. Mais il ne le regrette pas. Il n’admet même pas être coupable. Fisher sourit au principal. — Vous connaissez le vieil adage, Sharpe : « Qui aime bien châtie bien. » Al Oligarch allonge le bras et arrache la chemise de Liam. Il la déchire en trois morceaux qu’il utilise pour lier les mains du garçon derrière le dos. — Vous le regretterez, dit le principal. Tous, tant que vous êtes. — P’t-être bien qu’tu voudrais venir aussi, si tu t’fais tant de soucis pour ce mal-blanchi ? ricane Anchwartz. — Oui, oui, intervient Varann. Pourquoi que vous le faites pas, Mr. Sharpe. Joignez-vous à notre petite b***e et regardez bien qu’on fait de mal à personne. Sharpe se laisse aller faiblement. Ses yeux brûlants sont rivés à ceux de l’élégant jeune homme en noir. Miss Aniès, sortie elle aussi, regarde, impuissante. L’heure sonne à l’horloge du tribunal et une voix crie : — Allons-y ! La foule déferle comme une vague. Ils sont encore sur la pelouse, à mi-chemin de la rue, quand une voix isolée, dominant la rumeur menaçante, semblant encore plus forte que la cloche du tribunal, crie : — Attendez une minute ! Liam Cosmos lève les yeux et voit deux personnes se diriger vers lui. Il reconnaît immédiatement l’une d’elles : la fille. L’autre, un homme bedonnant au visage rouge, il ne l’a jamais vu. L’homme respire péniblement. Il tient la fille fermement par la main et l’entraîne, comme une poupée de son, il halète. Quand il parvient à la hauteur de la foule, sa main lâche le poignet de la fille et il l’élève en un salut narquois pour Elvis. — Comme je te l’ai dit, sourit-il. Y faut jamais être trop sûr de rien. Fisher aboie rageusement : — Qui êtes-vous ? — Oh, pas une huile. J’m’appelle Lester. Toni Lester. — Alors, qu’est-ce que vous voulez ? Toni fixe assez longuement Elvis, puis dit : — Rien, pour le moment. — Alors, dégagez. Nous avons une affaire importante à régler. — Quel genre d’affaire, Mr. Fisher ? Fisher regarde Ella McCarter, puis Liam. Un muscle de sa mâchoire commence à tressauter. — Vous auriez pas l’intention de faire quelque chose à ce n***e, vous autres ? demande calmement Toni. — Lester, je ne sais pas pour qui vous vous prenez et j’ignore pourquoi vous avez amené cette fille… — Parce que, poursuit Toni, si vous en avez envie, je crois qu’y a peut-être quelque chose que vous devriez entendre. Ça pourrait bien apporter un petit changement à votre programme. Il se tourne vers Ella. — Dites-le-leur, Miss McCarter. Répétez ce que vous m’avez dit. Ella pleure, ses yeux sont rouges et gonflés, son visage zébré, mais, quand elle regarde Liam, elle tressaille et dit : — C’était un mensonge ! Tout d’abord, ces mots ne provoquent aucune réaction. Puis les mains de Fisher se serrent peu à peu, se forment en poings. — Qu’est-ce que c’est ? dit-il. De quoi parlez-vous ? — C’était un mensonge, répète-t-elle. Tout. Tout ce que j’ai dit (elle désigne Liam), ce que j’ai dit de lui. Tout. Fisher semble toujours ne pas comprendre. Il avance d’un pas. — Que diable voulez-vous dire ? Elvis Landstrate se hâte d’intervenir : — Elle veut dire que son père lui a commandé de défendre le n***e, et c’est ce qu’elle fait. Il montre du doigt Toni Lester qui continue à sourire. — Je sais que cet homme est à la solde de la NAACP. Il est pour l’intégration. Ne croyez pas un mot de ce qu’il dit. Le révérend Pierre Varann braille : — Qu’est-ce que c’est que tout ce bla-bla ? Si on veut faire quelque chose, qu’on le fasse et en finisse avec notre boulot ! — Il a raison, dit Elvis. Verne, écoutez-moi. Si McCarter a bien voulu aller à l’hôpital pour ça, vous savez et je le sais foutre bien aussi que cela lui serait égal que sa fille soit violée ! La foule s’agite, avance un peu. Bruce Carey s’écrie : — C’est bien ça, bon Dieu ! — On perd du temps, vocifère un autre. Mais Fisher ne bronche pas. Son visage est blême. Il dit à Ella : — Écoute-moi, petite. Pourquoi as-tu eu l’idée d’aller raconter une histoire comme ça, alors que ce n’était pas vrai ? Toni Lester a un petit rire. — C’est aussi ce que je m’suis demandé. Et c’est pour ça que j’suis allé voir Miss McCarter… — Quel est donc votre intérêt dans cette histoire ? interrompt Fisher. — Tout personnel, répond Toni avec un clin d’œil pour Elvis. Mais, vous voyez, j’trouvais que ça sentait drôle, comme vous le trouvez aussi maintenant, Mr. Fisher. C’était bien là la question : Pourquoi qu’elle racontait une pareille histoire si c’était pas vrai ? — Alors ? — Alors, tenez-vous bien maintenant. Elle a pas voulu parler d’abord et son grand-père, qu’est-ce qu’y m’a passé. Mais, voyez-vous, j’ai affaire aux gens depuis des années. C’est mon boulot. Alors je lui ai lâché beaucoup de fil, puis j’en ai repris lentement, comme ça elle le remarquait pas. Je lui ai dit que j’avais bien regardé tout, étudié l’affaire de près et qu’j’avais une théorie. Ma théorie, c’était que le jeune Mr. Landstrate lui avait fait dire ce mensonge… — Écoutez, Verne, ce type est cinglé ! Je… Fisher lance un regard torve à Elvis. — Ta gueule ! dit-il… Continuez, Lester. Nous écoutons. — Eh bien, c’est à peu près ça, reprend Toni. Le petit père Elvis, c’est un oiseau bougrement futé. Voilà c’qu’il a fait. Il a dit à Miss McCarter que son père serait descendu si elle voulait pas marcher, pas plus. Après ce qui était déjà arrivé à Tom McCarter, qui pourrait la blâmer d’y avoir cru ? Elle a eu la frousse. Comme tout le monde à sa place. Tous ceux qui sont ici. Fisher se tourne vers Ella. — Est-ce vrai ? Ella hoche la tête. — Il m’a promis qu’il n’y aurait pas d’ennuis, enfin qu’il n’y aurait rien, sauf que le garçon serait mis à la porte de l’école. Je regrette ce que j’ai fait. (Elle regarde Liam.) Je regrette, je ne… — Retournez à la voiture, dit Toni. Je vous rejoins tout de suite. Ella lance un dernier regard à Elvis et s’éloigne en courant. — Ça n’a pas de sens, dit Fisher sans s’adresser à personne en particulier. Toni secoue la tête. — Vous avez raison, ça n’en a pas si on y réfléchit. Mais faut que vous le compreniez, Mr. Fisher. Votre petit copain, il était aux abois. J’veux dire qu’il était sur le point de perdre tout ce qu’il avait bâti ici. Et pour dire vrai, vous l’étiez autant… parce que vous étiez de mèche avec lui. Vous étiez tous les deux… — Verne ! — … Dans une f****e situation, Mr. Fisher. Je veux pas dire que vous étiez au courant de cette petite comédie ; vous l’étiez peut-être, mais je pense pas. Je crois qu’il faut avoir un esprit drôlement tordu pour une pareille saloperie… Toni se place vis-à-vis d’Elvis. — D’ailleurs, ça n’a pas d’importance, aucune vraiment. Même si j’avais pas amené Miss McCarter à dire la vérité. Parce que les gens, ils n’ont jamais été vraiment avec toi, petit. Et ils se seraient tournés à temps contre toi, comme ils font chaque fois qu’un gars veut leur vendre un truc qu’ils veulent pas. Tu te souviens ? Ça aurait tourné de la même façon si j’y avais pas fourré le nez. À la différence qu’il y aurait eu un innocent mort et quelques idiots avec du sang sur les mains… La foule demeure muette. Elle est pétrifiée. Elvis les regarde, debout dans le soleil, comme des statues inachevées. Il hurle soudain, malgré lui : — Mensonges ! Mensonges ! Je jure sur le Christ que cet homme vous ment ! Personne ne répond. — Êtes-vous tous fous ? Il se rue sur Toni Lester, l’empoigne par la chemise. — Dis-leur la vérité. Allons, fi de g***e ! Parle-leur de ta youpine de femme, ça les intéresserait peut-être d’en entendre parler ! Toni Lester demeure impassible. — Parle-leur donc des négresses que tu as embrassées sur la bouche ! Tu l’as fait ! J’en ai la preuve ! La preuve, tu m’entends, tu sais ce que je veux dire ? Elvis recule, sa respiration est devenue rapide et pénible, ses yeux sont fous. — Oh, ne crois pas une minute que tu abuses ces gens, Lester. Parce que si tu le crois, tu te trompes. Ils sont trop intelligents pour toi et tes ordures. Crois-moi. Je les connais. Je sais qu’ils sont trop intelligents. Ils rient de toi, Lester. Tu comprends ? Parce que tu n’es rien sur cette terre, rien ! RIEN ! Sa voix atteint maintenant au suraigu et les gens le considèrent avec stupéfaction. — Amis ! Ils croient nous avoir fait peur ! Ils n’y sont pas parvenus ! Nous n’allons pas abandonner maintenant ! Ni aujourd’hui, ni jamais ! Tu entends ça, Lester ? Sharpe, entends-tu ce que je dis ? Havila Sharpe et Agnes Aniès marchent jusqu’à Liam Cosmos, délient ses mains et le ramènent vers l’école. — Allez donc, misérables lâches ! Sauvez-vous ! Elvis s’accroche à la manche de Fisher. — Parlez-leur, Verne. Écoutez, dites-leur… ce soir… un meeting chez Joan, à 7 h 30 ! Nous allons… Sharpe ! Écoute bien ça, toi et ton n***e ! Nous allons te montrer que tu ne peux pas arrêter la justice… et le droit, quoi que tu puisses faire. Et ce n’est qu’un début. Nous… Soudain Fisher ramène sa main en arrière et l’abat violemment sur le visage d’Elvis. La gifle claque sèchement. Il frappe une seconde fois, plus fort. Puis il fait volte-face lentement et part à travers la pelouse marchant comme un somnambule. Bruce Carey ouvre la bouche, mais ne dit rien. Lui et le révérend Varann louchent vers les autres, puis suivent Fisher. La foule se dissocie, se disperse, hommes et femmes partent isolément, dans toutes les directions. Au bout de quelque temps, tous sont partis. — Petit ? Elvis Landstrate ouvre les yeux. Toni Lester penché sur lui tend la main en souriant. Le même sourire qu’autrefois, sans aucune dureté. — Petit, si tu te lèves pas, t’auras des taches vertes plein ton pantalon. Elvis se sent soulevé, gentiment. Il ne résiste pas. — Je crois que notre boulot dans cette ville est à peu près liquidé, dit Lester. Si tu boucles tes valises en vitesse, tu peux encore attraper un car pour Farragut. Ils ont là-bas des trains pour Los Angeles. (Il fait une pause.) Si t’es un peu à court d’argent, ça me ferait plaisir de… Elvis dégage son bras d’une saccade. — T’en es bien sûr ? Toni Lester attend, puis soupire et fouille dans sa poche. — Voilà. Sa main s’ouvre. Dans son creux il y a un reflet de cuivre. — Je voudrais rien te voler, dit-il en inclinant sa main. Une à une dans leurs enveloppes brillantes, les cartouches tombent sans bruit. — Elles sont à toi, mon garçon. Elvis regarde l’homme s’éloigner. Mais, même quand il a disparu, il ne bouge pas ; il ne pense pas non plus, si ce n’est aux chevaux écarlates qu’il ne montera jamais.
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