-Damien
Une semaine que je suis rentré, et une semaine que je n’ai aucune nouvelle d’Anita. Je suis passé par toutes sortes d’émotions : inquiétude, colère, peur, etc.
Pamela : bah rien, après ton départ elle est rentrée avec maman et nous sommes partis avec papa.
Moi sur le c*l : elle est partie avec maman où ?
Pamela : qu’est-ce que j’en sais… Angéla dit que elle aussi n’arrive pas à l’avoir.
Moi : ok merci, j’appelle Junior.
Pamela : il est là, je te le passe.
Junior : oui le grand ?
Moi : soldat j’ai une mission pour toi. Te rendre chez Anita et quand tu la vois tu m’appelles.
Junior : ok !
Moi : merci petit.
Junior : ça me vaudra une Jordan.
Moi : inshallah !
Je n’ai pas dormi, j’étais angoissé. Le lendemain Junior est revenu à moi, Anita n’est chez elle que le dimanche et les jours fériés. En semaine elle est au travail.
Moi : donc elle va bien.
Junior : apparemment.
Moi : vas-y dimanche s’il te plaît.
Junior : plus une Air Max.
Dimanche n’a jamais été aussi loin. Sincèrement je préfère attendre de parler avec elle avant de tirer une quelconque conclusion parce que je risque de dire des choses vraiment affreuses. Pour passer le temps je me défoulais à la salle de gym après les cours.
Finalement j’ai encore attendu un mois car impossible pour Junior de sortir.
[Alerte WhastApp : Junior RETENO]
Junior “je suis en route pour chez elle”
Moi “??”
J’ai attendu 1h de temps. 1h alors que ce petit chenapan m’a dit être en route. Dimanche il n’y a pas d’embouteillages qu’est-ce qu’il fout ?
Junior “tes parents ne veulent pas me laisser bouger. Donne-moi encore 1h”
Pff ! Je me suis offerte une partie de basket pour me détendre et passer le temps.
Junior “c’est bon je suis dehors”
J’ai préféré ne pas répondre.
[Sonnerie de téléphone : Junior RETENO]
Je me suis précipité sur le téléphone.
Moi : allô ?
Junior : je te la passe.
Anita : allô ?
Moi : Anita ? Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tu es injoignable ?
Anita : parce que je t’ai bloqué de partout.
Cette phrase m’a catapulté contre le dossier du canapé.
Moi : et pourquoi ?
Anita : parce que le salaire de ma mère nous fait vivre et que si ta mère le lui arrache je ne sais pas ce qu’on deviendra.
Moi : ma mère ? Mais tu parles de quoi bébé ? Ma mère a quelle force pour enlever quelqu’un de son travail ?
Anita : …
Moi : et pour ça tu me dégages de ta vie comme un vieille serviette usée Anita ?
Anita : …
Moi remonté : donc c’est moi l’idiot ? Le c*n de service qui se bat pour nous. J’ai appelé des gens que je détestais pour essayer de t’obtenir une bourse, je me suis chamaillé avec mes parents pour toi et toi ? Petite menace tu n’as même pas la décence de m’appeler et t’expliquer avec moi. Tu me jettes comme une m***e et me bloques de partout.
Anita : …
Moi : comme tu es une fille c’est rien n’est-ce pas ? Si moi je t’avais fait le coup j’allais être sucré dans la bouche de tout le monde n’est-ce pas ?
Anita : Damien. C’est fini entre nous.
La froideur avec laquelle elle l’a dit. Comme si elle n’en avait rien à foutre.
Junior : allô grand ?
Moi : passe la moi s’il te plaît.
Junior : elle est partie.
Moi : merci.
-Sara
Pamela : maman Damien veut te parler.
Je l’ai suivie jusque dans le salon. C’était un appel vidéo mais depuis le compte Skype de la famille qui est connecté à la télé.
Mon fils avait une sale gueule surtout avec ses cheveux qu’il refuse de couper. J’ai pris peur.
Moi : c’est comment Damien ?
Il a reniflé en bousculant son nez de son index.
Damien : bonsoir maman.
Moi en panique : bonsoir.
Damien : qu’est-ce qui s’est passé avec Anita ? S’il te plaît réponds-moi j’ai besoin de comprendre.
Mes épaules et mon coeur sont redescendus à leur place. J’ai fermé les yeux et posé ma main sur le cœur tellement j’étais soulagée.
Moi : tu m’as fait peur.
Il a répété ce geste avec son nez en me fixant toujours à travers l’écran.
Moi : j’ai eu une conversation avec elle.
Il s’est frotté la tête avec ses deux paumes mains sans répondre de suite.
Damien tête baissée entre ses bras : qu’est-ce que tu lui as dit ?
Moi : la vérité. 5 ans c’est énorme, vraiment énorme. C’est une jolie fille, elle ne va pas accepter mourir de faim. L’instinct de survie la poussera à se p********r. D’abord chez le libanais du quartier et ensuite les hommes s’enchaîneront. Une grossesse puis deux. Dans 5 ans quand tu reviendras, elle sera épave à la fin de sa vie. Des enfants sans père ou avec des pères démissionnaires. Ce n’est pas ce que je veux pour mon fils.
Damien dans la même position : donc tu lis maintenant l’avenir ? -il a levé la tête- Tu es Dieu ? Tu sais si dans 5 ans je ne serai pas mort, Pamela paralysée, Angéla enceinte ou Junior drogué.
Moi : fais attention à ce que tu dis ! Ça ne te va pas.
Il est resté immobile, silencieux. Je l’ai juste entendu renifler avant de tourner la tête sur le côté et me dire.
Damien : merci infiniment maman ! -il a tourné sa tête vers moi- Je te remercie du fond du cœur. Bisous tout le monde.
Sans aucune autre forme de procès, il a coupé l’appel.
Angéla se levant en manipulant son téléphone : je vais le rappeler.
Pamela : attends-moi.
Elles sont sorties du salon en même temps que Junior rentrait. Lui aussi n’avait pas l’air ravi.
Junior : finalement moi aussi je sors du pays après mon bac.
Il a traversé le salon sans plus rien ajouter. Ces enfants ont toujours été très solidaires, tu t’en prends à un tu t’en prends à tous les 4. Mais ça leur passera.
Si c’était à refaire, je le referai 100 fois sans hésiter. La pauvreté je connais, je ne viens pas d’une famille pauvre mais d’une famille modeste. Mon père était un petit fonctionnaire et ma mère employé de mairie. Ils ne brassaient pas des liasses mais avec seulement deux enfants ils s’en sortaient. Mon frère et moi ne manquions de rien même si ce n’était pas le grand luxe. Le problème était leurs parents pauvres. De vrais parasites, des plaies. Heureusement on ne vivait pas dans la même province et dans le temps, envoyer de l’argent n’était pas aussi facile que maintenant.
Mes famille paternelle et maternelle étaient des gros fainéants qui ne savaient rien faire d’autre que se reproduire et quémander de l’argent à mes parents. Jusqu’à leur imposer de prendre telle nièce ou neveu avec eux. Tu ne peux pas te nourrir mais tu as 5 gosses voire plus.
La pauvreté je connais. J’ai une agence de recrutement de personnels de maison (gardien, jardinier, dame de ménage, cuisinier, etc.). Je côtoie les pauvres tous les jours, je vois leur mentalité, leur raisonnement. Ce n’est pas ce que je veux pour mon fils. Je ne cherche pas une fille de président, mais une fille qui ne sera pas une charge pour mon enfant. Quelqu’un capable de se nourrir toute seule. En tout cas, rendez-vous dans 5 ans, vous viendrez me donner raison.
[Bruit de porte]
Georges : bonsoir. Où sont les enfants ?
Moi : dans l’une de leur chambre au téléphone avec Damien.
Georges : un problème ?
Moi : rien de sérieux.
-Anita
Évidemment que j’avais le coeur qui se serrait en écoutant le discours de Damien. Bien évidemment que je n’avais aucune envie de rompre mais est-ce que j’avais le choix ? Pas le moindre du monde. Alors j’ai fait un jolie paquet avec ma triste, mes sentiments pour lui, ma douleur et compagnie, et je l’ai jeté loin de moi. Très loin.
A 18h, le chauffeur des OSSAMI est venu me chercher. C’est parti pour six jours loin de maman. Honnêtement je suis à l’aise chez Madame OSSAMI, il y a trois enfants de 7, 4 et 2 ans. Gabriel, William et Emeraude-et-Saphir. Je dois m’occuper d’eux et uniquement. A part ça je vis dans une maison climatisée 24/7, sans problème d’eau et bien équipée. Je suis bien traitée, ça va.
**décembre**
Ce samedi on reçoit à la maison. Madame OSSAMI elle-même est à la cuisine, j’ai profité que la petite dormait pour la suivre et regarder ce qu’elle faisait. Il y avait des choses que je ne connaissais pas, mais j’avais honte de demander.
Elle a remarqué ma présence et mon attitude.
Mme OSSAMI : tu peux poser des questions tu sais ?
Moi : je n’ai jamais vu les ingrédients que vous avez apprêtés.
Mme OSSAMI : ce sont des produits typiques de l’Estuaire où des peuples qui vivent près de la mer. Je vais t’expliquer au fur et à mesure.
Moi timidement : je peux prendre un cahier vite fait ?
Mme OSSAMI : vraiment vite fait alors, le temps que j’apprête les ingrédients.
J’ai fait aussi vite que j’ai pu.
Mme OSSAMI : on va faire un Nyembwé (sauce graine chez les ivoiriens) aux fruits de mer. Et Issènènè (couteaux de mer) aux légumes et crevettes.
Pour le Nyembwè tu sais piler les noix n’est-ce pas ?
Moi : oui Madame.
Mme OSSAMI : voilà ! Donc la sauce a été filtrée, je la mets au feu.
Quand ça commence à bouillir je mets les ingrédients les plus dures que sont les mifouba ou mikuya (qui est un coquillage), les escargots de mer ainsi que les champignons sauvages -elle me montrait les ingrédients. Je les ai hachés légèrement parce qu’ils étaient gros. Mais s’ils sont petits ne les hache pas.
Quand la sauce commence à s’épaissir, que l’huile commence à monter, tu assaisonnes. Ça c’est de l’ail et oignons écrasés ensemble, j’en mets une grosse cuillère bien généreuse. Du sel et pas de cube car je n’aime pas mais tu peux en mettre si tu veux. Et ça, c’est une épice que j’ai connu dans le nord, ils appellent ça essoune je pense, c’est de l’ail indigène.
Je mets quelques boules d’aubergines (les aubergines africaines) que je fends en deux, et trois gros piments en guise de flotteurs. Je mets aussi le poisson fumé.
Moi : Madame excusez-moi mais je n’ai jamais compris pourquoi votre sel était gris.
Mme OSSAMI : c’est du sel de Guérande, Guérande étant une ville de France. Elle donne meilleur goût à la nourriture.
J’ai noté.
Mme OSSAMI : maintenant que la sauce est lourde donc prête, je mets les crabes et crevettes fraîches. Comme tout crustacés, ils vont faire sortir de l’eau, tu couvres et laisses tarir cette eau et c’est prêt.
Moi : je peux acheter tous les ingrédients là où ?
Mme OSSAMI : au marché d’Oloumi, du moins c’est là que j’achète ça.
Le marché des riches, tout y est très cher.
Mme OSSAMI : on passe aux couteaux de mer aussi appelés Issènènè chez nous les myiènès ?
Moi en prenant une page vierge : je suis prête.
Mme OSSAMI : je les ai achetés déjà nettoyés mais n’empêche qu’il faut toujours les re-nettoyer car ils sont pleins de sable et les marchantes ne les lavent que superficiellement.
Pour les laver c’est tout un travail de muscle mais si tu ne peux pas le faire prépare du poulet car le sable rend ce crustacés immangeable.
Moi écrivant : d’accord !
Mme OSSAMI : pour les laver, tu les mets simplement dans un passoire sous le robinet et tu presses. Ça doit devenir tout blanc car le noir que tu vois là, ce sont leurs boyaux et le sable.
Quand c’est bien propre, je mets dans une marmite au feu avec ça…
Moi en complétant sa phrase : l’ail et l’oignon écrasés ensemble.
Mme OSSAMI : exactement ! Je laisse sortir sa propre eau totalement et quand l’eau a tari, je fais revenir avec un peu d’huile et de l’oignon coupé en fines lamelles. Ensuite le chou coupé en fines lamelles et les carottes coupées en rondelles. Tu mets les crevettes qui vont faire sortir leur eau, quand cette eau tari, c’est cuit. Si les légumes sont trop dures tu ajoutes un peu d’eau, vraiment peu. Et ne laisse pas toute l’eau tarir non plus sinon ça sera trop sec.
Moi en souriant : merci.
Mme OSSAMI : voilà deux plats que tu peux faire si tu tombes sur une belle-famille myiènè.
Si elle pouvait savoir que mon homme est justement myiènè mais que ce n’est pas avec mes talents culinaires que je veux impressionner sa famille mais avec une carrière pleine de succès.
Moi : et là ? Qu’est-ce que vous faites ?
Mme OSSAMI : du lapin à la moutarde. Pour si quelqu’un est allergique aux fruits de mer ou n’aime juste pas. Par contre le dessert je vais l’acheter par manque de temps.
Moi pour l’impressionner : je peux y aller pour vous.
Mme OSSAMI : non, bientôt ma Perle va se réveiller. Le chauffeur ira me prendre un tiramisu et un mille-feuilles.
Moi toujours pour l’impressionner : je peux faire l’entrée alors.
Mme OSSAMI en souriant : déjà fait ma chérie.
Honnêtement maman m’a appris à être une femme mais Mme OSSAMI m’apprend à être une femme d’intérieur. Je la regarde tenir sa maison en prenant note. D’ailleurs je prends note de tout ce qu’elle fait. C’est vraiment un modèle pour moi, j’aspire à lui ressembler.
J’apprends à décorer la maison, à dresser une table. Je sais par exemple quel vin s’associe à tel viande ou produit marin, comment choisir un vin, etc. Je découvre de nouveaux appareils, de nouvelles méthodes de cuissons, etc. Même la manière de parler, de faire, etc. toutes ces choses qui me seront utiles de savoir lorsque je serai une grande dame.
-Damien
[Alerte WhastApp : Pierrick]
“Je suis en bas”
J’ai pris mon manteau, téléphone et clé, en route pour la soirée.
Nous nous sommes rendus à une soirée gabonaise : élection Miss Gabon Maroc. Perso j’y vais juste pour m’amuser et passer le temps. C’est là aussi qu’on repère les bleusettes (nouvelles).
La soirée était annoncée pour 21h, il est 23h et ce n’est que maintenant que ça commence. On s’est assis mon cousin et moi et on a commencé à boire en regardant autour.
Le DJ est bon, les filles sont sur leurs 51. Ça se trémousse, personne ne veut rentrer seul.
Sylvia : salut !
Nous : ça va ?
Sylvia me regardant : ça fait longtemps, je pensais que tu étais rentré.
Moi : je ne fréquente pas la communauté gabonaise normal que tu ne me vois pas.
Elle a commencé à jouer son interessante mais bad ! Un produit qui a tourné dans toutes les communautés africaines ? Bad ! Elle a senti qu’elle perdait son temps et elle a bougé.
Pierrick : tu penses encore à Anita ?
Rien qu’à entendre son nom, toute ma bonne humeur s’est envolée.
Pierrick : vous avez pu parler depuis la dernière fois ?
Moi essayant de contenir ma colère : je te supplie à genoux, tu es mon grand. Ne me parle plus jamais d’elle. Je ne veux plus jamais entendre son nom.
Pierrick : ok !
Mais comme par hasard, le DJ a poussé à ce moment Anita de Singuila pour le passage des miss en robe de soirée.
Je me suis levé et je suis sorti de la salle.
_bonsoir. Damien c’est ça ?
Moi avec agressivité : c’est qui ?
_Sonia. On s’était rencontré chez Pierrick une fois.
Moi plus calme : ah ok ! Salut.
Sonia : tu rentres ?
Moi : pourquoi ? Tu veux rentrer avec moi ?
Sonia : je ne dirai pas non. Il fait froid.
J’ai fait un message à Pierrick pour lui dire que je rentrais avec une de ses “bonnes petites”.
Pierrick “va mon fils, tu es entre de bonnes mains”
J’ai rangé mon téléphone dans la poche arrière de mon jean.
Moi à Sonia : après toi.
Elle est passée devant moi en remuant son derrière. Demain matin tu n’existeras plus pour moi, je ne sais pas pourquoi tu te donnes tant de mal.
Je ne fais rien de mal. Je suis célibataire depuis 3 mois, en vacances de surcroît. Avant je m’abstenais parce que j’étais en couple, mais maintenant je suis célibataire et ça fait 3 mois que je n’ai pas touché une fille.