Chapitre 17 : On avance

2008 Mots
-Anita Les OSSAMI vont en voyage, je suis donc en vacances moi aussi. Vacances… Je donne l’impression d’avoir oublié, de ne plus avoir mal mais rien n’est vrai. Je pleure les 5 ans qu’on m’a volés, je pleure ma relation qu’on m’a contrainte de briser. Mais à quoi me servira-t-il de pleurer et m’apitoyer sur mon sort ? A absolument rien. Pour le moment je me concentre sur mon avenir. 200.000f pour m’occuper des petits OSSAMI, logée, nourrie. C’est vraiment énorme. J’ai ouvert un compte épargne à la Poste. 100.000f dans le compte, 50.000 pour maman et 50.000f pour mes petits besoins. Au moins je pourrai me payer mes études plus tard. Si normalement je dois avoir 1,2 million par an pendant cinq ans, je n’aurais qu’à trouver une école de 1,2 million ou moins l’année pour mes cinq années jusqu’au Master 2. Enfin… c’est si j’ai ce salaire pendant cinq ans. **2 ans plus tard** Après deux ans à son service, ce n’est qu’aujourd’hui que Mme OSSAMI apprend mon histoire, l’injustice que j’ai subie. On s’est beaucoup rapprochées toutes les deux, elle m’a prise sous son aile et j’ai beaucoup appris d’elle. Mais on n’était pas copine pour autant, il y avait toujours cette barrière de patron/employé ou d’aîné/cadet. Mme OSSAMI : ta vie c’est Télénovelas ou quoi ? Moi : … Mme OSSAMI : s’il y a une chose que j’ai apprise au fils des années, c’est que la patience résout tout. Si j’avais été plus patiente, maligne, je ne serais pas sortie de mon premier mariage. J’ai appris que séduire les coeurs prend du temps. C’est bien que tu aies décidé de te reprendre. Mais la marche vers le succès sera longue et épuisante tu le sais ? Ne fais pas comme moi qui ai cru que le seul nom de mon mari suffirait à ce qu’il soit président sans aucune réelle expérience ou connaissance dans le domaine. Moi déterminée : je suis prête. Mme OSSAMI : ok ! Bonne chance alors. En attendant je vais au décès chez les voisins. Moi : habillée comme ça ? Enfin, ça vous va bien mais… Mme OSSAMI en riant : je suis trop simple ? Est-ce que quelqu’un doute que je peux porter n’importe quel désigner de luxe ? Qu’est-ce que j’ai à prouver ? Surtout à un deuil ? Elle avait une petite robe noir, un cardigan blanc, des babouches à petits talons et ses cheveux tirés en chignon. Pas une touche de maquillage. Je ne l’ai jamais vu sortir de sa concession aussi simplement vêtue. Je ne dis pas que d’habitude elle en fait trop, mais la elle était vraiment très simple. Quand elle est partie je suis allée faire le goûter des enfants qui n’allaient pas tarder. Les deux derniers car Gabriel était à son entraînement de handball. Mme OSSAMI est rentrée avant le coucher de la nuit. Elle devait juste faire acte de présence car n’ayant aucune affinité avec le défunt si ce n’est que c’était un voisin. L’heure du dîner avait sonné et Gabriel n’était toujours pas rentré. Le numéro du chauffeur ne passait pas, Mme OSSAMI a commencé à s’inquiéter et appeler tout Libreville. C’est ce jour que j’ai su que Gabriel était un OKOUMBA. Étrange quand on sait que c’est la famille rivale des OSSAMI. Bref… on était tous tendu dans la maison. C’est à 22h qu’on l’a retrouvé. À l’hôpital entre la vie et la mort ainsi que le chauffeur. Ce soir j’ai vu qu’effectivement l’argent peut acheter la vie, j’ai compris pourquoi ils se fichent de l’état des structures sanitaires du pays. Le soir même, le petit et son chauffeur ont quitté le pays pour les Etats-unis. Quand je repense à mon père… — Je suis pratiquement seule avec les enfants depuis une semaine. L’état de Gabriel s’est stabilisé mais il n’est pas pour autant tiré d’affaire. [TOC TOC TOC] J’ai arrangé ma robe de chambre avant d’aller ouvrir. Moi surprise : je ne savais pas que vous étiez rentrés. M. OSSAMI : c’est le cas. Comment vont les enfants ? Moi : bien. Ils dorment. Il ne se gênait même pas de me reluquer. Pendant que sa femme était affligée, au chevet de son fils qui se battait pour rester en vie. M. OSSAMI : tu peux me faire un truc à manger vite fait s’il te plaît ? Moi : j’arrive. J’ai mis des habits beaucoup plus amples, pantoufles aux pieds (cadeau de ma patronne) et je suis allée dans la cuisine lui sauter des côtes de porc avec des haricots verts et une pomme de terre bouillie. Normalement ce n’est pas mon travail de le faire mais je veux bien faire exception. M. OSSAMI : tu aimes travailler ici ? Moi dressant la table : oui Monsieur. M. OSSAMI : j’ai eu vent de ton histoire et j’ai pris compassion de toi. Bien sûr ! M. OSSAMI : ça te dirait de travailler à Score ? Tu vas commencer au bas de l’échelle mais après à coup de tests internes, formations, etc. tu pourras gravir les échelons. Moi : merci Monsieur. M. OSSAMI : c’est normal, tu le mérites bien. Demain on va rédiger ton CV ensemble. Je sais très bien que ce n’est pas une simple oeuvre de charité mais jouons tous le jeu. La semaine suivante je passais des tests pour devenir caissière à Score. M. OSSAMI m’a emmenée dans l’entreprise mais ma tête, notamment ma maîtrise des langues étrangères, m’y a maintenue. M. OSSAMI a dit à sa femme qu’il allait déposer les enfants chez sa mère et donc n’avait plus besoin de moi raison pour laquelle il me congédiait. — J’ai commencé le mois qui a suivi. Évidemment M. OSSAMI avait essayé de me faire des avances et je l’ai cordialement envoyé balader. Il pensait quoi ? Qu’il allait m’éloigner de sa femme pour faire de moi sa maîtresse ? Pas avec moi Charles OSSAMI, pas avec moi. . Premier jour au boulot et tout se passe bien jusqu’à ce qu’un Monsieur pourtant dans une autre caisse m’interpelle. Lui : c’est tonton Bruno. Le frère de ton père. Moi avec un sourire forcé : oh ! Bonjour tonton. Lui : tu travailles ici ? « Non, c’est pour un film. Je suis en plein tournage. » évidemment je ne lui réponds pas ça. Moi : oui. Lui : oh vraiment ! Donne-moi ton numéro alors. C’est le numéro de maman que j’ai écrit sur un bout de papier pour lui remettre. Lui : comme ça je vais souvent envoyer tes frères venir chercher le lait ici. Parfois je voudrais tellement être impolie, ne pas respecter les aînés. Voici quelqu’un, le petit frère de mon défunt père. On parle de mon oncle qui vient directement après papa. Depuis que je suis née jusqu’à ce jour 20 ans, il n’a même jamais daigné appeler pour me dire bonjour. Et aujourd’hui il ose. Quand j’ai raconté l’histoire là à maman, elle a pété le câble. Sérieux le culot de certaines personnes dépassent l’entendement humain. En parlant de maman. Elle a totalement fini sa maison et maintenant elle a pris un crédit pour s’acheter une voiture. Ils ont vendu la maison des grands-parents et avec cet argent elle a acheté une voiture qui fait taxi dans Libreville. On a plus de problèmes d’eau car elle a acheté une cuve à eau qui se remplit quand l’eau vient et la distribue dans la maison. Ma mère c’est vraiment un modèle de force de caractère. Elle a mal démarré, elle a pris du retard mais elle continue la course. Pour ça je l’admire. — La caisse c’est bien parce que tu as des pourboires, mais énervant parce que tu dois souvent gérer des clients sauvages. Sinon ça va. Je veux être un employé irréprochable pour que lorsque les concours internes se dérouleront, personne ne s’opposera à une promotion. Moi en souriant : bonne journée Madame. Je prends les articles pour les scanner mais mon regard se pose sur une personne. Il m’a vue je le sais. Deux clients plus tard et c’est à son tour. Il est avec une fille et de toute évidence c’est sa petite amie. Moi timidement : bonjour. La fille : bonjour. Un sac de 500f s’il vous plaît. Damien m’a simplement ignorée. La fille : mince j’ai oublié quelque chose. Damien en râlant : Sonia !!! La fille en riant : je fais vite. J’étais mal à l’aise. J’ai continué à scanner les articles jusqu’au retour de la fille. Moi mal : 17.775f Il a remis l’argent à la fille pour me le donner. Damien : tu n’as rien oublié cette fois ? Elle : non bébé, c’est bon on peut y aller. Il ne m’a même pas dit au revoir. Il ne m’a pas regardée avec dédain, il n’était pas en colère… il m’a simplement ignorée. _oh ma fille ! Tu rêves ? Moi essuyant mes larmes aussi discrètement que possible : non non. Désolée. J’ai fini ma journée mais je n’étais pas là. J’étais mal en moi. Je n’espérais pas qu’il m’attende, mais de là à me traiter comme une inconnue… même pas, comme le vent. Ça fait mal. Maman : pourquoi tu es bizarre comme ça ? Moi : pour rien. Je suis juste fatiguée. Maman : ah ok ! Mais ton copain ne t’appelle plus ? Moi : on n’est plus ensemble. Maman : … Je lui avais déjà dit que je n’étais plus avec Damien. Je pense que secrètement elle espérait qu’on se soit remis ensemble. Elle ne voulait juste pas admettre qu’elle avait fini par l’apprécier. **3 ans plus tard** Je sors du bureau de mon chef, je retourne à l’école à la rentrée et ne pourrais être de service que le matin. Il ne peut rien refuser à celle qui est presque toutes les semaines « meilleur employé ». Comme j’y suis, je profite à demander une permission pour me rendre à la Poste regarder la situation de mon épargne. Depuis deux mois on ne cesse de me faire tourner. 7 millions d’économie au total, on me balade partout pour mon dû. On a vu ça où ? Sur place je me rends compte que je ne suis pas la seule à être tournée en bourrique pour récupérer mon argent. Il y a même une dame qui doit aller se faire opérer mais ils refusent de lui donner SON argent qu’elle leur a CONFIÉ. Des rumeurs se lèvent, l’argent a été détourné pour le DG. Je refuse de croire. Je dois commencer les cours dans deux mois, j’ai besoin de cet argent pour sécuriser ma place à l’école. Non, je ne veux pas l’entendre. Je suis rentrée chez moi bredouille. J’en ai parlé à maman. Elle m’a demandé de ne pas perdre espoir mais elle-même n’y croyait pas. L’état n’a jamais fini de la dédommager pour le terrain que papa m’avait laissé. — [Sonnerie de téléphone : Rebecca] Oui, j’avais retrouvé Bekie grâce à mon boulot. Elle se battait à l’UOB (Université Omar BONGO), depuis 5 ans elle n’était qu’en L2. Bekie : ça avance ? Moi démoralisée : non. Et je dois aller sécuriser ma place à l’école. Bekie : combien ? Moi : 170.000f. Bekie : je peux te prêter. Mais honnêtement trop de rumeurs circulent par rapport à la Poste. Mon coeur s’est mis à battre. Bekie : en tout cas je vais d’abord te prêter l’argent. C’est tout ce qui m’importait, sécuriser ma place. La vérité a fini par sortir. L’ancien DG de la Poste est parti avec les économies des gens, le détournement est tel que la boîte risque la liquidation. Je n’ai même pas pleuré, au contraire j’ai éclaté de rire. Rire si fort que tout le monde s’est mis à avoir peur. Moi en riant : donc j’ai perdu 7 millions comme ça ? Parti, envolé ? Non ! Je rêve ! Ils blaguent ! Ils ont volé l’argent de mon école ? Non ! Non ! Maman : Anita ! Moi sentant la colère : non maman ! Non ! Je rêve ! Maman apeurée : Anita attends ! Écoute-moi. Moi perdant la boule : non ! Maman s’est mis à crier le nom des voisins à l’aide parce que j’étais littéralement en train de péter les plombs. Sans jeu de mots, j’étais en train de devenir folle. J’ai économisé la moitié de mon salaire pendant cinq ans pour rien, pour quelqu’un qui est déjà assez riche, pour payer les costumes de quelqu’un, enrichir quelqu’un. J’ai sérieusement disjoncté.
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