Chapitre 18 : Tournée la page

2810 Mots
-Anita Je me suis réveillée dans une chambre d’hôpital, perfusion au bras. J’avais mal à la tête et voyais flou. Maman : Anita ? Sa voix raisonnait dans mon cerveau si fort que j’ai fait une grimace. C’est avec peine que j’ai totalement ouvert les yeux. Maman en larmes : je vais te payer l’école Anita pardon, je vais tout payer jusqu’au dernier centime mais ne me refais plus jamais ça. Plus jamais ! Même s’il faille que j’aille me p********r, je le ferai. S’il me faut aller dormir nue au cimetière je le ferai, mais ne me refais plus jamais ça. Je vais te payer l’école -elle a éclaté en sanglots- tu vas partir à l’école Anita. Tu vas partir. Mes yeux se sont remplis de larmes à mon tour. Je me suis privée toutes ces années pour économiser cette argent. J’aurais pu m’habiller, sortir, m’amuser. Mais j’ai gardé cet argent pour payer mes études. Avoir un compte en banque ici relève du parcours du combattant. Ici la banque c’est pour les riches. Le seule compte épargne que je pouvais facilement ouvrir était à la Poste. J’ai fait confiance à mon pays et il m’a une fois de plus trahie. Voici un Monsieur qui est Directeur, c’est qu’il n’est pas pauvre, mais il décide de voler les makayas (pauvres). Pourquoi ? Mais pourquoi les gouvernants de ce pays sont aussi cruels ? Et la maman qui devait subir une opération. J’ai mal ! J’ai mal de voir tant d’injustices. L’école coûte 2 millions l’année, maman ne pourra pas s’en sortir toute seule. Elle va payer ça comment sachant qu’il y a possibilité que les prix augmentent ? Et il y a l’uniforme à payer, les livres et plein de petits trucs bêtes mis en place pour ruiner les étudiants. J’essuie les larmes des yeux de ma mère et elle fait pareil avec moi. Jusqu’au bout on m’aura mis les bâtons dans les roues. Je vais finir par croire que c’est mystique. . Je suis restée une semaine à l’hôpital puis ils m’ont laissée sortir. J’ai pleuré mais maintenant on fait quoi ? Pour maman, pour tous les sacrifices qu’elle a fait pour moi, il faut se ressaisir et continuer d’avancer. De toutes les façons, si tu décides d’arrêter la course, personne ne te viendra en aide. Personne ne va courir pour toi. Il faut trouver une solution car maman ne va pas faire un AVC à cause de moi. J’ai donc décidé que j’irai à l’UOB. Bekie : où ? Moi : à l’UOB. Bekie : le jour où tu auras du temps, fais-moi signe on ira voir l’UOB dont tu parles. . J’ai repris le boulot mais tout le monde pouvait voir que ça n’allait pas. Que j’avais un problème. Je n’ai rien dit à personne. A quoi bon ? Il allait m’aider ? Non. Alors je me débrouillerai toute seule. Le mercredi je suis allée à l’UOB tâter du terrain. Bekie m’a invitée à assister à ses cours de la journée avec elle. Nous étions en plein août mais il commençait à peine le 2e semestre. Bekie : tu vois le gars qui a le teeshirt jaune devant la ? Moi : oui. Bekie : l’année dernière pendant la grève, son ami a pris neuf balles dans le corps alors qu’il n’était même pas gréviste. Moi horrifiée : de vraies balles ? Bekie : l’Etat l’a envoyé à l’étranger avec bourse à l’appui. Il a failli mourir. Regarde la fille qui a la robe bleu non loin de lui. Elle a eu son bac à 16 ans. 15 même car elle n’avait pas encore pris ses 16 ans. Aujourd’hui en L2 tu sais quel âge elle a ? Moi : non. Bekie : 24. 8 ans après son bac elle n’est qu’en L2. Sa mère vend au marché, elle a 6 gosses. Elle n’a pas pu l’envoyer à l’étranger donc elle se bat là pour avancer à pas de tortue. Moi : qu’est-ce qui s’est passé ? Bekie : sa première année un prof avec l’appui des cassik (anciens) a décidé qu’elle devait refaire la première année 5 fois. Plus manque de moyens pour payer les fascicules. _il arrive ! Il y a eu un remue-ménage dans l’amphi. Apparemment ils avaient devoir. Moi : je t’attends dehors alors. Bekie : non ! C’est justement ce que je veux te montrer. Regarde. J’ai fait semblant de composer avec eux mais je regardais plus les tricheurs. J’observais leurs techniques. A la fin un étudiant a ramassé toutes les copies. Bekie : regarde bien ce qui va se passer. Le prof a pris une craie et à tracer un cercle au sol. Moi : qu’est-ce qu’il fait ? Bekie : regarde. Il a pris toutes les copies et s’est placé au milieu du cercle et les a balancées en l’air. Bekie : les copies qui tombent hors du cercle il ne les corrige pas. Moi choquée : arrête ! Bekie : regarde ! Il a effectivement ramassé les copies qui se trouvaient à l’intérieur du cercle et s’en est allé comme si de rien n’était. Moi : mais comment il peut faire ça ? Bekie : il ne peux pas corriger les copies d’un amphi de plus de 1500 étudiants est-ce que c’est sa seule classe ? Sa seule activité ? Vous pensez que quand l’UOB est toujours en grève c’est parce que ça nous plaît ? Vous pensez que ça nous plaît de nous battre avec les policiers ? Recevoir gaz ? Coups et balles ? Tu sais ce que la police te fait quand ils t’attrapent ? C’est là où tu te demandes si tu connais vraiment le sens du mots démocratie. Voici les réalités de l’UOB et tu n’as vu qu’une seule journée. Ce n’est pas pour rien que toute une famille décide de se cotiser pour envoyer un enfant à l’étranger quitte à manger des boîtes de sardines tous les jours. Ce n’est pas pour rien que des parents ont des enfants à l’étranger et ici vivent la galère. Ils n’ont pas le choix, ils sont obligés de faire ce sacrifice. J’étais plus que choquée. Bekie : voici comment on traite la jeunesse gabonaise. Et Dieu sait combien ces étudiants sont intelligents. Des personnes qui devraient actuellement être en train de créer une smartphone gabonais ou un vaccin, voici comment on les traite. Pendant ce temps leurs enfants bêtes comme des ânes font la fête à l’étranger, vive la vida loca et salissent le nom du Gabon. L’école ne leur dit rien et comme ce sont eux qu’on voit dehors on pense que tous les gabonais sont pareils au point où il fut un temps au Canada on disait « bête comme un gabonais ». Moi : … Bekie : ici tu choisis ton département en fonction de sa taille et non en fonction du métier que tu veux faire plus tard. Sauf si tu es prête à écarter aux professeurs. Tu veux faire droit ma chérie ce n’est pas ici. Économie, ce n’est pas ici. Donc mieux bas-toi pour le privé. Tu travailles ce n’est pas grave, Dieu fera. Tu as la chance d’être enfant unique. Mais ne viens pas ici Anita, tu as déjà perdu 5 ans. Tiens les 170.000f. Tu me rembourseras quand tu pourras. Ce sont mes économies à moi aussi parce que mon oncle s’est porté garant de me payer des études au Sénégal quand j’irai en Master. Moi : mais ça peut être dans 6 ans. Bekie : non. L’année prochaine je boucle mon parcours Licence. Elle était trop sûre d’elle, mais pourquoi ? Moi réalisant : Bekie ! Bekie : je n’ai pas le choix Anita. Je dois finir et partir. Je dois aider mes parents qui se font de plus en plus vieux. Moi n’en revenant pas : tu couches avec des enseignants ? Elle n’a pas répondu. Elle s’est levée et je l’ai suivie. Je n’ai même pas cherché à voir plus. Les routes dans le campus étaient comme celles partout dans Libreville, cabossée de quasi impraticables. Mais que se passe-t-il ici ? — Vous savez quand vous êtes dépassés, vous avez besoin de croire, de vous accrocher à quelque chose ou quelqu’un de fort. C’est pour ça que les pauvres sont les plus croyants. J’avais besoin de m’accrocher à quelque chose car ma conviction de réussir ne suffisait plus face à toutes ces épreuves. Alors ce soir j’ai fléchi les genoux et je me suis mise à prier. Une prière tellement personnelle que j’en ai coulé des larmes. J’ai fait fi de la douleur aux genoux, c’était la prière la plus longue de ma vie. Je me suis couchée le coeur gros. Je ne comprends pas pourquoi le gabonais déteste autant son frère. Avec toute la richesse que possède ce pays pour combien d’habitants ? 1,8 millions mais combien de gabonais dedans ? Sûrement 900.000. Alors pourquoi on souffre autant ? Pas d’eau, pas de routes, pas d’écoles, pas d’hôpitaux. Pourquoi ? Pourquoi ? Le lendemain je me suis rendue à l’école pour m’inscrire. Je veux faire droit, à dieu mon rêve de devenir journaliste. Je veux à mon niveau me battre contre les injustices. J’ai rempli le formulaire et au moment de payer j’ai entendu derrière moi. _elle n’aura rien à payer. Donnez-lui son uniforme et tout ce qu’il faut. Elle ne paiera absolument pour rien, même pas livres. Le visage me disait vaguement quelque chose. _Mademoiselle NGONGO, j’ai fait partie des personnes qui vous ont empêché d’aller à l’école pendant 5 ans. Moi : … _je savais en toute âme et conscience que vous étiez innocente mais je ne pouvais condamner une pratique qui m’était familière. Moi : … _je ne peux pas vous rendre vos cinq années, mais je peux essayer de vous alléger. Suivez-moi. Je suis sortie de cette école inscrite avec deux uniformes (deux chemises, une jupe, un pantalon et deux vestes) une tablette et un ordinateur portable. Ma scolarité était prise en charge à 100% pendant 5 ans. Je suis allée trouver maman au bureau de peur de me faire braquer. Elle aussi n’en revenait pas. Maman : donc la prière est aussi importante ? Je ne sais pas si c’est la prière mais j’ai remercié Dieu pour cette intervention. Du coup j’ai mis internet à la maison car je n’ai que cinq ans et pas un jour de plus pour avoir mon diplôme. Déjà qu’avec mon boulot ça ne sera pas évident. Je sais exactement ce que je veux faire, Master 2 en Droit et Pratique des Contentieux. Le dimanche on a fait une action de grâce à l’église, pour l’intervention Divine dans ma vie. Et nous sommes rentrées raconter jusqu’à l’arrivée de ma grande sœur Minouche. Minouche : tantine Pascale tu sais combien d’enfants ton frère Anicet a ? Maman surprise : il n’a que sa fille non ? Minouche : c’est faux ! Ton frère a huit gosses la où tu le vois. HUIT ! 3 au village, 4 à Libreville et 1 en France. Maman sceptique : qui t’a dit ça ? Minouche : j’ai vu certains de ces enfants de mes propres yeux. Les mères sont venues faire le bruit chez moi et c’est là où la vérité est sortie. Celui qui est en France a seulement deux mois de moins que Poupina. Maman choquée : Anicet mon frère ? On a décortiqué cette histoire jusqu’au départ de ma sœur. Vraiment dans ce pays chacun a ses problèmes. **octobre** Du lundi au samedi, je me lève à 6:30. Je m’apprête pour le boulot et à 7:30 on quitte la maison maman et moi. Elle me dépose et continue au travail. A 16h, je quitte le magasin pour l’école. Les cours commence à 16h du coup je suis toujours en retard, mais je me rattrape toujours. J’arrive à la maison aux alentours de 22h. Douche, manger et cahier jusqu’à 1h parfois 2h et au lit. Le dimanche je suis au boulot toute la journée… enfin, jusqu’à 13h. Et tout l’après-midi je suis dans les cahiers. Comme disait un prof « l’enseignant ne donne pas tout ». Alors je me documente au maximum. Il ne s’agit pas d’obtenir un diplôme mais de finir l’une des meilleures avocates du pays. Je regarde aussi beaucoup les séries comme « The Good Wife » ou « Drop Dead Diva ». J’en raffole en plus. Je me vois dans quelques années plaider à la barre. — Ce dimanche maman m’a chassée de la maison. Paraît que je travaille trop. Je suis allée m’asseoir dans une pâtisserie à Glace. Je ne sais même pas c’est quand la dernière fois que je me suis offerte ce genre de plaisir, quelqu’un qui travaille. Après la glace je me suis offerte des petits gâteaux. Tout ceci le temps que Bekie se libère et me fasse signe. Une fille est venue s’asseoir sur la table en face de moi. Je ne pouvais pas oublier sans visage, c’était la copine de Damien avec qui il était venu au magasin. Et comme pour gommer toutes incertitudes, ce dernier l’a rejoint. Quand sa copine m’était de dos, lui était face à moi. Il m’a encore totalement ignorée. Pourquoi c’est à moi qu’il en veut ? C’est sa mère qui est à l’origine de tout. J’ai attendu qu’ils s’en aille pour les suivre et demander à lui parler. Damien : tu veux me parler ? Tu veux parler après 5 ans ? Moi : quelques minutes s’il te plaît. Damien : Sonia attends-moi dans la voiture. Sonia : c’est qui ? Damien la fixant : Sonia ! Elle m’a toisée avant de s’en aller. Moi : je suis retournée à l’école. J’ai commencé en début d’année. Damien enfonçant les mains dans les poches : … Moi après un soupir : je ne comprends pas pourquoi tu t’en prends à moi. Il a éclaté de rire. Il s’est mis à tripoter son nez avant de remettre ses mains en poche. Damien : tu as fini ? Moi : s’il te plaît. Damien : en faite tu crois que c’est un jeu n’est-ce pas ? Anita TU m’as largué, je te rappelle de quelle manière ? Moi : je n’avais pas de choix. Damien : bien sûr ! C’est bon là tu as fini ? Les larmes sont sorties seules. Moi : moi aussi j’en ai souffert Damien. Elle a menacé de faire virer ma mère. Je ne doute pas que tu aurais pu me soutenir, que tu t’es battu pour nous, mais qu’est-ce que tu aurais pu faire si elle l’avait fait ? Damien regardant sur le côté : qu’est-ce que tu veux ? Moi : que tu arrêtes de m’ignorer quand tu me vois. S’il te plaît. On était amis avant tout. J’ai posé ma main sur son bras et il a tourné sa tête pour fixer ma main. Damien : ma copine nous regarde. Moi : on peut se revoir ? Manger un bout et se raconter nos vies. Damien : je suis en couple et même si je ne l’étais pas, je n’ai pas envie de te revoir. Façon ça fait mal. Façon ça pique le coeur. Façon tu as envie de plonger dans l’eau tellement ça chauffe. Moi : je comprends ! Et il est parti retrouver sa copine dans la voiture. Toute honteuse je suis rentrée chez moi sans plus attendre Bekie. Je crois que je l’ai bel et bien perdu. Je ne représente plus rien à ses yeux, il me déteste. **deux semaines plus tard** [PIM PIM] _je vous dépose Mademoiselle ? À Libreville on ne monte pas n’importe comment dans les voitures des gens pardon. J’ai bien tendu mon cou et j’ai pu reconnaître le conducteur. C’était Marc-Abel, ça fait un an qu’il me court après. Je l’ai connu chez les OSSAMI. J’ai ouvert la portière et je suis montée dans sa voiture. Marc-Abel : ça va ? Moi : cool et toi ? Lui : comme quelqu’un que tu refuses depuis un an. Moi : lol ! Marc-Abel : dis, tu es pressée ? On peut aller manger un bout ? Pourquoi pas ? Damien me déteste pire il a une nounou copine. Moi : je viens de manger. Marc-Abel : boire un verre alors ? Peu importe. Moi en regardant ma montre : une heure pas plus. Marc-Abel en souriant : une heure ça me va. Il serait peut-être temps que je tourne la page. Que je fréquente quelqu’un d’autre. Et pourquoi pas Marc-Abel ? — Marc-Abel au téléphone : je dois prendre rendez-vous pour te voir Anita ? Tu n’as pas 30 mn à m’accorder. Moi : peut-être pendant les vacances. Tu sais bien que je suis hyper prise entre les cours et le boulot. J’ai pas de temps. Marc-Abel : … Moi : je ne te ferai pas passer avant mes études. Marc-Abel : ça fait deux mois quoi ! On s’est vus à peine deux fois. Moi : à prendre ou à laisser. Décembre arrive avec ses quelques jours de vacances, on pourra se voir. Marc-Abel : laisse-moi venir s’il te plaît chérie. 5 mn. Moi : chez moi, au Pk5 ? A cette heure ? Marc-Abel : … Moi : je dois étudier, je te fais signe des que possible. [Silence] Moi : bonne nuit. Il m’a raccroché au nez. Ce qui le frustre c’est le fait de ne pas m’avoir touché en deux mois. Je ne vais pas laisser mes cahiers pour quelques minutes de plaisir, ça ne m’aidera pas à devenir une avocate importante. [Alerte WhastApp : Marc-Abel] “Je suis là, sors”
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