-Anita
Maman : je t’ai trouvé un petit travail de vacances en tant que nounou. Du lundi au vendredi, de 7h à 18h, 2 enfants, 200.000f.
Moi : …
Maman : les enfants ont 5 et 8 ans, une fille et un garçon.
Moi : …
Voyons que je n’avais pas l’intention de réagir, elle s’en est allée. Enfin… quelques secondes avant de revenir à la charge.
Maman avec autorité : Anita !
Moi : oui.
Maman : tu n’as que 18 ans. Les injustices tu en vivras encore d’ici la que tu atteignes mon âge et si à chaque fois tu dois te morfondre ma fille mieux tu pries déjà pour que le Père te rappelle à Lui.
Moi en larmes : quand les autres auront fini, auront un bon boulot, moi je n’aurai même pas la Licence.
Maman : et alors ? Tu fais la course avec qui ? Moi niveau bac, simple vendeuse de tickets de train, j’ai pu construire cette maison même inachevée. Dans le pays là tu connais combien de Ministres sont locataires ? A part les voitures de l’Etat détournées ils n’ont jamais eu de voiture à leurs noms.
La vague qui a eu le bac en même temps que toi, laisse-moi te dire que certains devront abandonner pour des raisons financières, personnelles, de santé, etc. d’autres vont abandonner sans raison.
Moi : mais moi on m’a volé 5 ans.
Maman : c’est à moi que tu dis ça Anita ? Tu veux que je te rappelle combien de temps j’ai été dépendante de ta grand-mère, paix à son âme, pour toute chose ?
Moi : …
Maman : mais je me suis relevée. J’ai un travail et un toit à moi au dessus de la tête même si c’est inachevé. Alors toi aussi tu vas te lever et te bouger. Tu vas aller garder ces enfants et tu vas donner le meilleur de toi. Partout où tu iras tu donneras le meilleur de toi parce que tu ne sais qui sera où et qui demain. Tu m’entends ?
Moi énervée : oui.
Maman : merci.
J’ai éteint la télé et je suis sortie prendre de l’air.
_psi psi ! Psi psi !
J’ai continué ma route en ignorant ce bruit.
_genre tu veux faire croire que tu n’es pas une fille facile.
Mon corps a freiné seul.
_tes pieds ont reconnu leur télécommande hein ?
Je me suis retournée toute surprise.
Moi : tu fais quoi là ?
Damien : c’est quand même mon pays non ?
On était en route, je me suis jetée sur lui la tête dans son cou.
Damien : tu as maigri Madame.
Moi trop contente : tu es venu quand ?
Damien : hier soir. Tu vas où ?
Moi : prendre l’air.
Damien : bah allons !
On a marché main dans la main. Il a arrêté un taxi en direction du Tropicana où on a passé l’après-midi à rigoler. On a emballé les sujets qui fâchent et ils sont restés au PK5. On n’a pas cessé de rire, surtout quand maman a appelé pour savoir où j’étais et j’ai répondu avec Damien. Elle a répondu “19h tu es devant ma porte”.
Ça m’a fait du bien de le voir, j’étais trop heureuse qu’il soit là.
—
C’est aujourd’hui que je commence mon travail de nounou. Les enfants vivent avec leur mère uniquement aux Charbonnages.
Maman : n’emmène pas ton copain là-bas hein !
Moi : …
Ma patronne s’appelle Julie, elle est docteur avec deux enfants, sa fille Anaïs et son fils Noah. La maison n’est pas si grande, il y a l’eau courante au robinet, bref… ça ne m’a pas l’air d’être une grande tâche.
.
Le premier mois s’est bien passé, les enfants ne sont pas trop difficiles. Elle avait le lave-vaisselle, le lave-linge donc je n’avais pas énormément de boulot. A part Noah qui est très turbulent.
Damien est là pour moi, il me soutient et c’est grâce à lui que je supporte ce petit boulot. Pour le moment j’évite de penser à la rentrée.
[Sonnerie de téléphone : mon Denzel]
Moi : oui bébé ?
Damien : tes enfants ne font pas de sieste aujourd’hui ?
Moi : dès qu’ils finissent de manger.
Damien : ils mangent déjà ?
Moi : oui. Pourquoi ?
Damien : je suis devant le portail, fais-moi signe quand tu finis.
Clic !
Anaïs : Anita on peut regarder la télé après manger ? On reste allongés.
Moi : pas question ! Chacun dans sa chambre et en silence. La personne qui ne dort pas je la mets à genoux.
Ils ont boudé comme d’habitude. Je sais qu’ils ne dormiront sûrement pas, mais au moins ils sont dans leurs chambres. J’ai nettoyé après eux et j’ai fait entrer Damien. C’est le seul endroit où on peut se voir librement.
Damien : salut !
Il est venu m’embrasser tendrement.
Moi : je fais tourner la machine et je reviens.
Damien : tu peux avoir besoin de moi.
J’ai souri parce que je savais exactement ce qu’il avait en tête. Nous sommes allés dans la buanderie et c’est sur la machine à laver qu’on a lancé les hostilités avec le bruit de celle-ci. Ça fait une semaine que je ne suis plus vierge, ça s’est passé chez lui, dans son lit. Il nous a mis tellement bien ce jour, c’était parfait.
Moi agrippée à lui : un jour on va nous attraper.
Damien en me mordant le menton : je viens te chercher quand tu finis.
Moi : d’accord !
Damien : un dernier coup.
Moi essayant de le repousser : tu exagères !
Il s’est mis à faire des mouvements et son s*x a repris du volume. Nos affaires finies, il est parti. J’ai pris soin de faire disparaître le préservatif et de prendre une bonne douche.
Pour 16h j’ai regardé une recette de gâteau au four sur Internet et j’en ai fait un pour les enfants avec le lait caillé que j’ai moi-même fait. A 17:30 à la douche pour qu’à 18h quand leur mère arrive je prends mon sac et je suis partie.
Madame Julie : oh ! Anita c’est toi qui a tressé Anaïs ?
Moi : oui.
Madame Julie : vraiment merci. Surtout que samedi ils sont invités à un anniversaire.
Ce n’était que des gros pompons hein, juste pour ne pas la voir avec une tête sale. En tout cas la maman est ravie donc ça me va.
Damien est venu me chercher comme promis et m’a déposée dans le salon de “sa belle-mère” comme il aime l’appeler. Il lui a rapporté une djellaba, elle fait genre elle s’en fiche mais il faut la voir quand elle sape ça pour sortir. On dirait elle porte du Coco Chanel.
**aout**
Ce sont les dernières semaines de Damien dans le pays. On a décidé de s’éclipser tous les deux. Son pote a un appartement en ville mais il va en voyage. Damien a la clé et c’est là-bas que je vais pour le voir.
On a profité du long week-end (le 17 août tombe un jeudi et vendredi c’est le pont) pour s’enfermer dans notre bulle. Damien est venu me prendre devant maman et c’est elle qui me l’a confiée à lui en précisant qu’elle ne voulait pas entendre parler de grossesse.
On a passé 4 jours enlacés l’un dans l’autre. La tante de Damien docteur nous a aidés à avoir une ordonnance pour la pilule contraceptive et depuis on a zappé le préservatif.
Plus le jour de son départ approche, plus l’angoisse monte.
Damien : ne crois pas que je ne fais rien, je ne vais pas te laisser être nounou pendant 5 ans. Tu mérites mieux, tellement mieux.
Moi : snif !
Damien : le fait est que les écoles au Maroc sont assez coûteuses. Je peux m’occuper de toi même si on va devoir serrer la ceinture, mais payer ton école ça sera chaud.
Moi : je sais.
Damien : je réfléchis bébé, je finirai bien par trouver une solution.
Je n’avais pas envie de parler de ça au risque de nous gâcher notre moment. C’est peut-être la dernière fois qu’on se voit avant son départ car il doit se rendre à Port-Gentil avec sa famille. Je me suis mise à califourchon sur lui pour l’embrasser. Cette fois rien n’était tendre, je ne voulais pas qu’il soit tendre. Je voulais me rappeler ce passage entre mes cuisses jusqu’à ses prochaines vacances.
Ses parents ne voulaient pas lui prendre un billet, c’est sa grand-mère qui le lui a offert. Pas évident qu’il revienne d’aussi tôt au Gabon. Je ne sais pas quand est-ce qu’on se reverra alors je profite du moment.
On est restés silencieux moi sur lui, lui me caressant le dos et les fesses. Et les larmes son sorties seules. Il avait beau les essuyer, elles revenaient à chaque fois plus nombreuses.
Moi : il a gâché ma vie Damien.
Damien : …
Moi : dans 5 ans je n’aurais sûrement pas de bourses car la priorité sera aux plus jeunes. Dans 5 ans maman sera à deux pas de la retraite…
Damien m’empêchant de finir ma phrase : dans 5 ans j’aurai un diplôme et d’ici là que ta mère aille à la retraite j’aurai sûrement trouvé du boulot pour m’occuper de toi. De tes études.
Je me suis redressée
Moi le fixant : dans 5 ans tu seras encore là ? Avec moi ?
Damien me fixant aussi : et même dans 150 ans.
Je me suis recouchée sur son torse et il m’a enveloppée de ses bras très musclés. Le Maroc a du bon dis donc.
-Sara (la mère de Damien)
Je l’ai laissé passer de belles vacances avec ses soeurs, son frère et sa… petit amie. Ma seule prière est qu’elle ne tombe pas enceinte, ça je ne le supporterais pas.
Mon mari et moi avons pris l’avion pour nous rendre sur Port-Gentil et les enfants le bateau. L’année prochaine Angéla et Pamela passent le bac, ce n’est pas le moment de jeter l’argent par la fenêtre. Raison pour laquelle quand Damien rentre au Maroc, sauf si sa grand-mère lui achète encore un billet, on ne se revoit qu’à la fin de ses études.
Junior : l’année prochaine je serai trop heureux quand vous serez tous partis.
Angéla : on s’en fout, on a hâte de partir.
Junior : en tout cas moi je reste au Gabon après le bac. Voiture, maison, domestiques, j’aurai tout sur place. Petit problème d’argent, la banque est là. Sinon il y a la tirelire.
Moi en riant : c’est mon mari et moi que vous appelez comme ça ? Regardez moi les enfants la.
Pamela : c’est parce que tu es un garçon, si tu étais une fille tu allais vouloir partir loiiiiiiiiiiiiiiiin d’ici.
Angéla : en même temps il va seulement en 2d attends qu’il arrive en Tle.
Pamela : il va courir nous rejoindre au Maroc.
Angéla : moi c’est la France.
Pamela : en tout cas même la Somalie, je pars. Du moment que je sois loin du couple RETENO.
Moi éclatant de rire : vous ne savez pas encore ce que votre père vous réserve.
Elles se sont regardées effrayées. C’était juste trop drôle.
Damien : salut !
Ses frères lui ont répondu.
Moi : Damien on va chez tes grands-parents cet après-midi.
Il n’a pas répondu mais je sais qu’il a entendu. Sa petite crise lui passera bien.
Pamela : j’ai vraiment mal pour Anita.
Angéla : vraiment elle n’aura connu que des souffrances.
Là j’ai pu avoir une idée de ce que cette petite a traversé depuis sa naissance. J’ai de la peine pour elle mais je ne ferai rien pour l’aider.
Après 3 semaines en famille, nous sommes rentrés. Damien a encore disparu jusqu’à la veille de son départ. Je suppose qu’il était encore avec l’autre la. Quand son père a essayé de parler…
Damien : si j’avais le droit d’emmener ma copine ici, je n’aurais pas à sortir tous les jours pour la voir. Papa tu m’as eu à 20 ans, tu as commencé avec maman à 17 ans contre l’avis de tous. J’avais espéré que tu me supportes plus mais hélas…
Tu n’as jamais pris le temps de la connaître, de te faire une idée d’elle. Parce que ta femme a parlé tu t’es braqué, tu t’es rangé derrière elle.
Georges : …
Damien : mais bon… c’est la vie ! Au moins demain quand ma femme voudra porter le pantalon dans la maison, personne n’aura le droit de l’ouvrir.
Nous : Damien !
Georges : Damien tu dépasses les bords.
[Silence]
Damien : est-ce que je peux m’en aller s’il vous plaît, je dois faire mes valises ?
[Silence]
Il s’est levé et s’en est allé. Ne t’en fais pas mon fils, ta mère vit encore, elle te sortira de tout ça.
-Anita
On s’est fait un gros câlin et il est retourné à ses parents. Je suis restée en retrait le regarder partir et quand il a disparu, j’ai tourné mes talons. Ça y est, il retourne au Maroc poursuivre ses études et moi… je reste à garder les enfants des gens.
Junior : Anita ?
Je me suis retournée étonnée.
Moi : oui.
Junior : maman t’appelle.
Il y a eu une coupure de courant dans ma tête.
Junior : viens.
J’avançais lentement d’un pas incertain.
Moi : bonjour Madame RETENO.
Elle : suis-moi.
Elle nous a menées à sa voiture et m’a invitée à y monter. J’ai mis ma ceinture et elle a démarré.
Elle : comme ça tu es victime d’injustice ?
Moi sur mes gardes : …
Elle : du coup qu’est-ce que tu vas faire ?
Moi : je ne sais pas encore.
Elle : tu sais que Damien ne reviendra pas avant la fin de son Master 2 n’est-ce pas ?
Moi : …
Elle : tu es sûre de pouvoir l’attendre ? Quand il rentrera il ne trouvera sûrement pas un boulot de suite.
Moi : …
Elle : tu es sûre que tu ne finiras pas dans le lit d’un libanais pour un kilo de poulet ?
Si ce n’était pas la mère de Damien… si ce n’était pas une personne âgée.
Elle : personne ne t’en voudra d’utiliser les seules armes que tu possèdes pour t’en sortir.
Moi pleurant de colère : …
Elle : après c’est vrai que ta mère a un salaire, même pas la moitié du million. C’est mieux que rien, au moins c’est une source de revenus sûre. Mais bon… rien n’est acquis. Vu la gestion des entreprises au Gabon, sur un simple coup de tête d’un responsable, elle se retrouve au chômage.
Elle me menaçait ! Elle me menaçait clairement !
Elle : tu ne feras jamais partie de notre monde à moins que tu n’écartes à un riche de ce pays. Mais ça ne sera pas mon fils. On se comprend ?
Moi : parfaitement.
Elle : reste loin de mon fils, ça vaudrait mieux pour toi et ta mère.
Elle m’a déposée à l’entrée de chez Madame Julie.
Moi : vous me reverrez Madame. Les gens me respecteront pour ce que j’aurais accompli à la sueur de mon front. Ce jour la je vous regarderai droit dans les yeux et couverte de honte vous baisserez votre tête.
Je suis descendue de sa voiture et suis allée à ma bricole la rage dans le ventre, dans la gorge. Je me suis occupée des enfants que j’avais déposés chez la voisine avec la permission de leur mère bien sûr.
Plus jamais quelqu’un ne me menacera. Plus personne ne me dira que je ne mérite ci ou ça. Je deviendrai quelqu’un mais par mes propres moyens, avec mon intelligence, sans l’aide d’un homme. Et je leur fermerai leurs gueules, je les ferai baisser leurs têtes vides devant moi.
J’ai supprimé le numéro de Damien et l’ai bloqué de partout. S’il est fait pour moi, on se retrouvera quand je serai riche ou quand maman aura pris sa retraite.
Madame Julie : Anita je t’ai dit que je partais m’installer à Port-Gentil à la fin du mois non ?
Moi : oui Madame.
Madame Julie : je vais me débarrasser de pas mal de choses, tu pourras faire un tri.
Moi : merci Madame.
Madame Julie : et le plus important, j’ai parlé de toi à ma cousine. Elle aussi cherche une nounou.
[DING DONG]
Madame Julie : ah ! La voici. Vous allez discuter et si ça t’intéresse tu seras logée et nourrie du lundi au samedi chez elle.
Je suis allée ouvrir et la femme ci… L’élégance, la beauté, le charisme en une seule personne. La qualité de personne qui te motive à faire du sport. Le teint de la femme la brillait comme une pièce qui sort de la banque, avec le malin de 100,000f.
Elle a retiré ses lunettes de soleil qu’elle a posé sur la tête.
Elle : Julie est là ?
Moi : oui entrez.
Je l’ai laissée passer devant moi. Quand je serai riche, je serai exactement comme elle. Ou du moins je vais essayer parce que l’élégance de cette femme… tu sens que ce n’est pas l’argent, même avec la friperie elle sera belle.
Madame Julie lui faisant la bise : Madame OSSAMI ! Non Patricia tu abuses ! Comment tu peux être aussi belle, j’ai même honte.
Elle en riant : ah Julie arrête ça !
Madame Julie : entre assieds-toi.
Elle : merci -puis elle m’a regardée- c’est elle ?
Madame Julie : oui. Anita, Patricia ANGUILLET épouse OSSAMI. Paty, Anita.
Elle : elle est jeune non ?
Madame Julie : en tout cas je n’ai jamais eu à me plaindre d’elle.
Elle : assieds-toi.
Elle n’a pas arrêté de me poser milles questions mais au fond j’ai compris son véritable problème.
Trop intègre pour continuer mes études.
Trop pauvre pour Damien.
Et maintenant trop belle pour être employée de maison.
Mais il n’y a même pas 24 heures j’avais pris la résolution de ne plus laisser qui que ce soit me dire que je suis trop ci ou pas assez ça pour ce que je veux.
Moi fixant son front entre les yeux : je n’ai jamais rêvé de devenir domestique. J’étais une brillante élève, étudiante, jusqu’à ce qu’un individu décide de jouer avec mon avenir. Me voici réduite à faire ce genre de petits boulots pendant 5 ans, mais je vise plus haut, plus loin que ça. Dès que l’interdit sera levé, je retournerai à l’école et je deviendrai une femme importante de cette société sans entacher à mon honneur, à ma dignité. Parce que c’est le défi que je me suis lancée, parce que c’est l’éducation que j’ai reçue. Madame OSSAMI.