-Pascale
**deux mois plus tôt**
Toujours pas d’acheteurs pour la maison. En même temps c’est une maison des PK pas très moderne, difficile d’accès et avec des problèmes d’eau. Bref, on attend. En vrai la vente de cette maison va m’aider car avec mon crédit c’est un peu serré. Même les travaux de la maison n’avancent pas. Anita m’aide comme elle peut avec sa bourse. Je ne sais pas quand tout ça va finir.
[TOC TOC]
Moi après une gorgée Castel : oui ?
Emile : bonjour.
Moi : bonjour.
Emile : toujours avec la bière toi.
Moi : je noie mes soucis. Assieds-toi.
Emile en s’asseyant : Anita est où ?
Moi : à l’école. Quel bon vent t’emmène ?
Emile : je passais par là. Et je voulais donner quelque chose à Anita pour son anniversaire.
Il a sorti une enveloppe et l’a déposée sur la table. On a discuté de tout et rien, jusqu’au retour d’Anita. Elle a ouvert son enveloppe, il y avait 100.000f dedans. Elle l’a remercié et s’est éclipsée dans sa chambre.
Moi : ta femme ne te cherche pas hein ?
Emile : ne commence pas ?
Moi : ne commence pas quoi ? Tu es marié non ? Depuis 11h, il est déjà 17h.
[Silence]
Emile : c’est toi qui l’a laissée s’installer dans ma vie. Je l’ai épousée à cause de la pression familiale, mais si tu avais accepté on n’en serait pas là.
C’est ce jour qu’il m’a dégoûtée comme jamais.
Moi : la pression familiale ? Tu crois que ma mère ne me mettait pas la pression pour me marier ? C’est pour ça que je suis allée me marier au premier venu ? Elle te plaisait c’est tout.
Emile : tu ne me disais rien de concret.
Moi : parce que tu étais avec quelqu’un. Aujourd’hui tu veux quoi ? Tu vas me prendre comme deuxième épouse ?
Emile : je suis marié sous le régime monogame.
Moi : tu vas la quitter pour moi ?
Emile : je ne peux pas. Mais tu sais ce que je ressens pour toi sinon je ne reviendrai pas à chaque fois.
Moi : je ne sais pas Emile ce que tu ressens pour moi. Quand on aime et respecte quelqu’un on ne court pas en épouser une autre. On ne lui propose pas ensuite d’être la go de l’ombre alors qu’elle était là avant.
Emile : …
On m’a mis la pression, si on te met la pression pour me quitter ou ne pas t’occuper d’Anita alors qu’on vit ensemble tu le feras aussi ? Après c’est moi qui suis trop dure avec les hommes, quels hommes même ? Aujourd’hui il n’y a pas d’hommes, que des femmelettes. Les femmes ont demandé des droits, les hommes leur ont remis leurs couilles. Il n’existe plus que des couilles molles, les vrais hommes étaient nos papas.
“On m’a mis la pression” n’importe quoi !
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Je n’arrive pas à croire que mon bébé a maintenant 18 ans. Tout ce que j’ai pu lui offrir c’est une pizza. Je me suis mise à soupirer, à quand la fin de la galère ?
**deux mois plus tard**
Anita en hurlant : noooooooooooooooooon !
Je regarde impuissante Anita s’écrouler à l’annonce de la sentence. Elle a poussé un cri qui m’a déchiré le coeur. Tout le monde le dit, c’est un combat perdu d’avance. Ça sera la parole d’Anita contre celle du professeur, et le prof détient des preuves. Fabriquées ou pas, il en a.
Anita désespérée : maman je jure que je n’ai rien fait, je jure. Je n’ai pas tricher je jure mémé, je jure papa, je jure maman Pauline, je n’ai rien fait maman.
Moi essuyant de la relever : calme-toi, lève-toi.
Anita : pourquoi ? Pourquoi on me fait ça ? J’ai toujours été tranquille dans mon coin maman, pendant que les autres jouaient moi j’étudiais. Pourquoi on veut gâcher mon avenir ? Pourquoi ?
Moi : maman laisse ! C’est parce qu’on est pauvre, mais il y a une justice ici bas. Il y a une justice.
Les sorciers : …
Moi : si encore c’était une fille à problèmes, un mauvais élément. Mais on parle de quelqu’un qui a toujours été au top depuis la classe de 6e . Mais tout se paie ici bas.
_Madame toutes les preuves l’accusent. Elle aurait dû signaler le harcèlement dont elle était victime.
J’ai essuyé mes larmes et j’ai tiré ma fille. Elle était totalement inconsolable. On est rentrée chez nous où elle est allée s’enfermer dans la chambre. Seule au salon moi aussi je me suis mise à pleurer.
Emile : Pascale ? Qu’est-ce qu’il y a ? Qui est mort ?
Moi en larmes : je ne sais pas jusqu’à quand je vais payer pour mes erreurs de jeunesse Emile. Je ne sais pas jusqu’à quand on va me punir. Et pourtant j’essaie de bien faire les choses. Mais je ne sais pas.
Emile : qu’est-ce qu’ils ont décidé ?
Moi : 5 ans Emile ! Chez les autres on encourage l’excellence mais ici… J’aurai dû l’obliger à partir, j’aurais dû la dissuader de rester. Elle va devenir quoi ? Mon Dieu c’est quelle vie de misère, de pleurs et souffrances ?!! Donc je ne peux jamais avoir de repos ? Tout on m’a accablé, je suis plus mauvaise que qui ici bas ? J’ai péché plus que qui pour que même ma fille en subisse les représailles ?
Emile : l’enfant est là, elle t’entend ! Tu dois être forte pour elle.
Moi excédée : non Emile ! Non ! Je suis fatiguée ! C’est quelle vie où je n’ai jamais de répits ? Je souffle quand ?
Il m’a calmée ce soir là. Je ne pouvais même pas expliquer la douleur que je ressentais. Donc c’est vrai qu’être pauvre est un crime, un péché ? Parce que si Anita portait un grand nom de ce pays, jamais elle n’aurait eu à subir ça.
Je n’ai pas les moyens de l’envoyer à l’étranger. Pas avec un crédit à rembourser. Si encore l’Etat avait fini de me dédommager… ma seule issu c’est de vendre la maison des parents, mais même là ça va tenir combien de temps ?
Je vous assure que j’étais à deux doigts de m’ouvrir les veines. Si je n’avais pas Anita, je serai aller me suicider car je n’en peux plus des lamentations. 10 ans que je travaille mais incapable de m’acheter une paire de chaussures parce que j’ai voulu sécuriser l’avenir de ma fille. Mais tous mes investissements finissent par tomber à l’eau.
Emile : je vais voir la petite.
Moi aussi je suis allée dans ma chambre où je me suis endormie.
Le lendemain je suis allée au travail mais j’ai d’abord appelé mes nièces car je ne voulais pas qu’Anita reste seule. J’étais horrible, je ne ressemblais à rien. On dirait un zombie. Ma chef m’a donné ma semaine, je ne me suis pas faite prier. C’était vraiment dure à encaisser, pour elle comme pour moi.
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Emile : je peux lui payer des études à l’étranger, qu’elle choisisse un pays pas trop cher.
Moi : merci Emile mais ça sera non. Je n’aimerais pas que mon mari paie des études à l’enfant de son ex qu’il drague toujours.
Emile : Pascale pour une fois oublie un peu ta fierté. L’enfant va faire quoi pendant 5 ans ? Tu veux qu’elle déprime ?
Moi : elle n’est pas invalide, 5 ans c’est beaucoup mais ça passera vite. Je ne veux pas qu’un jour l’enfant soit bloqué à l’étranger parce que quelqu’un t’aurait “mis la pression”. Elle se relèvera. Ça fait mal, c’est dure, mais elle se relèvera.
Je suis allée voir Anita dans sa chambre après le départ d’Emile.
Moi : pourquoi tu n’as rien dit ?
Anita : qu’est-ce que tu aurais fait maman ? Allez faire un tapage à l’école ? Mais qui t’aurais cru ? Qui aurait condamné le prof super cool qui s’entend avec tout le monde ? Personne maman.
Par contre mon calvaire aurait triplé en classe. Les autres professeurs se seraient joints à lui et j’allais en pâtir. Ça aurait servi à quoi ?
Moi essuyant ses larmes : ça allait servir à contrer les 5 ans d’interdiction. On allait jouer de ça. Tu n’as pas à subir toutes les misères du monde en silence. Même si ça ne retire pas le mal, ça soulage. Ça fait du bien.
Anita les yeux levés au ciel : moins tu en dis mieux tu te portes.
[Silence]
Moi : ça a marché avec la femme de ton père ? Elle a arrêté de t’emmerder parce que tu n’as rien dit ? Ce prof a arrêté de t’emmerder parce que tu t’es tue ?
Anita en se mouchant : …
Moi : les gens prennent ton silence pour une faiblesse. Si on avait réagi, ce prof aurait su qu’on n’était pas du genre à se laisser faire, il aurait eu peur qu’on donne la voix à ses autres victimes.
Elle s’est couchée sur mon épaule et s’est mise à pleurer.
-Anita
Damien : pourquoi tu ne m’en avais pas parlé ?
Moi : pour que tu m’accuses ? Me dise que c’était de ma faute ?
Damien : j’ai… il…
Moi remontée : quoi ? Tu veux dire quoi Damien ? Quand je viens me confier à toi ce n’est pas pour que tu me sortes ce genre de paroles parce que Monsieur est énervé. Moi aussi j’ai mes problèmes même si je ne vis pas à l’étranger toute seule. Moi quand tu as besoin de réconfort, de pleurer, de te confier, je suis là. A quoi ça aurait servi que je te dise ce qui s’était passé ce jour ?
Damien : …
Moi en larmes : exactement ! A rien ! Bref je vais raccrocher.
Damien : non attends bébé…
Moi : clic !
J’ai éteint mon téléphone. J’ai plus que la rage, plus que la haine. Contre tout le monde. Je n’ai envie de voir personne.
[Porte qui s’ouvre brusquement]
Maman : Anita lève toi ! Dépêche toi !
Moi immobile : …
Maman : ne me fais pas me répéter !
Je me suis assise sur le lit.
Maman : ça fait un mois que tu pleures et cries sur tout le monde, dis-moi ce qui a changé.
Moi : …
Maman : donc quand je te parlais tu n’écoutais pas ? Quand je te disais que la vie est cruelle tu ne me croyais pas ? Bah voici la vraie vie ma fille ! On n’obtient pas toujours ce que l’on mérite. Les gens bien ne finissent pas toujours heureux, marié à une royauté avec beaucoup d’enfants. Voici la triste réalité de la vie !
Moi : snif !
Maman : j’ai passé 5 ans invalide, tu es invalide ?
Moi : non !
Maman : tu es infirme ? Clouée sur un lit d’hôpital ?
Moi : non !
Maman : alors tu vas te lever de ce lit, sortir de cette chambre et prendre ta vie en main. Tu vas réfléchir à quoi faire de ta vie pendant 5 ans avant de pouvoir retourner à l’école. Est-ce que tu m’entends ?
Moi : oui.
Maman : tu voulais être adulte ? Bienvenue dans le monde des adultes !
[Porte qui claque]
-Damien
Moi au téléphone : papa, je te le demande d’un père à son fils. S’il te plaît papa, aide la. Rien qu’une bourse, c’est tout ce que je te demande. Trouve-lui juste une bourse pour n’importe quel pays.
Papa : je ne vais pas mêler mon nom à ce genre d’histoire.
Moi : mais elle n’a rien fait papa.
Papa : mon fils les gens changent. Peut-être qu’elle avait besoin d’argent, après tout ce n’est pas comme si elle en avait à foison. Tu n’en sais rien, je n’en sais rien.
Moi désemparé : papa je t’en supplie, s’il te plaît papa. Je te le revaudrai toute ma vie, et elle aussi.
Papa : c’est non.
Moi : ok ! Merci.
Clic !
Ils doivent bien se réjouir. Mais en attendant c’est mon couple qui prend un coup, qui bat de l’aile. Anita s’est totalement repliée sur elle-même. Il faut que je bouge.
J’ai appelé qui je pouvais, frapper à la porte de qui je pouvais, personne ne veut m’aider et ça me fout en rogne.
[Sonnerie de téléphone : maman]
Moi : allô ?
Maman vénère : mais tu as quel problème à déranger tout le monde Damien ? De surcroît sans notre autorisation.
Moi : j’essaie de sauver l’avenir d’une brillante gabonaise, j’essaie de sauver mon couple.
Maman hurlant : ferme-moi ta gueule !
Moi : maman je ne veux pas en parler avec toi.
Clic !
Le téléphone s’est mis à sonner presqu’aussitôt et cette fois c’était papa.
Papa calmement : Damien ?
Moi en larmes : je ne peux pas rester assis à ne rien faire papa. Je connais ma copine et je sais qu’elle ne ment pas.
Papa toujours calme mais plus ferme : Damien !
Moi : oui ?
Papa : j’ai l’air de quoi quand tu passes dans mon dos appeler mes amis sans mon aval ? Tu as l’air de quoi ?
Moi : je suis désespéré.
Papa : mais tu as intérêt à vite te ressaisir. Parce que si tu veux me tenir tête mon petit ça risque de très mal finir.
Moi : …
Papa : je suis juge de profession, des criminels cachés sous des gueules d’anges qui savent pleurer leur innocence, j’en vois défiler tous les jours. Tous les jours. L’amour t’aveugle peut-être ou pas, elle peut être innocente ou pas. Mais les faits sont là, elle a été reconnue coupable.
Moi le suppliant : je me porte garant d’elle papa mais aide-la. Même si c’est en Syrie, du moment qu’elle peut aller à l’école. Je t’en supplie papa, c’est un fils qui implore son père.
Papa : Damien tu es là-bas pour tes études, concentre-toi sur ça.
Clic !
-Georges (le père de Damien)
Sara : alors ?
Moi : il n’en démord pas.
Sara les mains levées au ciel : elle m’a envoûté l’enfant ça y est.
Moi : arrête de délirer.
Sara : Damien a appelé des gens qu’il ne supporte pas pour aider cette fille tu t’en rends compte ?
Moi : malheureusement il est amoureux et aussi têtu que toi.
Sara : il serait temps que je mette un terme à cette relation.
Moi : Sara ! Tu connais les colères de ton fils.
Sara remontée : je refuse de voir cette petite arriviste gâcher l’avenir de mon enfant. Ça jamais !
Moi en soupirant : …
Sara : avant encore il y avait espoir, mais maintenant qu’elle n’aura jamais de diplômes tu crois que ça sera quoi la suite ? p**********n comme toutes les filles de son entourage. D’ici 5 ans quand l’interdit sera levé elle aura déjà 3 enfants de pères différents et ne pourra plus retourner à l’école.
Moi : …
Sara : ce n’est qu’une gamine et donc facile à manipuler. Il me suffirait d’une petite discussion avec elle.
Moi : Sara !
Sara : je ne veux pas de cette fille dans ma famille Georges il n’y a pas matière à débattre.