-Jean-Daniel
Après le boulot je me suis arrêté au bar du quartier commander une bonne Regab bien glacée. Je n’avais pas prévu mettre plus de trente minutes dans cet endroit, mais plus les minutes passaient et plus le bar se remplissait de personnes que je connaissais.
Des élèves de mon lycée entrent dans le bar et ne me reconnaissent pas de suite. J’attends qu’ils soient bien installés pour aller vers eux relever leurs identités. Demain je veux les voir avec leurs parents dans mon bureau sinon qu’ils restent chez eux. Mon travail de proviseur ne s’arrête jamais. Je tiens à la réputation de mon établissement et par conséquent même hors de celui-ci, si un élève est en uniforme, ses actions auront un impact sur la réputation de mon lycée.
Antoinette (le gérante) : Jean-Daniel comment tu me chasses les clients ?
Moi : toi mère de famille, tu vends de l’alcool à des enfants ? En tenue ? Ça ne te dérange pas le moins du monde ?
Antoinette : si ce n’est pas moi, ça sera une autre. Je dois nourrir mes enfants. Si leurs parents n’étaient pas partout dans Libreville leurs enfants seraient à la maison. Toi-même tu es là au bar, qui surveille tes enfants ? Si les parents ont démissionné c’est à moi de faire quoi ?
Moi : j’espère que c’est la réponse que tu donneras aux policiers le jour où ils feront une descente dans ton établissement.
Elle m’a coupé l’envi de boire. Je lui ai donné son argent et je suis rentré à la maison. Maintenant que ma belle-mère est là, je peux traîner après le boulot. Je sais qu’elle nourrira Anita. La petite est épanouie depuis qu’elle est là, plus gaie.
Carmela et ma belle-mère jouaient au ludo au salon et les enfants regardaient des dessins animés. Au lieu de ma femme, c’est sa mère qui est allée me servir à manger. Je n’ai aucun mal à manger cette nourriture que je n’ai pas achetée. Je ne suis pas un irresponsable, j’ai quelques soucis financiers après une arnaque dont j’ai été victime mais avant ça, pas une seule fois je n’ai laissé ma famille mourir de faim ou dormir dans le noir. Avant cette histoire Carmela et les enfants ne manquaient de rien. Alors si je n’ai pas je ne vais pas avoir honte de manger la nourriture que MA FEMME a achetée. Le meilleur et le pire. Qu’elle fasse la gueule autant qu’elle veut je m’en fiche.
Après manger j’ai chassé les enfants pour me mettre devant la chaîne de sport. Ma belle-mère était la seule à me faire la conversation, comme d’habitude Carmela boudait je ne sais quoi. Ça ne m’intéresse plus de savoir ce qui la met en colère.
Je suis allé me coucher à 21h. Je n’ai pas senti Carmela me rejoindre, j’ai ronflé jusqu’à 6h30 heure à laquelle je me prépare pour aller au boulot. 7h30 et je suis déjà au lycée. Les parents des jeunes soûlards arrivent à compte goutte à partir de 10h. Tous ont la même pénitence, 3h de colle pendant deux semaines. Ils viendront après les cours nettoyer l’établissement, les toilettes en ont bien besoin.
[Sonnerie de téléphone]
Je ne prends même pas la peine de répondre. C’est la mère d’Ariane. Elle va sûrement me demander de l’argent. Elle ne comprend pas que les 150.000f que je lui donne est le maximum que je puisse faire. Je n’ai pas la tête à me chamailler avec elle.
[Sonnerie de téléphone : Me SOUA]
Je me suis empressé de décrocher.
Moi : oui Maître ? Bonjour.
Me SOUA : bonjour M. NGONGO.
Moi : comment allez-vous ?
Me SOUA : superbement bien après les nouvelles que j’ai reçues ce matin. Finalement la partie adverse décide de régler les choses à l’amiable.
Moi ravi : dites-moi plus.
Me SOUA : ils sont prêts à vous céder le terrain en bonne et dû formes avec pour compensation, le petit studio de deux chambres qu’il avait érigé dessus.
Moi soulagé : gloire à Dieu !
Me SOUA : donc demain on a rendez-vous au Cadastre.
Moi : merci Maître.
J’avais même envie de pleurer tellement j’étais soulagé. Huit millions j’ai dépensé au total dans cette affaire, endetté jusqu’au cou. Ce sont mes petits business qui m’aident à tenir, plus les loyers.
L’histoire est que le Monsieur qui m’avait vendu le terrain l’a vendu à deux autres personnes. L’ignorance. L’un des clients est mort et l’autre n’avait pas les moyens d’engager des poursuites judiciaires. Mais il est allé plus loin en niant les ventes tout en construisant un édifice sur le terrain.
Ah merci Seigneur ! Tu n’oublies aucun de tes enfants.
Le reste de la journée j’étais de bonne humeur, je suis même rentré plus tôt. Apparemment on avait un invité à la maison.
Moi surpris : Pascale ?
-Pascale
Je reste encore choquée par tout ce que j’ai découvert lors de mon voyage astrale. Oh !
Nous sommes dans le train, en route pour Libreville. Ni maman ni moi n’avions la force de parler. A la gare, on a pris une course pour le PK5 toujours en silence. On allait se dire quoi ? J’accusais la pauvre femme de Jean-Daniel entretemps le coupable était juste à côté de moi.
Après avoir passé 3 mois en forêt, ça fait du bien de retrouver les hommes. La civilisation moderne et ses mauvaises odeurs. Je suis allée me coucher après mon bain du soir. En 3 mois j’ai repris du poids ainsi que mon teint. La chute brutale de mon poids me laisse des vergetures et une poitrine affaissée et molle mais sinon je suis presque redevenue la Pascale d’avant physiquement.
Le lendemain je me lève aux aurores pour mon bain, le papa Ndozi arrive tout à l’heure pour le nettoyage de la concession. Comme par hasard, ce jour Rachelle était de retour à la maison. Elle n’était même pas étonnée de mon rétablissement.
Maman : Rachelle je dois te parler ?
Rachelle nerveuse : de quoi ? Je n’ai pas le temps.
Maman : Rachelle assieds-toi !
Rachelle : ne m’emmerde pas ok ? Je n’ai pas le temps.
Elle n’est pourtant pas ressortie de sa chambre de la journée, jusqu’à l’arrivée de papa Ndozi.
Il s’est placé en plein milieu de la cour et s’est mis à parler en langue, Rachelle est sortie en mode furie de sa chambre pour se jeter sur lui, je l’ai bloquée dans sa course. Imperturbable, papa Ndozi a continué à parler pendant que ma grande soeur se débattait en hurlant.
Papa Ndozi a fait deux pas puis s’est retourné vers le portail.
Papa Ndozi : viens enlever.
Rachelle déchaînée : tu es qui ? Tu te prends pour qui pour me donner des ordres ?
Papa Ndozi : viens enlever.
Elle s’est mise à grogner et se gonfler comme une poule. Papa Ndozi s’est remis à parler et Rachelle a aussitôt commencé à tourner sur elle-même en hurlant.
Rachelle essoufflée : je vais enlever ! Je vais enlever !
Elle l’a rejoint et s’est mise à creuser juste où il se tenait avec ses propres mains. Elle a sorti de terre une grosse marmite dans laquelle se trouvaient des garnitures et des fétiches attachés aux fils rouges.
Papa Ndozi l’a emmenée derrière la maison et là ce sont des stylos attachés ensemble qu’elle a déterré. Il y avait des fétiches à peu près partout dans la concession. Je n’en revenais pas et maman qui pleurait.
Moi à maman : c’est elle qui a tué papa.
Elle n’a pas réagi sur le coup.
Moi en larmes : demande à ta fille pourquoi elle fait ça. Demande lui ce qu’elle gagne.
Question restée sans réponse malheureusement. Après cet épisode Rachelle a totalement disparu de la circulation. Des années après on va seulement découvrir qu’elle est devenue folle.
.
Une semaine après mon retour, j’ai décidé d’aller voir ma fille. J’ai décidé de débarquer sans prévenir pour ne pas leur laisser le temps de cacher des choses. S’ils me maltraitent l’enfant je saurai.
Il n’y avait que la belle-mère de Jean, c’est elle qui m’a conseillé d’aller chercher Anita à l’école. Je me suis assise sur un banc public du préau en attendant la cloche. Avec tout ces enfants, j’ai eu peur de la manquer. Alors je suis allée me mettre devant le portail. Je l’ai vue venir en gambadant sur ses deux jambettes.
Moi : Anita ? Anita ?
Elle est restée immobile à me fixer. Je crois qu’elle n’en revenait pas.
Anita peu rassurée : maman ?
Moi : oui.
Elle est venue se jeter dans mes bras en pleurant. Je lui ai caressé la tête.
Moi : ça va ?
Anita : oui. Tu as grossi.
Moi : c’est parce que je ne suis plus malade.
Nous sommes retournées chez son père dans la joie et la bonne humeur. La femme de Jean est rentrée un peu plus tard avec les enfants. Ses enfants avaient de beaux vêtements tandis qu’Anita portait des haillons, des vêtements qui n’étaient pas bien posés sur son petit corps. J’ai vu aussi que les autres avaient des gourdes et sac à goûter contrairement à Anita. Il ne m’en faut pas plus pour savoir que les enfants ne sont pas traités équitablement ici.
Carmela a sursauté en me voyant. Tout ce temps j’étais prêt à parier que c’était elle, je m’étais même déjà préparé psychologiquement à la tabasser sérieusement.
Moi : bonjour Carmela.
Carmela avec agressivité : tu fais quoi là ?
Moi : je ne suis pas venue chercher les problèmes.
Carmela : je ne veux pas te voir chez moi. Sors !
Moi : tu vas devoir supporter ma présence dans TA maison pour quelques heures.
Sa mère lui a parlé en langue. Elle écoutait sans répondre en gonflant ses narines comme un taureau prêt à passer à l’attaque. Ensuite elle est rentrée dans le couloir qui je suppose mène aux chambres. Ils ont refait le plans depuis la dernière fois que Jean m’a emmenée ici du temps où on sortait encore ensemble. Bref.
J’ai envoyé Anita dans la chambre quand son père est rentré. Sa femme qui était enfermée dans la chambre depuis son arrivé est sortie. Elle pense que je suis venue draguer Jean ? Pitié.
Lui aussi a été surpris de me voir sur mes pieds et en forme.
Jean surpris : Pascale ?
Moi : bonjour Jean.
Carmela : il s’appelle Jean-Daniel.
Moi la regardant : quand il m’a draguée il m’a donné son nom. Son nom complet figure sur l’acte de naissance de ma fille. Donc Carmela je sais comment TON MARI s’appelle merci.
Jean je suis venue te voir par rapport à l’enfant.
Jean après s’être assis : je t’écoute.
Moi : comme tu le vois je vais mieux. J’ai été me soigner chez les noirs.
Carmela : et qu’est-ce que tu avais ? Ça ne m’intéresse pas bien évidemment, mais j’ai été accusée ici de t’avoir fait la sorcellerie. Que c’est moi qui t’ai donné le sida.
Moi : Carmela n’a rien à voir avec la maladie que j’avais et je ne suis pas sidéenne.
Carmela : hum !
Moi : je suis guérie c’est vrai, mais financièrement ça ne va toujours pas. On a énormément dépensé pour me soigner et aujourd’hui on n’a plus d’économie maman et moi. Donc Anita va encore rester ici le temps que je me refasse une santé financière. Une fois j’aurai trouvé du boulot je viendrai la chercher.
Jean : pour la faire vivre dans quelles conditions ? Je n’insulte pas ta maman mais chez elle ce n’est pas… enfin tu vois.
Moi : même si c’est dans la boîte de sardine, Anita sera plus épanouie chez une mère qui la couvre d’amour. J’ai vécu dans cette maison avec mes parents tout comme mes sœurs et mon frère. A l’époque c’était encore bien pire.
Jean : trouve d’abord le travail et on en reparle. Et ta maladie ne reviendra pas ?
Moi : ça c’est mon problème.
Jean : ah non ! Je veux savoir si ma fille va devoir subir de nouveau le traumatisme de voir sa mère agonisante.
Moi : Jean-Daniel, dès que je trouve une situation je viens chercher mon enfant. Point !
Carmela : et ça sera quand ?
Moi : je vais y aller. Je peux dire au revoir à l’enfant ?
Jean : je venais juste me changer pour ressortir, je peux t’avancer si tu veux.
Il est parti dans le couloir suivi par sa femme pas du tout ravie. Anita est venue me dire au revoir et je lui ai fait la promesse de venir la chercher dès que je trouve du travail, peu importe le travail que je trouverai.
Jean : on y va !
J’ai fait un gros câlin à ma fille et nous sommes partis son père et moi. Carmela n’étant pas ressortie de la chambre, j’ai dit au revoir à sa mère.
Jean : donc ça va mieux ?
Moi : comme tu vois.
Jean : et quels sont tes projets d’avenir ?
Moi : j’ai une cousine qui m’a appelée à Port-Gentil. Elle pourrait m’avoir du boulot.
Jean en déposant sa main sur ma cuisse : et si je te trouvais quelque chose ici ?
Moi en retirant sa main : Jean-Daniel après tout ce que j’ai appris, vu et entendu en traversant le monde des esprits. A mon retour, tout ce qu’on a fait sortir de mon corps. Je suis revenue totalement changée. Sortir avec un homme marié, c’est l’ancienne Pascale. Aujourd’hui je sais les conséquences que ça entraîne.
Jean en soupirant : mariage uniquement sur les papiers Pascale. On ne dort même plus ensemble.
Moi : mais elle vient d’accoucher n’est-ce pas ? Et puis, ce que ta femme et toi faites ou ne faites pas dans la chambre n’engage que vous.
Jean : tu sais que c’est toi que j’aurais dû épouser ? Je l’ai toujours su, je ne sais pas pourquoi je l’ai choisie elle.
Bah voyons !
Jean : tu ne me crois pas ? Ok ! Demain retrouve-moi au cadastre à 9h.
Moi intriguée : faire quoi ?
Jean : viens et tu sauras.
Je n’ai plus rien ajouté jusqu’à ce qu’on arrive chez moi. Il n’a pas cessé de se plaindre de sa femme, les mêmes plaintes d’avant le mariage mais il l’a épousée. Jusqu’à la mairie. C’est avant que ça pouvait me toucher, maintenant…
Le lendemain je me suis rendue au Cadastre par simple curiosité. Jean était avec un avocat et trois autres Monsieur. Comme la blague, on a mit un terrain à Agondjé au nom d’Anita. J’ai cru que c’était une farce mais non. Anita venait d’être propriétaire d’un terrain. Jean m’a emmenée voir. C’était une grande parcelle de 1200 m2 sur lequel était déjà érigé un petit studio en planche de deux chambres salon, cuisine et toilettes indigènes.
Jean : tu peux rentrer dans la maison et petit à petit tu vas arranger à ta guise. Je suis déjà en train de te chercher du travail, un truc décent digne de la femme qui m’a fait découvrir les joies de la paternité.
Joie de la paternité ? En 5 ans tu as rendu visite à ta fille combien de fois ?
Jean : reste ici. Pour le moment je suis un peu endetté, j’ai des petites difficultés et tout, mais dès que ça s’arrange j’entame la procédure de divorce.
Dit celui qui m’avait promis quitté sa copine qu’il a fini par épouser dans mon dos m’abandonnant avec un bébé de 20 mois dans les bras.
Jean : tu m’as trop manqué Pascale.
Moi : Jean trouve-moi d’abord le travail. Tu as un mois.
-Jean-Daniel
Moi : merci Monsieur OSSATANGA. Bonne journée.
Je raccroche satisfait. S’il y a une chose que mes problèmes financiers m’ont apprise, c’est que je ne peux pas compter sur Carmela. Si je ferme les yeux tout de suite, je sais au moins que mes trois autres enfants que sont Anita, Ariane et Nestor seront quelque peu à l’abri du besoin. Pour les quatre autres, j’attends de voir plus clair dans mes finances.
[TOC TOC]
Moi : entrez !
La petite Natacha est rentrée dans mon bureau. Toujours tirée à quatre épingles dans son uniforme. C’est une élève de 1ère S et ça fait six mois qu’on se fréquente. Elle n’a que 17 ans sur les papiers, mais dans la chambre c’est une adulte.
Natacha : on a un problème.
Moi : bonjour Natacha. Ça va ? Bien dormi ?
Natacha : je suis enceinte et ma mère le sait.
J’ai eu chaud d’un coup.
Moi : quoi ?
Natacha : c’est elle qui m’a fait remarquer que j’étais enceinte. On était à l’hôpital, je suis à mon 2e mois.