Prophétie. (2)

1839 Mots
Ma respiration se fait plus courte, mon cœur semble avoir des ratés. En proie à la panique, mes mains se mettent à trembler et le manuscrit s’échappe de mes mains. Kelan sursaute au son du bruit sourd que provoque le manuscrit en tombant au sol. — Séléna, est-ce que ça va ? — Que représente une Lune ? haleté-je. — Dix ans. — Quand la sixième Lune a-t-elle commencé ? soufflé-je. — Le vingt-trois avril de l’année deux milles. — Que représente un soleil ? — Une journée. Donc si mon calcul est bon et que j’ai bien compris, Kelan et moi sommes amoureux, mais nous devons nous dire un « je t’aime » inconditionnel afin d’être protégé jusqu’à la septième Lune. Et pour conclure, nous avons deux mois, jour pour jour, pour nous marier. N’oublions pas la cerise sur le gâteau, il nous faudra avoir un enfant pour avoir la certitude que l’ennemi perde ses pouvoirs. C’en est trop. Je me recroqueville sur moi-même, les yeux dans le vide, je suis en état de choc, mais relativement calme. Kelan et moi, nous connaissons depuis peu, je pensais que nous avions toute la vie devant nous afin que notre couple s’épanouisse à son rythme. Et voilà que je découvre que je ne suis pas ce que j’ai toujours pensé être, que ma vie va soudainement s’accélérer et qu’en plus de cela, l’avenir de deux mondes repose sur mes épaules ! La voix de Kelan, m’apparaît comme un bourdonnement à mes tympans, il m’est impossible de savoir ce qu’il peut bien me dire, bien que ses lèvres soient toutes proches de mon oreille. Je me lève, épuisée par ce qui vient de s’accumu–ler dans ma tête et ma conscience, les bras de Kelan n’opposent aucune résistance. Je descends, je laisse mes chaussures sur la terrasse et m’avance vers l’eau qui m’attire comme un aimant. Le calme me quitte. Je pénètre dans l’eau et l’océan, qui était calme quelques secondes auparavant, s’agite de plus en plus fort, reflétant ma détresse, au fur et à mesure que j’avance dans l’eau, inconsciente du danger. J’ai à présent de l’eau jusqu’aux cuisses, le bas de ma robe trempe dans l’eau. Kelan, qui ne m’avait pas suivi tout de suite, se précipite sur moi. — Séléna, NON ! J’ai du mal à me retourner, le regard soudé à l’océan. Je l’entends fendre l’eau jusqu’à ce qu’il puisse m’attraper et me tirer en arrière. L’océan se calme, alors que nous revenons sur la plage. Kelan prend mon visage entre ses paumes pour que nos regards se croisent. — Ne me refais plus jamais ça ! gronde-t-il. Il me prend ensuite la main et me traîne jusqu’à la terrasse, je ne réagis pas. Il me serre contre lui, je me laisse aller contre son torse et je lâche un flot de larmes intarissables. Une chaleur m’envahit de la tête aux pieds, brûlant toutes sources de tracas et de mal-être au passage. Je me calme, nous rentrons et retournons dans sa chambre. — Désolée, d’avoir ruiné tes vêtements, réussis-je enfin à souffler en remarquant que sa chemise a épongé mes larmes et que son pantalon est mouillé jusqu’aux genoux. — Ce n’est pas important, me dit-il en se dévêtant. Toi en revanche, tu es trempée et tu as froid. Si tu permets… Il passe dans mon dos et détache ma robe, puis mes cheveux. J’enlève ma robe et la dépose sur une chaise pour qu’elle sèche. Puis Kelan m’attire à lui. — Ne pénètre jamais dans l’eau quand tu n’es pas capable de dissocier tes sentiments de tes pouvoirs. La tristesse, la contrariété, la colère peuvent les altérer. — Mais je ne les connais même pas ! Le manuscrit ne m’en parle pas, ce ne sont que quelques malheureuses pages parlant de nos familles, notre destin et d’une épouvantable prophétie ! — On devrait se coucher, il est tard, on en reparlera demain. J’acquiesce. Son lit n’est pas plus raisonnable que le mien. Je m’installe au milieu, dans des draps de satin bleu, il me rejoint après avoir éteint la moitié des bougies. Je me colle à lui et il m’embrasse avec ferveur. Au bout d’un moment, je me détache de son visage pour le regarder droit dans les yeux. — Kelan, je t’aime ! — Tu es ma raison d’être et mon unique amour… Je dépose un tendre b****r sur ses lèvres et bercée par ses caresses, je m’endors le visage enfoui dans son cou, respirant son odeur enivrante, que je ne saurais décrire. À mon réveil, je sens son corps chaud tout contre le mien, je me tourne vers lui, il dort paisiblement. Je remarque qu’il est entouré d’une aura pailletée et je comprends instantanément, que ce sont les paroles provenant du plus profond de mon cœur qui l’ont protégé. Mon amour s’est uni à lui, nul ne pourra à présent l’atteindre. En revanche, même si je sais pertinemment qu’il m’aime, il ne me l’a jamais dit et je ne suis pour le moment pas à l’abri de tout. Je dépose un b****r sur son front et me lève. Ma robe encore humide, j’enfile une chemise trouvée dans l’armoire de Kelan, et descends sur la terrasse. — Tamy ? — Bonjour, comment vas-tu ? — Un peu perdue, j’avoue. — Kelan dort toujours ? — Oui, mais dis-moi, qu’est-ce que tu fais là ? — Je me suis doutée que vous n’iriez pas au lycée aujourd’hui, alors je vous ai apporté de quoi manger dans la journée. — Merci, c’est vraiment gentil à toi. Je m’installe sur un transat et je mange une tartine que Tamy m’a préparée. — De quelle royauté fais-tu partie ? — Des Anges des Sentiments. J’étais la nurse de Kelan avant qu’il n’arrive sur Terre pour te chercher. — Tu veux dire, qu’il sait de quoi parle la prophétie ? — Non, personne ne le sait à part toi et ceux qui l’ont écrite. Évidemment, nous savions qu’elle existait, et que c’était la solution pour réunir nos deux familles, mais sans en connaître la teneur, ni les conditions. Les ancêtres qui te l’ont transmis avaient uni leurs pouvoirs afin que toi seule puisses ouvrir le paquet qui était précieusement gardé par la famille royale depuis maintenant cinq Lunes septentrionales. — Qu’est-ce que c’est ? — La grande Lune Blanche qui vient du nord et qui n’apparaît qu’une fois toutes les dix Lunes. — Ce qui équivaut à un siècle. — Exact. — Je ne comprends pas, si les Anges des Sentiments nous détestent, pourquoi ont-ils gardé le paquet pendant si longtemps afin de me le remettre ? — L’union des pouvoirs des ancêtres les y a obligés. Sinon, ils risquaient de tout perdre. Tout ceci s’est arrêté quand Kelan est né. Ses parents ont ressenti, l’ampleur de l’amour qui devait l’unir à l’une des vôtres. C’est à ce moment-là que nous avons su que la prophétie allait enfin s’accomplir. En élevant Kelan, je l’ai aidé à te chercher. Puisque tu étais à moitié humaine jusqu’à ta majorité, il ne pouvait pas te retrouver avec l’amulette des cœurs d’anges. — Qu’est-ce que c’est ? — Une amulette qui brille pour te guider quand tu cherches un ange en particulier. — Mais Kelan m’a trouvé le jour de mon dix-septième anniversaire et, au lycée, nous savions qu’un nouvel élève arrivait depuis quelques jours déjà. — Ton cœur a commencé à se transformer deux mois avant ta majorité, afin de scintiller de toute sa puissance le jour de tes dix-sept ans. Quand Kelan a vu l’amulette s’allumer faiblement et que ton nom s’est inscrit dessus, il était persuadé que c’était toi. Lui seul pouvant le savoir, je l’ai suivi. Quand j’ai reconnu ta mère, je me suis présentée à elle et elle m’a ouvert sa porte pour que je l’aide à surmonter les épreuves quand la prophétie s’accomplirait. Kelan est né pour t’aimer, comme toi pour l’aimer. Je remonte chercher le manuscrit que j’ai laissé par terre la veille. Kelan dort toujours, je profite quelques minutes de ces instants où il est paisible. Me demandant comment je vais bien pouvoir lui annoncer ce que dit la prophétie. Je redescends vers Tamy. J’ouvre à nouveau le manuscrit et je remarque que des phrases s’y sont ajoutées : ~~~~~~~~ La déclaration concrète de l’amour véritable et sincère qui protégera l’être aimé, devra être spontanée et naturelle. Elle ne peut être soufflée. La princesse des Anges des Éléments sera dotée de tous les pouvoirs de son peuple. Là, sera sa faiblesse. ~~~~~~~~ — On dirait que ce livre me dit les choses au fur et à mesure que j’en ai besoin. Mais il ne me donne pas de solution pour éviter la catastrophe. — Que veux-tu dire par là ? — Le danger rôde. Je sais que les anges noirs nous surveillent, c’est à cause d’eux que la transformation de mes yeux s’est en partie mal passé. Ils avaient certainement envisagé que je rejette la faute sur Kelan et que ça nous séparerait, mais évidemment, ça n’a pas marché. Hier soir, ils ont retourné mon pouvoir, que je ne connais pas encore, contre moi. Ils ont tenté de m’éliminer deux fois en cinq jours. Il reste trois jours en comptant aujourd’hui. Tant que l’amour que Kelan ressent pour moi n’a pas été déclaré, il ne sera pas protégé et je serai vulnérable. — Et tu ne lui en as pas parlé ? — Ni toi ni moi ne devons lui en parler, c’est une clause du contrat, « La déclaration concrète de l’amour véritable et sincère qui protégera l’être aimé, devra être spontanée et naturelle. Elle ne peut être soufflée », c’est incontournable ! — Je te promets sur l’honneur de ma royauté que je ne dirai rien. — Merci Tamy. — Et lui ? Est-ce qu’il est… — Oui, je ne savais pas que c’était ça, quand ça s’est passé, mais je l’ai compris ce matin. — Comment ? — Je lui ai simplement dit « je t’aime » avec des mots. Inquiète qu’il dorme autant, je remonte dans la chambre. Je m’allonge près de lui et je pose doucement ma main sur sa joue. Il se réveille. — Bonjour, lui dis-je en souriant. Je suis désolée, je ne voulais pas te réveiller. — Tu ne l’as pas fait, je me réveillais quand j’ai senti ta main. De plus, à en croire ce que je vois, j’ai dormi longtemps. — Oui, c’est vrai, je me suis demandé pourquoi tu dormais autant, mais à la réflexion, tu dois être épuisé de m’avoir cherché toutes ces années. — Peu importe, tu es là maintenant. — Puis-je savoir ce que tu vois ? — Tu as enfilé une de mes chemises et tu as attaché tes cheveux, j’en conclus que tu t’es levée. — Cela ne te gêne pas, j’espère ? — Bien sûr que non. J’apprécie, que tu te sentes chez toi. Je me blottis dans ses bras, prête à lui annoncer ce qui nous attend.
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