13 septembre, mairie de Ploumilliau, Côtes-d’ Armor, 13 heures.

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13 septembre, mairie de Ploumilliau, Côtes-d’ Armor, 13 heures.Le commandant Mélanie Quéguiner, de la Section de Recherches de Rennes, n’a pas été longue à prendre ses quartiers dans la salle de réunion de la mairie de Ploumilliau qu’elle considère, pour l’instant, comme le centre géographique et névralgique des événements de la veille. Elle a à peine le temps de s’installer que les journalistes ont déjà envahi la place de l’église et la rue Anatole Le Bras, avides des derniers développements de cette affaire de sniper apparemment fou. Ou bien de cette affaire de sniper apparemment folle. Choisissez et rayez la mention inutile. Heureusement, même si sa prise de fonction à Rennes est relativement récente et fait suite à la mutation-promotion du lieutenant-colonel Roche, elle a longuement travaillé à ses côtés et sait, ô combien, s’y prendre avec les cannibales de la presse écrite, radiophonique ou télévisuelle. En moins d’une demi-heure, elle a rassuré tout son monde, certifié que la gendarmerie, aidée des forces de police, était sur des pistes sérieuses et, ainsi, elle a nourri tout ce petit monde au moins jusqu’à demain matin. Vient maintenant le temps du vrai travail, celui où les jolies phrases et les belles tournures ne suffisent plus. Celui de l’action. Dans son bureau improvisé sont réunis les trois chefs des brigades directement concernées à savoir Lanmeur, Plestin-les-Grèves et Lannion. À leurs côtés, les responsables locaux des Techniciens en Identification Criminelle qui ont travaillé sur les trois dossiers. Le commandant Quéguiner n’est pas là pour perdre du temps, ce qu’elle fait tout de suite sentir à ses subordonnés. — Je n’irai pas par quatre chemins, nous en sommes à trois morts en quelques heures et rien ne nous dit, je dirais, bien au contraire, que la série est terminée. Nous avons donc besoin de résultats concrets, et rapides ! Demandez tous les hommes dont vous avez besoin, la hiérarchie nous suit et nous donnera tous les moyens nécessaires. Mais pour l’instant, où en sommes-nous ? Kermouster, vous êtes le premier sur la liste... Alors Adjudant-chef, quels sont les premiers éléments de l’enquête ? Des infos sur la première victime ? — On a déjà des éléments intéressants : nom, Robert Dourmeur. Engagé volontaire dans l’armée, au sein du 2e RIMA, Régiment d’Infanterie de Marine, et à ce titre, a fait partie des forces de l’ONU envoyées en Afghanistan puis en Afrique pour maintenir la paix. Je n’ai pas encore d’info concernant son rôle exact, car comme il est divorcé, sa femme n’était pas, disons, très coopérative. On a retrouvé quelques documents militaires à son domicile mais on attend pour demain matin ses états de service complets. Tout ce qu’on sait, d’après ses voisins, c’est qu’il avait quitté l’armée l’an dernier et qu’il vivait depuis dans une maison qu’il avait fait construire rue du Varcq à Locquirec. Il est divorcé de sa femme depuis trois ans et elle est partie vivre du côté de Landrellec à Pleumeur-Bodou. — Vous n’avez donc aucune idée de ses fonctions exactes dans l’armée ? — Pas pour l’instant, Commandant ! — Et depuis sa retraite, il avait repris d’autres activités ? — D’après ses voisins, il travaillait occasionnellement comme agent de sécurité pour diverses grandes surfaces de la région, mais je n’ai pas encore suffisamment de détails. — Et il faisait partie d’associations, d’organisations ? — Disons qu’il s’occupait : il était le trésorier du comité des fêtes des Sables Blancs à Locquirec, le trésorier adjoint de l’association des pêcheurs d’écrevisses du Douron et il faisait partie de l’association des pêcheurs plaisanciers de Locquirec. — OK, autrement dit, on n’aura pas grand-chose avant demain. Convoquez-moi sa femme à votre brigade, ça la rendra peut-être plus loquace. Et vous, Adjudant-chef Botsorhel, des choses à nous apprendre pour le pilote d’ULM ? — Commandant, c’est un peu spécial, car si l’homicide a eu lieu sur notre territoire d’intervention, la victime était d’origine trébeurdinaise ; j’ai donc demandé des renseignements à nos confrères de la brigade de Perros, et ils m’ont communiqué quelques éléments intéressants. Thibault Delarance était seulement en permission. Il est toujours en activité, au 40e Régiment d’Artillerie de Suippes. Et autant que je sache, il a servi dix-huit mois en Afghanistan avec son régiment, avant d’être rapatrié en France. Je ne sais pas encore s’il a été sur d’autres théâtres d’opérations extérieures, Afrique ou autres. D’après ce que Trébeurden m’a dit, c’était un lieutenant très bien noté par ses supérieurs, qui avait gagné ses galons sur le champ de bataille. Quant à ses occupations, il était très sportif : ULM, bien sûr, mais aussi funboard, kitesurf, catamaran de sport etc. Une dernière info, à mon avis très importante. D’après sa femme, sa passion, c’était le tir de précision, et il aurait souhaité, à la fin de sa carrière rejoindre les équipes du RAID ou du GIGN, si possible en tant que tireur d’élite. — Sniper, autrement dit... — Sauf que les snipers sont moins souvent du côté des forces de l’ordre... — Pas sûr que vous ayez raison, Botsorhel... En tout cas, pour moi, quelqu’un capable d’atteindre une cible à plus d’un kilomètre de distance, qu’on l’appelle sniper ou tireur d’élite, c’est la même chose. Et n’oubliez pas que les hommes politiques quand ils président une quelconque cérémonie sur une place ou se promènent dans une rue, il y a toujours une flopée de snipers de la police ou du GIGN sur les toits environnants pour les protéger ! Passons à Lannion, à nous, capitaine Ottigny ! Alors notre mort du Yaudet, qu’est-ce qu’il vous inspire ? — Gildas Cado, 57 ans, marié, sans enfant, était retraité de l’armée depuis cinq ans et partageait son temps entre la chasse, la pêche et les bistrots, le plus souvent avec son copain de malheur, Hervé Losquet, qui était à bord avec lui. Il habitait très près du Yaudet, à Loguivy-lès-Lannion, rue des Écoles. — Ses états de service militaires ? — Plutôt chaotiques. D’après sa femme, dès qu’il avait bu un coup de trop, il pouvait se trouver mêlé à toutes sortes de rixes, d’où, régulièrement quelques séjours disciplinaires. — Autrement dit, chez monsieur Cado, des relations conflictuelles avec l’armée, reprend le commandant Quéguiner... — Oui et non ! Il a quand même pris une année sabbatique, si l’on peut le dire pour un retraité, il y a deux ans, pour mener une mission humanitaire en Afrique avec une association caritative ; pour apporter des bouquins dans les écoles, ce genre de truc. Quant au passager du bateau, Hervé Losquet, il s’était fait virer de l’armée il y a un peu plus d’un an, pour indiscipline répétée. Mais il avait eu le temps de rencontrer Cado pendant sa mission humanitaire, ils avaient passé quelques jours ensemble dans une base logistique au Tchad et avaient sympathisé. Avant de se faire virer, il avait participé à pratiquement toutes les opérations françaises extérieures depuis 20 ans : de l’Afghanistan à l’Afrique, un vrai baroudeur ! — Autrement dit, ce Losquet avait un passé militaire particulièrement riche ! Vous pensez qu’il y aurait pu avoir confusion de personne ? — Le bateau sur lequel les deux hommes avaient pris place appartenait à Hervé Losquet, mais il préférait pêcher tranquille plutôt que tenir la barre, alors en général, c’était son copain qui s’occupait des manœuvres et qui barrait. — Donc il n’est pas impossible que notre tueur ait cru que Losquet était à la barre de son bateau et se soit trompé de victime ? Mais quoi qu’il en soit, on a une forte probabilité pour que les trois meurtres soient directement liés à des vengeances contre ces militaires en particulier, ou qu’ils visent les symboles qu’ils représentaient lorsqu’ils étaient en opération. Je veux pour demain soir que vous contactiez les diverses unités auxquelles appartenaient ces hommes et que vous m’obteniez en détail leurs états de service ainsi que tous les théâtres d’opérations où ils sont intervenus, vu ? Assentiment général, sauf du capitaine Ottigny qui demande : — On fait les recherches pour les quatre hommes ou on laisse Losquet de côté ? Le commandant semble hésiter. — Dans le doute, vous me passez les quatre au crible, y compris Losquet ! Bon, maintenant, Madame et Messieurs les TIC, qu’avez-vous à m’apprendre ? Plein de choses, j’espère ? Les regards échangés entre les trois techniciens, et leurs moues significatives ne laissent rien augurer de bon. Le responsable de l’équipe qui est intervenu sur le premier meurtre, affiche un visage des mauvais jours en annonçant à sa supérieure : — Comme vous le savez, sur des tirs à distance comme cela, connaître la position exacte dans l’espace de la victime est essentiel pour avoir une idée approximative de l’endroit d’où a été tiré le projectile. Cet élément fondamental nous manque et, dans ces conditions, retrouver la douille relève du miracle, surtout que... quand il s’agit de professionnels, comme cela semble être le cas, ils ne laissent pas la douille sur place. Quant aux balles, elles n’ont évidemment pas été retrouvées, et avec des armes qui peuvent envoyer des projectiles à plus de 2,5 km, je doute qu’on les récupère, sauf énorme coup de chance. Il ne nous reste qu’à espérer que les autopsies et les analyses sur les victimes nous en apprendront plus... — Donc, si je comprends bien, Messieurs, aucun de vous trois ne pense pouvoir identifier le type d’arme utilisé, compte tenu des éléments dont nous disposons à l’heure actuelle ? — Absolument, Commandant, absolument, répondent les trois techniciens avec un bel ensemble. — Eh bien ! La presse va pouvoir s’en donner à cœur joie ! Merci Messieurs, prochain rendez-vous, sauf imprévu, ce soir 20 heures 30, dans ce bureau. *
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