5.Après la mort de mon père, je demeurai seule au château de Preil. Le vicomte y venait deux fois par semaine me faire une visite et me témoigner sa douleur et sa sympathie. Jamais il ne me parlait d’amour, et il avait avec moi bien plus le ton d’un tuteur et d’un grand parent que l’accent d’un homme jeune encore et fortement épris ; mais son amour perçait néanmoins sous cette froideur apparente, et au milieu de mes douleurs, j’en étais cependant vivement touchée. Quelques mois s’écoulèrent. Mon affliction, soumise à l’épreuve du temps, ce grand consolateur, avait pris une teinte plus calme, une nuance moins sombre. La mort habitait dans mon cœur, mais elle ne se trahissait plus par le désespoir. Le vicomte avait suivi d’un œil attentif cette lente transition chez moi : il pensa que ma do


