Vendredi 12 juillet 2012. Oléron. Saint-Palais-sur-Mer.En effet, Guillaume avait été invité à Saint-Denis-d’Oléron au mariage de Muriel, la sœur d’un jeune Charentais, Guy Noais, qui, dans une enquête antérieure, l’avait aidé à confondre et à arrêter un réseau de passeurs d’immigrés clandestins à Carantec.1 Son amie Stéren, alors secrétaire au commissariat, sa petite étoile du soir, dont le mari, ingénieur aux pétroles, était une fois encore en déplacement aux antipodes avait réussi à se libérer et à l’accompagner. Elle avait dû placer ses deux jeunes enfants auprès de leurs grands-parents paternels au prix de mensonges et de laborieuses contorsions diplomatiques et avait prétexté un stage de formation. Guillaume, au mois de mars, bien à l’avance, avait loué un petit appartement face à la plage de Saint-Palais-sur-Mer. Ils prenaient des bains de mer, pourtant encore bien fraîche, alternaient grasses matinées agréables et petites excursions dans la région. Ils avaient visité le zoo de La Palmyre et avaient pris le bateau pour le phare de Cordouan, dans l’estuaire de la Gironde, que Guillaume avait déjà visité quelques mois auparavant. Ils restaient longtemps attablés aux terrasses, à regarder les gens passer et à contempler la mer derrière leurs lunettes de soleil.
Mais la tête sur son épaule n’avait plus le même poids, ni ses baisers la même chaleur. Guillaume ressentait comme une retenue, une nuance. Elle semblait toujours inquiète pour ses enfants, et remplie de méfiance vis-à-vis de son mari et de ses beaux-parents. Elle n’était plus tout à fait là. Elle avait des réactions nouvelles, semblait avoir peur et regardait autour d’elle comme si quelqu’un pouvait les voir ou les surprendre. Plus intimement aussi, et même aux moments les plus secrets de leur relation, Guillaume percevait une modification de son comportement, une sorte d’absence, de distance et comme une volonté ou une nécessité, sinon de se détacher de lui, du moins de le garder à distance. Il s’en désolait secrètement, souffrait en silence, meurtri au plus profond de lui-même, et il se disait que tout cela augurait, pour eux, d’un avenir compliqué et incertain.
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