Morlaix. Juillet-décembre 2012.

496 Mots
Morlaix. Juillet-décembre 2012.Puis, tout alla très vite. À l’automne, Steren avait demandé sa mutation pour Marseille, sans en parler à Guillaume, l’avait obtenue et était partie fin décembre. Son mari, Jean-Christophe, semblait lassé des voyages et en avait assez de courir le monde. Il avait contracté, dans le Golfe Persique où il travaillait au pétrole, une infection amibienne qui l’avait amoindri et dont il n’arrivait pas à se débarrasser. Il avait trouvé un travail en métropole, avait été reclassé comme ingénieur dans une raffinerie Total de Fos-sur-Mer. Guillaume supposait aussi qu’il avait eu vent de sa liaison avec Stéren. Chacun sait que la lettre et le téléphone anonymes sont, en France, une sorte de sport national. Stéren avait donc été nommée dans un commissariat du quartier Nord de Marseille. Pour Guillaume, ce départ, de toute évidence, marquait la fin de leur liaison, même si chacun d’eux s’entretenait et entretenait l’autre dans l’illusion qu’ils pourraient se revoir à l’occasion, de temps à autre, peut-être même assez régulièrement, malgré la distance et tous les obstacles maintenant dressés sur leur route. Guillaume sentait très bien, même s’il se refusait encore à l’admettre, que leur bel amour s’en allait vers des horizons morts. Il avait du mal à accepter de reconnaître qu’il avait fait son temps, qu’il n’avait été qu’une étape de la vie de Stéren et, pour ainsi dire, un épisode, un petit épisode, peut-être parmi d’autres… Guillaume n’aimait pas les aventures. Au départ de leur liaison, Stéren lui avait expliqué qu’entre elle et son mari tout était fini depuis des années, qu’il n’était jamais là et, quand il lui arrivait de revenir à la maison et d’y rester quelque temps, ils vivaient comme des étrangers l’un à l’autre, surtout qu’ils ne couchaient plus ensemble depuis longtemps, qu’ils faisaient même chambre à part et qu’ils n’avaient plus aucun sentiment l’un pour l’autre, mais qu’ils étaient obligés de tenir compte de leurs deux enfants et de leur avenir. Elle soupçonnait même son mari d’avoir profité de ses nombreux voyages à l’étranger pour mener une vie amoureuse et sexuelle bien à lui. Guillaume, compte tenu de ces confidences, avait donc abordé cette liaison en toute confiance et sans excès de culpabilité, mais à présent, il commençait à comprendre qu’elle lui avait menti dès le départ, du moins par omission et par commodité, qu’elle n’avait pas tout dit, par calcul ou peut-être même par amour pour lui, et gardé pour elle une partie de la vérité. Il comprenait maintenant que Stéren et son mari s’entendaient fort bien, et même dans toutes les circonstances de l’existence, et qu’il n’avait été qu’un intermède, peut-être même une simple récréation pour elle. Ils décidèrent pourtant de se revoir à Sanary-sur-Mer, dans le courant du mois de juin et Guillaume prévit une semaine de congés et s’organisa. Il retint une chambre à l’Hôtel de la Tour sur le port de Sanary et réserva une place dans l’avion de la compagnie Ryanair qui faisait la liaison quotidienne Brest-Marseille et retour. Puis il attendit cette date, soucieux et dévoré de doutes que ne dissipaient pas quelques coups de téléphone rituels, qui n’étaient ni rassurants ni très personnels. Ce n’étaient plus que de simples échanges de banalités… Mais, heureusement, Guillaume était quotidiennement absorbé par son travail et ses enquêtes en cours. Ainsi, les semaines puis les mois passèrent… * * *
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