Chapitre 3 — Suite
— Tu as baissé les yeux, dit-il, comme on note une faute dans un cahier.
— J’ai évité un conflit inutile, je murmure.
— Mauvaise réponse.
Il avance. Sa main attrape mon menton, l’oblige à se lever vers lui. Je sens la colère contenue dans sa poigne, mais aussi cette froideur qui me glace plus encore.
— Quand ma mère te parle, tu réponds. Tu ne t’éteins pas comme une petite chose qu’on pose dans un coin. Tu portes mon nom, Alina. Et mon nom… ne baisse pas les yeux.
Je voudrais reculer, mais son corps se rapproche, m’emprisonne contre le mur. Son parfum mêlé au cuir me coupe la respiration.
Ses lèvres frôlent mon oreille.
— Tu crois que tu peux me défier en silence ? Tu crois que je ne vois pas tes mains trembler quand elle te parle ?
Je ne réponds pas. Ça ne sert à rien. Et il le sait.
Sa main glisse à ma nuque, me forçant à rester immobile. Il m’embrasse, mais ce n’est pas un b****r. C’est une prise, une possession. Ses dents effleurent ma lèvre, juste assez pour y laisser une brûlure.
— Ce soir, dit-il, tu vas comprendre ce que ça veut dire… m’appartenir.
Il m’entraîne vers le lit, me pousse sur le matelas avec cette assurance qui ne laisse aucune échappatoire. Mon corps rebondit légèrement, et déjà il se penche au-dessus de moi, ses genoux encadrant mes hanches.
Ses mains défont ma robe comme on déchire un emballage, sans ménagement. Le tissu glisse sur mes bras, tombe au sol. Je frissonne, mais pas de froid. De cette conscience aiguë que je ne contrôle plus rien.
— Regarde-moi, ordonne-t-il.
Je le fais. Par peur. Par réflexe.
Ses yeux ont cette teinte sombre qui annonce qu’il ne s’arrêtera pas. Il me saisit par les hanches, m’attire à lui, ses doigts s’enfonçant dans ma peau comme pour m’ancrer dans cette réalité : sa réalité.
Je sens la pression de son corps, la chaleur écrasante, sa respiration qui se mêle à la mienne. Il s’empare de ma bouche encore, plus fort, m’arrachant un gémissement que je voulais retenir. Il s’en nourrit, un sourire cruel effleurant ses lèvres.
— Voilà… tu commences à comprendre.
Ses mains explorent, pressent, exigent. Je me débats un instant, mais sa force est implacable. Il capture mes poignets d’une seule main et les bloque au-dessus de ma tête. L’autre descend, lente, calculée, jusqu’à ce que je perde le souffle.
Je ferme les yeux.
— Ouvre-les. Tu me regardes, ou tu ne respires pas.
Je les ouvre. Il plonge dans mon regard comme on plonge une lame. Chaque mouvement est précis, mesuré, mais brutal. Mes sens se brouillent entre la douleur et la chaleur, entre l’humiliation et quelque chose que je refuse de nommer.
— Dis-le, Alina… à qui tu appartiens.
Je secoue la tête.
Sa main resserre sur mes poignets. Il répète, plus bas, plus tranchant.
— Dis-le. Maintenant.
Je cède.
— À toi…
Un souffle satisfait quitte sa gorge. Et il continue, plus fort, comme pour marquer cette soumission dans ma chair. Le matelas grince, mes muscles se tendent, mes pensées éclatent en fragments incohérents.
Je veux que ça s’arrête. Je veux comprendre pourquoi une part de moi se refuse à le supplier.
Quand enfin il s’immobilise, son front contre le mien, il reste là, quelques secondes, son souffle lourd caressant ma joue.
— N’oublie jamais, dit-il, que ton corps et ton nom m’appartiennent. Et bientôt… ton ventre aussi.
Il relâche mes poignets. Mes bras retombent, engourdis. Il se lève, remet sa chemise avec une lenteur presque indifférente, comme si rien ne venait de se passer.
Je reste allongée, les yeux fixés sur le plafond. Pas une larme ne coule. Pas ce soir.
La porte se referme derrière lui. Et dans le silence, je sens battre à nouveau cette idée, au fond :
Pas encore… mais jamais sans mon consentement.