J'aurais dû mourir sur le barrage, j'avais surement tué ma sœur ainsi que ma mère en le faisant exploser.. Le sol s'était craquelé, la terre s'était ouverte sous mes pieds et m'avait avalé, le repos éternel m'attendait enfin. Sauf que ce ne fut pas le cas, j'ai survécu à cela, me réveillant sur le rivage, de l'eau dans mes poumons et de la terre dans ma bouche mais surtout tout seul..
Cela faisait d'ailleurs peut-être bien une heure que je regardais ce que j'avais causé tout en me demandant ce que j'allais pouvoir bien faire à partir de maintenant, survivre surement, après tout c'était la seule chose à faire..
Je me levais finalement, mes vêtements étaient encore trempés et la nuit allait bientôt tomber, il fallait que me mette à l'abri sinon j'allais soit me faire dévorer par des morts-vivants, soit me faire tuer par des survivants..
Le silence de la nuit ainsi que l'obscurité ne m'apportaient ni apaisement ni peur, je ne ressentais toujours rien depuis l'explosion, mon esprit ne s'était pas encore ajusté à la gravité des évènements ayant survenu. Qu'allait-il se passer par la suite pour moi ? Allais-je survivre en étant tout seul, sans vivres ni armes ? J'avais peut-être seulement gagné en sursis en ne mourant pas dans cette explosion, et en plus de cela j'avais les seuls membres de ma famille restantes, mais je n'avais pas eu d'autre choix que de faire ce que j'avais fait..
Cela faisait un petit moment que je marchais, j'étais arrivé dans une forêt, les arbres me rendaient moins visibles mais me cachaient également la vue, j'étais à la fois vulnérable et avec l'avantage du terrain.. L'explosion avait dû attirer l'attention des vivants et des morts, j'espérais seulement ne pas en croiser sur la route.
L'instinct de survie est quelque chose d'incroyable, c'est ce qui, en ce moment même, me poussait à m'accrocher à la vie alors qu'il ne me restait plus rien désormais.
Mon espoir de tranquillité fut anéanti en apercevant une lumière à seulement quelques mètres de ma position, et au vu de son vacillement, c'était un feu de camp. Je n'avais aucun moyen de défense si ce n'était un surin, je devais faire avec..
- Qui va là ? Montrez-vous !
J'avais fait à peine un pas que la voix masculine avait retentit, normal en même temps je venais de marcher sur une brindille, super la discrétion ! Je maudissais ma malchance ainsi que mon manque de vigilance et sortait de derrière un arbre.
Un type d'à peu près mon âge braquait un fusil sur moi, il était brun aux yeux clairs, je ne pouvais pas bien voir la couleur de ses iris dans la quasi-obscurité, il était plus petit que moi en taille mais l'arme à feu qu'il avait dans les bras me disait clairement que je ne pouvais pas prendre le dessus, même s'il était tout aussi mince que moi..
- Doucement, ne nous énervons pas ! Je ne cherche pas les ennuis..
- Comment tu t'appelles ?
-.. Nick..
- Ok Nick, moi c'est Quentin, viens t'asseoir autour du feu !
-.. Tu n'as pas peur que je t'attaques ? Tu donnes ta confiance assez vite je trouve.
- Non c'est totalement différent, tu es un inconnu et je n'ai pas confiance, mais tu es trempé de la tête au pied et tu trembles de froid, je ne suis pas sans coeur alors viens te réchauffer, j'ai le sentiment que tu ne m'attaqueras pas. Dit-il un rire dans la voix.
Je relâchais ma garde et m'autorisais un petit sourire, il était étrange mais je l'étais également pour de nombreuses personnes alors bon. Et puis au moins il ne se montrait pas hostile, si j'en oubliais le fusil..
Je pris place en face de lui près du feu, la chaleur des flammes était agréable et effectivement j'avais bien besoin de me réchauffer. Je pouvais sentir son regard sur ma personne, il me scrutait et m'analysait dans les moindres détails, cherchant sûrement à savoir si je représentais une réelle menace malgré sa première impression sur moi.
- Tu viens du barrage n'est-ce-pas ? Me demanda-t-il
- Qu'est-ce qui te fais dire ça ?
- Alors de un tu es trempé et de deux tu es arrivé en empruntant le chemin menant au barrage et comme cette explosion n'est pas vraiment passé inaperçu, il suffit d'un peu de bon sens pour assembler les pièces du puzzle.
Tu es seul je présume ?
Je hochais simplement de la tête, il n'avait pas tort et même un idiot aurait été capable de dire que je venais du barrage. Je poussais un soupir, j'avais froid, mal de partout et la fatigue m'envahissait doucement. Je voulais juste m'endormir et ne jamais me réveiller afin de sortir de ce cauchemar éveillé..
-.. Dorénavant tu n'es plus seul, repose toi demain nous aurons un peu de chemin à faire afin de rejoindre mon refuge.
- Je te demande pardon ?
- Je te l'ai dit, je ne suis pas sans coeur, je ne vais pas t'abandonner, dans ton état actuel tu risques de mourir dans les deux jours à venir. Et puis la compagnie humaine me manque, alors entraidons nous !
-.. D'accord essayons cela...
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Malgré ma réserve et ma méfiance sur Quentin au premier abord, cela faisait désormais bientôt trois mois que nous vivions, ou plutôt, survivions ensemble et cela sans aucun problèmes. Au départ la cohabitation n'avait pas été des plus faciles, entre lui qui n'avait plus l'habitude de vivre avec quelqu'un et moi qui n'est pas des plus sociales, les débuts étaient gênants mais au bout d'un mois tout allait pour le mieux.
Son refuge était un chalet perdu dans la forêt, il était bien caché par la végétation et tout le périmètre était remplit de pièges repoussant les intrus s'aventurant un peu trop près.
Je m'étais surpris en me rendant compte que je me sentais chez moi dans ce refuge et que je me sentais tellement bien aux côtés de Quentin, avec qui je partageais le lit par manque de place d'ailleurs, ça aussi cela avait été très gênant au début mais maintenant je m'y étais habitué et lui aussi.
En parlant du loup, il était sorti chasser il y avait un petit moment et n'était toujours pas rentré, je commençais à m'inquiéter pour lui, nous étions peut-être un peu plus en sécurité dans le chalet mais pas à l'extérieur
- On est inquiet pour moi ? Me chuchota-t-il à l'oreille
Je fis presque un bond en arrière, quand est-ce qu'il était rentré, je ne l'avais pas entendu !! Je me retournais et le poussait doucement afin qu'il recule et s'éloigne un peu. Il était trop proche sinon et dernièrement j'essayais de comprendre certaines choses qui m'arrivaient..
- Bordel Quentin ne rigoles pas avec une telle chose !
- Eh tout va bien je suis en vie et j'ai rapporté deux lapins !
Je l'observais, septique, il me disait que tout allait bien et certes il était en vie, mais l'hématome frais sur sa joue ainsi que les déchirures de sa peau sur ses jointures me disaient qu'il avait rencontré des problèmes.
Je pris délicatement sa main entre les miennes et caressait de mon pouce sa peau abîmée, il prenait toujours des risques parfois inconditionnés et ne se souciait pas de sa propre santé et protection, plaçant la mienne au-dessus de la sienne.
- Que s'est-il passé ?
- Rien de grave, j'ai croisé un groupe de types chassant également mais qui manquaient de mon talent inné ! Enfin, ils ont voulu savoir d'où je venais puis alors que j'avais réussi à calmer la situation, l'un d'eux m'a sauté dessus, sûrement dû à mon charme ! Je me suis défendu avant de foncer pour revenir auprès de toi. Et je vois que j'ai bien fait car tu m'attendais telle une femme attendant son mari.
Il prenait toujours les choses à la légère également et malgré mon envie de le frapper pour lui remettre les idées en place je me mis à rougir à ces dernières paroles, car il avait entièrement raison.. Je l'avais réellement attendu comme une femme au foyer attendu le retour de son homme et j'avais honte de cela, après tout ce que j'avais traversé je me reposais de plus en plus sur Quentin, m'enfermant presque dans le chalet !
J'allais lui répondre quand un cri retentit, comme si quelqu'un venait de se faire attraper dans l'un de nos pièges.. Je lançais un regard noir à Quentin, il s'était fait suivre..
- Oh. On dirait que je n'ai pas été le plus prudent !
- Non tu crois ?!
- Ne paniques pas Nick, tout va bien se passer !
- Eh ! Mec, sors de là ! Je savais que tu vivais là-dedans, on t'a vu faire des allers-retours ces derniers jours. T'as une fille avec toi ? Les gars et moi on manque de compagnie et on aimerait un peu de confort si tu vois ce que je veux dire !
Ils se mirent à rire et un frisson me parcouru le corps, une belle b***e de porcs, je ne voulais pas savoir ce qu'il était arrivé aux pauvres filles ayant eu le malheur de croiser leur route..
Quentin allait répondre mais je plaçais rapidement une main sur sa bouche, je ne savais pas ce qu'il allait dire mais je préférais prendre les devants pour le coup.
- Je ne sais pas ce que vous voulez mais nous n'avons rien à vous offrir alors repartez d'où vous venez !
- Ce n'est pas la voix d'une fille ça ! Bordel ça devient difficile de b****r maintenant ! Où sont passés les femmes ?!
Et je crois que vous avez quelque chose à nous offrir, l'ami. Vous semblez bien cozy là-dedans, ce serait égoïste de votre part de ne pas partager vos ressources et de nous laisser dehors alors que vous êtes à l'abri. Nous devons nous aider en ces temps durs.
Nous échangions les regards, les problèmes se profilaient à l'horizon.. Ce type n'essayait même pas de paraître sincère et cela n'allait pas bien se terminer. Nous avions pu éviter les ennuis pendant un mois mais bien évidemment notre tranquillité n'allait pas durer, c'était impossible désormais..
- Je dois me répéter encore une fois, mais nous n'avons rien à vous offrir alors partez !
-.. Mon ami à la jambe bousillé à cause de votre piège, laissons-nous nous reposer pour la nuit au moins.
- Je ne crois pas non.. Dégagez tout de suite ! Dit Quentin qui avait réussi à enlever ma main.
- Bon très bien..
Je m'approchais un peu plus de la fenêtre du salon juste au moment où le groupe de quatre hommes braquaient leurs armes en direction de la maison et se mirent à tirer, je fus plaqué au sol par mon compagnon d'infortune qui me fourra une arme entre les mains.
- Dès qu'ils rechargent on tire d'accord ? Me glissa-t-il à l'oreille, l'anxiété évidente dans sa voix.
- Ouais ok..
Les balles volaient au-dessus de nos têtes et je savais que les dégâts seraient considérables et que cela mettrait énormément de temps pour tout réparer.. Ils cessèrent de tirer et nous nous relevâmes à l'unisson tirant dans leur direction. Deux tombèrent sous nos balles, tandis que leur leader et un autre type se jetèrent dans les fourrés, hors de notre champ de vision.
Le silence retomba alors, ce dernier ne durerait pas longtemps les coups de feu ayant attirés l'attention des rôdeurs, mais en attendant le manque de bruit était assez effrayant car on pouvait sentir l'épaisse tension qui pesait.
- m***e ! Où est-ce qu'ils sont ?!
Nick va voir la porte de derrière ! Ils sont débiles mais n'importe qui aurait l'idée de se rendre à l'arrière ! Si jamais ils sont là, cri ou tire et j'arrive mais ne joue pas les héros !
- Je sais me défendre Quentin !
Il m'exaspérait parfois mais j'obtempérais tout de même et me dirigeais vers l'arrière de la maison. Je sentais l'adrénaline me gagner ainsi que la peur, tout pouvait arriver à partir de maintenant. Les attaques d'êtres humains étaient bien plus dangereuses que celles des rôdeurs..
Accroupis je m'approchais de la porte, une main sur la poignée prête à l'ouvrir, mais on l'ouvrit avant moi et je fus violemment poussé en arrière, mon revolver glissa à quelque part dans la pièce alors que j'essayais de me remettre du coup, ma tête vrillait douloureusement, bien trop douloureusement..
- Vous auriez dû nous laisser entrer, maintenant je vais faire en sorte que ta mort ne soit pas la plus douce.
Vif comme l'éclair, ce type se jeta soudainement sur moi et encercla ma gorge de ses mains, je tentais de me défaire de son emprise mais il avait mis tout son poids sur mon corps, me maintenant au sol. Je sentais l'air s'échapper de mes poumons et ma vision se troubler, où était le deuxième type, était-il avec Quentin ?! Alors que cris et coups de feu retentirent autour de moi, je perdis connaissance me laissant avaler par les ténèbres..
- NICK !!!
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- ick ? Nick tu te réveilles enfin !
Le visage encore flou de Quentin apparu dans mon champ de vision, j'étais allongé sur le lit, j'étais donc à l'étage il devait m'avoir transporté..
Un rire s'échappa de mes lèvres, ce fut plus fort que moi, je me sentais exactement comme après l'explosion du barrage, aussi misérable et affaibli, sauf que cette fois-ci, j'avais mal à la gorge.
- Quentin ?
Ma voix était rauque et cassée et immédiatement après que j'eu parlé, un verre d'eau me fut tendu. Je l'acceptais avec joie et le but c*l sec, le liquide froid apaisant la sécheresse mais ayant quelque peu du mal à passer.
- Quentin, que-que s'est-il passé ?
- Tu t'es fait attaqué par ce c****n qui a essayé de t'étrangler mais heureusement, et après avoir tué son ami, je t'ai sauvé Bordel je t'avais dit de crier ou de tirer si quelqu'un venait ! Tu aurais pu mourir Nick tu t'en rends compte, j'aurai pu te perdre et je-! Nick ! Tu m'aurais quitté pour toujours et plus jamais-! m***e !
Je ne l'avais jamais vu autant énervé et paniqué à la fois, lui qui était sans cesse calme et arrivait à rire sur la pire des situations. Mais là il semblait juste être une boule de nerf à vif.
- Quentin calme-toi, comme tu le dis toujours si bien quand ça te concerne : tout va bien et je suis en vie alors-!
Je ne pus pas finir ma phrase car il attrapa le col de mon t-shirt et me tira vers lui afin de plaquer ses lèvres contre les miennes, je ne laissais pas le temps au choc de prendre le dessus et répondit immédiatement à son b****r, maintenant je comprenais ce que j'éprouvais pour lui depuis un petit moment. Les actions avant les mots, c'est toujours mieux..
- Nick je.. S'il-te-plaît ne te mets plus jamais en danger ainsi.
- Je devrais être celui qui dis cela..
Mais essayons donc cela..
- D'accord faisons cela..
Il m'embrassa de nouveau et je sentis un sourire s'étirer sur ses lèvres tout comme les miennes. Je devrais manquer de mourir plusieurs fois, après tout cela m'apportait de belles choses..