Un moment de patience dans un moment de colère, empêche mille moments de regrets.
Le médecin nous a permis de voir mon père je laisse ma mère et mes frères le voir d'abord. J'ai tellement honte de moi que je n'ose pas m'aventurer dans la chambre pour le voir, lui parler dans son profond sommeil. Je me retrouve avec Awa dans la salle d'attente les yeux rouges et gonflés: j'ai assez pleuré.
- Explique moi!
Je la regarde un moment et je lui raconte tout ce qui s'est passé avec Moctar, décrivant mes sentiments, parlant de mes regrets: une confession en quelque sorte.
- Tu ne devais pas le faire, tu le sais. Mais ne culpabilise pas ce qui arrive à papa n'est pas ta faute il a toujours été souffrant tu sais. Ses problèmes de coeur l'ont toujours dérangé. Mais tu sais qu'ils sont très fâchés contre toi.
- En ce moment je n'ai nullement besoin qu'on se fâche contre moi!
- Nafi faut que tu comprennes que ce que tu as fait est mal...
Avant qu'elle n'eût le temps de terminer ma famille se dirige vers nous.
- Vous pouvez aller le voir.
Fatou a le visage renfrogné. Mais je la comprends.
Nous nous levons et rentrons dans la chambre de mon père Awa et moi. On salue les autres patients. Dès que je vois mon père allongé là sur le lit un sentiment indescriptible me gagne. Awa n'a pas pu supporter cela et sort de la chambre presque en courant. Je pose ma tête sur son bras et chuchote:
- "Papa, papa stp réveille toi et pardonne moi. J'ai besoin de toi, de ton soutien, de ton réconfort, de tes conseils, de savoir ce que tu penses de ça. Je te promets de me tenir tranquille désormais. Je t'aime papa. Tu m'as toujours dit que tu ne m'abandonneras jamais."
Je n'en pouvais plus, je l'aime de tout mon coeur. Il a toujours été là pour moi, il a toujours pris ma défense. J'étais sa fille préférée, sa princesse, la prunelle de ses yeux, son rayon de soleil... Il m'a aimé comme personne lui et maman. Que ferais-je sans lui à mes côtés pour me comprendre, pour me soutenir, me conseiller, m'aider à me relever? La tête posée sur le lit, je pleure. Je sens une main dessus, je soulève doucement la tête. Mon père, il me regarde, ce regard si doux m'avait manqué.
- Papa. J'essuie mes larmes
- Nafi, ma petite Nafi
Je n'ai pas perdu mon père au moins lui sera toujours là pour moi à me soutenir et à m'aimer peu importe la bêtise faite et son ampleur. Au moins lui, il essaie de me comprendre, de me trouver une raison.
- Papa... attends... je suis trop contente de te voir... je vais aller appeler maman et les autres
- Non, en me retenant. Il tousse mais s'efforce pour parler. "Nafi je t'aime mais promets moi une chose"
Je regarde l'autre patient à côté de mon père dort. Je regarde mon père:
- Oui papa
- Que tu t'occuperas de ta mère...que tu resteras... tranquille et... que tu garderas le bébé... que tu t'occuperas bien de lui et que tu continueras d'avancer la tête haute et ignore tes ennemis
- Papa je ne comprends pas tu seras là pour m'aider à accomplir tout sa. J'essuie mes larmes.
Il a les yeux fermés et sa main posée sur la mienne se refroidit. Je ne comprends pas et... puis...
- "Papa" je le secoue "Papa"
Il ne bouge pas je regarde l'autre patient qui se lève pour s'assoir et me regarde les yeux pleins de larmes. J'appuie mon doigt sur son cou pour sentir ses pulsations mais rien. Je commence à paniquer. Mes larmes commencent à monter et je cours appeler le médecin, je vois flou.
Le médecin ressort de la chambre de mon père avec une mine triste. Il nous annonce que... non... je ris j'ai un rire nerveux. Mon père est mort. Il m'a laissé là quand j'avais le plus besoin de lui. Je tombais raide sur le sol froid de l'hôpital, devant la chambre de mon père. Je ne me pardonnerai jamais ce que je lui ai fait. Je l'ai tué.
Mes soeurs pleurent, ma mère se lamente tout ça c'est ma faute. Mes frères ont un visage fermé même le plus petit. Thierno appelle, sûrement pour annoncer la nouvelle. On va l'enterrer tout de suite.
Papa pourquoi tu m'as abandonné? Que vais-je faire? Qui me montrera le droit chemin? Maman? Non elle est bouleversée, elle ne sait plus quoi faire! Tu lui tenais à coeur, elle t'aimait. Je me rencontre maintenant de la chance que j'avais. Là j'ai perdu mon père et j'ai tellement mal au coeur, j'ai envie de me suicider, je n'ai plus goût à la vie, la douleur est trop forte. Je sors mon téléphone les larmes aux yeux et envoie un message à Aïda et Moctar puis je l'éteins. Il faut que je sois forte, il faut que je sois forte, il faut que je sois forte, il faut que je sois forte, je ne dois pas craquer non je ne dois pas craquer... je souffle mais la douleur est là toujours présente, j'ai l'impression que je vais étouffer, que je vais exploser, je suis en colère contre moi-même, j'ai envie de crier, de jeter des choses, de m'arracher les cheveux, de crier mais je n'es plus aucune force... aucune. Trente minutes après Aïda et Moctar sont là. Ils me ramènent à la maison je suis dans la chambre et je crie enfin mais j'ai envie de mourir. Moctar me serre fort. Et Aïda pleure dans un coin.
Les hommes sont partis au cimetière pour enterrer mon père. La maison est remplie et les gens viennent présenter leurs condoléances à ma mère. Quelques femmes sont entrain de préparer les repas et du "nakk". J'ai un voile sur moi et je pleure silencieusement. Quelques femmes discutent tranquillement, j'ai juste envie de leur sauter dessus et de leur faire avaler leur sourire. Elles viennent à un enterrement ou à une réunion pour raconter leurs commérages? Je ne peux pas aller dans ma chambre parce qu'il y a des personnes là bas aussi. Ma cousine Kyara m'aide à me lever et me conduit chez elle c'est la même rue. Elle me sers un verre d'eau et insiste pour que je m'allonge. Je ferme les yeux, les larmes coulent, je me laisse bercer par les bras de morphée.
* * *
Deux semaines après les obsèques je n'avais toujours pas digéré la mort de mon père. Je n'ai toujours pas dit à Moctar pour notre bébé et à Aïda que j'étais enceinte. Quand on a fait le test je ne lui ai rien dit. Oui, je lui ai menti. Je ne vais plus à l'école, j'ai décidé d'arrêter car de toute façon tôt ou tard je l'aurai fait non? Avec une grossesse sur les épaules je ne peux pas combiner les deux. Malgré l'insistance de ma famille, j'ai arrêté je ne suis pas revenue sur ma décision. Donc je reste à la maison, je m'occupe des fois des tâches ménagères, je m'occupe de ma mère sachant qu'elle est malade et qu'elle ne s'est pas remise de la mort de mon père. Je ne veux pas que sa santé s'aggrave. Et je cuisine aussi. J'ai décidé de chercher un travail après mon accouchement, je ne sais pas encore. Je veux que mon enfant soit dans de bonnes conditions je veux le meilleur pour lui. Il y a une certaine tension à la maison mais au moins mes frères me parlent maintenant et je préfère ça. J'en suis à mon deuxième mois et j'ai prévu d'annoncer la nouvelle à Moctar aujourd'hui même. Fatou, Awa et son mari et moi bien-sûr iront nous présenter aux parents de Moctar ce soir, j'ai hâte. Depuis la mort de mon père je sourie de moins en moins et je deviens taciturne. Mais je vais changer, essayer de me reprendre en main, être la Nafi d'avant, celle qui se relève après une chute telle qu'elle soit.
Le soir, après la prière de timis, nous nous préparons pour y aller, je ne l'ai pas prévenu je veux lui faire une surprise: la surprise de sa vie.
Nous avons eu un acceuil chaleureux. Mon beau-frère commence:
- "Vous devez sûrement vous demander quel est l'objet de notre visite. Alors je ne vais pas tourner autour du pot. Moctar et Nafi se connaissent depuis bientôt quatre ans je crois. Et ils ont montré à tout le monde qu'ils s'aimaient vraiment. Maintenant Dieu l'a voulu ainsi: Nafi est enceinte et vous devinez qui est le père de l'enfant qu'elle porte!"
Moctar est choqué, je le comprends un peu mais il n'a pas l'air heureux, enthousiaste à l'idée de devenir papa. Il présentait un regard impassible et sa mâchoire se crispait.
- Quoi! Non elle ne peut pas être enceinte, en tout cas pas de moi!
- Moctar soit réaliste, dis ma soeur énervée.
- Et vous voulez quoi hein. Il se lève.
- On veut quoi Moctar Cissé? Quelle question! On veut que tu assumes, que tu reconnaisses l'enfant et que tu épouses ma soeur, crie Fatou
- "Wow wow attendez c'est pas ma faute si elle a joué à sa p**e"
Attendez j'ai raté un épisode ou quoi? Il vient de me traiter de p**e, connait-il la définition de ce mot pour me traiter ainsi. J'avoue qu'à cet instant je ne reconnaissais plus mon Moctar. Où est passait l'homme qui disait m'aimer, qui était tendre avec moi, qui disait être prêt à tout pour moi, qui disait m'admirer? Je ne comprends plus, j'ai mal au coeur. Mon amour, mon premier vrai amour s'est brisé en mille morceaux. Est-ce Moctar? Je sens comme un poids sur mon coeur. Je ne sais si je pourrais me relever après ça. Aurai- je la force d'élever seule mon bébé? Sans père. Je me lève les yeux grands ouverts plaqués sur cet imbécile, cet hypocrite. Je lui colle une gifle bien bonne.
- "Une p**e? Après m'avoir enceinté oui. Un enfant se fait à deux mon cher. Tu as ta part de responsabilité et tu dois l'assumer. Oui j'ai oublié tu n'es pas un homme. Tu sais, ce n'est rien, tu n'es qu'un tas de m***e. Je ne sais pas comment j'ai pu être aussi aveugle. Je maudis le jour où j'ai posé les yeux sur toi Moctar Cissé car tu n'es qu'un fils de p**e. Mais je ne te dirai rien je ne vais pas m'attarder à vouloir te faire la morale."
Oui je l'ai insulté devant ses parents. Je pense qu'ils étaient dépassés par les événements c'est pour ça qu'ils n'ont rien dit à leur fils adoré. Quand je lui parlais un flot de larmes coulait et je les essuie du revers de ma main. Je me retourne pour sortir de cette maison, j'étouffais. Je me sens blessée, insultée. Je prie pour que Moctar me retienne mais je sais que je peux toujours rêver debout. Je regrette d'avoir aimé cet homme, je m'en veux de mettre donné au mauvais garçon.
Nous arrivons à la maison bredouilles, mon coeur me fait mal. Tout est mélangé dans ma tête et je me couche priant que tout ceci ne soit qu'un cauchemar en fin de compte.
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