secteur privé.
— C’est vrai ! Nous ne sommes là que pour une mission déterminée, ajouta Sofia. Tout ce qui est de l’ordre du divertissement et de défoulement n’est pas notre fort.
— Quel genre de travail voulez-vous qu’on vous offre, mesdemoiselles ? demanda le patron, qui parait tombé si vite sous le charme de Sofia et il n’est pas exclu qu’il va s’enticher d’elle. Mais, dites-moi, quel niveau d’instruction avez-vous ?
— Nous avons le bac, répondit Sofia timidement.
— Ecoutez-moi bien ! Nous sommes depuis plusieurs mois à la recherche de deux jeunes filles qui occuperont le poste de réceptionniste. Nous avons déjà fait des annonces dans les médias et avons reçu plusieurs dossiers de postulantes à ces postes. Toutes celles, avec qui nous avons fait l’entretien d’embauche, n’étaient pas à la hauteur de nos exigences. Quant à vous, je pense que vous êtes le type de personnes qui retient mon attention. Si vous voulez exercer le rôle de réceptionniste, vous devez nous soumettre votre dossier pour approbation. Je vais en personne me charger de vous faire l’entretien d’embauche. Qu’en pensez-vous ?
— Laissez-nous le temps de réfléchir, monsieur, dit Sofia.
— Réfléchir à quoi ? demanda le patron, impatient de s’emparer de cette beauté du jamais vu, celle qui va devenir peut-être sa dulcinée.
— A votre proposition, répondit Sofia, qui ne sait quoi dire pour ne pas rater cette opportunité.
— Moi, lança Bouchra, je n’ai pas besoin de réfléchir. Dites-moi, monsieur, toutes les pièces du dossier dont j’aurai besoin.
— Vous les aurez toutes. Ne vous en faîtes pas. Pour vous simplifier les choses, je vous donne ma carte de visite où est inscrit mon numéro de téléphone et celui de la réception de l’hôtel dont je suis le proprio et le directeur en même temps. Mon prénom comme vous le voyez sur ma carte de visite est Karam. Je suis de nationalité française, mais d’origine libanaise. Vous pouvez m’appeler quand vous voulez. Je vous répondrai à la première sonnerie de téléphone. Mais, tenez-vous tranquille ; c’est moi qui vais vous appeler pour l’entretien d’embauche. Dès aujourd’hui, restez à l’écoute et ne vous éloignez pas de vos mobiles. Mais avant de partir, remplissez-moi ces deux fiches de renseignements et ne faites pas d’erreur sur vos coordonnées, compris ?
— Oui, répondit Sofia, l’air convaincu, nous vous avons compris à demi mots et tout est clair et net pour moi, maintenant, et je n’ai plus besoin de réfléchir pour travailler avec vous, monsieur. Votre amabilité m’a tellement motivée à accepter votre offre et à faire tout ce que vous aurez à nous demander, toutes les deux.
— Pour l’instant, je ne vous demande rien qui puisse vous angoisser. N’allons pas plus vite que la musique. Chaque chose à son temps. Je vais ai donné ma parole et je n’y reviens pas.
— Et maintenant que vous avez fini de remplir ces fiches et de répondre au questionnaire, vous pouvez vous disposer si vous n’avez pas de questions à me poser. Tiens ! J’ai failli oublier. Rappelez- moi vos noms s’il vous plait. J’ai un mémoire de poisson rouge. Je veux dire qu’il m’arrive d’oublier vite et cela est dû peut être aux différentes charges que j’assume et au fardeau que je coltine sans compter sur ces fainéants qui m’entourent. J’aimerais bien que vous faîtes partie de mon cercle et que vous gagnerez si vite ma confiance.
— Vous méritez amplement qu’on la gagne, cette confiance, monsieur Karam, dit Bouchra, qui ne cesse dévisager son futur patron.
— Appelez-moi Karam, tout court. Le mot »monsieur » m’intrigue en quelque sorte et je ne préfère pas l’entendre répéter inutilement de la bouche de mes alter égos. Ce que j’exige de mes employés, ne dépasse, en aucun cas, le cadre du travail par lequel ils me sont liés.
— Ok, monsieur ! dit Sofia, d’une voix tellement timide que le rouge lui monta aux joues et que son visage s’empourpra, à force d’émotion.
— Je préfère que tu t’habitues à m’appeler Karam. Mais, je pense qu’avec le temps ton amie et toi, vous allez vous habituez à ma présence familière, tout près de vous, si jamais vous réussissez à mériter le poste que je vous offre.
— Nous l’espérons Karam, conclue Bouchra pour clore cette discussion et pouvoir s’en aller, elle et son amie.
III
En sortant de chez le proprio de l’hôtel Karam, les deux filles se sentaient très réjouies d’avoir tombé sur une personne dont elles n’ont jamais rêvé de rencontrer et de voir pas même en peinture. Est-ce que cette rencontre s’est-elle produite conformément à ce que leur volonté a décidé ? Ou est-ce que ce nouvel horizon leur a été ouvert fortuitement et seulement par coup de chance ? Vont-elles réussir à faire carrière dans le monde de « l’hôtellerie et tourisme » ? Peuvent-elles gravir si vite les échelons pour atteindre leurs objectifs et réussir à rebâtir la vie de leurs parents et les faire sortir du marasme de la pauvreté ? En leur for intérieur et selon leur intime conviction, les réponses à toutes ces questions étaient affirmatives et tout ce qu’elles étaient en train de faire ne présageait rien de mal qui pût les décevoir. Elles savaient déjà leurs origines et d’où elles viennent et, partant, elles devaient se contenter de cette opportunité. Elles ne niaient pas le fait qu’elles faisaient partie intégrante de la diaspora turque en France. Elles connaissaient mieux que personne leur histoire.
Leurs parents, à toutes les deux, racontaient, itérativement et en résumé, que vers les années soixante, après que la France et la Turquie, leur pays d’origine, ont signé un accord bilatéral concernant le recrutement de la main-d’œuvre turque à destination de ce pays européen étranger, plusieurs travailleurs se sont portés volontaires pour faire partie de cette immigration, effectuée à l’époque, non par choix, mais par défaut. Ils ont rejoint cette France pour travailler et finalement retourner dans leur pays d’origine ou rejoindre l’Allemagne au terme de leur contrat. Mais étant donné que la situation n’a pas pu tourner à l’avantage de si simples travailleurs qu’ils étaient, leur parents se sont établis définitivement sur le territoire français.
IV
Kamal est le père biologique de Sofia. Il est né et grandi dans ce pays étranger. Quand ses parents ont atteint le seuil de l’âge sénile, il avait vingt huit ans et était encore célibataire. C’était un homme trapu, de taille normale, cheveux blonds et frisés, visage pourpre et injecté de sang, yeux vifs et brillants, voix rauque, les mains solides, rêches et marquées de cors et de veines apparentes, le dessous des ongles, tous abîmés, était noir de saletés, ses jambes arquées, les talons de ses pieds sillonnés de fissures, pareils à celles d’une peau de chamois sèche, fendillant sous l’effet de soleil tapant. Il était analphabète, doué d’assez peu d’intelligence et de bon sens.
Comme maçon, qui savait, depuis tout enfant, se servir impeccablement d’un fil à plomb, d’une truelle et en particulier d’une taloche pour lisser le mélange ciment sable, savamment proportionné, dans les travaux de finition et de crépissage, il travaillait dans le domaine de construction de bâtiment. Sur les lieux de travail, coiffé d’un casque de chantier, il se comportait comme un vrai combattant, endurant et ponctuel. Son beau visage, tout comme ses bras et ses vêtements, se barbouillait d’éclaboussures du mélange de ciment et de sable mouillé à mesure que ses mains si remuant en appliquaient activement des couches sur les parois des murs. Des gouttelettes de sueur se formèrent sur son front, puis coulèrent sur ses joues et quand la transpiration mouillait davantage son corps et ses vêtements, il se mit à renifler furtivement ses aisselles pour s’assurer de l’intensité de cette mauvaise haleine qui le dérangeait. Au bout de chaque jour, le chef de chantier immédiat contrôlait son travail sans jamais le féliciter ni le regarder d’un œil de satisfaction. Il savait que le travail de n***e qu’il fournissait de gré ou de force et moyennant le salaire modique perçu ne méritait aucune congratulation.
Etant le fils unique de ses parents si vieillissants et maladifs, face à lui-même, il n’en finissait guère de se soucier de l’état gravissime de leur santé précaire et se plaindre du peu d’argent qu’il n’arrive même pas à économiser mensuellement pour continuer à les prendre en charge jusqu’à la mort et assurer en permanence les frais de leur médication.
Son père et sa mère sont bel et bien des turcs issus des couches sociales les plus défavorisées qui soient. Avant d’immigrer en France, ils vivaient tout comme ceux de leur catégorie en de ça du seuil de la pauvreté. Kamal est leur fils unique. Il n’avait pas la chance d’avoir d’autres frères ou sœurs parce que sa mère avait subi une opération chirurgicale des plus compliquées et le médecin qui s’est occupée d’elle lui a avoué qu’elle ne pouvait plus enfanter. Cette nouvelle a choqué toute la famille et personne ne s’attendait aux conséquences fâcheuses qui se sont ensuivies.
visage, tout comme ses bras et ses vêtements, se barbouillait d’éclaboussures du mélange de ciment et de sable mouillé à mesure que ses mains si remuant en appliquaient activement des couches sur les parois des murs. Des gouttelettes de sueur se formèrent sur son front, puis coulèrent sur ses joues et quand la transpiration mouillait davantage son corps et ses vêtements, il se mit à renifler furtivement ses aisselles pour s’assurer de l’intensité de cette mauvaise haleine qui le dérangeait.
Au bout de chaque jour, le chef de chantier immédiat contrôlait son travail sans jamais le féliciter ni le regarder d’un œil de satisfaction. Il savait que le travail de n***e qu’il fournissait de gré ou de force et moyennant le salaire modique perçu ne méritait aucune congratulation.
Etant le fils unique de ses parents si vieillissants et maladifs, face à lui-même, il n’en finissait guère de se soucier de l’état gravissime de leur santé précaire et se plaindre du peu d’argent qu’il n’arrive même pas à économiser mensuellement pour continuer à les prendre en charge jusqu’à la mort et assurer en permanence les frais de leur médication.
Son père et sa mère sont bel et bien des turcs issus des couches sociales les plus défavorisées qui soient. Avant d’immigrer en France, ils vivaient tout comme ceux de leur catégorie en de ça du seuil de la pauvreté. Kamal est leur fils unique. Il n’avait pas la chance d’avoir d’autres frères ou sœurs parce que sa mère avait subi une opération chirurgicale des plus compliquées et le médecin qui s’est occupée d’elle lui a avoué qu’elle ne pouvait plus enfanter. Cette nouvelle a choqué toute la famille et personne ne s’attendait aux conséquences fâcheuses qui ont suivi. Kamal était tout petit et curieux de savoir des réponses. Il posait en permanence à sa mère la question de savoir pourquoi il n’avait pas d’autres frères ou sœurs. Comme Celle-ci ne voulait pas lui dire la vérité à cet âge, elle détournait toutes ses questions à ce sujet en lui disant d’aller jouer au ballon avec ses camarades.
Mais au fur et à mesure qu’il grandissait, Kamal posait la même question à son père quand il l’emmenait jouer au parc. Celui-ci, n’ayant pas pu l’éluder continûment, lui a raconté un jour que sa mère avait une maladie grave. Sans l’intervention des médecins, lui a-t-il expliqué, elle a failli mourir et c’est pour cette raison qu’elle ne pouvait plus avoir d’enfant.
Depuis ce jour de grande vérité, Kamal s’est accroché de plus en plus en plus à ses parents. Et quand il avait atteint l’âge de la maturité et du discernement, il s’est vite rendu compte que la France n’était pas son pays d’origine et qu’il devait se débrouiller tout seul et prendre à bras le corps la responsabilité de subvenir aussi bien aux besoins impérieux de ses enfants qu’à ceux de ses parents.
Tout comme lui, son père, Bahi, exerçait le métier de maçon. Il s’y connaissait mieux que personne dans le secteur de construction de bâtiment. Il aurait dû gravir mieux que quiconque les échelons de ce métier s’il n’avait pas perdu, par déveine, l’usage de ses jambes dans un accident de travail à la suite duquel il se retrouva dans un fauteuil roulant.
C’était grâce à lui que Kamal avait appris les tenants et les aboutissants de ce travail. Avant que cet accident gravissime ne se produisît, Kamal était déjà marié à une algérienne, appelée Yasmina, qui vivait, elle aussi en France. Outre Sofia et sa sœur cadette, Amina, morte comme il a été dit tout avant, dans un accident, il était aussi père de deux garçons. L’aîné, c’était Fadi, Il n’avait pas encore l’âge adulte. Il ressemblait à quelques traits près à son père, mais il avait particulièrement le teint brun et les cheveux noirs et lisses de sa mère.
Yasmina était une femme active et battante. Elle travaillait à son époque comme femme de ménage dans un centre hospitalier et gagnait assez d’argent pour aider son mari à joindre les deux bouts. L’autre garçon, c’était Jebrane. Contrairement à son frère, il ressemblait à son père en tous points de vue et trait pour trait. Et à le regarder attentivement dans les yeux pour scruter sa physionomie, on pouvait dire que le charme et la beauté angélique de son visage s’apparentait en quelque sorte à celui de sa sœur Sofia.
Ces deux frères, qui n’en étaient pas moins doués que le reste de leur classe, n’avaient pas eu la chance de poursuivre leurs études contrairement à leur sœur qui était le centre d’intérêt de toute la famille. Leur père, si dépité par l’invalidité et la maladie chronique de ses parents trop mal indemnisés pour supporter les frais de leurs soins cliniques, n’en était pas moins en mesure de satisfaire aux besoins de la maisonnée.
De ce fait, il avait pris la décision d’enjoindre à ces deux fils de quitter les bancs de l’école pour chercher du travail. Ces deux là n’étaient pas tellement convaincus par l’initiative de leur père, en porte à faux, avaient-ils pensé, avec leur ambition, et ne l’ont acceptée qu’à contre cœur car ils n’avaient aucune idée du travail qu’ils pouvaient faire pour gagner l’argent nécessaire susceptible de pallier à ce leur situation et combler l’insuffisance du revenu de Kamal, qui, à lui seul, couvrait à peines les dépenses quotidiennes imposées par la scolarisation de Sofia, les visites médicales, les médicaments si chers de ses parents et, entre autres, les factures d’eau et d’électricité.
En plus des parents et des enfants de Kamal et son épouse, il vivait avec eux et sous le même toit un jeune homme du nom d’Ayoub, le frère germain de Yasmina, que tout le monde considérait comme partie prenante de la famille.
Il était un peu plus âgé que Fadi. Il avait la carrure d’un homme virile et robuste qui ne craignait pas le pire quand il vient le chercher. C’était, à vrai dire un garçon, solidaire, sociable et intègre au sein de la famille. Kamal le considérait comme son troisième fils et voyait en lui le maillon le plus fort qui soit. Lui aussi n’avait pas pu poursuivre ses études parce que ses parents sont décédés lorsqu’il était encore au cycle du primaire et ses deux frères qui habitaient dans leur pays d’origine étaient mariés et pères de plusieurs enfants. Et qui plus est, leur situation financière ne leur permettait pas de le faire venir chez eux pour le prendre en charge et de lui payer de surcroît les frais de sa scolarité.
N’ayant pas pu faire autrement, face à la situation de son frère, qui ne savait à quel saint se vouer, en l’absence de ses parents qui le couvait à la manière de la mère poule, sa sœur Yasmina, avec le consentement sans réserve de son époux, l’avait accueilli chez elle pour une durée indéterminée. Aussitôt arrivé à la maison de sa sœur, il s’est mis d’entrée de jeu en devoir d’obtempérer aux injonctions de Kamal ainsi qu’à celles de ses parents trop décrépits et vieillissants pour avoir besoin d’amour et de réconfort.
Ayoub obéissait sans broncher à s’exécuter à demi mot pour les servir et prendre soin d’eux. La plupart du temps, quand Bahi, le père de Kamal, avait besoin de respirer de l’air pur, il se portait volontaire de l’accompagner volontiers au parc ou à quelques autres endroits sereins, isolés et loin de la nuisance et du vacarme de la ville et encore moins du quartier populaire, qu’ils habitaient, où la promiscuité et les actes d’agression verbales régnaient en maître. Le soir quand tout le monde était là, dans le salon de séjour, Bahi se montra très satisfait du service rendu et répondit à la question de savoir comment s’est passée sa promenade :
— Aujourd’hui, c’est le jour le plus beau de ma vie. Grâce à Ayoub, qui m’a accompagné jusqu’aux endroits les plus paisibles et fantastiques de la ville, j’ai pu respirer suffisamment de grandes bouffées d’air pur. Ce garçon est le type d’homme dont un invalide comme moi a besoin pour vivre et reprendre confiance en lui-même.
— C’est le moins qu’on puisse faire pour vous, grand-père ! Je suis toujours frais et dispos pour sortir avec toi et t’accompagner là où tu veux, dit Ayoub. Compte sur moi ! Avec un simple signe de doigt, je m’exécuterai sans tarder. Considère-moi comme l’un de tes deux petits-fils. Moi aussi, je suis en manque d’amour paternel et c’est en m’approchant de toi que je vais ressentir cet amour que j’ai perdu dès lors que mes parents avaient quitté ce monde.
— Ne t’inquiète pas mon fils, même si il m’est arrivé de perdre l’usage de mes deux jambes, la source d’amour où baigne mon cœur, n’a pas tari et elle est toujours abondante et généreuse. Je suis très content de toi et de ta sœur Yasmina, qui ne lésine pas sur les efforts pour prendre soin de nous. Nous devrons rester solidaires dans les bonnes et les mauvaises circonstances et jusqu’à ce que la mort.
— Et moi, je suis très contente d’avoir aussi un beau père comme toi. Tu m’as toujours comblé de faveurs et de cadeaux si précieux que ce soit à l’occasion de mon anniversaire ou lors de l’accouchement de chacun de mes enfants. Je te suis très reconnaissante et je ne permets pas à une mouche de perturber ton repos. Ta présence parmi nous n’a pas de prix et elle compte beaucoup pour nous. Tes conseils éclairants nous sont toujours utiles et instructifs et nous sommes imbus de confiance pour les suivre et en appliquer leur enseignement au bon moment.
— C’est vrai grand père, tu es tout dans notre vie. Nous te chérissons et adorons autant que tu le penses. Notre vie familiale sans toi, n’aura aucun sens. Je prie toujours pour toi et te souhaite une longue vie.
— Tes paroles me réchauffent le cœur, ma princesse ! Je suis très satisfait de ta conduite et de tes résultats scolaires. Mais, voyons ! Tu ne m’as jamais dis ce que tu comptes faire après le baccalauréat.
— Je ne l’ai pas encore fait parce que j’attends le moment opportun pour te faire la surprise, répondit Sofia.
— C’est un secret ou quoi ? demanda son père, l’air étonné. Je dois me méfier de tes cachoteries, ma fille !
— Ne te méfie pas, mon papa. Tu connais ta fille mieux que personne, répondit Sofia. Je me suis juré de ne jamais trahir ta confiance. Rassure-toi que le jour où l’on me propose définitivement un travail assez rémunéré, je vous en mis, tous, au courant. Mon avenir vous concerne aussi et vous avez le droit d’en savoir un peu plus sur mes préférences et mes projets d’avenir.
— Je te connais comme ma poche, ma fille, dit son père. Je suis toujours dans le besoin pressant que vous m’aidiez un jour pécuniairement pour coltiner ensemble le fardeau si pesant que la vie nous charge sur les épaules que nous le voulions ou pas.
— Ne sois pas si pessimiste, mon père, dit Sofia. Nous trouverions si vite une solution à nos problèmes financiers. Mes frères et moi, nous te serons un jour d’une grande utilité et tu ne te sentiras plus tout seul à affronter les difficultés de la vie.
— Tout à fait, mon beau père, ajouta Ayoub. Moi et mes deux frères, nous allons nous mettre à la recherche d’un travail et si jamais on nous propose une embauche d’un quelconque intérêt, nous n’hésiterons pas une seconde à l’accepter.
— Et quel genre de travail sommes-nous capable de faire ? demanda Fadi, qui n’a jamais pensé que la situation tournera un jour à son désavantage et qu’il va se retrouver désemparé, tout comme ses frères, parmi les chômeurs de son quartier qui vivent le même sort que lui.
— Ne vas pas plus vite que la musique, mon petit fils, dit grand-père. Ne te pose aucune question pour le moment. Ayoub se chargeras de cette affaire et moi je suis convaincu qu’il va vous trouver, à vous deux aussi, un travail que vous puissiez accomplir sans coup férir. Vous devez tout simplement le suivre et avoir confiance en lui.
— Ne vous en faites pas mes frères, dit Ayoub. Nous allons dès aujourd’hui, tous les trois, former une équipe bien soudée et nous rendre à pied d’œuvre aux différents endroits possibles pour chercher du travail. Nous sommes tout jeunes et bien bâtis pour faire n’importe quel travail manuel.
— Veux-tu nous citer un exemple de ce genre de tâche pour être un peu plus précis ? demanda Jebrane.
— Mes enfants ! dit grand-père, à ce qu’il parait, vous n’avez aucune notion sur le travail que doit exécuter un ouvrier ou en d’autre terme un salarié. Vous devez suivre, comme je vous le répète, l’exemple d’Ayoub. Je n’en finis guère de dire qu’il incarne le portrait type du garçon solide, patient, serviable et débrouillard. Je vous conseille vivement d’écouter attentivement tous ses propos quand il vous parle de ce qui est bien ou mal, beau ou mauvais.
— Il ressemble trait pour trait à mon défunt père, lança sa sœur Yasmina qui suit la conversation avec émerveillement et grand intérêt.
— Je n’en doute pas, dit Kamal. Les sentiments élogieux et mélioratifs que mon père a voulu exprimer à l’endroit d’Ayoub sont justes et corrects. Ils sont tellement paternels et significatifs que personne parmi nous ne devra en oublier le sens et la portée.
— La parole de Bahi a été toujours pertinente et bien chargée de sens, ajouta Maha, la mère de Kamal qui, malgré son âge avancé, elle garde encore intacte son acuité visuelle et auditive. Si ce n’était pas cet accident dramatique qui lui a provoqué ce handicap entravant, vous n’auriez pas besoin de faire le tour des chantiers pour trouver un emploi.
— Je m’en charge, ma petite mère, dit Kamal, ces qualités d’homme travailleur et aimable, je les ai héritées de mon père. Il m’a beaucoup appris sur le comportement et le respect en pays étranger, la ponctualité et l’assiduité au travail. Et aujourd’hui, c’est mon tour. Il est temps que j’agisse de la même manière que lui pour montrer à ces jeunes la voie du salut…
— Explique-nous, mon cher père ce que tu envisages faire pour mes frères, demanda Sofia, toute en étant plongée dans ses pensées de fille rêveuse qui ignore ce que ça pourrait lui arriver un jour si l’amour qu’elle va croiser l’emporte sur la raison et l’entraîne dans l’inconnu.
— Tu m’as coupé, ma fille, dit son père. Mais, ce n’est pas grave. Je voulais dire que dès demain, je tenterai ma chance avec le patron en m’aventurant de lui demander des emplois pour tes frères. Je crois qu’il ne va pas me les refuser. J’ai l’intention de les garder près de moi pour pouvoir les initier aux travaux manuels de maçonnerie. Ayoub est le genre d’ouvrier utile qu’il me faut. Il a, à ce que je voie, de grandes dispositions pour s’intégrer facilement dans l’ambiance des travaux. Quant à Fadi et Jebrane, j’ai l’impression qu’ils vont, eux aussi, se mettre au pas et suivre le rythme des travaux. Mais, il leur faut suffisamment de temps pour s’habituer à manipuler les outils de maçonnerie. Passer si vite du crayon et de la gomme à la pelle et la brouette ne serait, selon mon expérience dans ce domaine, pas chose aisée pour eux, n’est-ce pas, les enfants ?
— Vous vouliez dire qu’ils ne seront pas à la hauteur, mon père ? demanda Sofia qui suit avec intérêt le raisonnement de son père.
— Ah, non, ma petite ! Ne me fais pas dire des choses que je n’ai absolument pas dites, répliqua Kamal.
— Ton père s’y connaît bien dans le domaine, lança grand père, et ce qu’il est en train de clarifier à tes frères est juste. Pour apprendre ce métier, il faut d’abord s’y intéresser et commencer par s’inculquer qu’un maçon doit être en mesure de savoir réaliser grosso modo différents travaux de maçonnerie comme à titre d’exemple le montage de cloisons, l’ouverture de mur, le murage de portes et fenêtres ou que sait-on. Je ne vais vous parler en détail de tout ce qui a trait à ce métier. Parler théoriquement de la manière de manier une brique ou mélanger du ciment avec du sable n’est pas suffisant pour apprendre à exercer dans le domaine de la maçonnerie. Sa pratique continue et répétitive s’avère toujours et sans conteste des plus importantes. Un jour, ma chère Sofia, il va t’arriver, à toi aussi, de ne savoir quoi faire face à un travail qu’on te demande d’accomplir. Si tu n’es pas suffisamment initiée dans ce sens, tu ne sauras nullement sur quel pied danser pour répondre aux exigences de ton patron. Dans ce domaine tout comme dans tant d’autres, on doit être bien préparé pour être censé à ne jamais bâcler un travail dont on est responsable de l’exécution.
— Je comprends où tu veux en venir, dit Sofia, l’air ébahi devant les explications de son grand père.
V
La discussion avec Sofia fut interrompue quand son amie Bouchra vint frapper à la porte pour demander après elle. Les deux filles qui se sont donné rendez-vous pour se rendre à l’insu de leurs parents à l'hôtel Karam