où elles étaient convoquées pour subir un entretien d’embauche, se sont dirigées vers cet endroit.
Pour éviter d’être taquinées dans le bus comme il leur arrivait souvent, elles ont hélé un taxi après avoir s’être éloignées des vues des curieuses gens du quartier qui ne cessaient guère de guetter leur déplacement, histoire de savoir ce qu’elles tramaient toutes les deux. Avant de lui indiquer l’endroit où elles désiraient partir, le chauffeur de taxi qui n’avait pas l’air d’un français, les devança et leur posant la question à brûle pourpoint :
— Où puis-je vous conduire mesdemoiselles ?
— Au cyber ! lança Bouchra d’un ton brusque.
— Lequel ? demanda le chauffeur. Il y en a plusieurs à ce que je sache.
— Celui qui se trouve là où il y a un hôtel, dit Sofia sans rajouter d’autres mots.
— Soyez précises, mesdemoiselles ! Je n’ai pas d’oracle divinatoire sur moi pour savoir votre destination, dit-il, l’air un peu tendu.
— Pourquoi tu nous parles sur ce ton ? demanda Bouchra avant de quitter le taxi ? Tu crois que nous allons monter avec toi pour écouter tes idioties. Va-t-en ! Nous n’avons plus besoin de taxi.
Aussitôt qu’elles se sont débarrassées de ce chauffeur malintentionné, qui voulait se payer de leur tête, les deux filles passèrent dans un café restaurant et entrèrent directement dans les toilettes pour arranger leurs cheveux et mettre un brin de maquillage sur leur visage.
Un homme d’une quarantaine d’années, visage joufflu et injecté de sang, presque imberbe, assis seul à une table installée dans un coin qui paraît réservée pour les gens nantis, les a vues entrer toutes pressées, les rejoignit et les attendait quelques minutes, une cigarette allumée tenue entre l’index et le majeur, le trousseau de clés gardé dans le creux de la main gauche à moitié fermée, l’air joyeux et gai. Coiffé d’une casquette de qualité que seul peut porter un chauffeur de limousine, fabriquée apparemment avec un mélange de coton et de polyester, il portait un costard noir, chemise blanche, cravate et chaussures tirant vers la couleur de son costume. Il tenait un portable à la main droite qu’il portait de temps en temps et machinalement à l’oreille comme s’il attendait un appel important de ses patrons.
Dès que les deux filles sortirent des toilettes, il n’a pas hésité de les aborder au risque d’être repoussé et insulté. Il leur adressa un sourire convivial et séduisant avant de leur lancer un bonjour aimable et plus ou moins familier et Bouchra surprise et stupéfaite tout comme Sofia, lui répondit :
— Bonjour ! Vous nous connaissez pour nous suivre jusqu’aux toilettes ?
— Je vous connais toutes les deux, répondit l’homme en question.
— Et depuis quand ? demanda Bouchra, l’air indigné. Ce n’est pas décent de brusquer des filles comme nous. Nous ne sommes que des étudiantes et ce n’est pas ce que tu penses. Va-t-en ou j’appelle le patron pour t’expulser de ce café.
— Je ne vais nulle part ! Et vous allez m’écouter toutes les deux avant de réagir indécemment à ma présence.
— Qu’est ce que tu veux au juste ? Laisse-nous partir.
— Vous n’allez pas partir sans moi ! Je suis là pour vous servir et c’est la coïncidence qui m’a mis sur votre chemin. Je suis là pour autre chose, mais je sais déjà qui vous êtes et où vous voulez partir maintenant.
— Dites-nous qui es-tu sans nous faire perdre notre temps, demanda Sofia.
— Je suis le chauffeur personnel de Karam, le proprio de l’hôtel. Mon nom est Moha, d’origine marocain, mais naturalisé français. Je travaille pour lui depuis pas mal de temps. Je connais tous ses secrets personnels et aussi ceux qui se rapportent à la marche de toutes ses affaires. Je vous ai vues l’autre jour au cyber. Je vous confie un secret qui vous concerne, mais avant que je le fasse, promettez-moi d’abord que vous n’allez le révéler à personne.
— Dis-nous de quoi s’agit-il et nous te seront très reconnaissantes, dit Sofia, l’air curieux.
— Mais avant de vous dire quoi que ce soit, allons nous installer à ma table pour discuter tranquillement.
— D’accord, dit Bouchra.
Moha et les deux filles s’installèrent à table et sur un simple geste de doigt, la serveuse, le sourire aux lèvres, qui paraissait avoir la vingtaine, se dirigea prestement vers eux et leur dit en les dévisageant furtivement :
— Que puis-je pour vous, mes demoiselles ?
Les deux filles se regardèrent pour se faire passer leur message habituel que ni Moha ni la serveuse, n’ont pu le décoder. Elles décidèrent que ça soient deux verres de cocktail aux cerises et gingembre. Avant d’entrer dans le vif du sujet, le chauffeur posa la question de savoir leur nom et les deux filles esquissèrent un sourire rassurant :
— Moi, je m’appelle Bouchra et mon amie c’est Sofia.
— Ce sont deux jolis prénoms, dit Moha, Et vous êtes de cette ville, toutes les deux ?
— Absolument ! Et pas si loin de ce café, dit Sofia, qui observa la dextérité avec laquelle la serveuse déposer la commande sur la table.
— Vous êtes originaires de quel pays ? demanda Moha qui voulait en savoir assez sur ces deux postulantes au poste de réceptionnistes.
— Ce n’est pas important pour le moment, répliqua Bouchra. Dis- nous alors le secret que tu veux nous confier.
— Avant-hier quand nous étions de retour chez lui, le patron m’a parlé de vous avoir convoquées pour aujourd’hui même en vue de vous donner le poste de réceptionnistes.
— Et l’entretien d’embauche ? dit Sofia.
— Avec ou sans cet entretien, il va vous embaucher d’office parce que à première, il a été émerveillé par votre décence et pour cette raison vous seriez, m’a-t-il dit, ses bras droits. Vous êtes le genre de filles dont on a l’habitude de trier sur le volet.
— D’où tu sors toutes ces informations, monsieur Moha ? demanda Bouchra qui commence à avoir confiance en ce chauffeur qui va, a-t-elle pensé, leur servir d’entrée de jeu, à toutes les deux, comme une pièce maîtresse précieuse.
— Ne me pose pas trop de questions pour l’instant avant de me très bien connaître, dit Moha. Ce que je viens de vous dire est digne de foi et vous n’avez pas à suspecter mes bonnes intentions
— Nous te croyons sur parole, dit Sofia, bien que rien ne justifie à présent ce que tu avances au sujet de notre éventuelle embauche. Si monsieur Karam veut nous prendre à l’essai ou nous engager d’office, nous acceptons ses décisions. Quand à tes paroles, nous les prenons au sérieux et nous souhaitons qu’elles soient justes et vraies pour te remercier de nous avoir mises au courant.
— Une minute s’il vous plait, dit Moha, C’est mon portable qui vibre. Je dois prendre cet appel, ça doit être le patron.
Profitant de ce laps de temps et avant que Moha termine sa communication avec son correspondant, les deux filles se parlèrent tout bas de leur rencontre fortuite avec cet homme et c’est Sofia qui posa la question de savoir :
— Que penses-tu Bouchra de cet homme et de ces paroles ?
— Que veux-tu que je te dise ? répondit Bouchra par une question. Je suis tout comme toi. Je ne sais pas exactement les motifs qui ont mis cet homme sur notre chemin et encore moins en ce jour même où nous sommes invitées à nous présenter à l’entretien d’embauche. Me diras-tu que c’est une pure coïncidence ? Ou que tout est planifié ?
— Non, non ! Ne dis pas ça, je ne crois pas que ça soit le cas, répondit Sofia en regardant furtivement en direction de Moha qui en vient, parait-il, de raccrocher et revenir vers elles.
— Qu’y a-t-il alors ? demanda Bouchra, l’air un peu embarrassé. C’est confidentiel ?
— Ah, non ! Ce genre d’appel me dérange et m’embête à tel point que je ne la supporte pas, cette harpie ! grogna-t-il.
— Mais, c’est qui, celle que tu appelles harpie ? demanda Sofia.
— S’il vous arrive un jour de la croiser, vous la connaîtrez mieux que je vous la décrive, répondit-il.
— Tu nous parles de quelqu’un sans nous dire de qui s’agit-il ! dit Bouchra en faisant la moue.
— Vous la connaîtrez tôt ou tard ! s’exclama Moha, l’air intrigué.
— A t’entendre parler de la sorte, on dirait que c’est le diable qui te pique ! lança Sofia.
— C’est pire encore que le diable, lâcha Moha sans vouloir prononcer le nom de cette harpie.
— Celle-là dont tu nous parles de façon ambigüe ne pourrait être personne d’autre que ta femme, dit Bouchra.
— Ma femme est déjà morte et enterrée, avoua Moha, et moi qui suis engueulé tout le temps par une autre, je vis maintenant seul et sans enfant aucun.
— Tu veux passer du coq à l’âne pour ne pas nous dire le nom de cette harpie ? demanda Bouchra.
— Ce n’est pas important de vous le dire tout de suite, dit-il. Je vous laisse le soin de la découvrir, toutes seules. Moi, je n’aime pas le dénigrement et ce n’est pas ma tasse de thé bien qu’il m’arrive quelquefois de médire de quelqu’un par imprudence. Que Dieu me pardonne toutes mes flasques et incartades !
— Et ta femme comment est-elle morte ? demanda Sofia.
— Sa mort était subite et naturelle, expliqua-t-il ; elle a été due à une crise cardiaque et quand on l’a transportée aux urgences, les médecins de service de cette triste nuit n’ont pas réussi à la stabiliser en dépit de plusieurs tentatives et sur ce, elle a rendu l’âme. Quand je me rappelle sa mort, ça me brise le cœur et je n’aime pas non plus m’attarder là-dessus quand on l’évoque.
— Tu n’as qu’à prendre ton mal en patience, dit Bouchra. La mort ne fait pas partie des choses qui dépendent de nous et qui sont inéluctables.
— Tout le monde trouve normal que ça soit ainsi et je n’en fais l’exception pour ne pas accepter mon sort, dit Moha, l’air éprouvé.
— Tu es encore jeune pour te remarier et faire des enfants, dit Sofia. C’est une question de temps !
— Et si ce temps passe sans que je trouve la femme qui me convienne ? dit Moha.
— Mets-toi à sa recherche dès l’instant même, suggéra Bouchra. Il existe bel et bien des milliers de femmes qui aspirent se marier avec un veuf comme toi pour sortir de leur solitude.
— Et qui ne disent pas non si elles sont assurées de ta bonne foi et voient avec un œil convaincant de l’intérêt commun dans un projet de mariage, ajouta Sofia.
— Laissons ça pour un autre jour, dit Moha. Maintenant, allons nous en et ne payez rien ! C’est déjà fait ! Je vais vous conduire à proximité de l’hôtel et je vais faire en sorte que personne ne puisse m’apercevoir avec vous.
— Ne te dérange pas, dit Bouchra, nous préférons aller seules et en taxi.
— Ah, non ! dit Moha. Je ne vous lâche pas d’un iota. Suivez- moi et ne dites rien s’il vous plait, mesdemoiselles. Je vais vous déposer tout près de l’endroit exact et là où personne ne puisse vous talonner.
— Ok ! dit Sofia, nous acceptons ce service. Une fois n’est pas coutume.
VI
Bouchra qui n’a jamais bronché devant les initiatives de son amie accepta la proposition et s’installa à côté du chauffeur tandis que Sofia s’asseyait dans le siège arrière. C’était une voiture noire, splendide, spacieuse et équipée de toutes les options nécessaires. Dès que tous les trois ont attaché leur ceinture de sécurité, la voiture démarra et prit la direction de l’hôtel. Moha, d’un geste routinier et machinal, alluma le poste radio de bord et c’était la voix de Charles Aznavour, le géant de la chanson française qui chantait à son rythme habituel « Hier encore ».
Au moment où les deux filles s’imprégnèrent de la douceur exquise de ce ténor du monde artistique, Moha regarda furtivement dans le rétroviseur intérieur pour admirer le charme et la beauté de Sofia qui va par sa présence, pensa-t-il, donner un nouveau souffle à cet hôtel. Bouchra, qui écoutait toute la chanson jusqu’au bout, lui demanda de but en blanc :
— Veux-tu baisser le volume de la radio ? Il n’y a plus rien d’intéressant.
Moha s’exécuta machinalement sans prononcer un seul mot, regarda de nouveau dans le rétroviseur et de façon franche et concentrée, il s’adressa à Sofia la belle, qui était absorbée par ses rêves d’avenir:
— Que penses-tu Sofia de ton amie qui ne veut plus écouter la radio ?
— Elle a peut-être besoin de bavarder et ne veut pas entendre de bruit de fond quand elle parle.
— Je ne vais pas bavarder Sofia, j’ai simplement besoin de savoir si Moha peut nous dire ce qui le tracasse à cet instant. Je le vois pensif et focalisé uniquement sur le rétroviseur.
— Tout conducteur ou usager de route à bord d’un véhicule à moteur doit surveiller ses arrières pour prendre en compte les autres voitures qui le suivent. Et le seul moyen qui lui permette de le faire, c’est de garder en permanence un œil sur le champ visuel arrière à travers le rétroviseur. N’avez pas encore le permis de conduire ? leur demanda-t-il, histoire d’enchainer pour relancer la conversation.
— Nous n’avons pour l’instant que notre bac, dit Bouchra.
— Et c’est l’essentiel pour nous, ajouta Sofia, le reste suivra. Ce que nous désirons maintenant, c’est un travail qui puisse nous permettre d’aider nos parents, qui ont besoin de notre contribution pécuniaire pour supporter les dépenses de la vie si chère en ce pays.
— Ne vous inquiétez pas, je vais en toucher un mot au patron pour qu’il vous prenne au sérieux et vous accorde la valeur qui vous sied. Vous êtes des filles décentes et bien éduquées et je suis très content de vous avoir croisées. Moi, Je vis seul et je n’ai personne qui puisse me tenir compagnie et me soulager pendant les moments de tristesse et de chagrin. A vrai dire, votre présence m’a beaucoup tonifié.
— Nous te serons très reconnaissantes, monsieur Moha, avoua Sofia, et nous espérons te rendre la pareille le jour où l’occasion se présentera. Nous, aussi, nous ne sommes que des gens modestes et nous ne nous pouvons nous targuer que de notre noblesse et dignité du cœur. Nos portes de la maison où chacune de nous habite, sont grandes ouvertes à toi. Nous te recevrons chez nous avec plaisir.
— Merci à vous deux, ce sera un grand honneur pour moi de faire votre connaissance. Vous n’êtes pas sans savoir que nous, les marocains, sommes connus par notre hospitalité. Chaque invité qui dépasse le seuil de la porte, on le considère comme quelqu’un qui fait partie des miens et on le traite de la façon la plus convenable qui soit. Préparez-vous pour descendre, dit-il. Nous sommes presque à proximité de l’hôtel. Je vous dépose là, devant ce super marché. L’hôtel est à quelques mètres d’ici, vous pouvez marcher à pied maintenant en prenant à droite sur ce tournant.
— Nous connaissons le chemin, dit Bouchra. Merci de nous avoir accompagnées jusque-là.
— Ravies de te connaître monsieur Moha, tu es un gentleman. Nous souhaitons te revoir dans les jours qui viennent, ajouta Sofia.
— Merci de votre ta gentillesse et du cocktail que tu as eu l’amabilité de nous servir.
— Vous méritez mieux que ça mesdemoiselles. A bientôt lança-t-il en esquissant un beau sourire.
VII
Les deux filles se dirigèrent vers l’hôtel Karam. Elles étaient toutes les deux aux anges et très optimistes d’être retenues au poste de réceptionniste. Sofia qui était à cheval sur la notion du temps s’inquiéta du retard qu’elles ont fait pour arriver à l’heure fixe. Bouchra la rassura en lui disant :
— Ne t’inquiète pas mon amie, nous sommes presque arrivées. Je crois que rien ne presse, nous avons toute la journée devant nous. D’ailleurs, ce n’était qu’une communication téléphonique et notre correspondant ne nous pas indiqué l’heure exacte du rendez-vous. C’est moi qui avais reçu l’appel, tu ne t’en souviens pas ?
— Je n’ai pas entendu ce qu’on t’a dit. Donc, tu es responsable si jamais le patron nous reproche notre retard, dit Sofia tout doucement à son amie.
— Tu me tiens toujours responsable chère Sofia. Ce n’est pas étonnant, dit Bouchra en rigolant.
— Bien sûr que tu es responsable. Nous aurons dû être ici avant l’heure pour éviter toute déduction malencontreuse de monsieur Karam à propos de notre ponctualité.
— Mais, bon sang ! dit Bouchra. Nous n’étions même pas encore embauchées et toi tu commences déjà à te faire des idées. Arrêtons cette conversation tout de suite ! C’est ici !
Les deux filles entrèrent timidement à l’hôtel et passèrent directement à la réception. Un homme d’une cinquantaine d’années, paraissant comme un moribond, maigre et chétif, le teint tout pâle, chauve, lunettes posées sur le bout du nez, habillé d’une chemise blanche avec cravate noire, nouée avec tact et dextérité, les yeux rivés sur un registre noir qu’il tenait entre les mains, était assis derrière le comptoir d’accueil qui offre à première vue une ambiance de décoration aussi agréable qu’accueillante et stimule en fait chez la clientèle la complaisance de se sentir si privilégiés. Il était en train de consulter un registre noir dont il feuilletait attentivement les pages quand Sofia et son amie se présentèrent devant lui et s’annoncèrent :
— Bonjour monsieur ! lança Bouchra.
— Bonjour ! dit l’homme, qui releva la tête d’un geste languissant. Que puis-je pour vous ?
— Nous avons rendez-vous avec monsieur Karam. Voulez-vous nous annoncer s’il vous plait.
— Puis-je savoir qui vous êtes ? demanda-t-il d’un ton quelque peu désintéressé.
— Dites-lui que nous sommes les deux filles qu’il avait reçues l’autre fois et si tu veux, rappelle-lui que nous sommes Sofia et Bouchra. Il saura de quoi s’agit-il.
— Attendez une minute s’il vous plait, dit-il. Il va me répondre si jamais, il n’est pas occupé.
L’homme dont les filles n’en savaient rien, saisit le combiné de l’appareil téléphonique de la main gauche, composa le numéro et attend à ce qu’on réponde.
— Allô, oui, qu’y a-t-il ?
— Monsieur Karam, deux filles sont là. Elles disent qu’elles ont rendez-vous avec vous, annonça l’homme d’un ton un peu poli.
— Est-ce qu’elles t’ont donné leur identité ?
— Oui, il s’agit de Sofia et Bouchra. Mais, moi, je n’en sais rien sur le motif de leur visite.
— Ce n’est pas important que tu le sache, lança Karam. Faites-les entrer dans mon bureau et demande à ce qu’on leur sert quelque chose à boire et fais attention à ce que personne ne s’avise de leur poser de questions. J’arrive tout de suite.
— Ok, je le ferai, dit-il avant de raccrocher.
L’homme de la réception fit signe à l’un des serveurs les plus proches de monsieur Karam et lui demanda d’accompagner les deux filles au bureau du patron et leur servir ce qu’elles voulaient boire. Celui-ci s’exécuta en les invitant à le suivre jusqu’au lieu indiqué. Dès qu’elles furent à l’intérieur, il les invita à prendre place sur les fauteuils prévus à cet effet.
Les deux amies qui ont adoré ce geste aimable et hospitalier se regardèrent avec satisfaction lorsqu’elles se sentaient grandement réjouies à l’idée de savoir combien elles sont importantes aux yeux de leur futur patron qui n’a pas tardé de les rejoindre. Et dès qu’il les a vues, toutes les deux, en train de siroter leur cocktail, il les salua avec un beau sourire en lançant à leur adresse :
— Ah les filles, bonjour ! Je suis très content que vous soyez là réunies, toutes les deux. Votre ponctualité de répondre à la communication qu’on vous a faite montre combien même vous êtes intéressées de travailler dans cet hôtel qui a besoin, plus que jamais, d’une nouvelle mise à niveau de son personnel.
— Nous sommes si fières de vous voir monsieur Karam, dit Bouchra.
— Soyez les bienvenues auprès de nous, dit-il, tout en sourire. Je vois qu’on vous a déjà servies votre cocktail préféré. Bon avant de commencer, je vais vous mettre dans le bain et l’ambiance du travail que vous allez exercer en cet hôtel et pour ce faire, vous devrez avoir une idée sur les attributions de réceptionniste. Ne vous en faites pas, je vous en donne tout de suite un aperçu. Dans tout établissement comme celui-ci, je vous rappelle qu’en premier lieu c’est la qualité de l’accueil qui fait son image de marque. Nous sommes d’accord sur ce point ?
— Oui, monsieur Karam, dirent toutes les deux à la fois. Nous sommes là pour ça, ajouta Bouchra.
— Très bien ! dit –il, en guise d’encouragement. Continuons ! Alors qu’en est-il du réceptionniste ?
— Nous n’en savons pas grand-chose, répond timidement Sofia qui se garde de rester taciturne.
— Pour les gens qui s’activent dans ce domaine de l’hôtellerie, le ou la réceptionniste est la première personne placée en évidence que le client voit dès qu’il atterrit dans un hôtel. Son rôle d’accueil et d’information directe s’avère toujours primordial. En plus de ça, il peut s’occuper plus ou moins indirectement de la gestion des appels, des réservations et des plannings des chambres. Est que vous me suivez, mesdemoiselles ? Vous êtes bachelières, belles et intelligentes et je ne pense pas que mes explications vous soient incompréhensibles.
— Non monsieur Karam, vous êtes on ne peut plus clair et net, dit Bouchra, et vous nous expliquez les choses calmement et comme un bon professeur, avoua Sofia.
— Merci pour cet éloge, mademoiselle, dit-il en la regardant sur le visage pour découvrir par le menu tous les traits de sa beauté exceptionnelle.
— C’est vrai, monsieur Karam, ajouta Bouchra, vous avez l’étoffe et l’attitude d’un professeur qui sait s’y prendre avec deux de ses élèves quand il est hors de sa classe.
— Tu es très intelligente Bouchra, tes tournures de phrases ont une longue portée et seul l’homme qui te parait comme un professeur puisse en comprendre et déchiffrer le sens. Bref, ne fais pas attention à cette digression qui ne vise que de l’humour.
— Bouchra cherche toujours à se familiariser avec toutes les personnes qu’elle croise et son problème, c’est qu’elle ne fait pas la différence entre l’homme de la rue et celui qui sera son futur patron, dit Sofia, les yeux baissés.
— Laissons-la parler, dit-il. Ici, ce n’est pas un prétoire. C’est une simple conversation qui entre dans le cadre de notre première prise de contact officielle. Je continue ! le ou disons plutôt la réceptionniste est chargée d’enregistrer l’arrivée du client et régler toutes les formalités administratives que l’hôtel exige, informer les clients sur le genre de services proposés avant de lui remettre les clés de sa chambres. Au moment du départ du client, la réceptionniste est tenue de préparer les factures et d’encaisser le paiement du client. Pour arrêter là, je vous rappelle qu’une réceptionniste de nuit est censée clôturer les comptes de la journée pour passer le relais à l’équipe de jour. Tour ce que je vous ai dit est le minimum d’une partie des cours qu’on peut recevoir lors d’un stage de formation. Tout ce qui compte pour moi, c’est le fait de vous initier à des choses courantes et pratiques. Pour ce qui est de l’entretien d’embauche, je crois que nous avons déjà parlé l’autre jour et ça me parait tellement suffisant pour que je vous engage à travailler avec moi.
— Vraiment, monsieur Karam ? dit Sofia qui s’attendait à cette bonne nouvelle.
— Mile merci à vous, monsieur Karam, cria Bouchra en souriant.
— Dès demain, vous allez commencer. Je vais donner mes instructions à Khalil.
— C’est qui Khalil ? demanda Sofia, l’air curieux.
— C’est le réceptionniste le plus ancien qui vous a accueillies tout à l’heure. Il est malade et il devra partir pour se faire soigner et laisser la place aux jeunes, dit Karam, qui ne supporte plus le voir assis encore là où il vaut mieux que ça soit une jolie fille, pleine d’entrain et de charme qui pourrait donner un avant goût aux clients et stimuler leur appétit.
— Nous souhaitons qu’il soit vite rétabli pour nous faire part de sa longue expérience, dit Bouchra, qui plaida le faux pour savoir le vrai.
— Je ne pense pas qu’il va revenir parmi vous. Je peux me dépasser maintenant de ses services puisque vous êtes là toutes les deux. Si l’une de vous a un problème quelconque qu’elle n’hésite pas à me contacter à n’importe quelle heure. J’en trouverai la solution sur le champ et je peux même me déplacer à pied d’œuvre quand il s’agit de cas urgents. Oubliez désormais Khalil et dites vous bien que personne n’est jamais indispensable. Je vais faire appel à d’autres réceptionnistes en vue de vous assister et faire en sorte que les passations de consignes soient faites dans de bonnes conditions. Ne vous inquiétez pas, je vais me charger de tout cela en personne.
— Merci monsieur Karam, nous sommes très touchées par votre bonhomie, dit Sofia. J’espère bien que nous soyons à la hauteur de vos attentes. Nous sommes toutes jeunes et nous avons la motivation, la volonté et l’intelligence pour mener à bien notre tâche et remplir efficacement notre rôle de réceptionniste afin de contribuer à la bonne marche du service au sein de cet hôtel.
— Je ne doute pas de vos capacités. Il me parait clair que vous êtes douées d’intelligence et de savoir-faire et ce n’est pour vous qu’une question de temps pour acquérir de l’expérience en ce domaine.
— Soyez rassuré, monsieur Karam, dit Bouchra, nous ferons tout notre possible pour nous imprégner si vite de notre mission.
— Je crois que nous avons trop parlé, dit-il, ça suffit pour aujourd’hui. Nous avons le temps devant nous pour mettre les points sur les « i ». Je ne vais pas vous retenir plus qu’il ne faut.
Si vous n’avez pas de questions à poser, vous pouvez disposer maintenant.
— Mais, monsieur Karam, dit Bouchra, nous habitons loin de l’hôtel et nous ne pouvons être tous les jours à l’heure. Les moyens de locomotion nous