Chapitre 8

2099 Mots
Chapitre 8 Le retour à Londres fut plus rapide que l’aller, peu de haltes et pas de visites ni de promenades. Darcy était impatient de revoir sa sœur, Lizzy de retrouver la sienne. Le premier jour, Elizabeth parlait gaiement, commentant la gentillesse de leurs hôtes, les beautés des Cornouailles, le plaisir qu’elle avait eu à la conversation de madame Carew mère et son mari qui n’avait jamais été un grand bavard se contentait de quelques mots. Il s’anima juste quelque peu quand Lizzy vanta les idées de la vieille dame. — Je ne suis pas sûre Elizabeth d’être favorable aux idées et même à la façon de se comporter de madame Carew. Je la trouve en fait quelque peu extravagante et quand tu l’invitas à Pemberley, je fus assez satisfait de son refus. Je la crois tout à fait capable de prendre des cannes et d’aller pêcher dans le lac, ce qui scandaliserait certainement les jardiniers. — Tu me déçois, je te croyais moins attaché aux règles de la bonne société et plus sensible à une grande intelligence. Madame Carew fait preuve d’une parfaite éducation, même si les formes de celle-ci sont assez peu conformes aux règles. — Renonce aux formes et l’éducation suivra. — Tu te trompes et je pense pouvoir te le démontrer. Lady Catherine, dont on ne peut nier le rang élevé qu’elle tient dans la société ou l’excellence de l’éducation qu’elle a reçue, peut être parfaitement insultante et je suis bien placée pour le savoir. Caroline Bingley, si attachée aux bonnes manières, frise souvent l’insolence la plus grossière et j’ai connu autrefois un « gentleman », qui a disparu depuis et qui n’hésitait pas à afficher du mépris pour toute personne inférieure à lui. Je crois madame Carew incapable de tout cela, les formes ne servent qu’à dissimuler le manque de véritable éducation qui vient du cœur. Darcy, qui n’avait pas beaucoup aimé les exemples donnés par sa femme, se tut. Le silence se prolongeant et remarquant ses sourcils froncés, Elizabeth lui dit. — Quelque chose te préoccupe, je crois — Pas vraiment, enfin un peu, j’aimerais savoir comment Georgiana a apprécié sa première « saison ». — Je n’y vois aucun sujet d’inquiétude, madame Annesley, et même à l’occasion les Bingley ou ses sœurs veillaient sur elle et comme toutes les jeunes filles de son âge, elle a dû y prendre grand plaisir. Darcy ne répondit pas et la jeune femme n’insista pas, À leur arrivée un peu tardive à Londres et pendant le dîner, après les commentaires sur le voyage, Darcy entreprit de questionner sa sœur. – Comment s’est passée ta première saison ? — Oh, très bien, j’ai trouvé que c’était très divertissant. Je me suis souvenue des conseils d’Elizabeth et je n’ai pas fait trop de cas aux flatteurs mais j’ai rencontré quelques jeunes gens assez agréables. — Et monsieur Galbraith et son frère assistaient-ils à certains bals ? Georgiana rougit, ce dont son frère s’aperçut. — Oui et Nigel Galbraith est vraiment très agréable. — T’ont-ils rendu visite ici ? — Non, ils ne trouvaient pas cela convenable si tu étais absent mais ils m’ont dit qu’ils vous rendraient visite à votre retour. Darcy n’ajouta rien et pendant la conversation qui suivit, il ne revint plus sur le sujet. Lizzy qui observait sa belle-sœur avec attention la trouva radieuse. Elle conversait gaiement, riait de tout et de rien et était très en beauté. La jeune fille était amoureuse, cela ne faisait aucun doute. Il était beaucoup plus difficile de savoir quels étaient les sentiments de son frère, toujours réservé. Le soir, dans leurs appartements, Darcy se plongea dans un livre et Elizabeth se posa la question de savoir si ce n’était pas là une façon d’éviter toute conversation. Le connaissant elle ne s’y essaya pas et pensa qu’il devait être plus facile d’aimer un homme moins laconique. D’une certaine manière, elle aimait cette réserve et elle aurait détesté vivre avec un monsieur jacassant à tout propos. Le mystère dont il savait s’entourer ne manquait pas de charme et faisait qu’il pouvait la surprendre ou l’intriguer, mais cela la plongeait souvent dans des doutes inquiétants sur ses sentiments. Le lendemain matin, Lizzy rendit visite à Jane qu’elle trouva un peu pâle mais radieuse. Quant à Charles, son bonheur faisait plaisir à voir : il couvait sa femme, rajoutait des coussins à son fauteuil et faisait mille projets. — Préférez-vous que cet enfant soit une fille ou un garçon Charles ? Lui demanda sa belle-sœur. — Oh, un fils serait bien mais une fille, aussi merveilleuse que sa mère, me comblerait tout autant. Nous avons pensé que Darcy pourrait en être le parrain et vous la marraine, si cela vous convient. — Nous en serons honorés et ravis. — J’ai également pensé que, plutôt que de continuer à louer Netherfield, nous pourrions acheter une propriété non loin de Pemberley. — Rien ne peut nous faire plus plaisir que cela et nous nous amuserons beaucoup avec Jane à arranger une nouvelle maison. À son retour, Elizabeth trouva les frères Galbraith, son mari, Georgiana et Caroline Bingley qui prenaient le thé. Caroline avait jeté son dévolu sur monsieur Galbraith et lui parlait avec animation, usant de tout le charme dont elle était capable. Celui-ci, toujours aussi réservé, répondait par monosyllabes et essayait, sans succès de converser avec Darcy. Elizabeth savait d’expérience qu’il en fallait beaucoup plus pour décourager Caroline et le manège de cette dernière l’amusait beaucoup. Quand enfin Caroline qui espérait avoir à faire à un amateur de musique, se mit au pianoforte, le jeune homme put se détendre quelque peu. Darcy lui-même n’était guère bavard et participait peu à la conversation animée entre Nigel Galbraith, Georgiana et Elizabeth. Au cours de la conversation, monsieur Galbraith demanda : — Quand pensez-vous retourner à Pemberley, monsieur Darcy ? — Nous venons de faire un long voyage et j’ai quelques affaires à résoudre à Londres mais d’ici trois jours, j’espère pouvoir y retourner. — Nous-mêmes retournons en Écosse dans une dizaine de jours, cela vous dérangerait-il que nous vous rendions visite sur le chemin ? Nous logerions à l’auberge de Lambton. — Ce sera avec grand plaisir, dit-il en s’inclinant. Elizabeth qui suivait leur conversation, trouva que la réponse de son mari manquait de chaleur et ne reflétait, en aucun cas, un grand plaisir. Si monsieur Galbraith s’en aperçut, il n’en montra rien. Elizabeth fut très heureuse de se retrouver à Pemberley, malgré la présence de Caroline qui, privée de Netherfield, avait décidé de les accompagner. D’autres amis étaient attendus plus tard, ainsi que Fitzwilliam qui prendrait ses dernières vacances avant son mariage. La date s’approchant, l’ambiance à Rosings était un peu fatigante et ne pouvant donner son avis sur toilettes, trousseau et autres préoccupations exclusivement féminines, il préférait s’éloigner. De toute façon son avis n’aurait pas été requis. Le lendemain de l’arrivée du colonel, les frères Galbraith se présentèrent et furent invités à dîner. Georgiana avait de toute évidence fait des efforts de toilette et Caroline était étincelante de bijoux. Elizabeth se dit que décidément, le travail de séduction n’était pas chose aisée et elle était presque reconnaissante à son mari de le lui avoir évité. Après le dîner, Georgiana et Nigel Galbraith parlaient en aparté et Darcy demanda à sa sœur de se mettre au pianoforte ce qu’Elizabeth trouva parfaitement déplacé et certainement voulu. Elle commençait à trouver l’attitude de son mari insupportable et sentit la colère monter. Quand les jeunes gens s’en furent allés et dans l’intimité de leurs appartements, Elizabeth s’obligea à parler calmement. — Je suppose que ce fut involontaire de ta part d’asseoir Georgiana et Nigel Galbraith les plus éloignés possible à table alors que ce rôle me revient et d’empêcher ainsi toute possibilité de conversation entre eux. — S’il te plaît, ma chère, essaye de ne pas intervenir dans les éventuelles histoires d’amour de ma sœur. — Oui, c’est vrai, j’oubliais que toi seul pouvais intervenir dans les histoires d’amour de la mienne. Je trouve ton attitude cruelle et indigne de toi. — Tu m’as, Dieu soit loué, habitué à tes jugements lapidaires et je ne pense pas passer toute ma vie à me justifier de mes actions. Une fois m’a suffi. Elizabeth pâlit de colère et alla dans son boudoir où elle ouvrit un livre, n’importe lequel, en essayant de retrouver la sérénité. La nuit était très avancée quand elle alla se coucher et son mari semblait dormir profondément. Le lendemain matin, quand Elizabeth s’éveilla très tard, Darcy n’était plus là. Quand elle descendit, un valet lui dit que monsieur Darcy était dans sa bibliothèque avec un monsieur. Elle entra dans la salle à manger où elle trouva Georgiana qui, extrêmement nerveuse, lui dit que Nigel Galbraith était avec son frère et lui demandait son consentement à leur mariage. La jeune fille était d’une grande pâleur et Elizabeth la força à prendre, ne serait-ce qu’un léger petit déjeuner. Un peu après, un valet vint dire à la jeune fille que son frère la demandait. Elizabeth alla attendre près de la bibliothèque d’où Georgiana sortit en larmes. Immédiatement, Elizabeth entra. Darcy était debout devant la fenêtre et ne se retourna pas à son entrée. — Qu’as-tu fait ? lui dit-elle d’une voix blanche — Tu le sais parfaitement. — Je ne peux pas croire que tu ais refusé ton consentement à ce jeune homme. — Si et j’ai pour cela d’excellentes raisons. — Et puis-je savoir quelles sont ces excellentes raisons ? Darcy se retourna enfin et la regarda le visage fermé : — Georgiana n’est qu’une enfant, ce jeune homme est un infirme et ses revenus ne lui permettront pas de donner à ma sœur la vie à laquelle elle est habituée. — Georgiana n’est plus une enfant, elle préfère certainement vivre avec l’homme qu’elle aime que dans le luxe et quant à son infirmité… Mais oui, parlons-en ! Il y a beaucoup de types d’infirmités : certains ont peu de cervelle, d’autres peu de cœur, d’autres trop d’orgueil. Qu’elle soit la tienne, peux-tu me le dire ? Sur ces mots, elle sortit de la pièce et alla retrouver sa belle-sœur qui sanglotait dans sa chambre. Elle la prit dans ses bras. — Ne pleurez pas ma chérie, tout n’est sûrement pas perdu. — Vous ne connaissez pas mon frère, il est si obstiné ! — Mais si je le connais et il vous aime. — S’il m’aimait vraiment, il consentirait à notre union. Nigel est bon, noble, charmant, intelligent. Bien sûr il n’est pas très riche mais il a de bons revenus et moi, je suis riche. Il m’aime et je l’aime de toute mon âme. Non ! Mon frère ne m’aime pas suffisamment pour vouloir mon bonheur. Quand Lizzy descendit au salon, Caroline et Fitzwilliam s’y trouvaient avec son mari. Cette dernière parlait avec véhémence : — Vous avez eu raison, monsieur Darcy, un infirme ! Et avec des revenus à peine corrects ! Qu’allait faire Georgiana en Écosse sans avoir même de quoi s’offrir une belle propriété ! Si encore il s’était agi de son frère aîné ! Il est riche et il a ses deux bras ! Qu’en pensez-vous Colonel ? — Je connais peu ce jeune homme, il m’a semblé agréable et Georgiana est très attachée à lui. — À son âge, un chagrin d’amour ne dure guère. Elle finira par trouver un jeune homme qui lui convienne. — Je ne suis pas certain qu’un mariage convenable soit le remède à un chagrin d’amour. Darcy lui ne disait rien et à l’entrée de sa femme il se retourna afin d’admirer la vue de la fenêtre. Elizabeth déjeuna presque en silence, donna des ordres afin qu’une collation soit montée à sa belle-sœur et la rejoignit peu après. Celle-ci ne pleurait plus, elle était très pâle et son visage reflétait le désespoir le plus complet : — S’il vous plaît Elizabeth, je ne veux pas rester ici, je ne veux pas supporter les regards de tous ces gens, je veux retourner à Londres. Comment faire pour que mon frère accepte mon départ ? — Rien de plus simple, je vais vous y accompagner. Jane s’ennuie un peu, l’été à Londres est bien morne, nous irons voir des musées et nous continuerons nos leçons de français. Afin d’éviter toute discussion, Elizabeth profita de la présence de Caroline et Fitzwilliam pour annoncer à son mari sans préambule. — Jane s’ennuie à Londres et je crois qu’il serait bien que j’aille lui tenir compagnie. Je pourrais emmener Georgiana avec moi, le changement lui sera profitable. Nous partirons dès demain. — C’est une excellente idée ! dit Caroline, assez contente de voir Lizzy s’éloigner. — En votre absence, Pemberley n’aura plus les mêmes attraits ma chère Elizabeth, lui dit Fitzwilliam gentiment. Lizzy le remercia d’un sourire. Darcy regarda sa femme d’un regard aigu et ne dit rien. Elle soutint son regard, le visage parfaitement inexpressif. Après le dîner qu’Elizabeth fit monter à sa belle-sœur, les convives se retirèrent rapidement dans leurs appartements. Après avoir veillé à ce que les malles de sa belle-sœur et les siennes soient bouclées, Lizzy se retrouva seule avec son époux. — J’espère ma chère que tu ne profiteras pas de ton intimité avec ma sœur pour prendre son parti et me dénigrer à ses yeux. — Tu me connais bien mal si tu me crois capable de cela. J’ai de nombreux défauts mais le manque de loyauté n’en fait pas partie. — Je ne sais pas si l’on ne peut pas assimiler ton départ, dans un moment également difficile pour moi, à un certain manque de loyauté. — Tu devrais le comprendre pourtant. L’homme pour lequel j’ai un si grand amour, cet homme bon, généreux et capable d’humilité est absent de Pemberley. Je n’y laisserai que son image. Caroline et sa sœur seront ravies de te tenir compagnie. Peut-être as-tu eu tort de ne pas l’épouser elle, elle te comprend parfois mieux que moi. Pâle de colère, il ne répondit rien et sortit de la pièce.
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