Chapitre 9

1426 Mots
Chapitre 9 Le lendemain très tôt, les deux belles-sœurs quittaient Pemberley. Aucune des deux ne parla beaucoup pendant le trajet, même si Elizabeth s’efforça de faire à la jeune fille une description optimiste de leur futur emploi du temps, dans un Londres déserté par la bonne société. Dès leur arrivée, Lizzy envoya un courrier à sa sœur lui annonçant leur arrivée et lui expliquant les raisons de ce séjour. Elle ne dit rien de ses propres sentiments mais évoqua simplement le chagrin de Georgiana, tout en demandant à Jane la plus grande discrétion ce qu’elle savait être superflue. Elle envoya également une courte missive à son mari lui faisant part de leur arrivée sans encombre. Les jours suivants, Elizabeth s’efforça d’occuper de façon agréable leurs journées afin que l’une et l’autre évitent de penser à Darcy et à Nigel Galbraith. Elles allèrent dans les musées, firent des emplettes avec Jane pour le futur petit Bingley dont la garde-robe était déjà imposante et pour l’ameublement de la nursery. Jane, comme sa sœur n’était nullement capricieuse pour elle-même mais pour ce bébé, rien n’était trop beau. Elles firent également quelques petites promenades en calèche à Windsor et déjeunèrent avec les Bingley dans une ravissante auberge au bord de la Tamise. Mais comme le cœur de Georgiana était toujours dans la lointaine Écosse, elle lut à haute voix le soir les « Poèmes de la frontière écossaise » de Walter Scott qui lui firent verser quelques larmes. Monsieur de Boisset leur avait apporté quelques fables de la Fontaine qu’elles trouvèrent charmantes, même si Elizabeth eut bien du mal à les comprendre et fit beaucoup rire sa belle-sœur par ses bévues. Elizabeth envoyait de courtes lettres à Pemberley racontant leurs journées, lettres qui restèrent sans réponse. Au dixième jour, une longue lettre de Darcy arriva enfin, accompagnée d’une autre plus courte du frère de Nigel. « Ma très chère Elizabeth. Décidément t’écrire, et celle-là n’est que la seconde lettre que je t’envoie, n’a jamais été tâche facile. Peu de nouvelles, ici : Fitzwilliam est reparti pour le Kent, Caroline Bingley et sa sœur sont toujours là ainsi que Monsieur P et Monsieur M., qui passent leurs matinées à pécher. Ton chien me regarde de temps en temps d’un air accusateur, ayant l’air de me demander ce qu’il en est de ses promenades et Pemberley est triste. Malgré le soleil, le lac ne brille pas, les bois sont sombres et guettent le bruit de tes pas et la maison se sent orpheline. Personne ne court dans les couloirs, ce qui bien entendu est fort inconvenant, personne ne rit aux éclats, personne ne rentre sans frapper dans la bibliothèque pour y rechercher quelque roman ou quelque poème et le pianoforte n’aime pas du tout le répertoire de Caroline. Ma jeune sœur me manque, bien sûr, mais sans toi, je ne suis personne. Je déteste au réveil ne pas t’avoir à mon côté, je déteste ne pas avoir la stimulation de tes conversations et de ton ironie, je déteste ne pas avoir à surveiller le retour de tes promenades quand tu rentres, les joues roses et les yeux brillants, je déteste vivre sans toi. Si c’est pour me châtier que tu es partie, je ne mérite pas un tel châtiment. La décision que j’ai prise, de ne pas consentir au mariage de Georgiana avec monsieur Galbraith, je ne l’ai pas prise de gaîté de cœur mais seulement en pensant à elle. Je crois, très sincèrement que le temps me donnera raison et je ne crois pas mériter de n’être plus le mari que tu aimes. Je suis, dans tous les cas, le mari qui t’aime, plus que tout au monde. J’espère te dire tout cela de vive voix sous peu et comme tu m’as informé que Georgiana et toi avez commandé à Londres vos toilettes en vue du mariage à Rosings, je vous y rejoindrai et nous partirons ensemble pour le Kent. Prends soin de toi et de ma chère sœur. Ton mari qui t’adore. » Fitzwilliam Darcy. P.S. Je te joins une lettre à ton adresse de monsieur Bruce Galbraith. La seconde lettre, très brève, disait ainsi : « Madame. J’ai le très grand regret, de ne plus compter votre mari au nombre de mes amis. Le refus de monsieur Darcy a plongé mon frère dans le désespoir le plus profond et l’affection que je porte à Nigel fait de ce refus un acte à mes yeux, impardonnable. Je veux cependant vous dire que je vous tiens pour parfaitement innocente dans cette affaire et que mon frère et moi gardons pour vous une affectueuse amitié et un délicieux souvenir de votre compagnie. Je, nous serions heureux d’avoir des nouvelles de mademoiselle Darcy qui doit elle-même, être fort triste. Votre dévoué serviteur. » Bruce Galbraith. Elizabeth ne répondit pas à la lettre de son mari qui ne devait plus tarder à arriver et envoya une courte missive à Bruce Galbraith, l’assurant de sa propre estime et lui confirmant la grande tristesse de Georgiana. Elle ne dit rien à la jeune fille de cette lettre et lui annonça l’arrivée prochaine de son frère, ce qui ne provoqua chez elle aucune réaction. Darcy arriva dans l’après-midi du quatrième jour suivant sa lettre. Elizabeth et Georgiana dînaient ce jour-là chez les Bingley et elles le trouvèrent à leur retour dans le salon. Il les accueillit d’un sourire, mais fut reçu sans aucune effusion par sa sœur qui l’embrassa et se contenta de lui demander s’il avait fait bon voyage et plus tendrement par sa femme à qui il avait manqué, plus qu’elle ne voulait se l’avouer. Rapidement Georgiana, prétextant la fatigue, se retira dans ses appartements et les époux restèrent seuls. Darcy prit alors sa femme dans ses bras : — Tu m’as cruellement manqué mon amour. Je me demande maintenant comment j’ai pu vivre vingt-huit ans sans toi. — Je te signale qu’à tes dix ans, je n’en avais pas deux ce qui rendait notre relation un peu difficile. Je manquais de conversation, même si je me suis rattrapée depuis. Darcy rit de bon cœur. — Te rends-tu compte que depuis ton départ, je n’ai pas ri une seule fois — Je pense que depuis avant mon départ. Je n’avais alors pas le cœur à rire. — Mais maintenant tout est oublié, n’est-ce pas ? — Certainement pas. Ce que je t’ai dit alors, je le redirais aujourd’hui. Ce n’est pas l’homme que j’aime qui a de nouveau séparé deux jeunes gens amoureux. Les raisons que tu m’as données n’excusent rien et c’est encore ton orgueil qui a parlé. Il était inconcevable à tes yeux qu’une Darcy épouse un jeune homme peu fortuné et à qui il manque un bras. Explique-moi alors, pourquoi un Darcy a pu épouser une demoiselle pauvre et affublée d’une famille, selon toi imprésentable. Mais voilà, toi tu étais libre de prendre tes propres décisions et de commettre tes propres erreurs. Georgiana ne le sera jamais parce que c’est une femme et que, même si elle décidait à sa majorité d’épouser Bruce Galbraith sans ton consentement, elle serait mise au ban de la bonne société. — Dans trois ans, elle aura oublié ce jeune homme, elle est jeune. — Tu devrais relire Shakespeare. Juliette avait quatorze ans quand elle se tua par amour. On peut aimer d’un amour profond, unique et passionné à dix-huit ans et je crois que c’est le cas de ta sœur. Tu n’as pas perdu l’amour de ta femme qui t’aime parfois malgré elle, mais tu as certainement perdu la confiance de Georgiana. Darcy, dès le lendemain, monta dans le boudoir de sa sœur afin d’avoir avec elle une conversation. Celle-ci se leva à son entrée et resta debout. — Crois-moi ma chérie, c’est uniquement en pensant à toi que j’ai pris cette décision. Je te connais bien, je sais à quelle vie tu es habituée, je connais tes erreurs passées et je pense, qu’une fois encore, tu as cru à l’amour alors qu’il ne s’agit que d’une attirance passagère due à ton cœur tendre. Ton idée romantique du noble Highlander indomptable, ta compassion pour ses souffrances, son physique avantageux, sa conversation enjouée, tout cela pouvait te confondre. Dans quelques semaines, tout sera oublié et tu seras à nouveau la jeune fille charmante qui aura bientôt tout Londres à ses pieds. Je ne crois pas mériter ta rancune. — Je n’ai pas de rancune. Il m’est égal d’avoir tout Londres à mes pieds et je n’attends plus rien du lendemain. Les jours passeront et je me contenterai de les voir passer. Tu connais apparemment mieux que moi mes capacités d’oubli et tu es mon frère aîné et mon tuteur, je n’ai donc rien à dire. — Je crois que je préférerais ta colère à cette soumission. — Tu m’en vois désolée, mais je suis trop triste pour être en colère et je sais de plus que ma colère serait vaine. Après ces mots, la jeune fille quitta la pièce. Darcy répéta cette conversation à sa femme qui ne fit aucun commentaire. Les jours suivants, Georgiana les passa chez les Bingley, n’apparaissant qu’à l’heure des dîners, pendant lesquels, malgré les efforts de son frère et de sa belle-sœur, elle ne participait pratiquement pas à la conversation.
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