Kaylee
J'ai réussi à convaincre Travor d'attendre pour savoir au moins comment s'est passée l'intervention avant de rentrer. Déjà plus d'une demi-heure que nous attendons des nouvelles du docteur Dubois, dans le hall de l'hôpital. Cette histoire nous concerne, quoi qu'on y fasse. J’observe Travor, qui en pleine discussion avec Jared, fait semblant de ne pas s'inquiéter de l'issue de l'opération. De tout mon cœur j'espère qu'elle ira mieux et pourra enfin retrouver la mémoire.
L'autre chose, qui occupe mes pensées c'est l'identité de la femme qui rendait visite à David. Dans le registre il s'agit d'une certaine Rose Parker. Je n'ai pas reconnu ce nom, et j'ai l'impression que c'est une fausse identité, mais quelque chose a retenu mon attention. Les initiales dans la signature : MJ. C'est fou mais je crois l'avoir déjà aperçu quelque part.
C'est peut être une fausse signature aussi ! Me souffle ma conscience. Peut-être... Éludé-je pensivement.
J'ai un mauvais pressentiment, si cette femme allait rendre visite à David, de quoi pouvaient-ils bien parler ?
De moi ?
Ne pas connaître son identité me frustre et me préoccupe. J'ai bon espoir de savoir qui s'est bientôt. En attendant l'affaire qui requiert le plus mon attention, c'est la création d'un centre d'accueil ici. J'ai commencé à mener les démarches avec Travor, et actuellement une enquête de probité est en cours sur ma personne. Après quoi, je pourrai définitivement créer ''un regard d'amour '' ici.
Les enfants me manquent, et David n'est plus une menace pour eux, j'aimerais qu'ils me rejoignent. Kimy en sera ravie, Zack a déjà dû lui vendre la mèche.
Si tout se passe bien, dans deux semaines, nous pourrons procéder à l'inauguration du nouveau centre. Je suis aux anges, à l'entreprise tout roule comme sur des roulettes. Je conçois un nouveau prototype qui passera devant le conseil d'administration dans deux mois. Nous avons enregistré plusieurs commandes du modèle X1, à mon plus grand plaisir. Travor et moi avons hâtes, d'assister au congrès international des concepteurs de véhicule à quatre roues. Surtout moi, ce congrès est une consécration, le couronnement de tant d'efforts.
Et, cerise sur le gâteau, notre bébé va bien. Que vouloir de plus ?
— Nous devrions rentrés et revenir plus tard. Marmonne-t-il, après avoir raccroché.
— À quoi bon ? Je sais que tu veux t'impliquer le moins possible dans cette histoire, le mieux serait qu'on attende. Comment va Jared ?
— Son voyage à New York se déroule très bien. Il rentre dans une semaine.
— Tu lui as parlé de Sonia ?
— Non, je préfère ne pas en parler. Il l'apprendra à son retour.
Travor a convaincu Jared de s'occuper du département juridique, en vain. Il préfère être un simple consultant indépendant en cas de besoin. Je crois qu'il tient beaucoup à son agence de photographie.
Il me donne le tournis à force de marcher dans tous les sens comme ça. Je ferme les yeux un instant pensant à un repas parfait.
— Monsieur McCoy ?
— Docteur ! Comment se porte-t-elle ? M'impatienté-je vivement.
— Stable pour le moment, l'opération s'est bien déroulée, il nous faut attendre son réveil. Mais pour le moment, elle est sauvée. Je vous remercie d'avoir ramené votre mari à la raison. Ajoute-t-il, le regard rivé au mien.
— Tout le mérite lui revient. Elle est tirée d'affaires n'est-ce pas ? Insisté-je.
— Oui. Totalement. Du moins jusqu'à son réveil. Car c'est seulement à ce moment que nous pourrons l'évaluer par des examens.
— Je peux vous poser une question ? Lance Travor, qui semble enfin s'intéresser à la discussion.
— Oui, bien sûr.
— Pourquoi tant d'intérêt pour le cas de Sonia ?
Oh non Travor ! Mon regard glisse mollement de Travor au docteur. Ce dernier devient un tantinet gêné.
— Parce que je suis un médecin et que comme tous les médecins j'ai prêté le serment de...
— Il est évident que votre intérêt pour Sonia va au-delà, de vos attributions professionnelles.
— Que sous entendez-vous ?
— Rien du tout. Je veux juste que vous me répondiez avec sincérité.
Je me fais toute petite pour ne pas interrompre leur combat de coq.
— Écoutez Monsieur, je suis désolé de vous avoir jugé trop rapidement. Mais, sachez que cette femme est l'une des bienfaitrices de cet hôpital.
Quoi ? Je manque de m'étouffer. On parle bien de la même femme ? Sonia ? L'étonnement de Travor est aussi manifeste que le mien, mais évidemment il le cache mieux que moi.
— Sonia est l'une des bienfaitrices de cet hôpital. Répète calmement Travor, en tentant d'assimiler la nouvelle.
— Oui. Je ne suis normalement pas en droit de vous communiquer cette information. Mais sachez que cet hôpital et bien d'autres lui doivent beaucoup. Depuis trois ans, elle nous aide financièrement, dans l'ombre. Personne ne sait rien de sa vie, elle n'est pas très bavarde. Nous lui devons beaucoup, moi personnellement.
J'en ai la mâchoire décochée.
— Comment ? Demande Travor, qui a du mal à gober l'histoire.
— C'est privé. Sachez juste que la femme que vous avez connue a beaucoup changé.
— Pourquoi ne l'avez-vous pas opéré, sans autorisation puisqu'elle est si importante pour vous et pour l'hôpital ?
— L'hôpital suit des règles strictes. Son opération comportait un risque énorme. Malgré son implication personnelle et financière dans le fonctionnement de l'hôpital, elle n'en demeure pas moins aujourd'hui une patiente. Il fallait l'accord d'un membre de sa famille au préalable. Je l'aurai fait si je le pouvais et sachez que je regrette d'avoir ravivé sans le vouloir vos mauvais souvenirs. J'ignorais tout de sa vie privée et puisque nous la connaissons tous sous le nom de Sonia McCoy, j'ai cru en son histoire quand elle s'est réveillée après l'accident.
Elle utilise toujours, le nom de Travor malgré le divorce ? Donc, dans cette ville il n'y a pas deux madame McCoy, comme je l'ai toujours cru mais trois. Okay, j'ai besoin de m'asseoir.
— Merci de m'avoir apporté ces éclaircissements docteur.
— Je vous en prie. Vous pouvez rentrer maintenant, je vous contacterai quand il y aura du nouveau.
Travor veut rajouter quelque chose, mais se retient. Évidemment il a laissé son contact sur l'une des fiches qu'il a rempli donc, nous pouvons rentrer l'esprit tranquille. Nous arrivons en silence à la voiture. Je voudrais bien savoir, à quoi il pense.
Certainement au changement de Sonia.
Dès qu'il démarre j'entame la discussion.
— Tu crois en ce que t'a raconté le médecin ?
— Non.
— Non ? Même pas un peu ?
— Non, même pas un peu.
J'ai droit à la version taciturne de lui. Génial.
— Que comptes-tu faire ?
— Ce que j'aurai dû faire il y a des années.
— Quoi ?
— Savoir ce qu'elle est devenue, ce qu'elle a fait ces dernières années.
— Et si, tout était vrai ?
— Impossible.
— Travor, tu crois la connaître, mais et si c'était vrai ? Et si elle avait changé ?
— Je dirai que les miracles existent.
— Tu ne vas pas t'en vouloir un tout petit peu de l'avoir abandonné ? Si elle a changé après la mort de votre fille, c'est qu'elle a réellement été affectée.
— Regretté quoi Kaylee ? Vocifère-t-il, donnant un coup dans le volant. Il freine brusquement et plante son regard torturé dans le mien.
Nous sommes passé du taciturne au tourmenté. Et après on me dit que c'est moi qui change d'humeur pour un rien.
— Excuse-moi.
— Elle a laissé mourir notre fille, que dis-je, sa fille sans aucun état d'âme alors peu importe les activités auxquelles elle s’est adonnée ces dernières années pour se racheter. À mes yeux, elle n'a pas changé.
Les klaxons répétés, des conducteurs furieux, qu'on empêche d'avancer, finissent par le convaincre de reprendre le volant. J'ai de la peine pour lui, cette histoire lui fait du mal. Et dire que nous avions tout pour être heureux il y a quelques jours seulement.
Maudit coup du sort !
Travor
Je contacte par mail mon enquêtrice à la seconde où je sors de la voiture. Je ne crois pas un mot de ce que m'a raconté le médecin. Mais je veux en être certain. Pourquoi m'aurait-il mentit, alors qu'il sait que je peux facilement vérifier ses dires ? Je jette un coup d'œil à Kaylee. Elle paraît fatiguée.
Je n'aurai jamais dû m'emporter contre elle. Rien de tout cela n'est de sa faute. Elle avance en silence vers la maison. Je presse les pas, pour la rejoindre et sans réfléchir, je prends sa main avec douceur.
Ses yeux pailletés, me sondent attentivement. Il faut que je me fasse pardonner. Je l'attire contre moi en une étreinte passionnée. Je ne veux pas lui donner l'impression que l'apparition de Sonia dans nos vies va changer notre relation.
Elle se laisse aller contre moi, sans retenue en soupirant. Je pose mes lèvres au sommet de son crâne, pour lui donner un b****r. Elle m'enlace, et je répète mon geste. Je glisse mon visage dans son cou, et à quelque centimètres de son oreille je murmure :
— Pardonne-moi.
Elle frisonne, resserre notre étreinte.
— Ça me fait toujours le même effet à chaque fois. Me confit- elle, doucement.
— Quoi ? Fais-je, déboussolé.
— Ton souffle dans mes oreilles. J'hésite toujours à nommer cette sensation. Est-ce une chatouille, ou de l'excitation ? Continu-t-elle, avec un grand sérieux.
Je rigole silencieusement, en regrettant mon incapacité momentanée de voir l'expression de son visage.
— Les deux ? La provoqué-je en soufflant encore une fois dans le lobe de son oreille.
— Tu l'as fait exprès ! M'accuse-t-elle, en se débattant.
— Pardonne-moi, Kaylee. La supplié-je après avoir réussi à l'empêcher de s'échapper. Cette fois ci je la tiens fermement contre moi.
— À une condition.
Elle tend le cou, pour mieux me regarder.
— Laquelle ?
— Laisse-moi, te badigeonner de glace au chocolat, de la tête aux pieds. Depuis que j'en ai parlé, cette image me hante.
J'explose de rire, et quelques secondes après elle se joint à moi dans un fou rire.
— C'est d'accord. J'accepte. Mais accorde-moi cette journée avant que je ne perde définitivement ma dignité.
— Je compte en prendre une photo pour la montrer à Jared et à notre bébé.
— À Jared ? M'exclamé-je en rompant notre étreinte.
Elle en profite pour s'échapper en courant. Je me rue à ses trousses. Je finis par la rattraper sur le perron d'entrée. Dans un éclat de rire, je la soulève dans mes bras. Nous rejoignons nôtre chambre, sans nous départir de notre bonne humeur. Je pose mon précieux fardeau sur le lit avant de me mettre à la chatouiller pour de bon.
Son rire s’amplifie, et elle finit par me supplier entre deux quintes de toux.
— S'il te plaît... C'est bon, je me rends !
Je laisse mes mains en suspens.
— Dis-moi que tu me pardonnes.
— Ce n'est pas juste. Tu veux obtenir mon pardon sous la menace. Tente-t-elle de s'expliquer en reprenant son souffle.
Je joins mes mains, en signe d'excuses.
— Pardonne-moi d'être un mari insupportable.
— Pas seulement. Tu es exaspérant, têtu, buté, jaloux... Relève-t-elle, en comptant sur le bout de ses doigts
— Oui, mais tu m'aimes quand même.
— Non, j'ai été forcé de t'épouser.
— Tu m'épouses bien de ton plein gré, dans quelques semaines non ?
— Maintenant que tu en parles, je devrais peut être reconsidérer ta demande sous un autre angle car...
Je l'interromps en bâillonnant ses lèvres par un b****r époustouflant.
— Pardonne-moi.
— Je t'aime Travor.
Sa déclaration inattendue, me réchauffe le cœur et me procure un bien être inouï.
— Tu m'as volé ma réplique. Plaisanté-je ému.
Elle me caresse le visage, du revers de la main.
— Souris.
— Quoi ?
— Fais-moi un sourire.
J'esquisse malgré moi une ombre de sourire pour lui faire plaisir.
— Non, pas comme ça. Je ne veux pas d'un sourire forcé. Je veux ton vrai sourire, celui qui te monte aux yeux. Celui que tu as fait quand on a vu nôtre bébé pour la première fois.
À l'évocation de ce moment, l'image en blanc noir du bébé, me revient en mémoire. Et c'est avec joie que je souris.
— Voilà ! Applaudit-elle, heureuse.
— Tu es contente ?
— Oui. Énormément. Je veux que quoi qu'il arrive, nous pensions à lui, et que sa présence nous redonne le sourire. D'accord ? Promets le moi.
Elle pose ma main sur son ventre encore plat, pour rentre l'instant solennel.
— Je te le promets.
— Maintenant dis-moi que tu m'aimes.
— Je t'aime Kaylee, Mary-fée McCoy. Ma petite fée, je t'aime.
— Je te pardonne.
J'accueille sa phrase avec soulagement.
— Merci.
— Tu sais, je n'étais pas fâchée. Mais j'ai aimé te voir ramer. Avoue-t-elle en gloussant.
— Tu mérites une bonne punition !
Je me rue sur elle, pour une administrer une nouvelle vague de chatouille qu'elle n'oubliera pas de sitôt. Son rire, sa bonne humeur font ma joie.
J'espère que cette histoire avec Sonia ne ternira pas son humeur et sa joie de vivre. Je veux de tout mon cœur, continuer à la rendre heureuse.
— Travor, arrête... S'il…Te… Plaît !