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Dingue De Toi

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Blurb

Tomber amoureuse de son collègue est l'une des pires erreurs à ne pas faire dans la vie. Mais l'amour est comme ça, il est Imprévisible. Il ne prévient ni quand ni avec qui ça colle. Un jour, on se réveille un matin avec des papillons dans le ventre, des étoiles dans les yeux et sur chaque visage on cherche l'être aimé. Que se passe-t-il lorsque le sourire et les promesses sont fausses ?

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Chapitre 1 — Un simple foulard pour bouclier
~ Point de vue de Kelian Lynn-Ley ~ Notre histoire d’amour commença ainsi. Je me rendis dans ce petit restaurant du coin de la rue pour acheter de quoi manger. J’étais loin d’imaginer que j’y croiserais ce garçon qui me fait craquer, celui qui me chavire le ventre et m’ôte toute raison dès qu’il rôde dans les parages. Je m’appelle Kelian. Je suis enseignante dans un grand collège de la ville H. Je travaille du lundi au vendredi jusqu’à seize heures quarante, si bien que je trouve rarement le temps de m’occuper de moi, ni même de penser à ce que je devrais manger. Mon existence se résume à un va-et-vient entre l’école et la maison. Une routine qui me rappelle mes longues années d’université, tapie derrière des montagnes de livres de littérature. Pour ne pas dormir le ventre vide, je me rendais souvent dans ce petit restaurant de quartier. Ce soir-là, avant de sortir, je pris un bain dans la pénombre tiède de ma salle d’eau. L’odeur du savon à la lavande flottait encore autour de moi lorsque je gagnai ma chambre, cette petite pièce aux murs nus que j’apprenais doucement à habiter. Je quittai les vêtements portés au travail, changeai de coiffure, me parfumai. Le parfum glissa sur ma peau comme une promesse secrète. J’enfilai un jean bleu pattes d’éléphant qui épousait parfaitement mes rondeurs. Par-dessus mon crop top blanc, je jetai un petit foulard sur mes épaules léger, discret, transparent. Cette taille haute aplatissait mon ventre, couvrait mon nombril, mais je ne m’y sentais guère à l’aise. J’ai toujours eu honte de m’exposer en public dans des tenues qui dévoilent. Je suis d’une timidité maladive. Ce petit foulard me servait de bouclier psychologique, une barrière de gaze entre mon corps et le regard des hommes. Sans lui, je n’aurais pas pu quitter ma chambre, ni marcher jusqu’au restaurant. Pourtant, il fallait bien manger. Alors je fis l’effort de le mettre. Je m’observai dans le miroir une dernière fois. La lumière jaune de l’ampoule dessinait des ombres douces sur mes joues. Je fis un petit signe à mon reflet, un geste nonchalant qui me donna aussitôt la nausée. Je ne me trouvais même pas belle. Je tirai le crop top jusqu’à la fine bordure de mon pantalon pour tenter de couvrir l’ensemble de mon corps. Échec total. Une grimace traversa mon visage. — Qu’est-ce que tu portes, Kelian ? me demandai-je à moi-même. Tu n’es même pas jolie là-dedans. Oh, par pitié, ne me dis pas que tu vas sortir ainsi jusqu’au restaurant. C’est affreux. Tu devrais apprendre à te couvrir si tu veux trouver un homme convenable. J’avais joué ce rôle comme si un membre de ma famille s’adressait à moi. Et c’était exactement ce qu’ils auraient dit. J’ai grandi dans une famille où l’on me trouvait insignifiante. Leurs critiques acides m’ont toujours salie. À les entendre, j’étais moins belle, moins intelligente, moins intéressante. Leurs mots ont tué quelque chose en moi, une chose que je n’ai jamais retrouvée malgré tous mes efforts pour l’oublier. Ils m’avaient chosifiée. À leurs yeux, je n’étais qu’un déchet. Le pire, c’est que je les avais crus. À une époque, je pensais sincèrement n’avoir aucune valeur. Aujourd’hui, j’ai pris la décision de tenir ma vie entre mes mains. Je loue cette chambre et je préfère vivre loin d’eux. Je ne me fais pas encore assez confiance, mais peu à peu, je m’habitue à cette nouvelle existence. Je ne vois aucun intérêt à cohabiter avec des êtres qui ne m’aiment pas et qui me rabaissent à chaque occasion. — Mieux vaut être seule que mal accompagnée, murmurai-je froidement avant de passer un gloss sur mes lèvres. Le miroir me renvoya l’image d’une jeune femme au regard incertain. Je m’observai une dernière fois, puis je sortis. L’air du soir m’enveloppa aussitôt, tiède et parfumé de jasmin. La rue s’étirait devant moi, baignée d’une lumière orangée que les lampadaires projetaient sur les trottoirs. Quelques étoiles timides perçaient déjà le velours du ciel. Au loin, j’entendais le murmure assourdi de la ville, le grondement paresseux des voitures, le rire étouffé d’un couple qui passait. Le café-restaurant m’accueillit dans son odeur familière d’épices et de pain chaud. Des lampes à abat-jour cuivré diffusaient une clarté tamisée sur les tables en bois sombre. Des plantes suspendues aux poutres laissaient pendre leurs feuilles comme des doigts paresseux. Quelques clients dînaient en silence. D’autres échangeaient des confidences à voix basse. Au fond de la salle, un vieux ventilateur brassait l’air avec un ronronnement régulier qui ressemblait à une berceuse. À mon entrée, tous les hommes posèrent leur regard sur moi. Certains chuchotèrent, d’autres se turent. Je sentis le poids de leurs yeux sur ma peau, comme une brûlure légère. Je passai commande d’une voix presque inaudible, fus servie rapidement et mangeai sur place. Je ne voulais pas emporter le plat parce que j’avais vraiment faim et, pour être honnête, je ne possédais pas encore de couverts chez moi. J’achèterais petit à petit. Quand j’eus terminé, je quittai les lieux en silence, sans répondre aux commentaires acides de quelques filles qui estimaient que j’en faisais trop. Leurs mots glissèrent sur moi sans m’atteindre. Je gagnai la rue, soulagée de retrouver la caresse du soir. En bordure de chaussée, je sortis mon téléphone pour mettre de la musique. Quand tout va mal, elle est le seul réconfort qui m’apaise. J’allais glisser mes écouteurs lorsque soudain, une voix douce m’appela. Sans même me retourner tout de suite, je la distinguai du brouhaha ambiant. Une onde tiède traversa ma poitrine. Cette voix, je la reconnaîtrais entre mille. C’était lui. — Mademoiselle Ley, insista-t-il. Je pivotai vers la source de cet appel et je l’aperçus. Il m’adressait un signe de la main depuis un bar niché dans une rue voisine. L’endroit ressemblait à un cocon chaleureux : des guirlandes lumineuses clignotaient doucement au-dessus de la terrasse, des bougies vacillaient sur les tables en fer forgé, et une mélodie d’amour s’échappait des enceintes, portée par un saxophone langoureux. L’air sentait le sucre et l’alcool tiède. Des couples dansaient, enlacés, leurs ombres mouvantes se projetant sur les murs de brique. Un sourire naquit sur mes lèvres, presque malgré moi. Je rangeai hâtivement les écouteurs dans la poche de mon jean et m’avançai vers lui. Mon ventre se creusa d’un vide exquis, un frisson léger qui remonta le long de ma colonne vertébrale. Chaque pas vers lui résonnait comme un battement de tambour dans ma poitrine. Quand je parvins à sa hauteur, une petite pente se dressait devant moi. Il s’approcha et me tendit la main. La lueur des guirlandes dansait dans ses yeux. — Laissez-moi vous aider, proposa-t-il d’un geste tendre. Sa voix était calme, posée, sucrée comme un miel d’été. Elle transperça mon cœur en quelques fractions de seconde. Je levai les yeux vers son visage. Mon souffle se suspendit. Seigneur. Il était beau, élégant, avec de petits yeux marron qui brillaient comme des billes de diamant au bord d’une mer inconnue. Un homme charismatique, responsable, parfait. La lumière des bougies caressait ses pommettes, dessinait des ombres douces sur sa mâchoire. Lui, c’était mon collègue Justin Cooper. Il portait une tenue simple mais bien repassée, rien d’onéreux : juste un legging noir et un t-shirt blanc, un style idéal pour une soirée d’été à H. Le tissu épousait ses épaules larges, son torse bombé. J’avais rencontré Justin deux ans plus tôt. Nous enseignons dans le même établissement. Depuis ce jour-là, il a volé une partie de mon cœur. Je sais qu’il est dangereux de tomber amoureuse d’un collègue, mais mon cœur ne peut tout simplement pas s’empêcher de battre quand je le vois. Il me rend dingue. Mon corps entier vibre en sa présence, alors même qu’il ignore l’effet qu’il produit sur moi. Au nom de l’éthique professionnelle, je n’ai jamais confié ce secret à personne. Même timide, j’ai pourtant réussi à tomber amoureuse… C’est ce qui comptait. Certes, je ne peux pas le lui avouer. Honnêtement, je préfère me taire, car j’ai horreur d’être rejetée. Depuis toujours, je vis avec cet amour en moi. Je suis la seule à vibrer, à chercher ses yeux pendant les réunions pédagogiques ou dans les salles de classe où il enseigne. Avec le temps, nous sommes devenus de très bons amis. Je le respecte énormément. À cet instant, j’aurais tout donné pour lui plaire, pour qu’il me regarde ainsi durant toute la soirée. — Kelian, dit-il en remarquant mon hésitation à poser ma main sur la sienne. Ta main. Je vais t’aider à grimper cette petite pente. — Non, monsieur, je vais m’en sortir toute seule, répondis-je, la gorge serrée, peu habituée à ce qu’on me vienne en aide. — Viens là, cria-t-il doucement en me tirant par le poignet. Ne fais pas ta dure. Laisse-moi t’aider. Son contact sur ma peau réagit comme un courant électrique. Une décharge brûlante parcourut mon bras, se propagea dans ma nuque, fit bourdonner mes tempes. J’ai traversé assez d’épreuves dans ma vie pour en devenir maigre, presque frêle. Ce n’est pas une plaisanterie. Dans le quartier, on m’appelle « le mannequin », alors que je ne suis pas née mince. Selon ma mère, parmi ses enfants, c’est moi qui étais la plus costaude. Il est triste de constater à quel point les épreuves peuvent nous transformer en quelqu’un que nous ne sommes pas vraiment. Légère comme un petit papier emporté dans les airs, j’atterris sur le torse bombé de Justin. Mon cœur s’emballa, cogna contre mes côtes. Il était très grand un mètre quatre-vingt-neuf , et moi terriblement petite, un mètre soixante-trois. Il me fixa tandis que je fuyais son odeur corporelle. Ciel, il sentait bon comme un gâteau de mariage à la crème fraîche, un parfum de vanille et de musc blanc, une douceur enivrante qui m’enveloppait tout entière. Je faillis perdre pied sous cette saveur crémeuse. Mes jambes tremblaient. Un vertige délicieux m’envahissait. — Qu’est-ce que je suis maladroite… lançai-je pour briser le silence, la voix mal assurée. — Ce n’est rien, déclara-t-il en m’écartant légèrement. Viens, joins-toi à moi. Je suis accompagné d’amis. Son invitation éveilla en moi un tumulte indescriptible. Une vague de chaleur monta de mon ventre à ma poitrine. C’était la première fois qu’un homme m’invitait à le suivre. Même si c’était simplement dans notre quartier, il venait de marquer un point de plus dans mon cœur. Je le contemplai, éblouie par la promesse silencieuse de cet instant, par la musique qui continuait de couler autour de nous comme un fleuve sucré. — Tu viens ? demanda-t-il en me serrant le poignet. Cela ne ressemblait plus du tout à une invitation. C’était une décision que je devais accepter. Sa main autour de mon poignet était une ancre et une aile à la fois. Pendant qu’il me tenait par le bras, je rêvais déjà de lui tel un héros de romans sentimentaux. Il avait la taille, le charisme, le corps que j’ai toujours cherchés. À mes yeux, il était l’homme parfait. Les bougies projetaient des étoiles dans ses prunelles. La mélodie enveloppait nos silhouettes comme un voile de soie. J’étais prête à le suivre jusqu’en enfer.

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