2 mars - 17 heures

687 Mots
2 mars - 17 heuresMartin pesta en secouant son téléphone portable. — Plus de batterie ! La concierge, bigoudis sur la tête, sortit précipitamment de sa loge pour l’interpeller : — Deux policiers sont passés chez vous ce matin ! D’ailleurs, ils sont encore là, dans la Laguna garée juste devant la porte principale de l’immeuble. Ils vous guettent. Si vous n’aviez pas eu la bonne idée de prendre l’entrée de service, vous seriez tombé sur eux, enfin, disons qu’ils seraient plutôt tombés sur vous ! En plus, ils m’ont posé des tas de questions, mais je n’ai rien dit. J’ai bien fait ? Martin était livide et désemparé devant madame Perret. Elle tournait autour de son balai, attendant qu’il la questionne, mais il ne voyait pas où elle voulait en venir. Avançant de quelques pas, il regarda par l’encoignure du porche. Une Laguna était effectivement stationnée en face, avec deux hommes en faction. En reculant, il demanda : — Que vous ont-ils déclaré exactement ? — Eh bien, qu’hier, un homme avait été retrouvé noyé, un certain Jean de Rurre, je crois, je ne suis pas sûre du nom. De toute façon, ils voulaient savoir si vous connaissiez cet individu, un peintre connu à ce qu’ils m’ont raconté. Ils m’ont même montré sa photo pour savoir s’il était déjà venu chez vous. Mais je ne l’ai jamais vu ici. J’ai cru entendre, lorsqu’ils discutaient tous les deux, qu’il a été assassiné, ce monsieur. C’est bien triste. La concierge tira sur les pans de sa blouse à fleurs, soupira et reprit : — Et puis qui vous fréquentiez, enfin des tas d’indiscrétions. Moi, je ne suis pas bavarde, vous me connaissez, je suis une vraie tombe. Alors, je ne leur ai pas dit… Martin fit la grimace, elle avait la réputation de tailler des petits costumes à tous les résidants. — Vous savez, je leur ai expliqué que vous étiez un homme sans histoire et toujours en voyage à l’étranger. — Et qu’est-ce que vous sous-entendez par je ne leur ai pas dit ? Je n’ai rien à cacher et je ne vois pas ce qu’ils me veulent. Je vais aller les questionner à mon tour. Madame Perret rattrapa Martin par le bras. — Non, monsieur Colins, je ne ferais pas cela à votre place. Enfin, j’ai vu le paquet et ils m’ont aussi parlé de ça. — Ah, celui du cargo ! Martin comprit en une fraction de seconde que l’homme noyé n’était autre que celui qu’il avait vu être remonté du port de La Palice, le jour précédent. — Ils cherchent le paquet ? C’est cela ? — Oui, mais je ne leur ai pas dit. — À la fin, qu’est-ce que vous ne leur avez pas dit ? — Eh bien, vous savez, il était plein de sang ! Martin se rendit compte qu’il s’était embarqué dans une sombre histoire qui risquait de contrarier son expédition en cargo. Il murmura : — Je savais bien que j’aurais dû le laisser là où il était. — Je ne vous entends pas, vous dites ? — Rien. Ne dites plus rien. Je monte à mon appartement et je préférerais que vous ne traversiez pas la rue pour alerter ces hommes. Madame Perret fut offusquée du peu de courtoisie dont il faisait preuve alors qu’elle avait été exemplaire et n’avait pas touché un mot sur le colis. Elle pinça ses lèvres et détourna le visage. Martin effleura le gant rose de madame Perret, dans une caresse caoutchouteuse. — Excusez-moi d’avoir été désagréable, comprenez-moi, je quitte la France demain et, en voulant rendre service, je me retrouve dans une situation rocambolesque. Je vous remercie de m’avoir prévenu. Je vais passer quelques coups de fil et je redescends pour aller voir ces hommes et leur expliquer la méprise. Martin partit en souriant, montant sans se presser les marches. Il était perplexe : du sang et il ne l’avait évidemment pas remarqué ! Il allait devoir s’expliquer sur son anérythropsie, encore une fois et devant la police. Cette histoire de dingue allait lui faire perdre un temps fou, il était dix-sept heures et Paul devait passer à vingt heures. Madame Perret hurla du bas de l’escalier. — De Rohier et pas de Rurre ! Il s’appelle de Rohier, le noyé ! Martin s’arrêta net. Flore de Rohier allait le disculper, c’est elle qui avait maintenant le maudit paquet. Il courut dans l’escalier et stoppa net devant sa porte. Un homme en costume gris l’y attendait. — Inspecteur Montcontour, vous êtes bien Martin Colins ? — Oui, c’est moi, je crois qu’il y a eu un incroyable concours de circonstances et… — Suivez-moi, vous m’expliquerez tout cela en chemin. X LE DRAGON
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