9. Incompréhension

2938 Mots
Pdv Rabia   Les médecins passèrent une heure après mon arrivée pour nous faire un compte rendu de l'état d'Anta et de son fils. Le bébé allait bien. Il était petit et avait quelques difficultés respiratoires, mais sa vie n'était pas en danger. Ils nous précisèrent que le bébé était âgé de 32 semaines au moins. L'état physique d'Anta n'était pas inquiétant. On la gardait sous surveillance pour plus de précautions. Elle ne sortira pas de la clinique avant 15 jours. C'était plutôt son état de choc qui inquiétait les médecins. Ils nous demandèrent si nous savions qui était le père de l'enfant. Nous leur expliquâmes que cette question était restée sans réponse. Une des médecins nous expliqua qu'elle était psychologue et qu'elle se proposait de parler avec Anta, lorsqu'elle sortirait de la bulle où elle s'était réfugiée pour fuir la réalité. Le gynécologue lui avait parlé de la délicate situation d'Anta. Nous acceptâmes volontiers son aide. Elle nous conseilla de ne pas trop insister pour savoir la vérité. Vu ce qu'elle venait de vivre, il ne servait à rien de lui mettre la pression pour qu'elle parle. On ne ferait que l'enfoncer dans sa bulle. Ce qu'elle nous demandait était insupportable, invivable et cruel. Mais on n'avait pas le choix. De toutes les manières, s'égosiller ne servirait à rien tant qu'elle ne sortirait pas de son refuge. La psychologue s'approcha d'elle, se baissa jusqu'à son oreille lui dit quelques mots.   Ma mère : On peut voir le petit ?   Le gynécologue : Oui! Je peux vous y conduire. Dit le gynécologue   Il nous amena le voir. Il était branché à plusieurs machines. J'avais un peu de mal à croire qu'il n'avait que de simples difficultés respiratoires. Je le fis remarquer à l'infirmière, mais elle me rassura que c'était pour le surveiller. Il avait besoin d'assistance respiratoire et le pédiatre avait demandé plus de vigilance à cause des circonstances de sa naissance. Il n'était pas plus malade que les autres bébés du service. J'espère qu'on ne me cache pas la vérité. Nous retournâmes dans la chambre d'Anta. Elle dormait. Nous sommes restées encore une heure, la regardant dormir silencieusement, puis ma mère m'a proposée de rentrer. Anta sûrement resterai dans son état vaseux jusqu'à demain. Au début, j'ai refusé mais elle me rappela que mon mari avait pour le moment plus besoin de ma présence que ma fille.   ******** Pauvre Ibrahim ! Quand j'arrivai à la maison, mon père était encore en train de le sermonner. Lorsqu'il me vit, il s'excusa auprès de mon père et s'en alla sans répondre à mon bonjour. Mon père se leva à son tour, me conseilla de ne pas affronter Ibrahim, mais de plutôt le laisser digérer sa colère. Lorsque mon père partit, je me servis à manger . J'avais faim et je n'avais rien mangé depuis hier nuit. Rassasiée, je montai dans la chambre. Comme je n'avais pas non plus pris ma douche, je me décidai à en prendre. Dès que j'entrai dans la chambre, Ibrahim commença son interrogatoire.   Ibrahim : Elle t'a dite c'est qui le père?   Moi : Non!   Ibrahim : Et tu n'as pas insisté pour savoir c'est qui ?   Moi : Ça ne sert à rien . Elle est en état de choc.   Ibrahim : État de choc ? Tu as trop gâté cette fille, tu vois où on en est arrivé.   Je préférai suivre le conseil de mon père. Ne pas chercher les disputes. Je l'ignorai et me dirigeai dans la salle de bain que je pris soin de fermer à clé. Qu'il ne vienne pas m'embêter. Je remplis la baignoire et y versai quelques produits relaxants. Je finis par m'endormir dans mon bain. Je me réveillai 30 mn plus tard. J'avais retrouvé un peu de calme en moi. Je sortis, me séchai et retournai dans la chambre . Il me lança un pique, mais l'ignorant, je me dirigeai vers l'armoire. Il parla plusieurs fois et reçut la même indifférence.   Ibrahim  : C'est clair que ça ne te fait rien que ta fille de 15 ans soit mère, c'est une tradition chez vous.   Cette parole me blessa. Moi : Tu oses me dire cela? Toi qui as eu tellement de conquêtes. C'est avec toi que j'ai eu Anta, ce n’était pas avec le voisin et moi, tu sais que tu as été le seul. Toi, on ne sait pas combien sont passées dans ton lit. Donc si "notre" fille était une mauvaise fille, c'est sûrement de toi qu'elle a hérité les mauvais gènes , pas de moi.   Ibrahim : Moi, ni ma mère , ni ma sœur n'a eu un enfant avant la majorité.   Je le fusillai du regard.   Moi, en colère : Si tu entres dans ce terrain, tu risques de ne pas en sortir indemne. Soy wakh lou bone tchi sama yaye, di nga ko reutchou (si tu parles de mal de ma mère, tu vas le regretter).   Je savais déjà que beaucoup dans la famille ferait la même comparaison en apprenant la maternité précoce d'Anta. Mais je ne laisserai personne manquer de respect à ma mère en ma présence, surtout pas lui . Il se tut. Visiblement, il avait compris que mes menaces étaient sérieuses. Je vins m'asseoir sur le lit.   Moi, pour calmer le jeu  : Ibrahim, je sais que tu es déçu. Anta foumou toleu sa khol da soré. Mais avant de la juger, écoutes sa version de l'histoire .   Ibrahim : Tu veux que j'excuse ma fille de 15 ans d'avoir eu un enfant?   Moi : Non! Personne ne l'excuse, mais ça ne sert à rien de la considérer comme une pestiférée. Surtout que tu n'es pas un modèle de sainteté.   Ibrahim : Oh! À son âge, j'en étais encore au stade des bisous et après la majorité, je n'ai jamais plus regardé les minettes. Tu peux me croire celui qui l'a initiée dans ces jeux adultes va amèrement regretter d'avoir détourné ma fille. C'est presque risible. Je m'attendais à une telle nouvelle de la part de Zeyna, mais pas d'Anta. Je savais que cette petite aurait une mauvaise influence sur elle. Elle passait trop de temps chez tes parents avec cette fille qui n'a peur de rien et qui a la liberté de faire ce qu'elle veut. Tu as intérêt à faire parler Anta. Je n'aurais pas la patience de ton grand-père et de ton père! Dou ma tog 27 ans di khar mou wakh(je ne vais pas attendre 27 ans). Tant qu'elle ne parlera pas, je ne veux pas la voir ici et je ne mettrais pas les pieds à la clinique.   Sans rien ajouter, je me suis levée pour aller me chercher une tenue à mettre.   ********* Pdv Zeyna   Je souris à Mamie quand elle entra dans la maison . Elle resta de marbre. Elle était seule.   Moi, inquiète : Mamy, où est Anta ?   Mamie : Vas me chercher un seau d'eau et une serpillière.   Moi : Tu veux passer la serpillière quelque part? Laisses, je vais le faire.   Mamie, sèchement : Non!  Vas me chercher ce que je t'ai demandée . Da nga sope torop.   Je m'exécutai. Après lui avoir remis le seau, elle me demanda de l'attendre dans la chambre. Ce que je fis. Sa mauvaise humeur m'inquiétait. Peut-être que finalement, elle avait été hospitalisée. Au réveil, j'avais trouvé un message de Mamy dans mon portable me prévenant que Papy et elle avaient conduit Anta à l'hôpital. Une heure après, Mamy me rejoignit. Je ne savais pas ce qu'elle nettoyait dans la chambre d'Anta, mais elle avait duré dedans. Elle était allée, après, se doucher .   Mamie : Zeyna, c'est qui le copain d'Anta?   Moi : Anta? Mamie, elle n'a pas de copain. Mamie : Ne joues pas à la plus maligne avec moi. Anta ne fait rien sans que tu ne sois au courant et tu ne fais rien sans qu'elle ne soit au courant. Donnes-moi son nom. Moi : Mamie, je te jure qu'Anta n'a pas de copain. Il n'y a que les maths et la Physique qui l'intéressent.   Mamie : Zeyna, tu n'es plus un enfant. Tu as appris en biologie comment on fait les bébés. Ce n’est pas en faisant un exo de maths ou en révisant ses cours de physique-chimie qu'elle est tombée enceinte.   Je la dévisageai, choquée.   Mamie  : Oui, Anta a accouché cette nuit. Ta chère petite sœur a eu un petit garçon. Je regrette de vous avoir faites trop confiance. Yene gnar gneup, vous êtes complice. Anta ne sort presque jamais quand elle est chez ses parents. Et quand elle est ici vous ne sortez jamais l'une sans l'autre. Foumou teg tankeum kham nga fa. Là, la situation est trop grave. Solidarité amicale, khadiou fi. Il faut nous dire qui est le père.   Moi : Mamie, je te jure que je ne savais pas qu'elle était enceinte. Anta ne m'a jamais dite qu'elle avait un copain.   Mamie  : Zeyna, boul ma énervé! Gardez le secret ne va pas arranger les choses, ça ne va que les empirer.   Moi : Mamie, je te jure.   Mamie : Comme tu veux garder le secret de ton amie, tu es punie jusqu'à nouvel ordre. La rentrée c'est mardi. A partir de maintenant, c'est école-maison. Plus de sortie, ni de takhawalou. Dès demain, je vais t'inscrire dans le bus de ton école , comme ça tu n'auras plus l'occasion de djade kogn bana ngey gneuw. Je vais aussi réduire ton argent de poche. Tu n'auras plus que le nécessaire pour ton repas. J'ai été trop permissive avec vous deux. Je ne sais pas si tu fais la même chose qu'Anta , mais tu as intérêt à arrêter. Walay, si tu m'amènes un enfant ici, dou bakh tchi yow.   Elle sortit en colère. J'étais beaucoup plus en colère qu'elle. J'étais toute aussi surprise qu'elle d'apprendre qu'Anta était enceinte. Je ne savais pas qu'elle avait un copain, ni qu'elle avait eu ce genre de relations. Elle avait osé faire ce que même moi qui n'avais jamais froid aux yeux, n'avait osé faire. A cause d'elle, Mamie pense que je suis moi aussi une mauvaise fille. Anta, walay, dina ko rey (je vais la tuer) !   *****************   Pdv Ibrahim   Quelques jours plus tard   Elle entra dans la chambre et me salua sèchement. Depuis l'accouchement d'Anta, le courant ne passait plus entre nous. Je lui reprochai son soutien inconditionnel à notre fille. Ça ne va pas l'encourager à parler. Ça fait déjà 4 jours qu'elle reste silencieuse. Je ne crois plus à son état de choc. Les premiers jours, j'y croyais, mais maintenant je crois qu'elle ne veut pas volontairement nous révéler qui est ce pervers. 15 ans! Elle n'a que 15 ans. Elle qui était si brillante, je la voyais déjà me succéder à l'entreprise après ma retraite. Comme sa mère, elle avait un vrai don avec les chiffres. L'année dernière, elle avait fini encore une fois, avec le prix d'honneur dans toutes les matières. Mais visiblement, elle ne s'était pas servie de son intelligence pour ne pas écouter les belles paroles d'un idiot qui n'avait vu en elle que de la bonne viande à consommer. Moi qui me disais qu'elle n'avait que les maths dans la tête et que les garçons de son âge la trouveraient trop dans les nuages pour s'intéresser à elle. Elle venait de rater la rentrée des classes. Je ne sais même pas si elle pourra reprendre les cours cette année. J'espère que ce n'est pas un pédophile qui a profité de son innocence. Walay, si c'est un adulte, je ne me contenterai pas de le tuer. Je le dépiècerai vivant. Il faut qu'elle sorte de son silence, même si au fond, je mourrai d'envie de tenir sa mère et elle dans mes bras, il n'était pas question que je laisse ce pervers s'en sortir. Je savais que je mettais ma femme sous pression, mais je n'avais que ce moyen pour la pousser à faire parler Anta. J'ai toujours été trop cool avec les deux. J'aurais dû être un père autoritaire et un mari difficile, ça nous aurait évité un tel drame. J'aurais dû ne pas leur montrer mon amour comme je le leur avais montré. Anta avait sûrement dû croire que tous les hommes l'aimeraient comme moi je l'aimais.   Moi, sèchement : Elle a parlé !   Elle fit un signe de la tête.   Moi : Tu comptes reprendre quand le boulot?   Rabia : Quand ma fille quittera la clinique !   Moi : Je ne te paie pas pour que tu passes tes journées à la clinique.   Rabia : Tu peux soustraire les journées où je suis absente à mon salaire.   Je quittai le lit énervé. Elle me soûle. Je pris mes clés et mon portable, mis mes chaussures et quittai la chambre. Dans le couloir, je rappelai le numéro qui m'avait appelée tout à l'heure.   Moi :  Allô, Rama!   Rama : Oui! Ibrahim !   Moi : Finalement, j'ai changé d'avis. Je veux bien sortir dîner.   Rama : Ok! On se voit à quelle heure?   Moi : Disons dans trente minutes!   Rama : Ça me va!   Moi : Je viens te chercher ou on se retrouve au restaurant.   Rama : Viens me chercher. Ok! Donnes-moi ton adresse.   Je revins dans la chambre et me changeai. Elle m'ignora comme d'habitude.   ****************** Pdv Rabia   Je l'entendis ouvrir la porte de la chambre sans bruit. Je me redressai et allumai la lampe. Je jetai un regard furtif à mon portable. 1h45.   Il sursauta en voyant la lampe allumée.   Ibrahim : Tu ne dormais pas?   Moi : Tu étais où ? Tu as vu l'heure? Où as-tu dîner ?   Ibrahim :- Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu m'as attendu pour le dîner ?   Moi : Je t'ai attendu!   Ibrahim : Maintenant, tu te rappelles que tu as un mari?   Moi : Ibrahim, jusqu'à quand vas-tu me faire payer le silence d'Anta.   Il m'ignora et se déshabilla. Il prit son pyjama dans l'armoire et le mit, puis se coucha. Son attitude me blessait énormément. Depuis l'accouchement d'Anta, il était devenu froid avec moi et c'était la deuxième fois en 4 jours qu'il dînait dehors.   Moi : Ibrahim ? Ibrahim : Quoi?   Moi :Demain! On va baptiser le bébé ! Tu veux lui donner un prénom.   Il se redressa.   Ibrahim, en colère : J'espère que tu n'es pas sérieuse. Tu ne vas pas baptiser ce bâtard.   Moi : Pourquoi tant de haine pour ce bébé ? Il est innocent! C'est ton petit fils, pas le mien. Ne t'avises surtout pas de lui donner mon nom de famille. Donnes-lui celui de son père ou celui de ton père pas le mien.   Il se recoucha. Les larmes aux yeux, j'éteignis et me couchai à mon tour. Oh! Mon Dieu, sortez-moi de ce cauchemar.   ************* Pdv Zeyna   Mamie mit en exécution ses menaces. Je me retrouvai obligée donc dès le premier jour de classe à prendre le bus de l'école. Qui dit prendre le bus dit avancer son réveil ! Moi qui étais habituée à prendre chaque matin un taxi. Cette année, je risque de bien la sentir la punition de Mamy, surtout au niveau financier. Moi qui aime bien m'acheter pleins de petites choses, je sens venir le tsunami. Il faut que je parle à Anta. Je suis innocente. Je ne veux pas payer pour une faute que je n'avais pas commise. Pendant une semaine, Mamy a refusé que je vois Anta pour elle, on allait forcément se concerter et s'encourager à garder le silence. Mais après une semaine, elle avait accepté. Anta restait toujours dans son mutisme. Elle espérait que moi, je réussirai à lui faire parler.   ********** Je frappai à la porte et entrai . Je me rapprochai du lit.   Moi : Anta! My Twin!   Elle ouvrit les yeux et me regarda.   Moi : Comment ça va?   Elle ne répondit pas.   Moi : Anta, c'est quoi cette histoire de bébé?   Anta : ....   Moi : Il faut que tu parles! Walay, gneup diakhlé. Moi, je sais que tu n'es pas une mauvaise fille. Quelqu'un t'a forcée. Je suis sûre que tu ne voulais pas. Tu n'es pas comme ça.   Deux grosses larmes coulèrent de ses yeux, j'avais appuyé le bon bouton.   Moi : Si on t'a forcée, ce n'est pas de ta faute. Il faut tout dire à ta mère. On va le jeter en prison et on te condamnera plus.   Elle se retourna et me tourna le dos.   Moi : Si tu ne parles pas, c'est que forcément c'est quelqu'un que l'on connaît. Attends, si je n'abuse...   Je fis le calcul.   Moi : Ça fait à peu près 8 mois qu'il s'est passé cette fameuse soirée où tu étais restée plus d'une heure injoignable. Choquée, je m'assis sur la chaise réservée aux visiteurs.   Moi : C'est Mohamed qui est le père ?   Elle se retourna, paniquée et me fit un non de la tête.   Moi : Alors c'est Amadou?   Elle redit non de la tête.   Moi : Tu mens Anta ! Comme tu m'as menti sur ce qui c'était vraiment passé ce soir-là. Je sais que c'est ce soir-là que ce bébé a été conçu. Je savais qu'il s'était passé quelque chose de très grave cette nuit, quand tu as refusé de prendre le petit dej le lendemain. C'est forcément un des deux. Tu veux les protéger. Tu es vraiment maso, mais sur ce coup-là, je ne te suis plus. Mamy dit que ton papa est furieux et qu'il refuse de te laisser retourner chez lui, si tu ne dis pas toute la vérité. Je vais aller voir ta mère et lui raconterai tout ce que Mohamed t'a fait subir. Je lui dirai aussi pour la fameuse nuit. Si on lui met la pression, il dira toute la vérité.   Je me dirigeai vers la porte.   Anta, criant d’effroi : Non! Ils sont tous les deux innocents.   Je me retournai .   Moi : Tu as retrouvé l'usage de la parole? S'ils sont innocents, ce sera facile de le prouver. On fera un test ADN!   Anta : Si tu dis tout à ma mère, je me suiciderai.  
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