8. Sous le choc

2329 Mots
Pdv Anta   Moi : Bonjour, Tata Maty!   Je lui fis la bise et m'assit.   Tata Maty : Tourondo, mérénala (je suis fâchée contre toi). Tu m'as tellement délaissée que je suis moi-même venue te voir.   Moi : Tata, je ne t'ai pas délaissée. J'étais en Gambie.   Tata Maty : Avant de partir, tu étais déjà restée des mois sans venir me voir.   Moi : J'avais tout le temps des devoirs et des exercices à faire. Wallaye, Tata, la seconde était trop dure.   Tata Maty : Ma fille, je te comprends. Diangue da meti. Mais je sais aussi qu'après la rentrée, je ne te reverrai plus avant l'été, c'est pourquoi je suis venue te chercher. Tu vas venir passer une semaine chez moi.   Maman : Vas ranger tes affaires, ma chérie. On t'attend.   Je jetai un regard furtif à ma mère. La traîtresse, elle m'avait jouée un terrible coup. Je sortis du salon en tremblant. Je n'avais aucune envie de faire une semaine chez Mohamed, mais avec Tata Maty à la maison , je n'avais aucune issue. Dama ko rouss torop. J'ai donc rangé mes affaires dans une valise et je suis descendue. Ma mère me tira la langue, amusée. Si elle savait tout le mal qu'elle venait de me faire. Je suivis mon homonyme et pendant tout le trajet, je me préparais à le revoir, à devoir faire semblant, à devoir rester forte jusqu'à la fin de la semaine . Quand on arriva à l'appartement, je fus soulagée d'apprendre que Mohamed était sorti. Après avoir posé mon sac dans la chambre, je me rendis dans le salon où je suivis le journal avec ma tante et mon oncle . Tout à coup, la sonnerie retentit. Quelques secondes après, il entra dans le salon . Il sursauta en me voyant.   Mohamed : Bonsoir, ma! Bonsoir, Pa!   Tata Maty : Bonsoir, chéri. Tu as vu , je t'ai amené ta femme.   Mohamed : Oui! Bonsoir, Anta!   Moi : Bonsoir !   Il ne dit plus rien et n'osa même pas me regarder en face. Moi non plus , je n'osai pas le regarder. Dès qu'il était entré, j'avais senti en moi une énorme boule au ventre. Et cette soudaine douleur me paralysa un moment puis quand elle passa, j'osai demander.   Moi : Comment vas-tu ?   Mohamed : Je vais très bien et toi ?   Moi : Moi aussi, ça va. Je reviens, je vais prendre une douche. J'étais parti jouer au foot.   Au dîner, Mohamed se montra anormalement silencieux, tandis que moi, je faisais tout pour rester normale. Je ne voulais pas que ses parents fassent le lien avec moi. Déjà que sa mère n'arrêtait pas de lui demander si tout allait bien. A la fin du repas, Mohamed s'éclipsa et se réfugia dans sa chambre. Moi, je restai encore une heure devant la télé avant de me décider à aller me coucher. Je venais à peine d'éteindre la lampe quand on frappa à la porte. Je rallumai la lampe de chevet et allai ouvrir. Je voulus refermer la porte, il entra.   Mohamed : Il faut qu'on parle ! Moi : Je ne dirais jamais rien à tes parents ! Va-t’en!   Mohamed : Anta, j'ai ...   Je commençai à pleurer.   Moi : S'il te plaît, sors!   Il voulut me toucher le bras. Je tremblai comme une feuille.   Mohamed, en sortant : Je suis désolé !   Je refermai la porte à clé et pleura une bonne partie de la nuit, puis finit par m'endormir de fatigue.     ******** Mohamed ne tenta plus de m'approcher. Il me parlait que quand ses parents étaient présents. Chaque nuit, j'avais beaucoup de mal à dormir. J'étais vraiment malheureuse dans cet appartement. Je pensais continuellement à ce fameux samedi. Le vendredi soir, je demandai à ma grand-mère si je pouvais venir chez elle. Elle me fit remarquer que c'était une question que je n'avais pas à lui poser. J'expliquai à Tata Maty que ma grand-mère me demandait de passer le week-end chez elle . C'était le dernier week-end des vacances. Elle ne fit aucune objection. Le lendemain, elle m'amena faire les boutiques et m'acheta plein de cadeaux avant de m'amener manger une bonne glace avant de me conduire chez Mamy. Arrivée à la maison, je suis directement montée dans ma chambre. J'étais exténuée. Je ne sais pas ce qui m'arrivait peut-être un début de paludisme. J'ai vomi dans la salle de bain toute la glace que j'avais mangé et je suis allée me coucher . Le soir , je n'ai même pas touché au dîner que m'avait servi Mamy. Puis elle m'avait donné quelque chose pour mes maux de ventre. Elle était infirmière de profession. Elle pensait aussi que c'était un paludisme. Si demain je n'allais pas mieux, elle m'amènera au Samu. Zeyna resta à mon chevet jusqu'à vers 22h,puis elle alla se couchait. ********** Pdv Fanta   Il était 3h du matin. Je me levai, fit un tour aux toilettes, puis je décidai d'aller voir comment allait ma petite fille. Je sortis dans le couloir. Il faisait nuit noire, mais je connais par cœur chaque coin et recoin de cette maison. Alors sans tâtonner, je dépassai la porte de la chambre de Zeyna et arrivai à celle d'Anta. J'ouvris et mon cœur se mit à battre sans à l'heure. D'effroyables vagissements provenaient de la salle de bain. Je me dirigeai vers le lieu d'origine de ses cris. Le spectacle que j'y découvris me fit froid dans le dos. Il y avait du sang partout sur le sol où Anta était assise, les jambes écartées. Je vis le cordeau ombilical, puis le bébé couché à même le sol qui pleurait de toute son âme. Moi, horrifiée : Anta, que s'est-il passé ?   Elle garda le regard fixé au mur, comme si elle n'avait plus toute sa tête. Je pris le pauvre bébé tout sale et le posai sur le ventre d'Anta. Elle ne réagit pas. Je me relevai, pris la grande serviette accrochée sur le mur et entoura le bébé avec, avant de le reposer sur le sol. Le cordon n'était pas encore coupé, il fallait que je retourne dans ma chambre chercher ma boîte à pharmacie. Je n'étais pas rassurée de les laisser seuls , mais je n'avais pas le choix. Je courus vers ma chambre et allumai la lampe. Je me précipitai vers mon mari qui dormait à point fermé et le secouai violemment . Il ouvrit les yeux en sursautant.   Cheikh : Fanta, qu'est-ce qui se passe?   Moi : Lèves-toi, Cheikh, un drame vient d'avoir lieu dans cette maison.   Il se redressa et me dévisagea, épouvanté .   Cheikh : D'où vient ce sang?   Moi : C'est trop long à expliquer. Habilles-toi et prends les clés de la voiture. Puis retrouves-moi dans la chambre d'Anta. Je courus prendre ma boîte à pharmacie et retournai dans la chambre de la petite. Je n'avais pas tous les instruments requis mais j'allais faire avec les moyens du bord. Je savais me débrouiller dans ce domaine.    ******************   Pdv Rabia   Moi, en suppliant : Fais vite !   Il sortit de la salle de bain et s'habilla rapidement. Ma mère nous avait réveillés vers 8h pour nous demander de la rejoindre vite à la clinique. Elle n'avait pas voulu me donner plus de détail. C'était sûr qu'il était arrivé quelque chose de grave à mon père. Oh qu'il ne meure pas! J'avais encore besoin de lui. Ibrahim lui semblait ne pas du tout prendre au sérieux la situation. Il avait pris tout son temps pour se préparer.   Moi : On y va Ibrahim , s'il te plaît.   Ibrahim : Ok! J'ai fini.   Il enfila un jean bleu et un tee-shirt blanc. Moi, j’avais pris une longue robe wax . Si Ibrahim ne m’en avait pas fait la remarque, je serai partie avec ma robe de chambre. Je sentais qu'il s'était passé quelque chose de très grave. On ne va pas si tôt à la clinique juste pour une grippe.   Ibrahim :- Ton père va bien! Il est encore trop jeune et trop sportif pour faire un AVC ou des trucs de ce genre. Je suis sûr qu'il ne s'agit que d'une "chute".   Il n'y a qu'Ibrahim pour dire qu'une chute n'est pas grave.   On arriva à la clinique et je fus surprise que ma mère m'indique qu'elle était à la maternité. Nous l'y rejoignîmes avec un Ibrahim hilare. Que pouvait faire mon père à la maternité ? Mais il arrêta de rire quand nous trouvâmes ma mère aux côtés de mon père tous les deux avec un visage très malheureux.   Moi, inquiète : Maman, que se passe-t-il?   Maman : Venez avec nous ! Avec ce qu'on a à vous annoncer, il vaut mieux que vous soyez assis.   On les suivit. On s'installa dans la salle d'attente. Elle était déserte. C'est peut-être à cause du dimanche. On s'assit. Ils restèrent debout. Ma mère prit la parole.   Maman :- Ce matin, on a dû amener ici Anta.   Moi, me levant, paniquée : Anta?  Il lui est arrivée quelque chose ?   Papa, en appuyant affectueusement mes épaules pour me faire asseoir : Calmes-toi.   Ibrahim : Il se passe quoi avec la petite ?   Maman : Ça va être une très mauvaise nouvelle pour vous, mais Anta a accouché cette nuit.   Moi, épouvantée : Quoi ?   Ibrahim lui sourit. Comment pouvait-il sourire dans un moment pareil?   Ibrahim : Vous ne vous trompez pas de personne là ? C'est Zeyna ou Anta qui a accouché.   Maman : Je suis désolée, malheureusement, c'est bien Anta qui a accouché.   Moi, en criant : Non!   Maman : Elle a accouché cette nuit vers 3h du matin à la maison. Je leur ai donnés à tous les deux les premiers soins avant de les amener ici.   Ibrahim resta silencieux, la tête baissée. Moi, j'étais en larmes. Sa réaction me surprenait. Il souleva sa tête après quelques minutes et demanda à voir sa fille. Mes parents nous conduisirent dans une chambre au bout du couloir. Quand on entra dans la chambre et qu'on la vit couchée dans son lit d'hôpital, on réalisa tous les deux que mes parents nous avait vraiment dit la vérité. Moi, je me remis à pleurer, tandis qu'Ibrahim entra dans une grande colère.   Ibrahim : C'est qui le père ? Qui est ce fou que je le tue de mes propres mains?   Ses cris réveillèrent Anta qui sursauta. Elle promena son regard sur nous quatre.   Ibrahim : C'est qui le père de ton bâtard ?   Anta resta silencieuse. Cela ne fit qu'accroître la colère de son père.   Ibrahim : C'est qui ?   Il se précipita vers elle pour la frapper. Mon père l'intercepta.   Papa : Ibrahim, calmes-toi, ce n'est pas la solution.   Ibrahim : Me calmer? Elle vient de détruire sa vie. Elle n'a que 15 ans. Si elle ne me dit pas avec qui elle a eu ce bâtard pour que je le tue, c'est elle et le bâtard que je vais tuer. Anta garda le regard fixé au plafond. On aurait dit que les menaces de son père ne lui faisaient ni chaud, ni froid.   Moi, en suppliant : Ibrahim, calmes-toi!   Ibrahim : Tu oses la défendre? On sait d'où elle tient sa perversité alors.   Papa : Bon, Fiston! Suis-moi! Tu risques de dire des choses que tu vas regretter après. Donnes-moi la clé de ta voiture.   Docilement, il lui remit la clé.   Papa : Ma fille, tu ramèneras plus tard ta mère . Je ramène ton mari.   Il me lança la clé, puis poussa Ibrahim hors de la chambre. En larmes, je m'approchai de ma fille. J'étais bien sûr, moi aussi en colère, mais mon cœur de mère ne pouvait faire que pleurer. Ibrahim pensait que je la défendais. Oh non! C'était indéfendable à son âge de nous amener un enfant. Mais je voulais comprendre. Ce n'était tellement pas son genre. Il y avait une explication.   Moi : Ma chérie, c'est qui le père ?   Elle garda les yeux au plafond.   Moi : Anta, pitié, expliques-nous!   Elle ne réagit pas. Inquiète, je regardai ma mère.   Maman : Elle est comme ça, depuis que je l'ai trouvée cette nuit dans la salle de bain. Elle est en état de choc. Moi : Maman, tu savais pour sa grossesse?   Maman : Rabia, comment peux-tu me poser une telle question ? Si j'avais soupçonné une seule fois qu'elle était enceinte, tu crois que je ne t'aurai pas prévenue. C'est vrai que depuis qu'elle est née, j'ai une relation très privilégiée avec elle. C'est vrai que je ne t'ai jamais dite tout ce qu'elle m'a dite, mais crois-moi si elle m'avait dite pour sa grossesse, je t'aurai tout de suite prévenue.   Moi : Je n’ai rien vu venir. Rien! Ma fille était enceinte et je n'étais même pas capable de le remarquer.   Maman : Ne culpabilises pas, on n'a tous rien remarqué. Si ça peut te rassurer, même Anta n'avait rien remarqué. Le médecin dit que son état de choc est une preuve qu'elle ne savait pas non plus pour sa grossesse.   Moi : Il faut qu'elle sorte de sa bulle et qu'elle nous explique. Son père est furieux. Anta, c'est sa princesse adorée. Si elle ne parle pas, il va péter un câble.   Maman : Je le sais. Ta fille parlera , mais il ne faut pas la brusquer. C'est un enfant.   Je ris ironiquement.   Moi : Un enfant qui vient de nous amener un enfant.   Je me remis à pleurer. Elle m'entoura de ses bras.   Maman : Je sais ce n'est pas facile, mais ça l'est encore plus pour elle.   Moi : Je ne comprends pas, maman. Je n'aurais jamais cru qu'elle faisait des trucs comme ça. Elle est si jeune.   Maman : On fait à cet âge-là, bien des erreurs de jeunesse.   Moi : Oui, mais ce sont des erreurs qui peuvent avoir des conséquences à vie. Pauvre Anta! Pauvre bébé ! Il va bien? Le bout ‘chou!   Maman : Il est petit, mais ça va. Enfin, j'espère! En tout cas, il a pleuré. Il est en néo, les médecins doivent passer plus tard pour nous faire un peu le compte rendu des différents examens qu'ils sont en train de lui faire. Vue qu'Anta n'a jamais fait de visites prénatales, ils ont pris quelques précautions. C'est un garçon.   Moi : J'espère que les examens seront bons. J'aurais voulu qu'il ne pointe jamais le bout du nez aujourd'hui. Mais puisqu'il est là, j'espère qu'il sera en bonne santé. Je ne lui souhaite pas la mort.  
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